Les vers de terre élevés au Panthéon de l’anti-science !

Marcel B. Bouché, ancien directeur de recherche à l’INRA, et auteur du livre Des vers de terre et des hommes sorti en 2014 chez Actes Sud, est l’auteur de cette tribune. Il réagit à un atlas des vers de terre publiée le 26 octobre dernier dans Science, et qu’il qualifie de mensonger et trompeur.

Patrick Lavelle, le préfacier du livre de M. B. Bouché, professeur émérite de la Sorbonne et directeur du laboratoire d’Écologie des sols tropicaux de l’IRD, et qui m’éclaire très souvent sur le monde des lombriciens, m’écrit :

« Nous protestons surtout pour cette carte complètement fausse, et les conclusions qui en sont tirées, et critiquons la méthode. »

Coauteur de l’étude, P. Lavelle a demandé à être retiré de la liste des auteurs, car les résultats ne se recoupaient pas avec les relevés du terrain ! Comment un atlas, censé refléter une image fidèle de la réalité, peut-il en donner une fausse ? Comme une carte routière qui indiquerait de fausses routes !

« Le problème de cette étude est de contredire les résultats de terrain de beaucoup d’entre nous, sous-estimant d’un facteur de 10 à 100 les valeurs mesurées. »

Une réalité découverte laborieusement bêche à la main pendant de très longues années et sur de multiples sites ajouta-t-il. Loin des algorithmes.

Problèmes,

Toute la communauté scientifique va s’appuyer sur ces fausses données, ce qui, d’emblée, va fausser leurs travaux futurs… Et sans connaître le dessous des cartes, toute la presse en a fait de bonne foi la promotion, rappelant que l’étude avait réuni la fine fleur de la planète en la matière : Le Figaro : Premier inventaire mondial des vers de terre. Le Monde : L’empire des vers de terre. La Recherche : La surprenante répartition des vers de terre sur la planète. France Inter : Un atlas des vers de terre. Libération : Les vers de terre menacés… France Culture : Entre terre et vers. Etc.

Mais voilà que ces 2 figures mondiales, incontestées et incontestables, montent au créneau :

P. Lavelle : « Un autre problème est de mélanger milieux naturels et milieux cultivés. Comme les cultures tropicales ont moins d’espèces que les tempérées, les auteurs concluent que la diversité en Angleterre est supérieure à celle de l’Amazonie ! »

En cause les calculs mathématiques !

Corrélation n’est ni raison ni causalité. Bernard Vaissière, chargé de Recherche au Laboratoire Pollinisation & Écologie des Abeilles à l’INRA d’Avignon, et qui a couché les derniers mots de l’Éloge de l’abeille, ne “décolère” pas également contre ces algorithmes qui prévalent sur les observations de terrain et qui finissent par biaiser beaucoup d’études et faire anti-science.



Dans le genre, l’étude sur la biodégradabilité du Roundup publiée au mois de juin dernier dans Nature est un fleuron. Je reviendrai sur certaines dans mon prochain livre, comme celle publiée en 2014 sur l’influence des vers de terre sur la croissance des plantes. Lire les articles sur la drylosphère.

EXTRAIT. Il convient de préciser que l’étude, qui statut de la spectaculaire influence des vers de terre sur les rendements, a été conduite hors-sol et sur la compilation de données provenant de 58 études publiées entre 1910 et 2013.

Quant à l’origine des données, beaucoup proviennent de l’observation de pots de fleurs, certains avec des vers et d’autres pas. On peut aisément comprendre l’extrême difficulté de conduire des essais en plein champ. Mais on comprend moins l’extrême facilité à y transposer tel quel les résultats.

Aujourd’hui, l’environnement numérique et les modèles mathématiques permettent de produire rapidement et à bas prix des études et des théories, d’interpréter des chiffres pour les faire (parfois) scientifiquement corréler à nos croyances.

Et les multinationales ne se privent pas d’utiliser ce moyen bon marché pour faire homologuer leur produit. D’ailleurs, la statistique est parfaitement adaptée aux besoins des marchés financiers à très courts termes.

Quand Charles Darwin démontre que les vers de terre brassent les sols en déposant tous les ans à leur surface un demi-centimètre de sol via leur caca, il attend 30 ans avant de mesurer les 15 centimètres de sols nouveaux dans sa prairie, et valider son observation.


Les lombriciens viennent d’être honorés d’un monument à l’obscurantisme scientiste.

Marcel B Bouché,
25 nov. 2019

«Global distribution of earthworm diversity» publié dans Science 366, 480 – 425 (2019) sous la signature de Helen R. P. Phillips, entraînant dans son délire 141 co-auteurs dont je connais certains qui n’ont pas su abandonner cette galère antiscientifique, mais qui conservent mon estime tant je connais le piège de ces publications multi-auteurs.

Je note avec plaisir que Patrick Lavelle a su quitter cette épave intellectuelle.

Cette épave est une splendide illustration de l’élimination généralisée de l’écologie-vraie et surtout de la démarche scientifique fondamentale qui la conditionne.

Ce ″travail″ ignore qu’en ce domaine, chaque étude sérieuse ne peut s’appuyer que sur les données initiales concrètes (dics) qui, préalablement à toute interprétation, sont notre lien au réel : ici les lombriciens liés à leur milieu et au mode d’acquisition des DICS (de l’information objective). Ce ″travail″ ayant ainsi écarté tout lien au réel a compilé des informations littéraires et a modélisé des élucubrations par triturations mathématico-informatiques interdisant toute critique, donc toute réfutation, donc toute science vraie.

Ce ″travail″ (n’est-il pas un gag ?) est un triomphe de la méta-écologie seule enseignée et promue actuellement au détriment de la société. La méta-écologie (qui est, au mieux, à l’écologie-vraie ce que la métaphysique est à la physique) a chassé tel un coucou l’écologie-vraie, cette science exacte de la matière totalement ignorée, de son nid.

Ce triomphe méta-écologique fallacieux, à la terminologie fumeuse caractéristique des écobaratins sophistiqués permettant d’emballer n’importe quelle tromperie délivrée à un public scientifique (sic) préparé religieusement par la (dé)formation universitaire actuelle à recevoir béatement cette révélation obscurantiste.

C’EST FOU !

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