L’agriculture biologique ne peut pas nourrir la planète en l’état

L’ingénieur agronome, Joseph Pousset, auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont un sur les Agricultures sans herbicides, préfacé par Hubert Reeves et publié en 2003, et un Traité d’Agroécologie publié en 2012, explique dans une interview parue en 2017 dans Ouest-France, qu’en comparant le régime alimentaire d’un Français moyen, chiffres de l’Insee et du ministère de l’Agriculture à l’appui, avec les rendements actuels de l’agriculture biologique, le « bio » pourrait nourrir jusqu’à sept milliards de terriens… mais il remettrait en question l’autonomie alimentaire de la France si nous ne changeons pas notre manière de consommer.

L’autonomie alimentaire mondiale menacée !

L’humanité approchant aujourd’hui les huit milliards de têtes, et, sauf accident, bien décidée à continuer, c’est finalement l’autonomie alimentaire de la planète qui serait menacée par une agriculture biologique mondialisée !

Sauf si nous changeons radicalement et sans plus attendre, notre manière de consommer : de nous nourrir, nous vêtir, nous loger, nous déplacer… Sauf que nous sommes tous réfractaires au changement. « La peur du changement est inhérente à l’homme. Il préfère un danger connu à n’importe quelle modification dans ses habitudes. » Bernard Werber – L’ultime secret.

Alors si par bonheur le ciel nous tombait sur la tête, et, comme par miracle, nous changeait en des êtres humanistes, Joseph, l’opposant de toujours aux pesticides, conseille tout de même d’en conserver quelques-uns dans la trousse de secours.

En effet, n’oublions pas que notre l’histoire a été régulièrement émaillée de famines, à cause de situations climatiques exceptionnelles qui ont favorisé le développement de tel ou tel prédateur des cultures.

Un ultime recours

Je partage cette vision totalement innovante, à l’opposé des firmes qui en font le commerce, quand le pesticide est vu comme un médicament, un ultime recours, la dernière solution.

À l’exemple du traitement antibiotique que j’ai suivi il y a quelques mois, quarante ans que je n’en avais pas pris. Comment être contre une substance qui soigne, qui guérit, qui sauve ? En revanche, quand les antibios sont utilisés quotidiennement et massivement dans les élevages industriels, à titre préventif ou pour augmenter la prise de poids des animaux et les rendements financiers, comment être pour ?

Je ne suis pas un opposant aux pesticides…

Je ne suis pas un opposant aux pesticides, seulement opposé à leurs modalités d’homologation et à la sous-évaluation de leurs risques.

Mais si l’État garantit, enfin, se donne les moyens de garantir que les pesticides sont exempts d’effets secondaires sur l’environnement et la santé humaine, et qu’ils se dégradent rapidement dans la nature sans l’empoisonner, pourquoi s’opposer si les produits sont utilisés comme des médicaments à usage ponctuel ? C’est beau de rêver tout haut…

Et l’envie de la société à sortir du monde des pesticides est si pressante, qu’à la moindre étude qui laisserait espérer que, la presse s’enflamme : « Les abeilles plus rentables que les pesticides » « Plus d’abeilles, moins de pesticides = colza rentable ! » « Mieux vaut utiliser des abeilles plutôt que des produits phytopharmaceutiques » « La pollinisation plus efficace que les produits phytosanitaires pour améliorer les rendements. », laissant supposer que les abeilles seraient une alternative aux pesticides ! Belle baliverne.

Bref

Joseph Pousset dit s’être autant appuyé sur les chiffres que sur son expérience de céréalier en bio depuis plus de quarante ans. Un juste équilibre entre la tête et les pieds sur terre, le virtuel et le réel, la théorie et la pratique, le papier et le terrain, le point de vue et la vue du point.

Mais le jour où il a communiqué ses travaux, une autre étude sur le même sujet sortait dans Nature.

Conduite par des scientifiques « hors-sol », leurs résultats semblent de prime abord plus optimistes, puisque, selon eux, l’agriculture biologique pourrait nourrir plus de 9 milliards d’humains. Mais à condition de changer radicalement nos comportements  alimentaires.

Plus de sols, et moins de nature

Ils posent également une autre condition pour compenser la perte de rendements : coloniser de nouveaux sols sur la Nature, une Nature déjà gravement en manque de terrains pour nourrir sa biodiversité… Alors, à quel sein se vouer pour nourrir durablement nos enfants ?

Quelle solution ?

En dehors de passer entre les gouttes pour essayer de tirer son épingle du jeu le plus longtemps possible, je l’ignore ; n’étant ni croyant, ni ne croyant au miracle, ni ne croyant que le miracle de la chimie dure.


2 réflexions sur “L’agriculture biologique ne peut pas nourrir la planète en l’état

  1. Merci pour cet éclairage très équilibré! Ça fait du bien même si les solutions manquent en effet…. peut être que LA solution, reposerait sur un brin de raison et de sobriété….

    1. Emmanuelle,

      Les calculs ont été réalisés sur une consommation calorique individuelle sobre… Belle soirée

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