Christophe Gatineau répond à un apiculteur qui l’accuse

Désolé pour ceux qui l’ont cru de prime abord, mais je ne suis pas atteint d’un syndrome de dissociation de la personnalité. « Miroir, mon beau miroir, dis-moi… » Non, je me nomme seulement pour répondre au titre d’un article en ligne : « Un apiculteur de la Haute-Vienne répond aux propos de Christophe Gatineau sur les abeilles et les pesticides. ».

Rapidement, je serais incompétent et les pesticides innocents dans la mortalité des abeilles. La faute aux apiculteurs, à varroa et aux martres !

Et l’apiculteur en question n’est pas un apiculteur lambda, puisqu’il a été une personnalité influente de l’apiculture française. Et quand je demande à la journaliste un droit de réponse, elle me le refuse. Et ses raisons sont si ubuesques que… Bref, dire que les lecteurs de ce quotidien m’ont élu 2ème personnalité du Limousin 2018. Alors, pour répondre à la calomnie et aux mensonges, j’ai pris le gauche.


Droit de réponse

Il est écrit à mon sujet : « il manque de pratique et il a une vision très bibliophile de l’apiculture. »

Désolé, mais j’ai eu une pratique assidue de l’apiculture pendant longtemps, et, par ailleurs, mon intérêt et mon combat ne se limitent pas à l’espèce d’abeille qui vit dans les ruches.

Elle s’étend à l’ensemble des espèces d’abeilles domestiques et sauvages : quasi 1 000 en France.

De plus, tous mes travaux sur les pollinisateurs sont suivis par le docteur Bernard Vaissière, chargé de Recherche au Laboratoire Pollinisation & Écologie des Abeilles à l’INRA d’Avignon, une des références européennes sur le sujet. Mon travail étant pédagogique, il suppose a minima de toujours s’appuyer sur des sources scientifiques.

Par ailleurs, quand je suis invité à débattre avec un enseignant-chercheur de l’École nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux, ou avec l’ancien ministre de l’Agriculture, ou présent dans les médias nationaux, c’est bien parce que mon travail a un minimum de sens. Voir ce reportage diffusé le 12 septembre dernier.

Quant à ma compétence en matière de pesticides

J’ai une formation initiale en protection des cultures. Pesticides. En outre, je n’ai jamais cessé de me former et mes articles font référence sur le sujet. Pour rappel, ce blog totalise une moyenne d’un million de pages vues par an.

Donc, selon cet ancien apiculteur, ancien président du syndicat des producteurs de miel de France, ancien administrateur de l’UNAF, je n’aurais rien compris aux causes de la disparition des abeilles, car elles ne seraient pas dues aux pesticides agricoles mais aux pesticides apicoles !

« La disparition des abeilles est due à l’utilisation intensive de produits chimiques qui ont été beaucoup utilisés par les apiculteurs dans les années 1990. »

Effectivement, j’ignorais. Plus sérieusement, jamais cette cause n’a été mentionnée comme sérieuse dans l’effondrement massif des colonies d’abeilles. Un syndrome apparu aux États-Unis il y a plus de vingt ans, Colony Collapse Disorder, et qui se matérialise par une perte brutale d’abeilles adultes, entraînant la disparition de la colonie ou la mort de la ruche. Ces dernières années, une colonie sur trois meurt en moyenne tous les ans.

Il est curieux que cet apiculteur à la retraite exonère les pesticides type néonicotinoïdes, en dépit des preuves innombrables. Publiée le 8 août dernier dans le Plos One, une étude scientifique américaine a mis en évidence qu’aux États-Unis, l’environnement est 48 fois plus toxique qu’il y a 25 ans à cause de ces insecticides.

J’en profite pour donner quelques nouvelles sur le remplaçant, puisqu’ils sont désormais interdits dans l’Hexagone depuis le 1er septembre 2018.

Partageant le même mode d’action, une étude publiée dans Nature (Siviter et al., 2018) a prouvé qu’il réduit la capacité des bourdons à se reproduire ; et les colonies meurent plus tôt. Les bourdons étant des abeilles, nul doute sur les effets attendus sur nos abeilles mellifères. Épuration en vue. Un projet de décret pour l’interdire est en cours.

La martre, un redoutable
prédateur de l’abeille !

Et au sujet de ces pesticides apicoles, l’ancien apiculteur en rajoute : « Mais ce que l’on ne dit pas, c’est qu’ils ont été utilisés pour éradiquer les prédateurs des abeilles comme les martres et le varroa. »

Après avoir innocenté les pratiques agricoles, et passé sous silence un certain nombre de maux dont sont victimes aujourd’hui les apiculteurs, à l’exemple du frelon asiatique, la martre est mis sur le même plan que le varroa dans la disparition des abeilles :

« L’une des vérités de l’apiculture concerne les martres qui sont des prédateurs très nuisibles (…) Mais s’en débarrasser n’est pas simple puisqu’il s’agit aussi d’une espèce protégée… »

Pour être précis, la martre a le même statut que le renard : classée nuisible. Et selon l’arrêté du 3 juillet 2019 pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, la martre peut être piégée ou tirée à vue, même en dehors des périodes de chasse.

Pour clore, pourquoi diffuser de fausses informations sinon pour porter atteinte ? Et pour clore sur une note positive, l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs est si dramatique, si brutal, si inattendu, que nous devrions éviter de sombrer vers des causes pour le moins hasardeuses, sinon improbables. Ou nous perdre dans des querelles stériles, car, finalement, ceux qui vont payer la note de notre insouciance, ce sont nos enfants.

Belle journée et à la semaine prochaine.

3 réflexions sur “Christophe Gatineau répond à un apiculteur qui l’accuse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *