Pesticides = nourriture de qualité = autonomie alimentaire !

Le 4 sept. sur Europe 1, le ministre de l’Agriculture déclare : « Le gouvernement est là pour protéger la santé des Français, mais également pour ce que les Français aient une alimentation de qualité. Aujourd’hui, cette alimentation de qualité est fournie par les agriculteurs français. »

Monsieur le ministre, si elle est si bonne, de qualité, pourquoi ces traités de libre-échange pour en importer massivement de la moins bonne ?

Pour l’anecdote, rappelons qu’au Canada, le glyphosate est aussi utilisé pour faire mûrir les blés… Bref, ce n’est pas le sujet.

Sans pesticides = pénurie alimentaire

Quelques jours plus tôt, le 29 août, le journaliste du Monde, Stéphane Foucart, publiait chez Le Seuil : Et le monde devint silencieux ; un réquisitoire sans appel contre les pesticides où il dévoile « comment l’industrie des pesticides a orchestré le plus grand désastre écologique du début du XXIe siècle. »

En réponse, le ministre va sortir, non pas un, mais deux beaux lapins de son chapeau. D’abord, il relie les pesticides à une nourriture saine et abondante, ensuite : « S’il devait y avoir des zones de non-traitement de 150m autour des habitations, ce serait la plus grosse artificialisation des terres. (…) Ce serait de la folie pour les consommateurs parce que les agriculteurs ne seraient plus à même de garantir l’autonomie alimentaire… »

L’autonomie alimentaire de la France, rien que ça !

1962. Le général de Gaulle : « Un pays qui ne peut pas se nourrir lui-même n’est pas un grand pays. »

En définitive, répondait-il au journaliste d’investigation ou bien à l’opinion publique ? Car, en brandissant le spectre de la peur de manquer, de la faim et de la famine, il nous rappelle qu’en 2015, 84 % des Français étaient favorables à une interdiction des pesticides selon un sondage IFOP pour l’ONG Agir pour l’environnement. Et en 2017, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour FranceInfo et Le Figaro, 81% étaient pour une interdiction immédiate du glyphosate.

Vive les Bretons…

Ou alors, répondait-il au président Macron, qui, 2 semaines plus tôt, avait apporté son soutien à Daniel Cueff, maire de Langouët en Bretagne ? Et ce jeudi 22 août, il comparaissait à la barre du tribunal administratif de Rennes pour avoir pris un arrêté interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. Un arrêté suspendu le 27.

« Monsieur le maire, il a raison sur ses motivations » a déclaré le Président, arguant de son Palais qu’il avait profondément changé. « Je le soutiens dans ses intentions. » Mais voilà, pour son ministre, c’est de la folie de mettre une distance de sécurité de 150 m entre la dernière buse d’un pulvérisateur de pesticides et une habitation, « ce serait la plus grosse artificialisation des terres. »

Jouer sur les mots

Mais quelle surprise de découvrir que le ministre de l’Agriculture semble méconnaître la définition donnée par son propre ministère ! Sur le site gouvernement.fr :

« Selon Eurostat, les sols artificialisés recouvrent les sols bâtis et les sols revêtus et stabilisés (routes, voies ferrées, parkings, chemins…). Le ministère de l’Agriculture en France retient une définition plus large, qui recouvre également d’autres « sols artificialisés », comme les chantiers, les terrains vagues, et les espaces verts artificiels... »

Un sol artificialisé est donc temporairement ou durablement incultivable. En usant en pleine conscience de ce mot, le ministre infuse dans l’opinion que l’absence de pesticides rend la terre inculte.

Des durs à cuire !

Soyons honnête, la rhétorique est récurrente et elle fonctionne plutôt bien puisque la collectivité se laisse empoisonner sans broncher. D’ailleurs, suite au succès inattendu de l’Éloge du ver de terre, leur mot d’ordre a été : le glyphosate est indispensable à la sauvegarde des vers de terre… Ils ont le cuir du cerveau dur comme de la pierre, réfractaire à tout autre manière de penser le monde, la stratégie politique étant toujours de banaliser l’usage des pesticides.

Le lendemain matin, la porte-parole du gouvernement était à la manœuvre chez Léa Salamé sur France Inter, expliquant qu’il faudra donner du temps au temps pour en sortir… Ça fait un bout de temps qu’on entend ce refrain.

Faire peur, puis, à l’image du bâton et de la carotte pour faire avancer l’âne, rassurer le peuple.

Une aubaine pour les marchands

Finalement, tous ces représentants de commerce sont une aubaine pour les firmes de l’agrochimie. En ménageant la chèvre et le chou, ils font les affaires de leurs actionnaires, car, s’il est manifeste que les agriculteurs nourrissent la population, il est également incontestable qu’ils nourrissent tout un système qui les suce parfois jusqu’à la moelle.

La bonne distance est de…

Et pour être totalement juste, le ministre de l’Agriculture est favorable à une distance de sécurité de 3 à 5 m entre la dernière buse et la cour de récréation d’une école, ou la porte d’une habitation ou d’une crèche.

Pesticides =
nourriture de qualité =
autonomie alimentaire !

Quant à l’illustration de cet article, elle n’est pas anodine. Créée il y a quelques années aux États-Unis par une agence de communication, ses chiffres ne reposent sur aucune donnée scientifique.

Le but de cette publicité est de créer une confusion dans la tête de l’opinion publique pour assimiler l’abondance à l’agriculture technologique qui repose sur les OGM, les pesticides, les hormones de croissance et les engrais chimiques. Sa version française circule depuis peu sur les réseaux sociaux.

Version française d'une publicité américaine

Le message est trompeur, car la surface cultivée par un seul homme ou femme grâce au machinisme, un tracteur de 500 chevaux fait plus de boulot qu’un de 50, est amalgamée au rendement réel des cultures.

Les données ci-dessous émanent d’un bureau d’étude indépendant lié à AgroParisTech, le fleuron de l’enseignement agricole, et loin du rapport de 6 à 10 vanté par la pub, elles montrent un doublement de la performance nourricière, ce qui est déjà extraordinaire. Mais pas à cause des pesticides…


En conclusion, pour sauver les pesticides, tous les moyens sont bons, même celui de brandir le spectre de la pénurie alimentaire ! Belle journée et à la semaine prochaine.


MAJ

Le 7 septembre, le gouvernement décide de lancer le 9 une consultation citoyenne, car il veut imposer une distance minimale au 1er janvier. Les paris sont lancés, de quelle souris accouchera la montagne ?

Une réflexion sur “Pesticides = nourriture de qualité = autonomie alimentaire !

  1. dans ma région Dordogne,je remarque que de plus en plus de terre ne sont plus cultivees,si pas vendues, de bonnes terres agricoles pour bâtir,ou alors cultivees pour nourrir le bétail,de petites fermes faute d’être reprises louent ou vendent leurs terres pour construire,et on nous dit qu’il n’y aurait pas assez de surfaces cultivables pour nourrir les humains,..

    Avec votre Jardin Vivant vous êtes un sage Christophe

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