Sécheresses, canicules, et si tout était normal, naturel !

À force de vivre à côté de la nature, comme d’autres à côté de leurs pompes, il est logique que nous ressentions avec d’autant plus de violence les humeurs du climat.

Mettre la France sous cloche

Et à la sécheresse en cours, le gouvernement répond jeudi dernier en autorisant la création d’une soixantaine de lacs agricoles pour retenir l’eau en vue d’irriguer. Sur Cnews, le ministre de l’agriculture justifie sa décision le matin même : « On ne va pas regarder la pluie tomber du ciel pendant six mois et la chercher les six autres mois de l’année. »

Coupure de courant au pays des Lumières. Et pendant les 6 mois de pluie, pour éviter que les cultures pourrissent, le gouvernement va-t-il ouvrir un gigantesque parapluie au-dessus du pays ?

Sans aller jusqu’à mettre la France sous cloche, détourner l’eau pour la restreindre à une seule fonction, un seul usage, – l’arrosage des cultures industrielles et en particulier des déserts verts de maïs – contribue à aggraver encore plus l’impact environnemental d’une certaine agriculture qui perd les pédales pour ne pas perdre la face comme le dénoncent depuis des années les ONG. Lire le dossier de FNE :

« En Espagne, l’analyse des sécheresses entre 1945 et 2005 montre que les bassins versants comportant le plus de barrages connaissent aussi plus de sécheresses en aval… »

Se cacher derrière le climat

Le climat est bouleversé, et ils sont nombreux, agriculteurs comme apiculteurs, à l’accuser d’être responsable de la chute de leurs rendements. Et de fil en aiguille, certains « experts » vont jusqu’à soutenir que c’est le réchauffement climatique qui mettrait en danger notre alimentation ! Une habile manière pour ne jamais se remettre en question.

Le 8 août dernier, quelques heures après la publication du dernier rapport du GIEC, où une centaine de scientifiques appelle à un changement profond du modèle agricole et sylvicole, sur RTL, la FNSEA est déjà à la manœuvre par la voix de sa présidente qui voit dans ce rapport « un plébiscite pour l’agriculture à la française » !

Magnifique coup de com. en dépit de l’effondrement brutal de la biodiversité dans notre pays. Si l’agriculture française  était aussi vertueuse qu’elle veut bien le prétendre, son impact sur l’environnement devrait être transparent. Toujours est-il qu’en France comme ailleurs, ni plus ni moins, les abeilles meurent en grand nombre.

La bête noire

On peut cacher ses pratiques derrière le climat, s’autoproclamer être les premières victimes du réchauffement climatique, mais soyons réaliste, le climat a toujours été la bête noire de l’agriculteur ou de l’apiculteur.

Celui qui vit au contact de la nature subit toujours ses aléas. Car le temps va rarement dans son sens. Et il les subit avec d’autant plus d’incompréhension qu’il cultive ce sentiment moribond d’être supérieur à elle. Un navigateur qui prend la mer, sait cela, sait que les tempêtes sont aussi fréquentes que les mers d’huile, que le temps calme précède toujours l’agité, qu’après la pluie, le beau temps.

Les mots ont leur importance

L’idée d’un dérèglement climatique n’aurait jamais dû nous faire oublier que le climat n’a jamais été réglé avec des saisons bien définies et qui se répètent inlassablement à l’identique depuis la nuit des temps. Et autant en milieu artificiel, en laboratoire ou en serre, le climat est domestiqué à grand renfort d’énergie, autant en milieu naturel, il est indomptable.

Et si on rajoute à ce climat « sauvage », une déforestation sans précédent et le carbone emprisonné il y a 300 millions d’années dans la croûte terrestre, pendant le Carbonifère, tel un buffle remonté, il devient un peu plus imprévisible. Un peu plus remuant. Agité. Nous n’en vivons aujourd’hui que les prémisses. L’apéritif.

L’Histoire comme exemple

À l’occasion de la première grande canicule du 21e siècle, l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie rappelait le 14 août 2003 dans le quotidien Libération, que les coups de chaleur font partie de notre histoire.

Et parfois avec des conséquences dramatiques comme les 700 000 morts des canicules de 1718-1719, où le seul été de 1719 a tué, non pas 15 000 personnes comme en 2003, mais 450 000 en plus de la mortalité normale, précise-t-il dans un autre article.

J’ajoute que les sécheresses extrêmes ont déjà existé en France, comme celle de 1784 en Limousin, 9 mois consécutifs sans pluie, ou celle de l’année suivante sur toute la France.

Imaginons l’état de nos centrales nucléaires après de telles sécheresses. Lorsque, sous l’effet du réchauffement climatique, nos réserves d’eau sous forme de neige auront fondu du haut de nos montagnes. Comment les refroidir ?

Retenons-nous !

On retient déjà l’eau pour refroidir les centrales, pour produire de l’électricité, pour l’agriculture, pour boire, pour le plaisir… Mais en suivant le raisonnement du ministre, pour palier au climat de la planète qui se radicalise, nous devrions également créer de nouvelles retenues d’eau pour le nucléaire, la boisson, le lavage… Et en cas de disette du précieux liquide, qui sera prioritaire ? La piscine de mon voisin… À une certaine époque, on livrait les clefs de la cité en signe de soumission à l’agresseur, aujourd’hui ce sont celles de la Nature

Le 29 août, le gouvernement a autorisé une soixantaine de retenues. Par décret n° 2019-827 du 3 août 2019, il a assoupli la législation écologique en diminuant le niveau minimum des rivières pour augmenter le niveau des retenues. L’année précédente, c’était la carte des cours d’eau qui était allégée de quelques milliers de ruisseaux pour libéraliser les épandages de pesticides.

La sécheresse en cours est dramatique comme tous les événements climatiques extra-ordinaires, mais la réponse politique qui consiste à accentuer notre dérèglement n’est pas meilleure.

La Terre ne s’adaptera jamais, c’est à nous de nous mettre à son diapason, mais ce n’est pas le projet.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *