Pourquoi les drones ne remplaceront jamais les abeilles ?

Aujourd’hui, beaucoup n’hésitent plus à mettre la charrue avant les bœufs, en arguant, qu’infatigable et précis, le drone fait mieux que l’abeille.

Que la technologie permet d’augmenter les rendements… jusqu’à 50 % pour les pommiers et les cerisiers ! Bref, les firmes américaines savent nous faire les yeux doux 🙂

Face au déclin des abeilles, tout le monde se creuse la tête pour se remplir les bourses. Mais comme le mal n’est ni mystérieux ni démoniaque, mais bien identifié, pourquoi faire simple alors que ce nouveau marché mondial est estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros selon les auteurs de l’étude téléchargeable ci-après.

Par ailleurs, à l’image des semences, de l’eau ou de l’énergie, prendre le contrôle de la pollinisation, c’est également mettre la main sur l’alimentation de demain. Une hypothèse que nous argumentons dans l’Éloge de l’abeille : Oui, il y a une réelle volonté politique de faire sans elles, car les enjeux sont considérables.

Et enfin, revenons à l’essentiel, à un monde durable et bienveillant pour les générations futures, on ne sauvera pas les abeilles simplement en leur offrant des fleurs, puisque c’est d’un autre cadre dont elles ont besoin.


Robots abeilles et
pollinisation des cultures :

pourquoi les drones ne peuvent pas remplacer la biodiversité  ?

De Simon G. Potts, Peter Neumann, Bernard Vaissière, Nicolas J. Vereecken

Publiée le 14 juin 2018

Résumé,

L’idée qu’une pollinisation robotisée des cultures pourrait résoudre le déclin des insectes pollinisateurs a récemment gagné en popularité, et, en mars 2018, Walmart a déposé un brevet pour des robots abeilles autonomes.

Cependant, nous présentons six arguments montrant que cette « solution » n’est actuellement pas viable, ni techniquement ni économiquement, et qu’elle présente de surcroît des risques écologiques et moraux importants :

  • (1) malgré des avancées récentes, la pollinisation robotique est loin de pouvoir remplacer les abeilles pour polliniser efficacement les cultures,
  • (2) il est très improbable que l’utilisation de robots pour la pollinisation soit économiquement viable,
  • (3) Cela aurait un impact environnemental totalement inacceptable,
  • (4) des écosystèmes seraient endommagés bien au delà des cultures,
  • (5) cela conduirait à réduire notre appréciation de la biodiversité,
  • (6) se reposer sur la pollinisation robotisée pourrait en fait nous conduire à une situation d’insécurité alimentaire majeure.

Extraits,

Pour fournir une pollinisation croisée efficace, au niveau des communautés d’espèces végétales qui cohabitent, ou même dans un champ plus homogène de plantes cultivées, il ne suffit pas simplement de relever le défi technologique de concevoir un drone miniature capable de se diriger vers une fleur pour y collecter un peu de pollen.

Il y a plus de 350 000 espèces de plantes à fleurs sur la planète (Ollerton et al., 2011) qui, toutes, interagissent de manière unique avec les animaux qui assurent leur pollinisation pour permettre leur reproduction sexuée, la production de fruits et de graines qui en découlent, et leur évolution.

… Même à un prix raisonnable de 10 dollars par abeille-robot, le coût total de la pollinisation des superficies cultivées dans le monde entier serait de plusieurs centaines de milliards d’euros.

Peupler le monde avec des machines robotisées pour la pollinisation constituerait une invasion d’une ampleur considérable. Il est bien connu que, pour la faune pollinisatrice, les plantes sauvages et de nombreux éléments de la biodiversité, les espèces exotiques envahissantes provoquent des extinctions et disparitions locales/régionales, perturbent les réseaux d’interactions entre espèces, ainsi que les fonctions et services écosystémiques (Geslin et al., 2017).

Télécharger la version originale complète de l’étude, ou sa traduction française.

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