Que mangent les vers de terre ?

D’abord, cet article est la suite de :

Ensuite, chacun sait, enfin je l’espère, que les vers de terre comme les plantes ne mangent pas de la terre… enfin ne se nourrissent pas de matière minérale, raison pour laquelle il ne pousse rien sur la lune ! D’accord, il y a aussi d’autres bonnes raisons… comme la température qui n’est pas propice à la vie.

Bref, tous les vers de terre ne mangent pas la même chose, et les anéciques, ces grosses espèces vivant dans des galeries verticales appelées terriers, sont plutôt omnivores, ne crachant pas à l’occasion sur un morceau de viande !

Enfin, ceux qui ont lu son Éloge savent déjà tout ça.

Celui qui illustre cet article a été trouvé dans un pré bordant la Charente par Fabien Artigaud, auteur par ailleurs de la photo. Il s’agit d’un anécique à tête noire, une espèce d’aporrectodea. Très présente autrefois dans les champs cultivés, elle y a été exterminée par les engrais chimiques et les pesticides.

Charles Darwin

Charles Darwin a consacré plus de 40 ans de sa vie de chercheur à observer ces animaux, les anéciques, et en particulier le lombric terrestre. Voici un extrait de son éloge aux vers de terre qu’il a publié en 1881.

DARWIN écrit : ” Il est permis de supposer que tous les animaux qui se nourrissent de substances variées possèdent le sens du goût, et c’est certainement le cas pour les vers. Ils aiment beaucoup les feuilles de chou, et ils semblent pouvoir faire une distinction entre différentes variétés ; mais cela provient peut-être de différences dans la texture de ces feuilles.

Dans onze cas, on donna aux vers des pièces de feuilles fraîches d’une variété verte commune et d’autres de la variété rouge employée pour les conserves au vinaigre ; ils préférèrent les vertes, les rouges restant ou tout à fait négligées ou bien moins attaquées. Dans deux cas cependant, ils parurent préférer les rouges. Des feuilles à demi gâtées de la variété rouge et des feuilles fraîches de la verte furent entamées d’une façon à peu près égale.

Quand on leur donna tout ensemble des feuilles de chou, de raifort (une de leurs nourritures favorites) et d’oignon, ils préférèrent toujours ces dernières et cela d’une façon manifeste. On leur donna aussi tout à la fois des feuilles de chou, de tilleul, d’ampelopis, de panais (Pastinaca) et de céleri (Apium), et ils mangèrent tout d’abord celles de céleri.

Mais quand on leur donna ensemble des feuilles de chou, de navet, de betterave, de céleri, de cerisier sauvage et de carotte, ils préférèrent les deux dernières espèces, et tout spécialement celles de carotte, à toutes les autres, y compris celles du céleri. Après de nombreux essais il était donc manifeste que les feuilles de cerisier sauvage étaient de beaucoup préférées à celles de tilleul et de coudrier (Corylus). D’après M. Bridgman, les vers ont une préférence particulière pour les feuilles à demi gâtées du Phlox verna.

Des morceaux de feuilles de chou, de navet, de raifort et d’oignon furent laissés sur les pots pendant 22 jours, et toutes furent entamées et durent être renouvelées ; mais pendant tout ce laps de temps, des feuilles d’une espèce d’armoise et d’autres de la sauge culinaire, de thym et de menthe, mêlées aux feuilles précédentes, restèrent absolument négligées, sauf celles de la menthe qui furent à l’occasion grignotées, mais très faiblement. Ces quat†re dernières espèces de feuilles ne diffèrent pas dans leur texture de manière à pouvoir devenir désagréables aux vers ; elles ont toutes un goût bien accentué, mais c’est ce qu’ont aussi les quatre espèces de feuilles mentionnées d’abord ; et la grande différence des résultats doit nécessairement être rapportée à une préférence que les vers ont pour le goût de l’une plutôt que pour celui de l’autre.

La suite prochainement 🙂


En librairie mercredi

Vous avez dévoré l’Éloge du ver du terre, alors vous ne ferez qu’une bouchée de celui de l’abeille. Le glyphosate est corrosif, soit, l’humour aussi, et vous aimerez lire le dossier autant explosif qu’inédit sur ce pesticide classé inoffensif pour les abeilles : Glyphosate mon amour !

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