Jardin vivant, en permaculture ou naturel, lequel choisir ?

C’est un fait, les adeptes de la permaculture veulent apprendre des techniques comme on apprend une recette de cuisine, comme on apprend la peinture à des peintres en bâtiment.

Alors que le mot perma-culture intègre celui de culture ; un mot qui trouve sa source en 1910 aux États-Unis, sous la plume d’un agronome inquiet de voir les effets dévastateurs de cultivateurs sans culture !

Et suite à l’hégémonie de l’armée américaine lors de la Seconde Guerre, et du plan de George Marshall en 1947 pour “aider” l’Europe à se relever… « Il est logique que les États-Unis fassent tout pour aider à rétablir la santé économique du monde. » ; une aide qui a aussi pris la forme d’importations de machines agricoles, produits, semences…

Mais c’est surtout leur idéologie qui a fait baver dans beaucoup de foyers agricoles affiliés à la FNSEA, l’agriculteur américain n’étant pas vu comme un paysan suant sang et eau, mais comme un entrepreneur, un chef d’entreprise, l’exploitant d’un puits sans fond appelé la Nature.

Alors, le temps faisant, l’agriculture mondiale s’est dé-cultivée pour se mettre au pas. Et quand aujourd’hui un pays comme le Vietnam décide d’interdire le glyphosate, ce sont les États-Unis qui le rappelle à l’ordre : « Nous sommes déçus » par la décision de Hanoï, « qui va avoir des effets dévastateurs sur la production agricole mondiale ».

Et le 30 avril dernier, l’Agence américaine de protection de l’environnement déclarait que le glyphosate est inoffensif pour la santé humaine… Entendez pour la santé de la planète et en dépit des dizaines d’études indépendantes qui prouvent l’inverse. Dire qu’en France, la loi de 2014 sur l’agro-écologie affirme qu’il a toute sa place dans le modèle agroécologique !

Mais ce 30 avril, une autre décision montre la puissance de feu d’outre-atlantique. Dorénavant, les multinationales sont invitées à attaquer les pays de l’UE, si leurs normes environnementales et sociales vont à l’encontre de leurs intérêts. Une décision de la Cour de justice européenne.

À l’ombre de cette agriculture dominante coupée de ses racines naturelles, la perma-culture, à l’image de l’agri-culture, réclame de la culture, car c’est un art qui pose des actes créatifs en partenariat avec la Nature.

J’introduisais mon second livre sur la permaculture ainsi : « La culture est logée à la même enseigne que la musique, et il ne suffit pas de la connaître pour savoir en jouer ! »

Et le premier : « 1694, dictionnaire de l’Académie française, 1re édition ▱ AGRICULTURE. s. f. L’Art de cultiver la terre, & de la rendre fertile. Le premier de tous les Arts, c’est l’agriculture. »

Et dans le dernier : « C’est le parasite qui fait vivre son prédateur. Et l’autorégulation, à l’image d’une gouvernance du milieu, est ce subtil équilibre où les parasites ne mettent pas en danger les récoltes car ils offrent leur beefsteak à leurs collègues carnivores. C’est le summum de l’art agricole, car l’agriculture est un art à part entière, reconnu comme tel jusqu’au 19e siècle, comme un art premier, le premier des arts avant la peinture. »

Et le sous-titre de ce blog est : le Journal d’un perma cultivateur ; la perma-culture étant la culture des cycles, des mouvements et du changement, la base pour coopérer avec la diversité biologique. Parce que la permanence d’un système ne repose pas sur sa stabilité, mais sur son contraire, le mouvement. Lire +

Et dans l’interview publiée dans le Journal minimal du 16 avril dernier, ce n’est pas un hasard si la journaliste a repris cette phrase en accroche : « La permaculture ne s’apprend pas, c’est une sensibilité que l’on développe. » Puis, elle écrit que je suis l’ami des plantes… Euh… non, non je ne peux pas être leur ami puisque je les mange 🙂 Enfin, ce n’est pas ma conception de l’amitié.

La butte ou la vie !

Il y a quelques jours, non loin de chez moi, sur une légère pente pour être bien visibles de la route et du passant, comme pour dire, j’en suis, je découvrais de belles buttes sorties fraîchement de terre. Et, oh chance, à côté, son créateur posait encore !

C’était un magnifique tractopelle jaune rutilant, le pire ennemi du ver de terre et de tous les animaux qui fabriquent l’humus à la surface du sol. Était-il fier de l’œuvre qu’il venait de créer avec ses dents d’acier ? Est-ce cela la permaculture ? Détruire le milieu pour le façonner à son image. J’ai beaucoup écrit au sujet de ce mythe de la butte.

Et puis il y a les disciples de la couverture permanente jaune paille. Leur recette est simple : toujours avoir une belle botte ronde sous la main, une paille le plus souvent gorgée de pesticides et d’hormones de croissance… Qu’importe, c’est l’intention qui compte.

Mais cette couverture permanente favorise aussi les limaces et les rats taupiers. Qu’importe, car, grâce aux réseaux sociaux, ils sont devenus pour beaucoup de merveilleux auxiliaires, certains n’hésitant pas à sacrifier une partie de leur récoltes à ces animaux, parfois même à cultiver pour eux afin qu’ils se reproduisent encore plus…

Qu’importe pour ces jardiniers, puisque le jardin n’est qu’un espace de loisir. Leur alimentation, ils l’achètent, et quand ils achètent une salade bio au supermarché, qu’importe qu’elle ait nécessité 5 fois plus d’eau pour être débarrassée de ses pucerons et autres limaçons rescapés du Feramol.

En revanche, en culture professionnelle et vivrière, les limaces et les rats taupiers restent des parasites des cultures au même titre que les altises, les pucerons, les doryphores…

Autrefois, c’était plus simple

Autrefois, chaque foyer avait son jardin pour se nourrir, sauf les plus pauvres, les miséreux et les gueux qui la quémandaient. Comme aujourd’hui diront les mauvaises langues… sauf que les élites royales et cléricales ne la quémandaient pas mais la volaient aux paysans au nom d’un droit divin ! Comme aujourd’hui diront d’autres.

Et effectivement, dépouiller son prochain sous prétexte d’être hiérarchiquement plus méritant ou proche du Ciel est une technique qui a fait ses preuves. Aujourd’hui, rien n’a changé, les élites continuant de se gaver sous prétexte d’être des créateurs d’emploi. Quant aux plus pauvres, avec les aides sociales, leur condition a été institutionnalisée. Bref, je m’éloigne.

C’est en forgeant
qu’on devient forgeron

Et c’est en cultivant sa nourriture qu’on découvre l’extraordinaire complexité d’un écosystème cultivé. Que les sols nourriciers sont le produit d’une digestion et que la vie fabrique son propre humus pour se développer et se survivre à partir de ses déjections corporelles. Ou de ses corps.

C’est pas très glamour, mais ainsi vit la vie. Lire l’importance de recycler ses pipis cacas… dans son jardin !

La perma-culture ne s’apprend pas, c’est une sensibilité que l’on développe au fil du temps, c’est une manière de poser son regard sur le monde qui nous entoure. Pour celui qui vit au contact de la nature, la formation est donc permanente. Mais comme pour la musique, il ne suffit pas de la connaître pour savoir en jouer, c’est une écoute, un véritable travail quotidien pour aiguiser son regard.

Mais on n’aiguise pas son regard en la regardant comme on regarde une vidéo sur Youtube. Il faut être dans l’action, être l’acteur de son propre film. Par exemple, nous avons tous coutume de dire qu’il faut offrir le gîte et le couvert à la biodiversité dans son jardin. C’est vrai que sans logement ni nourriture, pourquoi quelques-unes des 10 000 espèces de pollinisateurs viendraient chez vous féconder vos plantes ? Ah, parce que c’est la nature… et qu’elle rend gratuitement des services.

Si vous m’offrez une réplique dans votre film, je vous répondrais : – Mais sur quelle planète vies-tu ?

Quand l’idée du jardin naît

L’idée du jardin vivant n’est pas une idée nouvelle, et comme la perma-culture ou l’agri-culture, elle remonte à la naissance des espaces cultivés et du temps où l’espèce humaine n’avait pas d’autres choix que de coopérer avec la Nature pour survivre.

Et quand j’associe les deux mots, c’est sûrement en souvenir de mon enfance, où, sur la ferme familiale, le vivant était omniprésent. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’habiter sur une autre planète 🙁

L’expression jardin-vivant a été depuis reprise, galvaudée par certaines enseignes commerciales… Pour info, savez-vous que l’agriculture du vivant utilise du glyphosate ?

Bref, en permaculture, naturel ou vivant, qu’importe les mots, seule votre position compte : soit vous collaborez avec la nature et faîtes des animaux et du vivant vos collaborateurs, à l’exemple du ver de terre, de l’abeille, de l’araignée, de l’oiseau… soit vous rejoignez les rangs des extraterrestres et de la culture hors-sol.

Pourquoi extra-terrestre ? Parce qu’ils se comportent comme des envahisseurs, comme s’ils venaient d’une autre planète, comme si la Terre n’était pas la mère de leur existence.

Une réflexion sur “Jardin vivant, en permaculture ou naturel, lequel choisir ?

  1. En parlant de culture, j’ai regardé le doc d’hier soir sur la 5, et j’ai été sidérée par le manque de connaissance des agriculteurs ! Un couple d’une soixantaine d’années, qui avait connu de grandes difficultés financières sur leur exploitation agricole, évoquait le coût élevé des aliments industriels pour leur vaches laitières. Il expliquaient que face aux difficultés financières, ils décidèrent de remettre le troupeau à l’herbe, et furent étonnés que les rendements étaient les mêmes. Le journaliste leur demande pourquoi ils ne l’ont pas fait avant. La dame répond : “on ne savait pas que ça pouvait marcher”.

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