Les vers de terre stimulent la croissance des plantes ! Mais comment font-ils ?

Suite de l’article : Augmentez vos récoltes grâce aux vers de terre

… Pour que les vers de terre stimulent la croissance des plantes au point d’en entraîner une augmentation de 25 % des rendements, il est impératif qu’ils soient à proximité des poils absorbants pour se faire aspirer leurs urines.

L’ex-directeur de recherche à l’INRA, Marcel B Bouché, avait mené des travaux sur les transferts d’azote des vers de terre vers les plantes. Lire : C’est le ver de terre qui nous le dit !

Elles mènent la danse

Quel bonheur de lire sous la plume de Jeff Lowenfels et Wayne Lewis, Collaborer avec les bactéries, que ce sont les plantes qui mènent la danse. Ouah, on se sent moins seul… Et Stefano Mancuso, professeur à l’université de Florence, écrit dans la préface de la Révolution des plantes, comment les plantes ont déjà inventé notre avenir :

« Les animaux se déplacent, les plantes sont immobiles ; les animaux sont rapides, les plantes sont lentes ; les animaux consomment, les plantes produisent ; les animaux génèrent du CO2, les plantes le fixent… » (Enfin le transforment en sucre, l’essence du monde cellulaire) « On pourrait continuer à l’infini cette liste d’oppositions ; mais la plus importante, qui est aussi la moins connue, tient en deux mots : diffusion et concentration. Toutes les fonctions confiées, chez les animaux, à des organes spécialisés sont distribuées chez les plantes sur la totalité de leurs corps. »

Je partage sans retenue sa position, car nous ne mesurons pas toutes les conséquences d’une telle différence, qui, finalement, nous rend si proche si loin, et dans un état d’incompréhension totale.

Quel est le but des Savoirs ?

D’en savoir plus… 🙂

Mais les simplifier pour faire passer la pilule, est-ce la solution ? Est-ce productif ? Je partage à 100 % le point de vue du professeur italien, mais cette opposition, comme pour enfoncer le clou de sa démonstration, n’est-elle pas trop simpliste ?

Certes, cette idée d’une opposition entre le monde animal et végétal est séduisante, flatteuse pour l’esprit, d’autant qu’elle semble imparable, flirtant avec le concept religieux du bien et du mal, du noir et du blanc, et d’un monde binaire où toute chose a son contraire. Un environnement intellectuel qui nous est familier.

Sauf que le monde du vivant ne peut pas se réduire à une simple opposition. Héritée de l’Inquisition, ou plutôt érigée, puis propulsée au 18e siècle dans le monde scientifique par le « père » des classifications, Karl Von Linné, l’homme qui a mis en boîte le vivant, cette croyance n’a fait qu’accroître notre incompréhension en isolant les espèces les unes des autres.

Au sujet de Linné : « Mais son œuvre s’appuie aussi sur sa conception très personnelle de l’univers, un univers fixe, fixé par Dieu. C’est un Créationniste qui croit que chaque être est tel qu’il a été créé par le Créateur.» Éloge de l’abeille.

La vie est un système

L’objet n’est pas ici d’élucider si le monde du vivant a été créé par un dieu ou s’il est la rencontre fortuite d’une goutte d’eau avec une particule de magma terrestre refroidi… Bref, ni végétal ni animal, il y a aussi le monde des champignons, indispensables à la vie, le monde bactérien, celui qui influence notre comportement en modifiant l’expression de nos gènes… les archées, les virus… Bref, y’a plein de monde qui vit sur cette planète, et une plante est comme un animal, ce n’est pas une, mais un système, un ensemble. Revenons au professeur Mancuso :

« Malgré l’absence de tout organe assimilable à un cerveau central, les plantes perçoivent leur environnement avec une sensibilité bien supérieure à celle des animaux… » « L’organisation anatomique complexe des plantes et leurs principales fonctions requièrent un appareil sensoriel bien développé… Ainsi, pour explorer les ressources à leur portée, les végétaux se prévalent, entre autres, d’une réseau racinaire raffiné formé d’apex en croissance constante, qui permettent une exploration active du sol. »

“Active” pour dire qu’elles le font en pleine conscience, par opposition à explorer à tâtons ou au petit bonheur la chance.

Ils court-circuitent le système

À la page 26, les auteurs de Collaborer avec les bactéries écrivent que les engrais chimiques sont des sels qui pompent l’eau des bactéries, des champignons… irritent la peau des vers de terre, et « comme tous ces organismes se trouvent à la base du système de nutrition des plantes, vous êtes obligé de continuer à mettre de l’engrais à partir du moment où vous commencez à en employer régulièrement… »

En effet, ces intrants court-circuitent le système en nourrissant directement les plantes. Ne pouvant plus remplir leur fonction, ces organismes deviennent d’autant plus inutiles, que les engrais chimiques sont toxiques. Alors ils meurent intoxiqués ou de faim, certains s’enkystant tout de même en attendant des jours meilleurs.

Pour être complet, outre de stimuler la croissance des plantes, on doit rajouter que les vers de terre stimulent aussi l’activité bactérienne du sol… Tout simplement, parce qu’ils pèsent lourd, et plus ils sont gras, plus ils engraissent les plantes, plus ils dynamisent l’effervescence biologique.

Lettre au Président

Extrait. 19/01/2019 : Pourquoi les vers de terre sont-ils si importants ? Parce qu’ils peuvent représenter jusqu’à 80 % de la masse des êtres vivants qui fabriquent la nourriture des plantes dans un sol cultivé. Et en cessant de les nourrir, c’est bien l’ensemble d’un agrosystème qui s’est effondré, mort de faim ou empoisonné. Et pour revenir à l’érosion, parce qu’il ne faut jamais se tromper de sens, c’est bien l’extinction du ver de terre qui cause l’érosion des sols, comme le réchauffement climatique cause l’érosion des pôles.

L’important c’est le secret

J’ai toujours soutenu que le ver de terre n’était qu’une entrée, un prétexte pour rentrer dans le système. Et comme pour l’abeille, ce n’est pas l’entrée qui est importante, mais le système sur lequel elle débouche. Parce que la permanence d’un système ne repose pas sur sa stabilité, mais sur son contraire : le mouvement. C’est le changement qui est immuable, pas l’immobilité 🙂

Raison pour laquelle la perma-culture est la culture des cycles, des mouvements et du changement, car, à l’image de l’Univers et de ses grains atomiques, la planète et sa Nature ne sont que mouvements. Bref…

Alors, le secret pour tenter d’y comprendre quelque chose, est de penser système. Que la roue tourne sans cesse, qu’une espèce ne peut être vue en dehors du système où elle prospère, qu’il n’y a ni bonnes recettes ni bonnes solutions, seulement des compromis acceptables en fonction des conditions du moment.

Nous pourrions même pousser l’idée plus loin en nous demandant si notre espèce a sa place dans la nature sauvage et indomptable. Oui, à la cime des arbres… 🙂

La plante cultive son milieu

Ce qui étonne, c’est la proximité organique et fonctionnelle du nectar et des exsudats racinaires. Loin d’être écervelée, tout porte à croire qu’elle veut avoir la main sur son environnement, et outre de contrôler sa sexualité, de contrôler également tout ce qui se déroule à ses pieds. Et les plantes cultivent le sous-sol en établissant des partenariats : Je te donne du sucre, tu me donnes des nutriments.

Aujourd’hui, nous savons que beaucoup passent ce deal avec les champignons et les bactéries, mais on découvre également que certaines plantes le passent aussi avec les vers de terre. Mais ce n’est pas systématique, parce que chacune crée des partenariats en fonction de ses besoins.

Une culture en pots de fleur !

Apportons de la nuance aux chiffres de cette étude, car elle a été conduite en hors-sol, dans des pots de fleurs, certains avec des vers, d’autres sans. Certes, chacun comprendra aisément la difficulté de conduire un essai en plein champ, comme d’y transposer tel quel les résultats.

Mais ce n’était pas une première, car plus de 200 essais ont été auparavant réalisés dans le monde pour évaluer si les vers de terre font de l’effet aux plantes ! Et les plus vieux datent d’une vingtaine d’années, parfois plus, et leurs résultats vont tous dans le même sens.

À ce sujet, faisons référence au professeur émérite de la Sorbonne, Patrick Lavelle, l’une des figures mondiales du ver de terre, directeur du laboratoire d’Écologie des sols tropicaux de l’IRD, abonné à ce blog, et qui m’écrit cette semaine :

« A ce sujet, votre thèse suivant laquelle les vers suceraient (butineraient) les exsudats racinaires riches en sucre, mais pauvres en protéines, est un sujet de controverse.

Des marquages au C13 sur de la canne à sucre peuvent en effet soutenir cette hypothèse, ainsi qu’une étude de Marcel Bouché, mais d´autres travaux, en particulier ceux d’Anne Zangerlé avec des expériences en pots, montrent que ce sont plutôt les plantes qui recherchent les turricules frais pour utiliser les nutriments… »

La suite prochainement,

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