Augmentez vos récoltes grâce aux vers de terre

Les vers de terre stimulent la croissance des plantes. Mieux, leur présence entraîne une augmentation de 25 % des rendements selon une étude publiée dans Nature le 15 septembre 2014.

Here we show, using meta-analysis, that on average earthworm presence in agroecosystems leads to a 25% increase in crop yield and a 23% increase in aboveground biomass.

Qu’il est loin le temps où l’on croyait que les vers de terre étaient des parasites des cultures parce qu’ils mangeaient les plantes par les racines…

Et, sauf erreur de ma part, le premier pesticide créé par l’homme, l’a été pour les empoisonner. Ça remonte au Moyen Âge, et il était à base de cuivre comme la célèbre bouillie bordelaise homologuée en bio !

Quel est le secret des vers de terre
 pour faire pousser les plantes ?

Je vous rassure, car en dehors de celui de labourer en profondeur et en permanence les sols, les vers de terre, enfin certaines espèces, pas toutes, n’ont pas de pouvoir particulier. Mais c’est déjà énorme puisque aucune technologie ne peut les égaler sur ce terrain.

En revanche, dans cette affaire de stimulation, le pouvoir est dans les mains des plantes. Eux, pas mieux ni pire que des abeilles quand ils butinent. Oui, oui, j’ai bien écrit que les vers de terre butinaient 🙂

Mais butiner ne veut pas dire polliniser. D’ailleurs, certains insectes pollinisateurs, plus malins que d’autres, arrivent à butiner sans polliniser… Pour en savoir +, le 15 mai en librairie ou feuilleter en attendant.

Les vers de terre butinent !

Vous imaginez bien que les chercheurs américains, hollandais et brésiliens qui ont travaillé sur le sujet, ne sont pas allés sur ce terrain. Ils sont restés dans les clous, expliquant qu’en consommant la matière organique, les vers de terre libéraient seulement l’azote emprisonné.

The magnitude of these effects depends on presence of crop residue, earthworm density and type and rate of fertilization. The positive effects of earthworms become larger when more residue is returned to the soil, but disappear when soil nitrogen availability is high. This suggests that earthworms stimulate plant growth predominantly through releasing nitrogen locked away in residue and soil organic matter. Our results therefore imply that earthworms are of crucial importance to decrease the yield gap of farmers who can’t -or won’t- use nitrogen fertilizer.

Au Moyen Âge, on croyait que… et aujourd’hui, on croit toujours que les plantes subissent leur environnement comme tous les êtres vivant en bas de l’échelle. En cause, leur absence supposée de conscience, donc d’intelligence (Cf. Intelligence végétale). En cause, cette idéologie appelée spécisme (Cf. Le mythe de l’agriculture végane), et qui postule d’une hiérarchie entre les espèces : que certaines sont inférieures, d’autres supérieures. Et pendant ce temps-là, l’humain, le roi des animaux… Bref, on s’éloigne.

L’urine végétale

Tout ceux qui travaillent avec des couverts verts, savent qu’un vert vaut 10 secs pendant l’hiver, car les lombrics aiment se délecter de l’urine des plantes. C’est du moins ce que je croyais.

Et même si certaines sources affirment que les plantes utiliseraient l’extrémité de leurs racines pour évacuer leurs déchets, il s’agirait que d’un usage secondaire. Tout comme celui de les utiliser à des fins défensives pour contrôler leur territoire, entendez leur réserve nutritive.

L’urine. Pour les espèces animales, on nomme ce déchet corporel en référence à sa richesse en urée (composé azoté). Et la teneur en azote de l’urine humaine est comparable à celle du lombric terrestre, même si l’un la pisse et l’autre la transpire.

Mais pour les plantes, difficile d’user du même mot car le liquide visqueux (mucilage) secrété par l’extrémité des plantes n’en contient pas.

Le nectar racinaire

Nous savons que le nectar, ce liquide sucré produit par la plante lors de la floraison, n’est pas autre chose qu’un appât pour piéger son facilitateur sexuel (Éloge de l’abeille). Et bizarrement, leurs suintements racinaires sont sucrés, la plante pouvant y consacrer jusqu’à 1/3 de sa production de sucre.

Cécile Waligora – TCS n°57 ; mars/avril 2010. Racines et sol : un monde de communications et d’équilibres :

Ces exsudats racinaires sont constitués de deux fractions majeures, en plus des cellules exfoliées de la coiffe : Les mucilages, composés à 95 %, de sucres (polysaccharides) et à 5 % de protéines, essentiellement des produits carbonés issus de la photosynthèse ; et des exsudats solubles, également issus du processus de photosynthèse, composés de molécules de plus petite taille comme des sucres simples, des acides aminés, des acides organiques, des enzymes, des phénols, des stérols ou encore des vitamines…/… L’ensemble de ces exsudats racinaires correspond ainsi entre 5 à 30 % des produits de la photosynthèse, soit entre 1 et 3 tonnes de C/ha/an.

Et comme tous les animaux, le ver de terre aime le sucre ! Et il a le bec fin comme l’a écrit Charles Darwin dans son dernier opus :

Il est permis de supposer que tous les animaux qui se nourrissent de substances variées possèdent le sens du goût, et c’est certainement le cas pour les vers. Ils aiment beaucoup les feuilles de chou, et ils semblent pouvoir faire une distinction entre différentes variétés…/… Quand on leur donna tout ensemble des feuilles de chou, de raifort (une de leurs nourritures favorites) et d’oignon, ils préférèrent toujours ces dernières et cela d’une façon manifeste…

Le sucre, l’essence des cellules, un sucre suinté à l’extrémité des poils absorbants des racines, et dont la fonction est aussi de renforcer leur adhésion aux particules du sol.

À ce sujet, Juliette Clément écrira dans un billet publié le 31 mars 2014 dans le blog de Vegenov, « Défense des plantes : les exsudats racinaires, un arsenal caché » : Ancrage dans le sol et nutrition sont loin d’être les seules fonctions des racines… L’extrémité des racines joue un rôle crucial dans la survie et le bon développement de la plante…

Des petites gâteries !

Mais la première destination de ces friandises est à mon avis, et à l’image du nectar floral, d’appâter pour créer une dynamique de vie dans sa racino-sphère, la rhizosphère.

Du reste, pour que les vers de terre stimulent la croissance des plantes au point d’en entraîner une augmentation de 25 % des rendements, il est impératif qu’ils soient à proximité des poils absorbants pour ce faire aspirer leurs urines.

L’ex-directeur de recherche à l’INRA, Marcel B Bouché, avait mené des travaux sur les transferts d’azote des vers de terre vers les plantes. Lire : Et si le ver de terre révolutionnait notre approche de la fertilisation de Gilles Domenech.

Elles mènent la danse

Quel bonheur de lire sous la plume de Jeff Lowenfels et Wayne Lewis, Collaborer avec les bactéries, que ce sont les plantes qui mènent la danse. Ouah, on se sent moins seul… LIRE la suite

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