La sexualité du ver de terre mise à nu

Article publié initialement le 08/11/16,
version complète à retrouver dans son É l o g e.


Dire que le ver de terre a une sexualité débridée, serait tout aussi racoleur que de soutenir qu’il ne prend aucun plaisir. Pourquoi ? D’abord, parce que tout le monde ignore s’il en prend, lui seul pourrait répondre, ensuite parce que l’Histoire nous a appris à nuancer nos certitudes pour ne pas la gober.

Il ne tire pas comme un lapin

Une certitude tout de même, chez le lombric terrestre, on ne tire pas comme un lapin. Et sans vouloir offenser certains hommes, il prend même ce temps nécessaire au plaisir de l’échange.

Soyons clairs, mon but n’est pas ici de réveiller certaines frustrations féminines, même si nous devons admettre que les préliminaires font partie intégrante de la sexualité du ver de terre.

Bref, j’imagine que ça peut faire rêver certaines, mais je dois recentrer mon propos sur ce lombric qui niche dans les profondeurs du sol et qui passe son temps à faire des allers-retours entre le sous-sol et la surface du sol comme s’il n’avait rien d’autre à faire que de mélanger la matière organique avec la matière minérale qu’il remonte du fond de son trou. Et chez lui, on s’accouple nu comme un ver sur le sol.

À deux, mais sans papa ni maman

Pas de brutalité ni de pluralité, on fait les choses à deux. À deux, mais sans papa ni maman puisqu’ils sont tous bisexuels ! Mais ça, vous le saviez déjà.

Et dire qu’il aura fallu que j’attende ma cinquante cinquième année pour assister aux ébats langoureux de deux lombrics terrestres ! Platement, j’avoue avoir fait un bond quand j’ai voulu les toucher. Pas pour participer, je ne suis pas zoophile, mais dès que mon doigt a effleuré l’un d’eux, comme deux élastiques tendus à bloc, ils se sont détendus à la vitesse d’une flèche décochée pour réintégrer leur galerie respective.

Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un ver de terre soit aussi vif. Très impressionnant.

Ni caca ni pipi

À ma connaissance, ni caca ni pipi dans les pratiques sexuelles du ver de terre, seulement beaucoup de questions sans réponses. Par exemple, comment savent-ils que leur voisin de palier a la même envie qu’eux au même moment ?

J’écris voisin de palier parce que le ver de terre baise avec sa voisine. Le premier voisin qui sort la tête de son trou, pan : prends ça dans le cornet, voisine. Pour ceux qui commencent bêtement à s’exciter, je rappelle que sa voisine est un voisin.

Mais une chose en entraînant une autre, seraient-ils si enclins à s’accoupler si le coït était douloureux ? En d’autres mots, qu’est-ce qui les pousse à l’acte ? Certains m’objecteront l’instinct ! L’inné, une idée à balayer comme toutes les idées reçues puisqu’elle présuppose l’humain comme une espèce à part. Mais la considérer à l’égal des autres espèces réclame aussi de reconsidérer le plaisir animal.

Des vaches qui aiment se lécher

Croyez-vous que l’abeille mâle aurait envie d’enfiler sa reine s’il savait qu’en se retirant, il se ferait arracher les couilles et la bite ? Croyez-vous que si la douleur précédait l’éjaculation, la surpopulation aurait vu le jour ?

Et même s’il y a une alchimie hormonale au départ, reste que l’idée du bien-être est tout aussi excitante que celle de la douleur est anesthésiante. Et chez les mammifères mâles, l’excitation est bien requise pour la reproduction, l’érection se nourrissant de l’idée d’un bien-être.

Vacher, puis berger, il y a très longtemps, j’ai passé beaucoup de temps à observer les animaux « domestiques ». Et je confirme qu’il faut être aveugle pour ne pas voir que le passage à l’acte chez l’animal est motivé par le plaisir, à l’exemple des vaches, dont le comportement naturellement lesbien saute à la figure. Des vaches qui adorent se câliner et se lécher mutuellement la tête et le cou en fermant les yeux.

Et elles ne se lèchent pas seulement ces zones quand elles sont en chaleur. Des êtres sensibles tout à fait étonnants et attentionnés, et il n’y a pas de hasard si en Inde, la vache est sacrée, considérée comme la Mère, la mère universelle.

Le lombric mouille !

À ce stade, c’est bien de se souvenir que la reproduction ne concerne que le monde du vivant ! Par ailleurs, impossible d’écarter la notion de plaisir de l’acte de reproduction, même si pour le lombric, il serait tout aussi hasardeux de soutenir qu’il en prend que d’affirmer qu’il fait sa giclette comme un robot, uniquement parce qu’il est programmé génétiquement pour la faire.

Et comme leur rapport dure assez longtemps, plus longtemps que le coït moyen de deux êtres humains, il n’est pas invraisemblable d’envisager qu’ils échangent plus que des gamètes mâles. Parce que le lombric terrestre porte sur lui les cellules reproductrices mâles et femelles, et l’acte consiste en un échange mutuel de sperme.

Alors, quand il est chaud, il doit trouver un voisin en chaleur, et tout en gardant sa queue accrochée à l’entrée de son terrier, s’allonger pour se coller à son partenaire et procéder à l’échange. Ensemble, ils mouillent produisent un mucus qui les enveloppe et les rend assez ragoutants, enfin peu appétissants pour leurs prédateurs ! Vidéo


La suite de l’Éloge du ver de terre, l’Éloge de l’abeille, ou quand les insectes ont le bourdon, sort en librairie le mercredi 15 mai.

Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre exemplaire dédicacé.

2 réflexions sur “La sexualité du ver de terre mise à nu

  1. Bonjour Monsieur Gatineau
    Je découvre votre site et je vous en remercie.
    Il est très riche et passionnant.
    Donnez vous des conférences ? Faites vous des formations ?
    Merci pour ce que vous faites

    Dominique

    1. Bonjour Dominique,

      Des conférences, rarement, des formations, jamais… Belle journée

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