Le mythe de l’agriculture végane ou le rêve d’Icare

L’agriculture végane est un mode de production agricole sans aucun intrant d’origine animale, respectueux de l’environnement, qui cherche à être favorable aux animaux sauvages et à leur nuire le moins possibleTechniquement, l’agriculture végane repose sur l’enrichissement permanent du sol. Cahiers antispécistes n°36.

Il va s’en dire que sur ces fermes, l’exploitation animale est bannie, on n’exploite pas son prochain, pas de stagiaires 🙂 ni de traction animale, on utilise le tracteur ou le quad ! Pas de chiens ni de chats bien évidemment. Pas de tapettes à souris ou à rats. L’agriculture végane est aussi appelée agriculture bio-cyclique végétalienne !

Restaurant végan et
agriculture raisonnée

Un restaurant végan s’est ouvert à Limoges, et à 2 reprises, j’ai découvert leur cuisine, exquise, digne d’un étoilé. Et je n’exagère pas, c’était trop bon ! Cela m’a permis de manger des fèves fraîches en plein mois de janvier… La fève, ce légume du pauvre, qui avait pris l’avion comme beaucoup d’ingrédients présents dans mon assiette.

Autrement dit, en dehors de la salade poussée sous serre, du potiron et de la carotte, beaucoup de plantes avaient réalisé le rêve d’Icare !

Et quand je demande si c’est du bio, on me répond que c’est de l’agriculture raisonnée, autrement dit, cette agriculture qui épand raisonnablement des pesticides, comme des insecticides, qui, comme leur nom ne l’indique pas, tuent plus que des insectes, mais également des oiseaux. Tuent plus que des oiseaux. Bref, sans parler des cultures OGM, des engrais chimiques…

À leur décharge, et c’est important, j’ajoute que la propagande est aujourd’hui telle dans l’univers agricole, que même les experts se font rouler dans la farine sous la pression des lobbys qui jonglent avec les mots ; même une chienne y perdrait ses petits. 🙁

Burki

L’agriculture végane n’existe pas !

Soyons clair, nous sommes si proches de la vue de l’esprit, sa différence étant si mince avec les autres, qu’on peut dire que l’agriculture végane n’existe pas.

The clash

Alors qu’ils auraient dû débattre du fond, et en agriculture, c’est la fertilité, comment la maintenir à moindre coût, 2 citadins en sont venus aux mains, enfin aux mots, pour se clacher par tribunes interposées dans Reporterre.net.

Paul Ariès : L’agriculture végane serait incapable de nourrir huit milliards d’humains et la seule solution pour remplacer le fumier animal serait toujours plus d’engrais chimique, de produits phytosanitaires, bref tout ce qui détruit la terre, l’humus et les insectes.

FAUX. On sait faire sans fumier depuis la nuit des temps, le fumier n’étant qu’un état concentré de la matière organique. Lire Nourrir l’humus, l’estomac des plantes.

Réponse d’Aymeric Caron : Allons donc. De plus en plus fort dans l’intox. Il faut entre 3 et 11 ou 12 calories végétales pour obtenir une calorie animale (oui, les animaux doivent bien manger des végétaux pendant leur courte vie avant qu’on les tue pour les transformer en steaks).

FAUX. A. Caron s’appuie uniquement sur les élevages industriels, qui sont effectivement une aberration économique, sociale et écologique, à mon avis un crime contre l’humanité.

Mais on ne peut pas mettre dans le même sac, ces supposés “élevages” érigés en camps de concentration avec l’élevage paysan, qui, selon les conditions régionales, est à l’inverse, très économe.

Avant l’avènement du pétrole,

du plastique et des serres chauffées à l’énergie nucléaire, la chair animale était le seul moyen pour survivre durant l’hiver et le printemps. En effet, autant dans les contrées chaudes et humides, c’est très facile de se nourrir de végétaux toute l’année, autant dans des régions comme le Limousin, on mange quoi de décembre à juin : des soupes de pommes de terre avec quelques carottes, choux et poireaux, des lentilles et des haricots secs, des bouillies de blé noir et de seigle. Une situation culinaire très loin de la nourriture végane proposée par l’agroalimentaire ou la restauration.

Chez moi, au bord de la mer,

en Saintonge, un climat pourtant privilégié avec quasiment 300 jours de soleil par an, on mangeait l’hiver la soupe de fève, une soupe noire et rebutante qui réclame d’avoir faim… La viande, même sur la ferme, restait un met d’exception.

Paul Ariès : L’agriculture tue beaucoup plus d’animaux que l’élevage (25 fois plus pour la production de blé).

FAUX. Sauf à mettre sur le même plan, la vie d’un puceron et d’une vache… 🙂 Mais en kilo de poids vif, bref, un argument à la mords-moi le nœud.

Réponse d’Aymeric Caron : Peut-être faut-il comprendre que la culture de végétaux tue plus d’animaux que les 70 milliards d’animaux terrestres élevés chaque année pour nous nourrir, et qui ont eux-mêmes été nourris aux végétaux ?

Pas FAUX. Mais pour avoir raison coûte que coûte, il dégaine une vieille ficelle en amalgamant les fermes usines avec l’agriculture locale et paysanne.

Paul Ariès : Prétendre interdire tout élevage, y compris paysan, est soit totalement stupide soit intéressé.

Pas totalement VRAI, car ce n’est ni stupide ni intéressé.

Réponse d’Aymeric Caron : Paul, vous n’avez visiblement jamais lu un livre sur l’antispécisme que vous critiquez tant, ou vous n’avez pas bien compris. Les antispécistes, et donc de nombreux véganes (antispécisme et véganisme sont liés, mais ne désignent pas la même réalité), souhaitent en effet la fin de toute forme d’exploitation animale, et donc la fin de l’élevage.

Heu, non…

Je suis antispéciste et je ne partage pas cette vision radicale, comme je ne partage pas que tous les végans sont des gens radicalisées, à l’exemple d’Aleks Evtimov, l’auteur de Veganews et Plus d’arbres, moins de connards, un modèle de tolérance, comme je ne partage pas que tous les éleveurs sont des connards, c’est même une minorité. La même que l’on retrouve dans tous les milieux. Oui, le connard n’a pas de frontières… oui on peut être antispéciste et manger de la viande sans marcher sur la tête !

C’est quoi l’antispécisme

SPÉCISME. Idéologie qui postule d’une hiérarchie entre les espèces ; de la supériorité de l’être humain sur les animaux. Être antispéciste, c’est donc ne pas adhérer à cette idéologie. Je rappelle que la plupart des peuples premiers, à l’exemple des Amérindiens, étaient antispécistes et mangeaient de la viande.

Conclusion

Toutes les croyances sont respectables tant qu’elles restent confinées dans le cerveau de leurs croyants. Et chacun a le droit de croire à l’imaginaire de son choix, de petits anges ailés pour certains, des éléphants roses ou des sirènes pour d’autres. Et il en va de même avec l’agriculture végane, on aimerait bien croire qu’il possible de se nourrir sans tuer d’autres vies, mais les écosystèmes terrestres ne fonctionnement pas comme ça, d’autant plus quand ils sont artificialisés par l’agriculture, la culture de la nature.

Belle journée.

Appendice. Le régime végan exclut le miel car c’est un aliment issu de l’exploitation animale. Soit.

Mais il n’exclut ni la tomate ni l’aubergine dont la pollinisation sous serre est issue de l’exploitation du bourdon terrestre… le seul animal à pratiquer la pollinisation vibratile. Outre que leurs conditions de vie n’ont rien à envier aux abeilles à miel, leurs élevages poseront à terme des problèmes environnementaux.

3 réflexions sur “Le mythe de l’agriculture végane ou le rêve d’Icare

  1. Merci pour cet article qui chasse des idées reçues et ne fait pas de généralités sauf peut-être dans l’affirmation: “Je rappelle que tous les peuples premiers étaient antispécistes et mangeaient de la viande.”
    Je ne vois pas bien comment affirmer ceci de nos jours. Ils y avaient peut-être déjà des individus qui mangeaient de la viande et d’autres pas dans un même peuple. Chaque individu ne tolère pas de la même façon les aliments et je rappelle que les brahmanes en Inde ne mangent pas de viande depuis environ 3000 ans.

    1. Patrice,

      Sans vouloir vous corriger 🙂 ce ne sont pas les brahmanes, mais les Hindouistes.

      Et ils consomment des produits d’origine animal ; et les animaux et les êtres humains ne sont pas bien traités.

      Je rappelle que les brahmanes avaient le droit de vie et de mort sur les intouchables.

      Et dans l’Himalaya, là où les végétaux sont rares, ils mangeaient… Belle journée.

  2. Ce qu’il manque dans ce monde, c’est de la tolérance.merci Mr Gatineau pour votre vision réaliste de notre monde actuel.
    Il y a une chose qui me préoccupe constamment, c’est nôtre gestion de l’eau ; privatisation de la distribution ??? l’eau n’est t’elle pas un bien commun ?????pas d’herbicides, fongicides,insecticide dans les analyses fournient lors de la facture?????je m’étonne que le cycle de l’eau ne soit pas touché par l’activité humaine,peut être un gros dossier pour demain….merci encore, restons positifs mais vigilants pour nos enfants. pat

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