Le mythe de l’agriculture végane ou le rêve d’Icare

L’agriculture végane est un mode de production agricole sans aucun intrant d’origine animale, respectueux de l’environnement, qui cherche à être favorable aux animaux sauvages et à leur nuire le moins possibleTechniquement, l’agriculture végane repose sur l’enrichissement permanent du sol. Cahiers antispécistes n°36.

Il va s’en dire que sur ces fermes, l’exploitation animale est bannie. On n’exploite pas son prochain à 2 ou 4 pattes, on utilise le tracteur ou le quad ! Pas de chiens ni de chats, bien évidemment, pas de tapettes à souris ou à rats. Pas de pipi & caca, pourtant les 2 mamelles de l’humanité ; l’agriculture végane est aussi appelée agriculture bio-cyclique végétalienne !

Restaurant végan et
agriculture raisonnée

Quand le premier restaurant végan a ouvert à Limoges, leur cuisine était exquise. Digne d’un étoilé, je n’exagère pas, c’était trop bon ! Entre autres, cela m’avait permis de manger des fèves fraîches en plein mois de janvier… La fève, ce légume du pauvre qui avait pris l’avion pour atterrir sous ma fourchette comme beaucoup d’ingrédients présents ce jour-là dans mon assiette.

Autrement dit, en dehors de la salade poussée sous serre, du potiron et de la carotte, beaucoup de plantes avaient réalisé le rêve d’Icare ! Et quand j’ai demandé si c’était du bio, le serveur m’a répondu que c’était de l’agriculture raisonnée… cette agriculture qui épand raisonnablement des pesticides comme des insecticides, qui, comme leur nom ne l’indique pas, tuent plus que des insectes mais également des oiseaux ; font taire plus que les oiseaux. Bref, sans parler des cultures OGM, des engrais chimiques…

À leur décharge, et y compris les experts agricoles, j’ajoute qu’aujourd’hui tout le monde se fait rouler dans la farine sous la pression des lobbys qui jonglent avec les mots avec une dextérité déconcertante.

Burki

Soyons honnêtes, l’agriculture végane n’est qu’une vue de l’esprit ; mais une vue qui ne justifie en rien de manger ou ne pas manger de la viande.

10 thoughts on “Le mythe de l’agriculture végane ou le rêve d’Icare

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article et ces commentaires pertinents. A mon sens une agriculture répondant aux critères vegan pourrait être envisagée dans le cadre d’une agriculture bio, donc exempte de produits chimiques, utilisant des animaux de réforme, sauvés de l’abattoir à qui l’agriculteur offrirait gîte, couvert et bons soins en échange de leurs capacités propres à nous aider dans notre travail de tous les jours. Si l’agriculteur n’exploite pas ces animaux en ne cherchant pas à optimiser et vendre leurs productions (oeufs, lait, laine…) mais simplement considère que leurs habitudes physiologiques lui sont bénéfiques et donc lui “rapporte” je pense qu’on peut considérer que son approche est vegan. Pour être plus concret, si on parle d’arboriculture (mon domaine), on sait que les poules et les moutons peuvent être très bénéfiques en “tondant” l’herbe, en mangeant certains insectes indésirables et en effarouchant les campagnols, il s’agirait alors de considérer que ces services rendus justifient à eux seuls la prise en charge et le bon traitement de ces animaux en lieu et place des moyens techniques habituels qui en plus consomment du pétrole (tracteur, broyeur, débroussailleuse…). Deuxième effet bénéfique pour l’agriculteur, les animaux ainsi transportés de parcelles en parcelles, agraderont le sol par leurs déjections en rendant les éléments plus facilement assimilables pour le sol. Pour les systèmes maraîchers ou grande culture, je suis moins au fait des solutions intéressantes incluant des animaux mais je sais que des canards sont utilisés en riziculture en Camargue et que les poules ont aussi leur intérêt en maraîchage…

    Je sais que certains diront que transporter ainsi les animaux de parcelles en parcelles c’est en fait une manière déguisée de les utiliser à son profit et donc de les exploiter. Mais je pense au contraire que celà répond pleinement à l’obligation de bons traitements envers ces animaux en limitant la dégradation de leur environnement et donc la prolifération de maladies et parasites, en leur offrant une nourriture optimale et le fait qu’ils soient “parqués” assure aussi leur sécurité vis à vis de leurs prédateurs naturels.

    Evidemment il reste le problème de la fertilité du sol, qui à ma connaissance n’a pas de solution idéale (en tout cas je la recherche), la non utilisation des productions d’élevage et des engrais chimiques ne laissent que peu de choix et dans tous les cas fait intervenir l’énergie carbonée. L’avenir est certainement à l’avènement des toilettes sèches et au compostage généralisé et centralisé afin que ces matières reviennent à la terre mais là je pense qu’on peut attendre longtemps…

    Bonne journée

  2. Bonsoir Christophe,

    merci pour ces dernières infos. J’ai relu ton article sur l’agriculture végane et je n’ai pas vu beaucoup de mises à jour (changements?)… désolé. En revanche, tous les autres articles sont très intéressants, et les rencontres 2020 du jardin vivant sont prometteuses…

    Lors d’un précédent message (en décembre), je ne t’avais pas exposé plus amplement mon point de vue et ma réaction face à ton écrit sur ce sujet. Juste posé quelques questions. Donc les voici.

    Tout d’abord, en ce qui concerne ton expérience dans ce restaurant végane à Limoges, tu sais aussi bien que moi, que c’est tout à fait possible de manger végétalien, de saison, avec des produits bio et locaux (au pire nationaux! attention, je ne promeus pas le programme de l’autre, mais ce n’est qu’une question de distance, et d’économie d’un pays, dans la suite de mon exposé).

    Tout dépend du restaurant, du cuisinier-e et de la priorité donnée : bio? végane? viandard? etc… c’est une expérience parmi tant d’autres, mais de vouloir l’assimiler à : “manger végane en hiver = consommer des produits exotiques (ou venant de loin)” ne tient pas la route. Cependant, je te l’accorde, c’est malheureusement trop souvent ce qui est proposé (et du coup, connoté), mais c’est possible de faire autrement… par ailleurs, c’est malheureusement aussi le cas des livres de recettes véganes avec beaucoup d’ingrédients exotiques, comme par exemple la noix de cajou pour faire un fromage végétal… j’ose même pas imaginer les dégâts sociaux et environnementaux que cela va provoquer d’ici quelques années avec l’engouement pour ce genre de préparation culinaire (comme avec la quinoa!?). A quand un livre de recettes véganes et régionales!??? c’est beau de rêver! tout est à inventer, imaginer.

    Qu’est-ce qu’un produit local? 10 km? 50 km? 150 km? 250 km? même les locavores ne sont pas d’accord sur la question. Et aussi pour la disponibilité des produits, cela dépend de la région de France et surtout de l’orientation donnée à la production agricole, végétale et animale. Tous ces cochons produits (et je ne dirai sûrement pas “élevés”, mais plutôt “exploités” et “torturés”!) en Bretagne est un très bel exemple!

    La production agricole diffère entre le sud, le nord, l’ouest, l’est, et le centre de la France, tout simplement parce que les terroirs et les Cultures sont différents. Par exemple, en Bretagne, avec la consommation de beurre (salé, svp!). Va proposer des crêpes sans beurre!… mais plutôt cuisinées à l’huile (de tournesol, c’est plus local que l’olive!), t’es pas un vrai Breton, voire un extra-terrestre…

    De plus, beaucoup de matières premières sont productibles localement en France, comme les fruits et légumes, les céréales, les légumineuses, les fruits oléagineux, donc tout ce qui compose les repas équilibrés d’un-e végane. Le problème repose, non pas sur le fait que ce soit 100% végétal, mais bien sur le modèle de notre agriculture qui est avant tout basé pour satisfaire un autre régime alimentaire (omnivore, avec beaucoup de viandes, et de produits laitiers, mais c’est culturel!), et destiné à l’exportation. D’ailleurs l’Agri- Culture et la Culture sont très liées, intimement liées, qu’on en oublie qu’on pourrait faire autrement!… On produit ce que les gens consomment (“il suffirait que les gens arrêtent d’acheter ce produit pour qu’on arrête de le produire” Coluche)

    De ce fait, certaines productions végétales, destinées à la consommation humaine, ne sont pas encore assez importantes (je ne parle pas de rendement, mais de lieu de production, afin d’augmenter la production globale). Je pense notamment aux fruits oléagineux, comme par exemple l’amande qui est un super aliment et qui peut être transformée en purée (à tartiner à la place du beurre!) et en lait, pardon, euh, en boisson végétale. Mais encore faut-il que les pollinisateurs soient encore suffisamment nombreuses, si on ne veut pas avoir recours à la pollinisation manuelle, ou robotisée.

    Aussi, par exemple, je connais quelqu’un dans le sud de la France qui cultive du sésame, comme quoi c’est possible de cultiver ici (en France) des produits qui, aujourd’hui, sont importés. Récemment, un autre exemple, de la lentille corail produite dans le Sud-Ouest! Évidemment je ne parle pas de la banane, du café, du cacao, etc.. qui seront difficiles à cultiver ici, et restent des produits de luxe, et pas vendus encore assez chers… mais là n’est pas la question, car sa consommation ne dépend pas du régime alimentaire choisi, mais d’un passé peu glorieux…. l’esclavagisme moderne existe encore…

    En résumé, oui c’est possible théoriquement d’avoir une alimentation 100% végétale (et bio bien sûr) avec une production agricole nationale, et locale, tout dépend de ce qu’on choisit de mettre dans son assiette. Par exemple, en Bretagne, c’est vrai que si je veux manger des amandes locales, je vais avoir faim longtemps, mais je peux cultiver de la noisette, des châtaignes, des noix…

    Ceci dit, n’est-ce pas extrémiste de vouloir être locavore au XXIème siècle (avant nos ancêtres n’avaient pas le choix!*)? Ce sont quasiment les mêmes personnes qui considèrent les véganes comme des extrémistes radicaux… et comme tu le soulignes très bien, nous ne sommes pas tou-te-s à mettre dans le même panier!

    * d’ailleurs, une partie du problème réside sûrement dans le fait que maintenant, ici et ailleurs dans les pays “riches”, nous avons le choix (mais c’est loin d’être le cas pour beaucoup d’Humains, qui ne mangent pas à leur faim tous les jours, voire en meurent), et nous ne savons plus comment faire, sauf d’être guidé par des croyances, religieuses, culturelles, et dépassées… mais où est la limite?…

    Autrement, je ne comprends pas pourquoi tu dis que c’est difficile de se nourrir de décembre à juin, avec un régime alimentaire 100% végétal… la diversité est moindre en fruits/légumes frais, c’est vrai, mais en ayant fait des conserves, stocké en silo, en cellier, fait des aliments lacto-fermentés, consommant des légumes secs (légumineuses de type haricots, pois cassés, lentilles, pois chiches), des céréales (sous forme de farines ou autres, comme le sarrasin ou le millet, la quinoa du jardin!), des huiles végétales, des fruits à coques qui se conservent… où est le problème?

    Peut-on produire ces aliments avec une agriculture biologique et végane? tout dépend comment on définit ce mode de culture. Si on le résume à ces 3 principes fondamentaux :

    – ne pas utiliser de produit chimique de synthèse (engrais et biocides), donc biologique, oui c’est possible. MAIS je suis d’accord avec toi : http://www.lejardinvivant.fr/2019/11/01/agriculture-biologique-ne-peut-pas-nourrir-la-planete/

    – ne pas utiliser d’intrant d’origine animale : oui c’est possible, et je suis d’accord sur ce point : http://www.lejardinvivant.fr/2018/10/12/nourrir-humus-estomac-des-plantes/

    Les cultivateurs/trices véganes ne veulent pas entretenir une agriculture mortifère basée sur l’élevage, qu’il soit industriel ou paysan. La finalité est la même pour les animaux. Les abattoirs sont les mêmes, bio et non-bio. Et de vouloir pouvoir abattre de nouveau les animaux à la ferme, c’est vraiment se foutre de la gueule des gens, et des véganes en partie! Je ne t’apprendrai rien en te rappelant qu’en AB, le fumier conventionnel est autorisé. Je connais des maraîchers bio, qui dopent leur légumes au BOCHEVO… c’est ce modèle là que nous voulons soutenir?

    – Préserver et favoriser les habitats naturels de TOUTE la faune sauvage (du micro-organisme du sol aux mammifères des forêts, en passant par les insectes et tous les autres…) oui c’est possible, avec certaines complications qui peuvent survenir avec certains ravageurs, comme le gibier (chevreuil, sanglier) et les mulots/campagnols, surtout quand on pratique le non-travail du sol, qui, en soi, est sûrement bien mieux pour la vie du sol, et donc sa fertilité… ce n’est pas toi qui me diras le contraire? Ce problème n’est pas spécifique à une agriculture végane, mais à tout modèle d’agriculture.

    Alors que faire?

    – continuer la chasse pour éradiquer le gibier et le renard (tu connais très bien le sujet!) et perpétuer cette pratique qui n’est plus un besoin vital pour l’Humain mais bien un loisir récréatif bien arrosé entre mâles supérieurs, virils,… je lance le défi à tous chasseurs contemporains de se mettre cul nu et de partir à la chasse avec sa b… et son couteau, comme avant….

    – ou alors, replanter des forêts pour laisser pénard cette faune sauvage, avec le loup et l’ours en prime pour la régulation naturelle. En ce qui concerne la protection des cultures contre le gibier : on sait très bien protéger les autoroutes pour éviter les accidents, ou abîmer les voitures… je blague! Pour la protection des êtres humains face au loup et à l’ours (serait-ce un risque?) s’ils ont à manger dans leur habitat naturel (encore faut-il les laisser tranquille! clin d’oeil au film de Jean Jacques Annaud), je doute fort qu’ils viennent attaquer mes enfants qui jouent dans le potager… mais peut-être que je me trompe… La question est ouverte. Pourquoi chasse-t-on le loup? pour préserver l’économie des bergers? et continuer à manger des agneaux?

    Et les discours d’opposants au véganisme* qui prétendent que les véganes veulent lâcher les animaux d’élevage dans la nature pour leur redonner la liberté, ou que la coccinelle qui mangent des pucerons c’est pas végane, etc… n’ont vraiment rien compris… ce sont des attardés mentaux qui ne veulent pas évoluer et surtout se remettre en question. Et là repose un GROS problème de notre agriculture (et société) : la remise en question et aller vers l’inconnu…

    * véganisme : un végane est antispéciste, mais un antispéciste n’est pas forcément végane. Le véganisme n’est pas religieux, mais c’est une philosophie de vie, un mode vie en conscience avec TOUT le Vivant. Les Amérindiens chassaient (chassent) pour manger de la viande, et c’était vital, voire rituel… mais sommes-nous des Amérindiens? non à a ma connaissance, et comme par hasard on se rattache à cette Culture dès que ça nous arrange… Vivons-nous dans la forêt? presque dénudé-e-s? chassons-nous avec des arcs? soyons raisonnable! Et leur culture Milpa, n’est-ce pas un plus bel exemple? Mais, c’est vrai que l’Humain occidental est perdu, n’a plus de repère, d’identité propre, donc on cherche ailleurs… comme le chamanisme, etc, etc… bien qu’avant nous avions la sorcellerie… et ses potions magiques de guérison.
    L’espèce humaine se distingue des autres espèces animales par deux aspects :

    son sens moral est plus développé, au point d’avoir fait de la moralité le ciment de ses sociétés.
    elle a aujourd’hui le droit de vie et de mort sur tout le vivant.

    Ces deux spécificités confèrent aux humains le devoir de se poser en tuteurs du vivant. (extrait de la REV)

    En ce qui concerne les animaux domestiques qui ne sont pas exploités pour finir dans les assiettes (d’ailleurs, là aussi on voit bien que c’est très culturel, et religieux… pourquoi ne mange-t-on ni chien ni chat, certains lapins mais pas d’autres en France?…), carnivores (omnivores) et herbivores, pourquoi faire une différence? Avoir une tondeuse à 4 pattes, qui a été sauvée de l’abattoir, oui, mais en avoir pour ensuite qu’elle finisse en merguez, non.

    J’ai deux chats, je ne leur donnerai jamais de croquette végane. En revanche, je n’accepte pas qu’il mange des déchets des abattoirs, mais je le fais, car je prends soin d’eux, les soigne s’ils sont blessés ou malades, et leur donne une alimentation adaptée. Le moins pire : croquettes bio sans OGM, de ce qui est dit sur l’emballage!

    En revanche, le jour où ils nous quitterons, je sais déjà que je n’en accueillerai plus. Pourquoi? non pas que je n’aime pas les animaux, mais leur place n’est pas en compagnie de l’animal humain… trop d’exemples au quotidien le prouvent, et c’est pas prêt de changer… et tant pis pour ma voisine qui ne veut pas stériliser sa chatte, et qui se retrouve avec plein de chats à donner tous les ans… sûrement qu’un des premiers soucis est à ce niveau là! Et toutes les animaleries qui vendent des animaux des 4 coins de la planète, pour le fric… et la SPA qui ne sait plus comment gérer tous les animaux abandonnés au bord de la route, parce que c’est les vacances… et les zoos… pour divertir une population en recherche d’émotions fortes, et/ou vivant dans le béton… et la corrida… pour poursuivre une culture cruelle… L’espèce Humaine a tout simplement créer cette domestication, animale (et tous ses travers), égoïstement, en ne pensant qu’à sa gueule, et maintenant la régulation se fait par l’argent… et ça fait très très longtemps. Contrairement aux animaux sauvages, pour qui la régulation peut être naturelle, si on n’intervient pas en la perturbant (voir 3ème principe)

    La domestication des animaux humains et non-humains, c’est de la domination, et de l’exploitation : c’est à abolir.

    Et l’éleveur paysan qui prétend donner plein d’amour à ses animaux pendant leur croissance (ahh le bien-être animal!), mais les envoie quand même à l’abattoir… quelle hypocrisie! Je t’aime, mais je te tue!… Si ça, ce n’est pas purement financier!?… seuls les animaux domestiqués (et pas sauvages, bien sûr) qui se retrouvent dans des refuges/sanctuaires, et qui ont échappé à l’abattoir, peuvent bénéficier d’un véritable bien-être et d’Amour, jusqu’à leur mort naturelle.

    D’un point vue purement écologique, si demain, toute la production de viande (consommée en France, car on n’exporterait plus, mais là c’est encore un autre programme!) était issue de l’élevage paysan, il n’y aurait pas assez de pâtures (notamment si les animaux sont à l’herbe afin d’être le plus écolo possible!), donc on devrait déforester… Et même s’il y a une réduction de la consommation de viande, parce qu’il y a un autre facteur : l’augmentation de la démographie…alors? on fait comment?

    De manière générale, aucun animal ne mérite de finir à l’abattoir ou dans les filets d’un chalut (même au bout d’un hameçon) pour satisfaire les envies culinaires et récréatifs de l’Humain, car ce n’est plus un besoin vital, pas au XXI siècle! Mais sûrement un besoin financier, pour continuer à engraisser une agro-économie mortifère! Evoluons intelligemment et ouvrons les yeux sur ce massacre.

    Quant à la dépendance vis à vis du pétrole, soyons raisonnable et conscient, un retour à la traction animale pour les agroécologistes/permaculteurs/néo-paysans seraient un retour à la bougie pour les écolos anti-nucléaires. Un soucis que je vois avec le pétrole (en agriculture) c’est justement la différence que ça procure à l’échelle mondiale entre un agriculteur américain et un paysan qui utilise la traction animale, en Asie, en Amérique Latine, en Afrique, ou ailleurs (vive la mondialisation?!). On se rend vite compte qu’un paysan de chez nous qui utilise (ou envisage d’utiliser) la traction animale le fait très souvent en complément d’un tracteur, et en plus ça fait plus écolo vis à vis des copains. C’est comme l’usage d’une tronçonneuse à la place d’une scie, une fois que tu as essayé (goûté), tu ne reviens pas en arrière…

    Ceci dit, c’est toujours pareil, ça dépend du modèle de la machine, de l’usage que tu en fais, et surtout de l’ambition! Et la voiture?… aie aie aie, on est foutu… car pas de voiture électrique, pas d’agrocarburant, donc?… hybride? pourquoi pas? avec ses limites et son prix inaccessible pour la plupart des gens aujourd’hui…

    La fin du pétrole? t-y crois toi? le pétrole bon marché, peut-être… à mon goût, il n’est pas encore assez cher, mais trop taxé, on se moque de nous, où va l’argent publique?… (tu as vu le documentaire sur le transport par les cargos (festival greenpeace)?). Ce qui nous fera sortir de ce merdier, c’est l’énergie libre, celle de Nicolas Tesla… ceci serait révolutionnaire… ce ne sont pas les énergies renouvelables et tout le toin-toin… business is business.

    Et l’énergie musculaire, comme tu la décris très bien dans tes ouvrages, c’est aussi à prendre en compte, et c’est ce que j’applique sur ma micro-ferme végétale et semencière de 1,3ha, je suis seul à entretenir, cultiver (plus de 1000m2), mais je suis aidé par une débroussailleuse, une tronçonneuse, et une tondeuse (bientôt une tondeuse débroussailleuse à la place afin de la passer moins souvent, je ne recherche pas un green sur les zones enherbées!). Si j’accueille depuis l’année dernière des personnes en stage ou bénévolat (3 personnes/an équivalent 5 semaines à 35h = 175h de transmission de savoir et savoir-faire + main d’oeuvre gratuites!), ce n’est pas de ma volonté, mon système peut fonctionner seul. Après 4 ans d’installation, j’ai de la demande, et je peux me dégager du temps pour transmettre, pour faire découvrir mon métier et accompagner les personnes afin qu’elles envisagent leur propre installation : c’est de la multiplication de p’tits systèmes de production biologique et végane (même si la personne ne suit pas le même modèle que moi, c’est une expérience pour elle!). Je suis un cultivateur pauvre au regard de l’Etat, enrichi d’expériences, et heureux ainsi! Je suis dépendant du pétrole, comme quasiment tout être humain aujourd’hui sur cette planète (vive la stratégie géopolitique!), et je l’assume. C’est pas pour ça, que j’exploiterai un cheval pour travailler mon sol (je ne le travaille pas et c’est bien mieux ainsi!), l’utiliserai pour aller en charrette au marché, ou m’emmener en balade… je vis au XXIème siècle.

    Bref… revenons à nos moutons… enfin si je puis dire…

    L’agriculture végane et biologique, c’est l’avenir à mon sens! Mon slogan : “des forêts à la place des pâtures”! (des vraies forêts de feuillus et toute la biodiversité qui va avec… pas de l’exploitation forestière de résineux!! on est d’accord.)

    Un réseau de cultivateurs/trices biologiques et véganes en France va se mettre en place d’ici le printemps. Tu seras informé de son lancement, car ton expérience, tes écrits, et ton sens critique sont très constructifs. Merci à toi, et au plaisir d’échanger davantage.

    Arno

    ps : j’ai une collègue qui a fait une étude sur l’émergence de l’agriculture bio végane en France. Si tu le souhaites, je peux te le transmettre. J’aimerais avoir ton avis.

    1. Arno,

      Merci pour ton retour.

      Tu soutiens que l’agriculture végane est une réalité et qu’un réseau de producteurs serait en train de se mettre en place. Dans ton très long commentaire, tu développes ce concept agricole, où, finalement je découvre que je pratique l’agriculture végane sans le savoir…

      Bref, j’ai tout de même noté que tu poses en préambule : n’est-ce pas extrémiste de vouloir être locavore ? À l’heure où il serait impératif de relocaliser toute la production agricole, ta question interpelle…

      Mais tu m’écris aussi qu’il est tout à fait possible de manger bio-local toute l’année. Bien entendu, mais qui au mois de mars a envie de manger tous les jours la même chose ? Qui a envie de manger des bouillies d’orge pour se caler l’estomac ? Personne. Mais tu soulèves également le problème de la sécurité alimentaire : l’année où les récoltes sont mauvaises… on fait comment ?

      🙂 Quant à ton refus d’exploiter un animal, tu le justifies par l’usage de machines, de pétrole… Tu dis cultiver que 1000 m2, et déjà ta propre énergie musculaire ne suffit pas…

      Alors pour alimenter la demande des consommateurs, où des centaines de millions de m2 sont requis, ça pose question. Car la machine remplace l’animal. Mais avec cette machine, il y a la consommation d’énergie fossiles. Finalement on remplace un problème par un autre.

      Quel serait donc l’environnement agronomique de cette agriculture ?

      🙂 – Tu m’écris : “ne pas utiliser de produit chimique de synthèse (engrais et biocides), donc biologique, oui c’est possible.” mais est-ce suffisant ?

      Cette agriculture devrait proscrire tous les produits chimiques ou naturels épandus pour tuer les animaux vertébrés ou invertébrés. Déjà, sur 1000 m2, ça peut-être compliqué en situation de production suivant les années avec les limaces, les campagnols… quant aux insectes, on peut toujours utiliser des filets en plastique. Mais sur des millions de m2… Par ailleurs, il faudra un jour s’interroger sur l’impact de ces microparticules sur la vie du sol. Parce que le plastique est très présent dans la production agricole aujourd’hui.

      Si l’adepte du véganisme refuse toute exploitation animale, il refuse également que l’on tue des animaux pour cultiver sa nourriture. Et ça personne ne peut lui garantir

      🙂 – Tu écris : “L’agriculture végane et biologique, c’est l’avenir à mon sens! Mon slogan : “des forêts à la place des pâtures”! (des vraies forêts de feuillus et toute la biodiversité qui va avec…” D’accord, mais tu les nourris comment les gens ? Et tu nourris avec quoi ceux qui fabriquent la nourriture pour tes plantes ?

      🙂 – Tu écris : “ne pas utiliser d’intrant d’origine animale : oui c’est possible, et je suis d’accord sur ce point” Mais en échange, il faut d’énormes quantités de matière organique, donc d’immenses prairies, des machines, du pétrole…

      Dans ton système, il y a 2 failles : la fertilité et la dépendance aux énergies fossiles. Les mêmes que l’agriculture conventionnelle ou biologique. Et je ne vais pas sur le terrain de l’insécurité alimentaire en fonction des conditions régionales, d’autant plus amplifiée par la radicalisation du climat.

      EN CONCLUSION, si un jour, un label d’agriculture végane doit voir le jour, il devra d’abord être le fruit d’une expérience sur le terrain, ce qui demande du temps, car nous sommes tous incompétents à garantir les attentes du consommateur végan.

      Oui, pour produire des fruits et des plantes, parfois, il faut tuer des animaux de la même manière que le dormeur végan tue les punaises qui vivent dans son lit.

      Oui, tous les sols et les régions ne se valent pas, et moins le climat est doux et tempéré, plus l’animal assure la sécurité alimentaire. Un aspect qui peut être momentanément résolu par l’importation de nourriture, d’où ton interrogation sur le local ?

      A mon avis, ce qu’attend le consommateur, entre autres, c’est qu’à chaque fois, l’agriculteur a choisi le meilleur compromis entre production et préservation de la vie. Belle journée

  3. Holà ! erreur de lecture ou de sujet. Il n’est pas question d’engrais chimiques ni de pesticides dans mes propos et ma pratique mais d’apport important de matière carbonée nourriture des microorganismes qui produisent l’azote puis formation d’humus. A+

    1. Bruno,

      Sur ce site, on échange autour de process agricoles et d’agriculture globale.

      Il n’y a pas erreur, je m’explique.

      D’abord, j’ai été le premier surpris, puisque l’usage de fumiers animaux provenant d’élevages concentrés contredit finalement l’essence même du véganisme, même si d’un point de vue agricole, votre stratégie est excellente.

      Ensuite, l’importation de matières carbonées pour enrichir un milieu donné implique de décarboner un autre milieu cultivé. Et les agriculteurs qui travaillent suivant ces principes, sont obligés de compenser les pertes par des engrais chimiques et des pesticides. On n’aggrade pas sans dégrader ailleurs, de la même manière qu’on ne régénére pas un champ sans en dégénérer un autre

      Pour régénérer l’ensemble des milieux exploités par l’espèce humaine, personne ne connait la solution, personne ne sait enrichir un milieu sans en appauvrir un autre. Alors pour compenser cette absence de connaissances, notre civilisation détourne les substances nutritives de la nature libre… 🙁

      En conclusion, ce n’est pas votre posture agronomique, ou, en l’espèce, permaculturelle, je la trouve approprié, mais elle n’est en rien végane. C’est tout. Belle journée

  4. Merci pour cet article qui chasse des idées reçues et ne fait pas de généralités sauf peut-être dans l’affirmation: “Je rappelle que tous les peuples premiers étaient antispécistes et mangeaient de la viande.”
    Je ne vois pas bien comment affirmer ceci de nos jours. Ils y avaient peut-être déjà des individus qui mangeaient de la viande et d’autres pas dans un même peuple. Chaque individu ne tolère pas de la même façon les aliments et je rappelle que les brahmanes en Inde ne mangent pas de viande depuis environ 3000 ans.

    1. Patrice,

      Sans vouloir vous corriger 🙂 ce ne sont pas les brahmanes, mais les Hindouistes.

      Et ils consomment des produits d’origine animal ; et les animaux et les êtres humains ne sont pas bien traités.

      Je rappelle que les brahmanes avaient le droit de vie et de mort sur les intouchables.

      Et dans l’Himalaya, là où les végétaux sont rares, ils mangeaient… Belle journée.

  5. Ce qu’il manque dans ce monde, c’est de la tolérance.merci Mr Gatineau pour votre vision réaliste de notre monde actuel.
    Il y a une chose qui me préoccupe constamment, c’est nôtre gestion de l’eau ; privatisation de la distribution ??? l’eau n’est t’elle pas un bien commun ?????pas d’herbicides, fongicides,insecticide dans les analyses fournient lors de la facture?????je m’étonne que le cycle de l’eau ne soit pas touché par l’activité humaine,peut être un gros dossier pour demain….merci encore, restons positifs mais vigilants pour nos enfants. pat

    1. Beaucoup pratique l’agriculture sans intrants d’origine animale. Oui c’est possible, quand la régénération du sol grâce à l’apport (et l’assimilation) annuel de carbone est effective . Cela prend 4 ans environ. Le carbone est le gîte et le couvert de la microfaune /microflore, des vers du sol. L’azote si indispensable à la croissance de nos légumes est amené par les fumiers (plus simple) ou le compost. La régénération de nos sols est possible grâce au carbone (lignine et cellulose) apporté chaque année associée aux travailleurs dans nos sols. Qui mangent du carbone puis excrètent de l’azote. Donc yes pour l’agriculture végane, toutefois l’urine humaine fraîche et les matières fécales compostées peuvent servir d’engrais gratuit. Un humain peut fertiliser 400 m² environ, bonjour l’autosuffisance. Les fumiers sont un engrais mais ne participent pas à l’aggradation complète du sol, le carbone oui. Le semis sous couvert végétal est la solution pour des grandes exploitations agricoles. Bientôt nous récupérerons le pipi de la population, azote, phosphore, potasse, à volonté. Nous sommes sauvés !…8

    2. Bruno,

      Merci pour votre témoignage.

      Vous écrivez que beaucoup pratiquent une agriculture sans intrants d’origine animale. Effectivement, mais ils les remplacent par des engrais chimiques… 🙁

      Par ailleurs, le modèle que vous proposez, à base de fumier…pour régénérer les sols, s’appuie sur la dégradation des autres : quand vous enrichissez d’un côté, vous appauvrissez de l’autre, sauf en compensant avec des engrais chimiques, et très souvent des pesticides, car ça va souvent de pair.

      Et enfin, le semis sous couvert ne suffit pas à compenser la perte de nutriments, les apports sur céréales sont d’environ 200 unités d’azote chimique à l’ha, plus les autres. Et cette technique se confronte à deux problèmes majeurs : le développement des limaces et des campagnols… Là encore, des pesticides sont utilisés pour les tuer…

      Nous sommes trés loin d’une agriculture dite végane, sachant que les fumiers proviennent toujours d’animaux privés de liberté… Belle soirée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial