L’ours, le loup et l’abeille

En exclusivité, un extrait de l’avant-propos de l’Éloge de l’abeille à paraître en 2019. Et suite de : Si l’abeille disparaissait.

Si l’abeille disparaissait…

« Si l’abeille venait à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quelques années à vivre. » Attribuée au physicien Albert Einstein, cette citation est souvent usée pour tirer la sonnette d’alarme.

Du ministère de l’agriculture aux réseaux sociaux, tous l’agitent comme un chiffon rouge : notre futur dépendrait de son avenir ! Et si c’était un fake, à savoir une fausse information orchestrée par un groupe de pression ayant des intérêts commerciaux dans l’exploitation de l’abeille ?

Entendons-nous bien, l’abeille a pour elle la force du nombre. C’est indiscutable. Mais comme pour l’ours et le loup, et sans vouloir les opposer à l’abeille ou au ver de terre, premiers partenaires pour une agriculture durable et économe en énergie, autant l’État français investit tous les ans des millions d’euros (14 en 2017) dans leur protection, ou pour indemniser leurs dégâts, autant elle n’investit pas un centime sur la tête de nos deux complices. À tel point, qu’aucune des 2 espèces n’est protégée 🙁

Comme l’ours et le loup

L’abeille, si elle disparaissait, au même titre que l’ours et le loup, s’ils disparaissaient, certes, ça ferait un trou, mais rapidement, la place vacante serait prise par une autre espèce. Personne n’est irremplaçable, idem pour l’abeille. En revanche, et c’est suffisamment rarissime dans la nature pour le souligner, cette maxime ne s’applique pas au ver de terre à cause de son pouvoir !

En 2009, Vincent Tardieu publie dans son Étrange silence des abeilles, qu’Einstein n’est pas l’auteur de cette prédiction sur la disparition des abeilles. L’auteur serait « un leader syndical apicole français en guerre contre les importations de miel chinois à bas prix : il l’aurait prononcé en 1994, en l’attribuant à l’auguste physicien pour lui donner plus de poids.  » Et il ajoute que le Dr Roni Grosz, conservateur des Archives Albert Einstein de l’Université hébraïque de Jérusalem, est formel : « Einstein n’avait pas de compétence particulière, ni même pour l’écologie, l’entomologie ou les abeilles. ». Des propos tenus également huit ans plus tard au journaliste Antoine Krempf : « Il n’y a pas d’indications qu’Einstein se soit soucié des abeilles… De notre expérience, il n’avait jamais parlé d’abeilles, pas de traces du tout. »

La Terre promise

En effet, contrairement à la rumeur, si l’abeille disparaissait, l’humanité ne la suivrait pas. En revanche, et la nuance est grande, si les insectes disparaissaient, plus que l’humanité, c’est l’ensemble des mammifères qui risquerait de prendre le même chemin. Autrement dit, la vie sur la Terre subirait une sévère cure d’amaigrissement ; un retour aux sources…

Ce ne serait pas la fin du monde, mais un nouveau monde où le vivant serait obligé de repartir d’un autre pied avec de nouvelles espèces. Et en attendant, soyons, soyez patients, chaque chose en son temps, on s’active à les faire disparaître. Et une fois les insectes exterminés, est-ce la Terre promise qui renaîtra de leurs cendres ? La suite le 17 mai 🙂



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