Que font les insectes en automne ?


Johanna Villenave-Chasset est docteur en entomologie et écologie du paysage, et une des pionnières dans la protection des cultures par les auxiliaires.

En 2007, elle a créé son laboratoire de recherche appliquée, Flor’Insectes, pour étudier le lien entre les insectes auxiliaires – utiles à la protection des plantes et à la pollinisation – et le paysage. Son travail de fonds est de maintenir une biodiversité fonctionnelle dans les agrosystèmes, pour diminuer voire supprimer les pesticides.

Johanna Villenave-Chasset

Johanna est également l’auteure d’un excellent livre que tous les passionnés du jardin ou des champs devraient avoir : Biodiversité fonctionnelle.  Protection des cultures et auxiliaires sauvages. Vendu hors de prix par son éditeur lors de sa sortie, 45€, on le trouve actuellement à 29 ; l’idéal serait 20, car il est nécessaire que ce type d’ouvrage pédagogique soit mis à la disposition du plus grand nombre.

Je lui laisse la parole


Mais que font les insectes en automne, notamment les insectes auxiliaires utiles aux jardiniers et aux agriculteurs ?

Tout simplement, ils se préparent à passer l’hiver… 🙂

Et certains vont faire des migrations plus ou moins grandes.

Ainsi, une faible partie, moins de 5% des individus de l’espèce Coccinelle à 7 points (Coccinella7-punctata), va partir hiverner dès le mois d’août dans les Pyrénées. Cette espèce indigène est rouge avec 7 points noirs, et c’est la plus grosse et la plus commune. Pour se repérer, ces coccinelles vont voler le long de la façade atlantique. Par contre, pour éviter de prendre des risques, certaines vont choisir de rester hiverner près de leur lieu de naissance, si bien-entendu elles ont de quoi se nourrir (pucerons, pollens de différentes plantes) et s’abriter pour l’hiver : lisières de haies, sous-bois, feuilles enroulées des charmes, des chênes ou des pommiers.

Alors, bien-sûr, on verra plus facilement la Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) qui hiverne en groupe dans les bâtiments ou les maisons, de préférence au coin des fenêtres exposées au sud. Du coup, elles posent quelques désagréments en se retrouvant dans nos maisons. On peut les observer migrer en groupe vers leurs sites d’hivernage surtout les deux premières semaines d’octobre pendant les journées ensoleillées.

Les chrysopes, quant à elles, si elles n’ont rien pour hiverner, vont se laisser porter par les vents à 12m de hauteur.

Attention, pas à n’importe quel moment, pendant les vacances de la Toussaint. Si entre-temps elles captent les odeurs d’autres chrysopes, elles descendront les rejoindre. Elles ont sûrement trouvé de supers chambres hivernales. Mais en fait, où hivernent-elles ? La chrysope carnée qui prend la couleur chair ou orange, hivernent dans les greniers, les bâtiments ou dans des boîtes en bois mises à disposition. D’autres espèces vont hiverner à l’abri dans le houx ou le lierre, dans les feuilles enroulées de chênes, de charmes dans les bois, les forêts ou tout simplement dans les haies bien touffues.

Les syrphes hivernent au stade adulte, dans les haies ou le long des murs à l’abri des intempéries. En automne, on les voit encore voler quand il y a du soleil. Et en hiver, quand les températures sont au-dessus de 10°c, elles se font dorer la pilule au soleil… Certaines espèces vont passer l’hiver dans des régions plus chaudes, en Espagne ou en Afrique du Nord.

Pieris brassicae, piéride du choux – photo Thomas Bresson

Mais les papillons migrent aussi, en partant hiverner en Espagne ou en Afrique du Nord, à l’exemple du Vulcain (Vanessa atalanta), de la Belle-Dame (Vanessacarduii), des Piérides (Pieris brassicae, B. rapae) et des Soucis (Colias crocea). Ainsi, il arrive de voir d’énormes nuages composés de milliers voire de millions de papillons à l’automne, mais également au printemps lors du vol retour. Cependant, comme chez presque toutes les espèces, certains individus restent sur place et hivernent à l’abri des mauvaises conditions : le long des murs, des façades des bâtiments, dans les haies…

 On trouve aussi dans les habitations des grosses punaises qui p…. quand on les écrase, les Pentatomides. Ce sont surtout des punaises des bois ou vertes (Palomena prasina) qui prennent la couleur brune en hiver. Malheureusement pour nous, elles font quelques dégâts sur pommiers ou framboisiers car elles piquent les fruits et leur donnent un mauvais goût, ou les font devenir impropres à la consommation en les nécrosant.

Il faut les nourrir dès le mois de février !

Attention, tous ces insectes présentés qui hivernent au stade adulte, que ce soit mâle et femelle et même si la plupart du temps, les femelles sont déjà fécondées, il leurs faut de la nourriture à la sortie de l’hiver, souvent dès le mois de février quand les températures dépassent les 10°C : pollen, nectar et pucerons. Mais quelles sont ces plantes qui offrent de la nourriture à la sortie de l’hiver ? Tout simplement, des arbustes présents dans les haies, tels que les noisetiers, prunelliers, saules, poiriers, pommiers, ou des plantes herbacées sauvages ou cultivées tels que la luzerne, les rosiers, les orties, les fèves, le colza…

Et les autres ? La plupart des insectes hivernent sous forme d’œuf (pucerons, abeilles solitaires…), de larves (libellules) ou de nymphes sur les plantes (autres espèces de chrysopes, de syrphes…), ou dans le sol (charançons, tordeuses, pyrales…).

Les adultes sont en effet morts aux premières gelées, et même le plus souvent avant, prédatés par les oiseaux, les chauves-souris, les hérissons et autres insectivores. Chez les bourdons, les guêpes et les frelons, seule la reine hivernera dans le bois mort, dans des boîtes ou les greniers.

L’éloge du ver de terre est en librairie

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