Les dessous chocs de la biodiversité !

Pour beaucoup, la biodiversité se résume aux oiseaux, aux abeilles, au loup, au renard et à la belette…

Et partout, nous entendons qu’il y a urgence à sauver les abeilles, alors que l’espèce en question, Apis mellifera, n’est nullement en danger !

D’ailleurs, un jour, il faudra bien avoir le courage de se demander quel est le véritable impact de leur exploitation, l’apiculture, sur la diversité biologique. Pourquoi ?

Parce que rien qu’en France, 1 insecte sur 4 est un pollinisateur ! 10 000 espèces d’insectes pollinisent, et ce sont précisément ces 9 999 autres espèces de pollinisateurs dont nous ferions bien de nous inquiéter très sérieusement. Car, là, effectivement, l’urgence est absolue 🙁

Mais des 40 000 espèces d’insectes, et 1700 d’araignées qui vivent en France, des araignées quasi toutes carnivores et qui peuvent manger jusqu’à 400 millions d’insectes par ha selon l’arachnologue, Christine Rollard – ce qui font d’elles un puissant insecticide naturel… – nous n’avons d’yeux que pour 2 espèces : l’abeille et la coccinelle !!! Et pour satisfaire l’œil agricole expert, ajoutons ces mouches, les syrphes.

1000 espèces d’abeilles en France !

À l’image de l’oiseau, l’abeille et la coccinelle ne sont pas des espèces. Et s’il y a 570 espèces d’oiseaux en France, il y a 1 000 espèces d’abeilles… 2 000 en Europe, et 20 000 dans le monde ! Des abeilles grises, noires ou jaunes, et qui se distinguent suivant leur pilosité, leur mode de nidification, les types de plantes qu’elles butinent… Bref, en France, la plus grosse est noire, son vol est bruyant, elle est plutôt pataude, et elle adore les sauges sclarées dont elle se gave : c’est l’abeille charpentière.

Voir la vidéo tournée dans le jardin.

Quant aux opérations, Sauver les abeilles, elles ne concernent qu’Apis mellifira et ses sous-espèces, races et autres hybrides, comme la Buckfast, une création humaine pour monter un maximum de miel ! Mais dans la nature, cette espèce n’existe pas. Parce que la mémoire collective a oublié  qu’Apis mellifira a été le premier animal dont l’élevage a été industrialisé dés le 19ème siècle. Du coup, sa surpopulation dans l’environnement affecte la nourriture des autres insectes pollinisateurs.

Et cette pression sur les 999 autres espèces d’abeilles, et les 9 000 autres espèces de pollinisateurs, est d’autant plus inquiétante qu’il n’y a aucune évaluation de la densité des populations, comme il n’y a aucune évaluation de l’impact des pesticides sur lesdites espèces. Pourquoi ? Parce qu’elles ne rapportent rien. Et dans notre société marchande, ce qui ne rapporte pas, ne vaut rien. Mais ce symptôme de la vue courte, où le sonnant et le trébuchant nous ensorcellent, nous aveugle.

En effet, on nous a mis dans le crâne que les dinosaures étaient des brutes épaisses, mais finalement, sommes-nous plus éclairés ? D’ailleurs, comme un vestige, le fœtus humain perd bien sa queue de saurien au bout de 5 à 6 semaines…

Revenons à nos coccinelles qui comptent 133 espèces en France… Et elles ne mangent pas toutes des pucerons… Quant aux syrphes, carnivores à l’état larvaire et pollinisatrices une fois adultes, c’est 500 espèces. Et le bourdon, ce fantastique animal, qui, une fois fourbu, se laisse caresser dans le sens du poil en fin de journée, il compte 45 espèces en France et 200 dans le monde. C’est ça la biodiversité,

c’est la diversité des espèces végétales, animales, bactériennes, mycologiques…

Et pour l’anecdote, les champignons dont le poids en masse de carbone représentent sur la planète 2 % du monde du vivant, contre 0,03 % pour les annélides et 0,01 % pour les humains…

Biodiversité, bio-diversité,
est-ce que j’ai une gueule de diversité biologique ?

Le mot « biodiversité » est un mot apparu il y a une trentaine d’années, un mot jeune et fourre-tout pour faire passer la sauce chimique. Parce que la bio-diversité, c’est simple, c’est la diversité du monde cellulaire, des monos aux pluricellulaires, puisque la cellule est la brique commune ou le dénominateur commun à tous les êtres vivants.

Alors, quand 3 éléphants sont tués toutes les heures dans le monde, 3 rhinocéros tous les jours ou 2 tigres par semaine, c’est dramatique, et nul besoin d’un dessin pour comprendre que leur fin est proche. Et notre proximité génétique avec eux fait que nous sommes émus et révoltés. Mais, quant à nos pieds, les vers de terre ou les abeilles solitaires se meurent, notre éloignement signe notre indifférence.

Dans cette veine, quand le Gouvernement français investit des millions d’euros tous les ans dans la réintroduction du loup et de l’ours, il n’investit que sur 2 espèces, et il abandonne toutes les autres à leur sort. Ce choix politique, partial, est-il synonyme d’un avenir radieux pour les générations futures…

L’éloge du ver de terre est en librairie

5 réflexions sur “Les dessous chocs de la biodiversité !

  1. En lisant cet article et ses commentaires, j’ai levé la tête: dans le coin entre le mur et le plafond, il y a 4 araignées. Les copains chez qui j’habite m’ont dit “on les laisse parce qu’elles sont utiles” c’est une excuse parce qu’ils ont surtout la flemme de faire le ménage. Je les observe: elles coopèrent pour capturer une punaise. Un petit écosystème se crée dans le coin de la maison, et finalement nous qui les laissons et leur créons un espace au chaud, nous faisons aussi partie de l’écosystème. J’ai presque envie de pleurer. Snif.

  2. Bonjour
    Je voudrais juste rajouter une petite chose. Oui l’apiculture est l’arbre qui cache la forêt, en se présentant comme le “sauveur” des abeilles. Oui, leurs abeilles ne sont pas viables car sous perfusion de cette pratique agricole productiviste.
    Mais on ne peut pas oublier Apis Mellifera sauvage, celle qui vit toujours dans des cavités naturelles (ou pas) et dont personne ne parle.
    L’apiculture la voit comme un vilain petit canard, au mieux inexistant, au pire comme une source de pathogènes à détruire.
    Nous travaillons à faire connaître les 1001 Abeilles pour mieux les préserver dans notre environnement.
    Sinon, cela fait plaisir de découvrir, au hasard du net, une voie qui porte les mêmes messages que les notre.

    Merci
    Valerie

    1. Bonjour Valérie,

      Je suis allé visiter votre blog, mais nulle part, je n’ai trouvé des noms ou une adresse pour vous situer. Où êtes-vous et quelles sont vos actions sur le terrain, sachant que la préservation de cette abeille est mission quasi impossible, vu sa manière de se croiser pour se reproduire ? Belle journée

  3. Il ne fait pas un flop votre article, il est génial comme tous les autres d’ailleurs. J’ai pris des notes dès la 1e lecture sur les espèces animales qui me/nous sont quasi inconnues. Je suis même allée sur la toile et j’ai découvert Christine Rollard, cette spécialiste des araignées dont je prévois lire certains de ses ouvrages. Les araignées sont mes amies, j’en ai chez moi et récemment une petite avait fait son œuvre entre mes crayons dans un pot. Je me suis veillée de ne pas la déranger, mais un jour j’ai malencontreusement touché sa toile. Croyez-moi, en quelques heures elle l’a totalement et soigneusement défaite et a disparu. Quel génie.
    Merci Christophe, continuez à persuader que nous sommes sur la bonne voie.

  4. Bonjour,
    Enfin quelqu’un ose!
    je croyais être un des rares a penser cela. Les symboles c’est important, pas la vermine.
    Tiens en passant seuls La Norvège, le Monténégro et la Macédoine en Europe respectent l’accord de paris mais pas la France mais ça c’est pas un symbole! merci au champion de la terre( et aux autres jeunes ou vieux 😉 )
    Bonne journée

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