Le ver de terre a-t-il une âme ?

Moi, si je me parlais à la 3ème personne, je me dirais : Christophe, c’est du racolage. Christophe, vous poussez le bouchon trop loin !

Oui, ne vous pincez pas, je me vouvoie, question d’éducation et de distance avec la vulgarité. Quant à ceux tentés de prendre la question au pied de la lettre, pour une fois, cédez à la tentation et prenez là comme elle s’offre à vous 🙂

En revanche, et en dépit de mon prénom d’origine christique, ne prenez pas tout ce que j’écris pour du pain bénit, car, sans vouloir faire de l’esprit, le minimum requis à la recevabilité de cette question est d’abord de croire à l’existence de l’âme. Ceci dit, je suppose que les esprits croyants sont déjà à l’ouvrage : Encore du blabla !

Soit. Alors, toi qui crois qu’on ferait mieux d’abattre une fois pour toute l’arbre de la connaissance pour ne pas être tentés, sois rassuré, tes croyances ne craignent rien, et en toute sérénité tu peux continuer la lecture. Donne toi cette chance, car, même si nos savoirs n’ont jamais été aussi grands, ils n’ont aucun effet sur ce que nous croyons.

Par exemple, nous allons droit dans le mur, mais comme on croit que le mur n’existe pas, et c’est vrai, il n’existe pas, tout le monde croit qu’on va passer au travers comme on passe entre les mailles d’un filet.

Opération
Sauvons le ver de terre !

Depuis qu’au Jardin vivant, nous avons lancé l’opération de sauvetage, le ver de terre a envahi toutes les rédactions comme l’a souligné Terra Darwin. Incroyable, dire que les journalistes ne s’étaient pas enflammés pour sa cause depuis 1881, date à laquelle Charles Darwin a publié son dernier livre, un ouvrage où il clôt son œuvre magistrale avec le ver de terre !

En effet, qui sait que M. Darwin est le seul scientifique au monde a avoir passé autant de temps à les observer : 40 ans. Et pendant tout ce temps, il s’est interrogé sur son intelligence, citant 20 fois le mot, et allant jusqu’à se la poser : Ont-ils une âme ?

L’art d’enterrer le ver de terre

Mais l’effervescence qui règne aujourd’hui autour du ver de terre, a fait sortir le loup du bois ! Et c’est au Canada qu’il a montré son nez. Pas besoin de le sauver, car le ver de terre serait quasi immortel : “Les vers de terre ne sont pratiquement pas tuables…” dit une chercheuse canadienne en ricanant… disculpant ainsi l’impact des pesticides, des engrais chimiques, des hormones de synthèse et j’en passe. Ah, ils sont malins ces marchands de pesticides en impliquant les scientifiques dans leur stratégie de com.

C’ quoi l’âme ?

Pour le Larousse, l’âme est le principe de vie et de pensée de l’homme. Pas de l’humain ou de la femme, NON, de l’homme sans H majuscule. Au pluriel, l’âme définit les esprits des morts. Au singulier, il vient d’anima – vent, souffle, respiration… – et il définirait notre part d’éternité, d’immortalité. Que nous ne sommes pas du vent : la matière périt, l’âme subsiste, disent les croyants. Mais pour le cultivateur, la matière ne périt jamais, elle se réincarne en d’autres matières, c’est même la base de la fertilité.

L’âme des vers de terre

Personne ne peut contester l’apport considérable de Charles Darwin dans la reconnaissance du ver de terre. Par exemple, dans un pré prés de chez lui, pendant 30 ans,  il a fait des relevés et mis en évidence que, grâce à leurs crottes, les épi-anéciques ont rapporté sur le sol 1/2 cm de terre par an, soit 5 cm en 10 ans ou 15 en 30. C’est considérable. Et ça, pétrir en permanence les sols pour les rajeunir, aucune autre bestiole, machine ou technologie n’est capable de le faire. Quant à l’âme, il a écrit :


Chez les animaux supérieurs, quand l’attention se concentre sur quelque objet jusqu’à faire négliger les impressions que d’autres objets doivent produire sur eux, nous attribuons cela à ce que leur attention est absorbée, et l’attention implique la présence d’une âme. Tous les chasseurs savent que, pendant que le gibier paît, se bat ou est empressé auprès de l’autre sexe, il est beaucoup plus aisé de s’en approcher. L’état du système nerveux des animaux supérieurs diffère donc beaucoup en des temps différents ; un cheval, par exemple, est beaucoup plus disposé à s’effrayer à un moment qu’à un autre. La comparaison que ceci implique entre les actions d’un animal supérieur et d’un autre placé aussi bas que le ver de terre dans l’échelle des êtres organisés, pourra paraitre forcée ; car nous attribuons par là au ver de l’attention et quelque faculté mentale, mais néanmoins je ne vois pas de raison de douter de la justesse de cette comparaison.


FACULTÉS MENTALES. Il y a peu de chose à dire sur ce point. Les vers, nous l’avons vu, sont timides. Il est permis de douter que lorsqu’on les blesse, ils souffrent autant qu’ils paraissent l’exprimer par leurs contorsions. A en juger par leur avidité pour certaines sortes de nourriture, ils doivent ressentir du plaisir à manger. Le penchant sexuel est chez eux assez fort pour surmonter pendant quelque temps leur crainte de la lumière. Peut-être ont-ils une trace de penchant social, car cela ne les dérange pas de ramper l’un sur l’autre et quelquefois ils gisent au contact l’un de l’autre. […] Bien que les vers soient si imparfaits sous le rapport des différents organes des sens, cela ne prouve pas qu’ils soient nécessairement dépourvus d’intelligence ; nous l’avons appris par des observations comme celles de Laura Bridgman, et nous avons vu que, leur attention une fois occupée, ils négligent des impressions dont ils auraient sans cela tenu compte ; or, l’attention implique l’existence d’un pouvoir mental de quelque espèce […] Un de leurs instincts les plus puissants est celui qui les porte à tamponner d’objets divers l’ouverture de leurs galeries ; des vers encore tout jeunes agissent déjà de la sorte. Mais, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, on voit percer, dans ce travail, un certain degré d’intelligence, chose qui m’a surpris plus que tout le reste de ce qui a trait aux vers […] 

L’éloge du ver de terre est en librairie

Une réflexion sur “Le ver de terre a-t-il une âme ?

  1. J’aurais voulu écrire ce texte, vous l’avez fait…J’aurais voulu écrire ce livre, vous l’avez fait….Heureusement chacun peut vivre ce bonheur chez lui, en observant, en attendant, en s’attachant à ces petites bêtes, en les respectant et en les nourrissant. Merci Christophe de continuer à être un peu (à votre corps défendant j’en conviens) notre porte parole à nous tous qui ne sommes que des contemplacteurs, de plus en plus nombreux…Suffisants pour gagner, je n’en suis point sur, mais vos publications me donnent l’espoir, c’est bien suffisant. You’ll never walk alone, cher ami. Bonne et belle journée.

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