Nourrir l’humus, l’estomac des plantes

L’humus est cette fine couche de l’épiderme terrestre où se fabrique la nourriture des plantes.

Pour les têtes en l’air, tous les supers et hypers, style Carrouf ou Leclerc, ne fabriquent pas la nourriture qui regorge de leurs rayons, leur seule plus-value étant de prendre une part au passage, autrement dit, de prélever une taxe dîme entre l’agriculteur et le consommateur. Rappelons qu’un pays moderne peut aussi vivre sans ce système de taxation importé des États-Unis.

L’HUMUS, HUMUM, un mot féminin qui désignait à l’origine une terre, un pays, une contrée ou une nation, mais que beaucoup d’évangélistes détournent aujourd’hui pour le relier à humain, homme, humanité, humilité… Et même si les mots homo et humanus prennent effectivement racine dans celui d’humus, ou inversement, c’est bien l’ensemble du monde du vivant qui est enraciné dans l’humus, la Terre.

Tout de même, rappelons-nous que 95 à 99,9 % de notre nourriture vient de l’humus, enfin des sols nourriciers !

Et pour être complet, si l’humain est un homo, le bonobo et le chimpanzé en sont aussi, puisque nous ne faisions qu’un il y a 8 millions d’années. Eh oui, notre grand-mère commune était poilue. Ça explique pourquoi nous partageons tant de choses avec nos cousins germains. Mais tout cela, je l’ai largement argumenté dans mon livre n°3. Quant à l’humus, j’ai publié Les fertilisants naturels et le mythe de l’humus dans le n°4.

Créateur d’humus !

Insatisfait de sa condition, l’humain se croit toujours obligé de nier son animalité pour s’imaginer être au dessus. En l’espèce, on peut lire régulièrement sur les réseaux sociaux : Créer de l’humus pour l’humanité ! Mais l’humus se trouve sous nos pieds… On ne le crée pas, seulement on le nourrit comme un levain. Et le compostage à chaud, puisqu’il s’agit de cela, est une technique récente qui s’est développée au fur et à mesure que notre espèce s’est éloignée de la nature. D’ailleurs, elle n’a de sens qu’en milieu urbain, car, autrefois, nourrissant directement leur humus, les agriculteurs ne compostaient pas.

Quand avons-nous cessé de nourrir l’humus ?

D’abord, les habitants de l’humus réclament le même % d’oxygène que nous pour respirer. Ensuite, une information qui a son importance, le lombric terrestre, héros de mon dernier ouvrage, le n°5, se nourrit dans l’humus mais n’y loge pas…

Au 19ème siècle, le concept de l’homme civilisé naît. Qualifiés d’archaïques, tous les savoirs anciens sont alors rejetés, ce qui place définitivement l’humain au dessus de la nature. Après les religions monothéistes, la Science confirme donc sa toute puissance. Et au 20ème siècle, l’humain cesse en toute logique de coopérer avec la nature ; et il cesse également de nourrir l’humus pour nourrir, soigner et protéger ses plantes avec la chimie… Un concept importé des États-Unis, et qui, en 60 ans, a balayé plusieurs millions de familles des campagnes françaises 🙁 C’est ainsi quand l’économie de l’argent prime sur le social et le bien-être des populations

Avant, comment l’humus était-il nourri ?

Ce qui suit est un extrait du n°6, un livre qui sortira au printemps prochain et qui est consacré au nourrissement des vers de terre. Sachant que l’agriculteur qui les nourrit, nourrit également son humus pour enrichir la fertilité,  parce que la fertilité dépend de la dynamique de l’humus, nous sommes donc au cœur de notre sujet.

Alors, comment les Anciens ont-ils fait pour nous léguer des terres fertiles ? Tout bonnement, en recyclant toutes les matières d’origines biologiques, puisque c’était leur seule source pour engraisser leurs sols. Et ils avaient bâti autour des fumiers, un système très sophistiqué comme en témoignent ces extraits de L’Agronome. Dictionnaire portatif du cultivateur ; un ouvrage publié en 1764 et écrit par Pons-Augustin Alletz (1703-1785).

« Le FUMIER est connu pour être l’amendement ordinaire des terres. Il y en a de différentes sortes ; les uns conviennent à une certaine terre, et les autres à une autre. Le fumier de vache est gras et rafraîchissant : il convient aux terres sèches, maigres et sablonneuses […] Celui de mouton est fort chaud et a beaucoup de sels, il est bon pour les terres froides et maigres. […] Celui de cheval a les mêmes qualités, mais il n’est pas gras comme les précédents : il est propre pour les terres labourables, principalement celles qui sont fortes et humides, et pour les potagers, mais non pour les arbres ; on doit l’employer de bonne heure […]

Ceux de mulet et d’âne sont à peu près de la même nature. Celui de pigeon est le plus chaud de tous : il est propre aux terres humides et aux vieux arbres, mais on doit le mêler avec d’autres, ou le laisser jeter son feu ; car il brûlerait les semences. Celui de cochon est froid et le moins estimé de tous, mais mêlé avec d’autres, on l’emploie pour les terres brûlantes, et aux arbres qui ont jauni par trop de sécheresse. Les boues des rues et des grands chemins, après qu’on les a fait sécher par tas, font un grand bien au pied des arbres, ainsi qu’aux fonds de terre usés ; il en est de même des cendres, surtout pour les figuiers.

[…] Les terres neuves, et particulièrement celles qui touchent à la surface, sont excellentes pour amender celles qui sont usées. Au reste, les fumiers qui ne valent rien pour les jardins, sont les curures de colombier et de poulailler ; le fumier de porc, les excréments des animaux aquatiques, ceux des lapins, et ceux de l’homme. En général, les fumiers les plus pourris, comme de la troisième année sont les meilleurs ; mais on ne doit pas les mettre pourrir dans un endroit où il y a de la pente, de peur que l’eau qui y tombe n’emporte tout le sel du fumier et le meilleur de la substance… /

Sans nul doute, que les différences entre les fumiers se sont aujourd’hui tassées, puisque beaucoup d’espèces sont nourries avec les mêmes aliments. Là aussi, la réduction de la diversité alimentaire va poser à terme d’énormes problèmes économiques, sociaux et écologiques…

Bref, pour nourrir l’humus, les Anciens recyclaient donc toutes les matières organiques, en plus de pratiquer les rotations, les jachères et les engrais verts… La suite au printemps prochain, en attendant :

L’éloge du ver de terre est en librairie

2 réflexions sur “Nourrir l’humus, l’estomac des plantes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *