Labourer pour nourrir ses vers de terre !

 

1881 Charles Darwin : « Les vers de terre se présentent en abondance extraordinaire dans les jardins potagers, là où le sol est constamment remué… »

DARWIN ayant passé plus de la moitié de sa vie à les observer, son avis compte. Et il compte d’autant plus, qu’il est également l’auteur du premier livre scientifique sur la formation des sols. Darwin agronome, une facette méconnue pour ce précurseur de la science du sol, la pédologie.

1970 Les terres de ma Saintonge natale grouillaient de vers de terre alors qu’elles étaient labourées !

Et quand j’écris, grouillaient, c’est qu’il y en avait plein : du gros, du p’tit, du laid, du beau, du dur, du mou… bref, un sol giboyeux pour leurs prédateurs. Pareil dans le jardin vivrier qui était labouré une fois par an ou bêché. En revanche, et en dépit qu’elle soit chaussée et déchaussée plusieurs fois par an, je ne me souviens pas en avoir vu dans la vigne. Selon toute probabilité, à cause de la bouillie bordelaise, l’un des plus vieux pesticides connu, le seul autorisé dans toutes les agricultures et qui fête ses 150 ans cette année !

Le « bleu » reste virulent et toxique pendant très longtemps dans les sols, et il est létal pour les vers de terre à cause de sa rémanence. À l’instar du glyphosate, c’est son usage répété et immodéré qui a créé durablement le problème.

2018. Joseph Pousset, le célèbre agroécologiste, me disait lors d’Innov-Agri, qu’enfant, il ne lui fallait pas longtemps pour remplir une boite de conserve de lombrics en suivant la charrue de son père ! Et comme s’ils avaient disparu, il ajouta qu’il y en avait de très gros. Et je confirme avoir le même souvenir. Mais où sont passés ces gros vers de terre communs nourris aux fumiers bio ? 🙂

Pourquoi la charrue et la bêche sont un faux problème ?

Nous le savons tous, la cohésion d’un groupe repose sur des idées simples, autrement dit sur des pensées partagées et réduites à leur plus simple expression. Et effectivement, c’est le plus petit dénominateur commun qui remplit les stades.

Ce n’est pas une nouvelle, l’agriculture a toujours été une activité humaine socialement déconsidérée par la majorité de nos congénères. Alors, tout naturellement, le soc de la charrue est pointé comme le meurtrier des sols nourriciers ; un coupable idéal pour disculper les pesticides et la fertilisation chimique ; un criminel, qui, même s’il ne fait pas du bien aux populations de lombrics, reste du pipi de chat comparé à d’autres outils comme les rotovators et autres herses rotatives qui peuvent, et en un seul passage, dézinguer plus de la moitié des vers de terre passant dans leurs mains d’acier.

Bref, les déchaumeurs, type cover crop ou autres outils à disques, peuvent également, dans une moindre mesure, faire également de gros dégâts sur les vers de terre en fonction des saisons, du terroir et de l’hygrométrie des sols. Disons qu’ils sont rares les outils agricoles compatibles avec la biodiversité.

Même le gyrobroyeur n’est pas tendre avec le petit peuple de l’herbe, ce micro-cosmos ! Même les tondeuses et autres débroussailleuses, que nous utilisons tous, ne font pas mieux puisque c’est le même principe qui les animent. Même le glyphosate n’est pas pire que tous ces engins du point de vue de la biodiversité.

Soyons terre à terre,

quels dégâts ou déséquilibres entraîne le passage d’une charrue à faible profondeur ? Certes, les charrues modernes ne sont pas adaptées au labourage de la couche superficielle du sol, conçues uniquement pour enfouir profondément la matière organique. Rien à voir avec la charrue dite « primitive » qui fouillait le sol pas plus profondément que le groin d’un sanglier ! En effet, avant l’invention des herbicides, et quand les chevaux n’étaient pas à vapeur mais à 4 pattes, et plus souvent avec des cornes ou de grandes oreilles parce que plus sobres, l’araire était l’outil qui a permis de contrôler les couverts pendant plusieurs milliers d’années ; contrôler pour garder une longueur d’avance sur la nature sauvage qui elle veut sans cesse reprendre ses droits.

D’accord, il n’est pas correct de mettre sur le même plan ces deux outils aux orientations diamétralement opposées, puisque l’araire ne possède pas de versoir et ne met que les racines des plantes en l’air sans retourner la terre, mais finalement, n’est-ce pas cela que l’on recherche ? Contrôler les couverts avec un minimum d’énergie tout en laissant la matière organique à la surface. Mais son problème est d’être associé à une agriculture archaïque, ce qui, dans une société du progrès, est rédhibitoire.

Pour ma part, je suis convaincu de sa haute valeur agronomique, reste juste à la mettre à jour pour en adapter les principes à notre agriculture contemporaine. Ceci dit, les nouvelles charrues déchaumeuses, conçues pour cultiver la surface du sol sans enfouir la matière organique, vont à mon avis dans le bon sens.

En attendant, si pour une raison ou une autre on est obligé de ressortir la bonne vieille charrue, on peut aussi atténuer ses effets indésirables en modifiant ses réglages pour éviter le retournement de la matière organique à 180 °, et en diminuant sa vitesse de travail et la profondeur, ce qui réduira d’autant les patinages et le carburant. D’autant plus si l’on possède une charrue portée ou semi portée compatible avec un labourage hors raies, pour diminuer la dégradation du sol dans le fond de la raie, là où les roues accentuent la semelle de labour et abîment le sol quand elles frottent contre la muraille. « Reste » qu’il reste cette fameuse semelle qui a tendance à couper les plantes d’une bonne partie de leurs réserves nutritives en contrariant le développement racinaire !

Ensuite, ce qui ne fait pas du bien aux vers de terre, c’est d’intervenir avec un matériel lourd sur un sol détrempé, et au printemps et à l’automne quand ils sont en pleine activité. L’idéal serait donc de cultiver quand le sol est sec ou quand ils sont en pause – diapause ou quiescence – car ils sont à l’abri des outils contondants dans les couches profondes du sol. Mais cet idéal sera difficile à atteindre, sauf à trouver la bonne mesure pour faire au mieux 🙂

En résumé, le mieux étant l’ennemi du pire, mieux vaut réduire au minimum le travail du sol, puisque tout chamboulement, outre de créer du stress et de désorganiser l’écosystème, réduit son potentiel à créer de la fertilité.

En librairie le 19 septembre

7 réflexions sur “Labourer pour nourrir ses vers de terre !

  1. J’ai tenu ma ferme laitière pendant 40 ans. Dans la parcelle d’1ha d’herbe près de la maison, j’ai mis 1 seule fois du maïs il y a+ de 20 ans…. Depuis 16 ans, j’ai planté des arbres sur 50 ares et cultivé mes légumes sur le reste. (Fumier, grelinette et maerl) . Cette année, je constate une absence très nette de lombrics, y compris au printemps dernier alors que l’hiver avait été suffisamment humide!
    Ce ne sont pas les produits chimiques, ni la charrue…. Qu’alors y faire ?
    JMS

    1. Bonjour Saget,

      Comment vous apporter la bonne réponse à distance avec aussi peu d’éléments ?

      Mais on ne peut pas exclure une matière active contenu dans les pailles de votre fumier ? Comme la picoxystrobine. Mais ce n’est qu’une supposition : travaillez vous sur sol nu ou couvert ? Belle journée

  2. Bonjour. Toujours très intéressant vos articles. Merci pour vos réflexions et surtout l’énorme travail de partage de vos connaissances. Ça m’aide bcp dans le développement de ma micro ferme en maraichage. Cordialement. Olivier

    1. Merci Olivier,

      Ce sont des messages comme le vôtre qui m’encourage à continuer, car, très souvent, l’envie de jeter l’éponge est grande face aux rouleaux compresseurs idéologiques. Belle journée

    2. Bonjour,

      ayant débuté l’activité cette année je partage le ressenti d’Olivier. Alors ne jette pas l’éponge Christophe, ça nous aide beaucoup à compresser les rouleaux !

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