Il n’y a aucune volonté politique à créer un monde durable !

La politique, c’est l’art de gouverner un pays pour le conduire dans le futur ; dans la même veine que nous gouvernons notre vie pour la soutenir le plus longtemps possible. Vu ainsi, ou de la hauteur de notre nombril, nous sommes donc tous des adeptes convaincus du développement durable ; sauf les suicidaires bien entendu !

Gouverner, sa vie, un pays ou une planète, revient donc à évaluer l’impact de chacune de nos décisions sur l’avenir ; comprenez sur les événements à venir. Et dans certaines traditions amérindiennes, cet impact sur le futur était évalué sur 7 générations, soit environ 150 ans. Certains penseront à juste titre que c’est peu, d’autres que c’est beaucoup, mais nul ne peut contester l’intention bienveillante qui les animait. Ceci dit, notre personnel politique devrait en prendre de la graine. 🙂

En effet, comment reprocher aux enfants qui naîtront dans un siècle, au milieu de tous nos déchets plastiques, chimiques et nucléaires, d’avoir une certaine amertume à notre égard pour le cadeau ? Difficile de faire plus malveillant, d’autant plus qu’au rythme où nous battons la mesure, les sols nourriciers devraient être pour beaucoup minéralisés.

La fertilité héritée

N’oublions pas que nous finissons d’épuiser l’héritage de nos Anciens, des Anciens qui, au fil des millénaires, ont su faire ce que nous ne savons plus faire : conserver la fertilité des sols cultivés. Et la révolution agronomique qui a fait exploser les rendements agricoles, reposait justement sur cette fertilité héritée… Et sans elle, notre in-culture est grande pour cultiver sans une débauche d’énergies fossiles, les mêmes à l’origine du bouleversement climatique. Tout de même, ça devrait interroger notre intelligence !

Bref, tant que la croyance populaire soutiendra que la vie est éternelle, pourquoi s’en faire puisqu’elle n’aura pas de fin. D’ailleurs, les vieux ne s’en font pas puisqu’ils partagent avec les jeunes enfants d’être narcissiques et de vivre dans leur monde : un monde imaginaire qui les fait roi ou reine en leur royaume. Et les actionnaires des multinationales de la chimie et de agroalimentaire, ceux qui ont pris le contrôle de l’agriculture mondiale pour se gaver comme jamais, sont pour beaucoup vieux ! Alors, pourquoi le développement durable serait-il leur problème puisque leur vie ne va pas durer ? Pareil pour l’avenir de la planète puisqu’ils se préparent à la quitter pour voguer vers d’autres cieux… 🙂

Certains trouveront la caricature sévère, mais pourquoi le “vieux” aurait-il plus de droits et de privilèges que l’enfant ? Pourquoi déciderait-il pour lui ? Au nom d’avoir travaillé, mérite-t-il en plus une médaille pour ce monde en ruine qu’il lègue aux générations futures ? Et pour les vieux agacés par mon discours, parce que c’est bien connu, le vieux est grincheux et chouineur, sachez que je suis aussi vieux que vous !

Gouverner,

c’est soutenir le cap pour aller le plus loin possible. Je suis maître de mon destin et capitaine de mon âme écrivait le poète anglais William Ernest Henley en 1875. Et c’est bien le capitaine qui décide de faire échouer son navire ou de hisser la grand-voile pour aller le plus loin possible. Ainsi, nous ne pourrons pas construire un monde durable avec 8, 9 ou 10 milliards d’êtres humains sans reconsidérer tous nos intérêts et nos privilèges.

Par ailleurs, comment construire un monde durable tant que la verticalité des savoirs régnera ? Et qu’il y aura de grands savoirs et des savoirs moins grands, à savoir que les savoirs universitaires seraient meilleurs que les savoirs de terrain.

Comment construire un monde durable tant que ces savoirs ne dialogueront pas ensemble ? Alors qu’ils ont tant de choses à se raconter. En attendant, chacun cloîtré dans son monde, l’un et l’autre restent amputés de ce que sait l’autre. Dis plus crûment, un scientifique sans bras ni jambes n’est pas plus avancé qu’un paysan sans cerveau. Pourquoi ? Parce que ce sont bien des savoirs universitaires qui ont mis la planète dans cet état… et des savoirs de terrain qui, pendant des millénaires, ont su conserver la fertilité de nos sols comme un bien précieux.

En librairie le 19 sept.

Mais ces savoirs des champs ont aussi colporté pendant des siècles que les vers de terre étaient des nuisibles qui mangeaient les plantes par la racine… Alors, comment peut-on encore croire que revenir en arrière nous permettra d’aller de l’avant pour construire un monde durable ?

Et pourtant, en remontant aux sources du mot agriculture, sa définition nous rappelle qu’au 17ème siècle, dans la première édition du dictionnaire de l’Académie française, l’agriculture était considérée comme un art à l’égal des autres ! Sous les Lumières, l’agriculture, c’était l’art de cultiver la terre pour la rendre fertile, le premier de tous les arts en 1694 – Aux sources de l’agriculture, la permaculture.

Publié en 2014

Alors, pour que le monde dure, et dure encore longtemps, l’agriculture doit retrouver le chemin de l’art. Et pour cela, a-t-elle d’autres choix que de coopérer avec son environnement pour créer des systèmes productifs et économes en énergie, et qui font dialoguer les pratiques agricoles traditionnelles avec les connaissances scientifiques les plus modernes en agronomie, en écologie et en sciences sociales ?

Photo prise à l’est du jardin de Népoux @ S. Corré.

Une réflexion sur “Il n’y a aucune volonté politique à créer un monde durable !

  1. C’est bien réel que le gros bon sens a été trafiqué par les universitaires . Parfois par esprit égaré mais souvent par esprit de clocher et de $$$ . A l’université j’était comme le mouton noir car venant d’une petite ferme je ne partageais pas les idées souvent basé sur les $$$$$ et une croissance illimité . De plus les lois ou comme la lois de l’impôt c’est finalement le gouvernement qui décide de ce qui est légal .. Ça veut dire que si une compagnie vole ( ou pire) et qu’elle s’entend avec le gouvernement ça devient légal . Le vrai changement va venir de la masse et ça commence par chacun de nous . Les graines du bon sens de se réapproprier la capacité de produire et en particulier de produire sa nourriture et son breuvage . Commence a pousser de plus en plus . Les savoirs se partagent sur le net ou autrement a la grandeur de la terre . A chacun d’apprendre a se débrouiller sans le gros système et de retrouver sa dignité d’être autonome et relativement libre . Avant qu’il soit trop tard . Les vieux dont je fais aussi parti n’ont pas juste détruit . Ils ont aussi bâti et fait des avancés . Si non je ne pourrais pas apprendre sur le net et partager comme jamais on aurait pu rêver il y a 50 ans . Maintenant il faut juste semer et aimer . Je suis toujours étonné de la résilience de mère nature .

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