Un sol vivant est comme un feu

Un sol nourricier est comme un feu, ni vieux ni jeune, il est vivant ou il n’est pas. Mais ne nous trompons pas, un sol vivant ne veut pas dire qu’il est vivant, seulement habité ! En revanche, le feu vide le sol de ses habitants… et pas seulement, épure la matière de toute vie 🙂

Le sol de la terre est donc un milieu habité au même titre que l’eau et l’air, 3 milieux où ses habitants commencent sérieusement à crever de faim. De 3 milliards quand je suis né, nous sommes passés à 7,5 en si peu de temps, bientôt 9. Et comme il y a 2 fois plus de naissances que de décès, je ne voudrais pas mettre ma main au feu, mais on joue avec les sols nourriciers comme si les temps modernes avaient relégué la famine à un passé archaïque et révolu.

Et pourtant la famine continue de sévir tout autour de nous puisqu’elle est la première cause de l’effondrement de la biodiversité. Et la chute est si brutale que certains spécialistes parlent d’une 6ème extinction de masse des espèces ! Et nous, on n’y voit que du feu 🙁

95 % de notre alimentation dépend des sols nourriciers et un sur quatre est déjà en voie d’extinction en Europe. Alors, nul besoin d’être devin pour savoir que la famine va prochainement nous tomber de nouveau sur le museau. Et après, on se mettra à feu et à sang car c’est le seul moyen testé et approuvé que nous connaissons pour nous réguler.

L’alimentation de demain dépend de l’avenir de cet animal !

Au commencement était le feu

Le feu est ou n’est pas, tout feu tout flamme, feu de paille ou faiblard quand il ne chauffe pas à cause de l’eau, enfin de l’humidité du bois. Et comme pour un sol, si on oublie de l’entretenir, il se consume jusqu’à devenir cendre. Et pas question qu’il n’en renaisse, pas de ressuscitation possible comme dans les contes de fées, c’est irréversible. Et sur ses cendres, rien ne pousse comme dans un désert minéral. Et pourquoi rien ne pousse ? Tout bonnement parce que la cendre n’est pas un milieu où vit la vie.

Pareil dans un sol cultivé, la vie s’éteint ou s’ankylose quand elle n’est pas entretenue. Et ensuite, c’est très long pour faire renaître un sol de ses cendres, d’autant quand il ne reste plus que les cailloux, phase finale du quart des sols européens en voie d’extinction.

La dernière fois que j’ai vu les sols de mon enfance, mon corps a pleuré tout seul, ému par la vue de ces immenses cimetières où trône fièrement la pierre comme un vainqueur.

Nous le savons : plus il chauffe, plus il dégage de chaleur, plus il consomme pour produire de l’énergie ; une énergie stockée dans le bois et que le feu libère sous un autre état. Parce que l’énergie ne se crée pas, elle est ou elle n’est pas. Rien de bien compliqué, que du bon sens paysan tant qu’on pense à remettre régulièrement du bois dans un sol pour entretenir son feu intérieur. Et quand j’écris du bois, c’est une image, car en dehors des champignons, des insectes xylophages et de quelques bactéries, les habitants du sol n’en mangent pas !!!

Bref, pour qu’un sol soit productif, les Amérindiens diraient qu’il doit être en pleine beauté, beau comme un feu la nuit. Et c’est la permanence des mouvements, des cycles et des révolutions qui fait sa beauté.

Mais un milieu cultivé n’est ni un milieu naturel ni un milieu sauvage, mais un milieu artificiel et domestiqué où la beauté s’use si elle n’est pas entretenue. Parce qu’un sol cultivé est une ressource épuisable qui dépend de la bonne santé de sa vie intérieure pour ne pas s’épuiser.

Et à ce jeu des tenants et des aboutissants, sachant que les vers de terre peuvent représenter jusqu’à 80 % de la vie souterraine, rien de bien compliqué : plus ils seront gras, plus ils engraisseront les plantes. Mais pour cela, les nourrir d’amour et d’eau fraîche ne suffit pas, il faut également cultiver pour eux, comme le laboureur cultivait autrefois l’avoine pour nourrir son cheval.

La suite très vite.

 

2 réflexions sur “Un sol vivant est comme un feu

  1. Bonjour

    J’adhère tout à fait à vos propos
    Toutefois, si le ver de terre sera le futur sauveur de nos sols, avez vous entendu parler du platelminthe, le ver mangeur de lombric ?
    (https://fr.wikipedia.org/wiki/Plathelminthes) .
    j’ai entendu dire qu’en Angleterre, où il sévit depuis pas mal de temps, le nombre de lombrics avait sérieusement décru.
    Merci de votre réflexion sur le sujet
    Bien cordialement

    Jean-Pierre

    1. Bonjour Jean-Pierre,

      Je prépare un article sur cette “fake news”, non pas parce que je nie que les plathelminthes soient un parasite du ver de terre, pas pire d’ailleurs que le blaireau, le renard, le merle ou la taupe, mais à cause du traitement de l’information qui en est fait.

      L’Europe vient d’interdire un fongicide, très employé en céréales, parce qu’il décime depuis 20 ans les populations de vers de terre et toute la chaîne alimentaire 🙂 mais aucun média n’a publié l’information. Business is business. Belle soirée.

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