Plaidoyer pour le labour !

Comment s’atteler au labour sans s’attirer les foudres des partisans du non-labour, dans une agriculture manipulée comme une marionnette par les lobbys de tous poils ?

SOMMAIRE
  1. Le labour est-il le mal absolu ?
  2. Le péché originel
  3. Les mots bleus
  4. Quel est le but du labour ?
  5. Donner de l’air au sol
  6. Labour biologique, labour mécanique

De tous poils comme de tous bords, chacun y va de sa ritournelle pour défendre sa tribu pendant que les industriels de la Finance tirent les ficelles. Et curieusement, personne ne s’étonne que des multi-nationales, à l’exemple de New Holland et Monsanto, soient aujourd’hui les premiers promoteurs de l’agriculture du non labour ; et du labour !

Mais cette politique du grand écart est logique : qui sont les premiers promoteurs de la guerre ? Les marchands d’armes puisque la guerre est leur meilleur consommateur, et qu’importe le camp, tous les belligérants étant de potentiels clients. Alors qui a intérêt à cette guerre fratricide qui oppose les tenants de l’agriculture du labour à ceux du non labour ? Qui a intérêt à renvoyer en coulisse l’agriculture bio, qui a intérêt à diviser pour mieux régner ? 

Le labour
est-il le mal absolu ?

Autant la technologie et la puissance des tracteurs ont encouragé l’agriculteur à labourer de plus en plus profondément, autant c’est effectivement une aberration agronomique. Une erreur car on ne remonte pas la fertilité comme on remonte l’eau d’un forage, puisque la fertilité d’un champ se fabrique à sa surface.

Pas mieux dans le camp adverse quand on lit comme un argument massue, que le glyphosate ne nuit pas au sol contrairement au labour ! Mille millions de mille sabords, mais d’où vient cette information ? D’un laboratoire universitaire censé faire de la recherche fondamentale mais qui est financé par un groupe agroalimentaire et une multinationale du pesticide… 🙂 Des informations complémentaires qui permettent d’apprécier l’orientation et l’indépendance de la Recherche.

Ceci étant, on note l’entêtement de certains à vouloir nous faire croire que le monde des pesticides se résume à un seul, le glyphosate ; une molécule presque naturelle et presque inoffensive d’après les marchands de bonne soupe. Voir l’état de cet ouvrier agricole.  

Le péché originel

Le labour serait donc le péché originel de l’agriculture comme l’affirme le pitch du film promotionnel sur La révolution des sols vivants : « Depuis plus de 5000 ans, l’homme maltraite le sol nourricier, créant derrière lui des déserts. » Et beaucoup soutiennent aveuglement cette croyance, alors que l’effondrement de la fertilité date seulement de ces 60 dernières années ! Dans ces conditions, difficile d’accuser le labour, à moins de rechercher le coupable idéal.

Bref, labourer a été pendant longtemps remuer la terre. Mais avec la modernisation de l’agriculture, remuer s’est mué en retourner la terre. Mais chavirer le sol pour mettre la matière organique dessous et la matière minérale dessus, est un contresens agronomique. Comme pisser debout face au vent, c’est pas le bon sens… sauf à se pisser dessus !

Les mots bleus

C’est ainsi, il y a de beaux mots qui deviennent au fil du temps de gros mots ou de sales mots comme le mot labour. Et pourtant, le labour est le fondement de tout acte agricole. Le premier geste de celui qui sème, est de labourer avant d’y déposer ses graines, de bien « labourer » avec d’y déposer sa petite graine ! Mais cette idée s’oppose au semis direct, qui littéralement veut dire : Je sème directement sans labourer.

Mais semer du blé ou des carottes directement dans un pré n’est pas le moyen le plus judicieux pour manger à sa faim. De la même manière que de faire du semis direct en traction animale ou à la main ramène à la dure réalité du sans labour.

Quel est le but du labour ?

Le but est clair : oxygéner le sol car la vie souterraine et les racines des plantes ont besoin d’oxygène pour vivre, et contrôler les couverts. Vu ainsi, il est manifeste que la charrue moderne est un un outil contre-productif, car, outre d’être à l’opposé du but recherché, elle coupe la réserve nutritive des plantes en 2 avec sa semelle. Pareil qu’un anneau gastrique tant le talon de la charrue agit comme la truelle d’un maçon. En complément, lire le sol est-il animal ou végétal ?

Donner de l’air au sol

Un sol cultivé ayant naturellement tendance à se tasser, on est obligé de le remuer pour faire circuler l’oxygène à l’intérieur. Parce que l’oxygène décroît rapidement avec la profondeur. Et quand l’oxygène circule, l’eau circule. Et quand l’eau et l’air circulent, les racines s’ancrent profondément pour mettre les plantes à l’abri du besoin et du stress.

Seule solution, coupler un labour biologique avec un labour mécanique de surface, ce dernier pouvant être remplacé par une couverture permanente dans un petit jardin. Mais pour des surfaces vivrières ou de grandes cultures, l’usage d’un outil est requis. L’araire était un outil génial d’un point de vue agronomique, mais il appartient au passé comme cette technique de labour basée sur la coopération et aussi vieille que le monde. La suite ici : Rajeunir son sol !

 

9 réflexions sur “Plaidoyer pour le labour !

  1. Il y a beaucoup de choses dans cet article avec lesquelles on peut être en désaccord.

    «l’effondrement de la fertilité date seulement de ces 60 dernières années » : pourtant, dans certaines zones (je pense en particulier au croissant fertile), la perte de la fertilité mène progressivement à la désertification depuis des centaines d’années, et certains pensent que le travail du sol, ne serait-ce que parce qu’il facilite l’érosion, en a été un facteur important.

    «Un sol cultivé ayant naturellement tendance à se tasser » : les gens qui cultivent sans travail du sol, avec couverts végétaux, constatent qu’au fil des ans leur sol s’aère, uniquement du fait de l’activité biologique provoquée par la matière organique en décomposition. Ainsi, il n’y a pas besoin de «labour mécanique de surface», sauf peut-être lors d’une courte période de transition entre l’agriculture fondée sur le travail mécanique du sol et celle fondée sur le travail biologique.

    L’agriculture sans travail mécanique produit des plantes en meilleure santé, capables de se défendre par elles-mêmes, sur lesquelles l’application de pesticides ou de fongicides n’est plus nécessaire. Et les rendements sont excellents. Seule une application d’herbicide à petite dose peut être requise avant le semis; et encore, il y aura peut-être moyen dans le futur de s’en passer, grâce à des techniques plus pointues et des couverts plus épais.

    Ainsi, entre une agriculture conventionnelle, fondée sur le travail du sol à la charrue et à la herse rotative, puis sur les engrais, puis encore sur les pesticides et fongicides, sans parler d’autres subtilités comme les régulateurs de croissance ; et une agriculture fondée sur le travail biologique du sol, les couverts végétaux, et le semis direct ; et du glyphosate à petite dose si nécessaire, le choix est vite fait ; même si le glyphosate n’est pas sans inconvénients.

    Au milieu de tout cela, l’agriculture biologique fondée sur le travail mécanique du sol n’est pas viable, car elle conduit à un appauvrissement progressif du sol ; et donc, à un moment donné, ça ne pousse plus.

    1. Jm,

      Vous m’avez adressé ce message en anonyme et je le reçois donc comme une lettre anonyme.

      J’ai bien compris que vous êtes un adepte de l’agriculture de conservation, ce que je suis aussi ! Mais vous conviendrez que cette technique n’est pas parfaite mais pour le moment on ne sait pas faire autrement. Donc, provisoirement, c’est la meilleure.

      Ceci dit, mon travail n’est pas d’œuvrer à la gloire de tel ou tel clocher, mais d’écrire en toute indépendance. Dans cette veine, je ne peux que vous inviter à lire la suite de l’article.

      Belle journée.

      (pour info, la plupart des commentaires anonymes vont généralement dans les indésirables)

  2. Merci pour ton commentaire très constructif Cg. Le coup des poules est dès bien vu.
    Je cultives des oliviers (environ 500) et je dois dire que depuis 5 ans, j’ai arrêté de griffonner. Au départ c’était un peu pitoyable car la nature des plantes qui se sont installées étaient assez très colonisatrices. Depuis un équilibre se crée ainsi qu’une diversité. J’ai creusé pour planter quelques jeunes arbres et j’ai eu le plaisir de voir des dizaines de vers de terre et même certain de 30 cm et 1,5 cm de diamètre. Ils font presque peur. Fumier de poule + broyât du bois de taille, la plus la terre sent vraiment le sous bois maintenant.
    Par contre pour mon patager, j’en suis encore à me demander comment faire sans motobiner sur 10 ou 15 cm ? suis je stupide ?

    1. Bonsoir Thierry,

      Tout dépend du sol de ton jardin, mais essaies le paillage avec un mulch frais ou du foin en couverture de l’automne au printemps ad minima, et tu devrais laisser naturellement ta motobineuses au garage… Belle soirée

  3. Excellent article.
    J’ai été surpris en lisant La Terre de Zola d’apprendre qu’en 1860 les sols étaient déjà dégradés et moins productif.
    Et aussi que dès cette époque la chimie faisait ces premiers pats ainsi que des machines à vapeur.
    Le livre est libre de droit.

  4. Que pensez vous de l’implantation d’un couvert végétal (avec grosse racine pivot avec la navet rave) suivi d’un grattage des poules ? Je teste ça en ce moment et j’aimerai avoir votre avis.

    1. Bonjour Thomas,

      Les seuls animaux capables de labourer biologiquement votre sol sont les vers anéciques de type lombric commun.

      ET leur pire prédateur sont les poules… C’est comme accueillir une famille de renards ou de fouines dans son poulailler.

      Et outre de détruire vos laboureurs et de leur créer un stress permanent par la pression exercée, vos poules détruisent toutes les bestioles qui participent à la formation de l’humus…

      Ce n’est pas un hasard si autrefois les poules étaient bannies des jardins… Belle journée. Cg

  5. Super article comme d’habitude. Hâte de lire la suite 🙂

    Dans le même genre pour les petites surfaces, il y a également la grelinette qui d’ailleurs a un peu “refait surface” et que j’ai même vu dans des magasins type biocoop… évidemment à un prix exorbitant.

    1. Il existe également la campagnole et dont vous trouverez une présentation en suivant ce lien : https://www.un-jardin-bio.com/vive-la-campagnole/
      Elle a pour principale avantage de ne pas malmener votre dos (et celui, non négligeable, de favoriser des artisans et acteurs locaux). Elle se décline en deux tailles et aussi en fonction du type de sol, lourd ou léger.

      Merci pour cet article qui permet de clarifier les pensées embuées qui peuvent émerger chez tout un chacun – clarification déjà entrevue dans vos premiers ouvrages et… au jardin. Cet entremêlement de partis pris et de d’opinions parfois naïves ou contradictoires est néanmoins le signe rassurant que la réflexion agronomique, du petit jardin aux grandes exploitations, est en pleine ébullition.

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