Quel est le meilleur moment pour semer ?

Depuis la nuit des temps, le jardinier se pose la même question : quand semer au printemps ?

La jardinière se pose aussi la même question, mais pas la jardinière accrochée à un balcon comme une potiche, avec quelques géraniums pour faire beau, preuve que le beau peut être beauf bof, mais le genre féminin, le beau genre !

Bref, loin d’être anecdotique, l’Histoire nous a appris que les femmes ont inventé l’agriculture, mais elle nous a également appris qu’elle était écrite par les hommes. On appelle cela, la juste répartition des tâches ! Et pour dépasser l’effet de genre, genre avec ou sans quéquette, ce ne sont pas les paysans qui ont écrit l’Histoire, mais ceux qui les exploitaient comme du bétail.

SOMMAIRE

  • Quand semer ?
  • Petite piqure de rappel
  • Récolter ce que l’on sème
  • Le secret des carottes géantes
  • Pour réussir tous ses semis
  • Savoir réveiller une graine
  • On vous cache tout

Article initialement publié en févr. 17
Mis à jour et enrichi en janv. 18

Quand semer ?

Restons avec notre paysan. Du temps où il était illettré, comment faisait-il pour savoir quand semer ?

Du temps où il n’y avait pas d’internet, pas d’électricité, pas de télés, pas de radios, pas de téléphones, pas de médias, pas de livres, pas de prévisions météo, pas de papier, pas de calendriers, pas de clochers et pas d’heure. Sans aucun repaire spatial et temporel, en dehors d’utiliser les mouvements de la lune et du soleil comme une pendule, en dehors de l’observation minutieuse et la connaissance de son environnement.

Mettez-vous à sa place : sans repères, comment se repérer ? C’est angoissant, d’autant plus qu’à l’époque, il y avait, ni supermarché ni livreur de pizzas !

Paysan. Je ne suis pas à l’aise avec ce mot, puisqu’il colporte l’idée fausse que seul l’homme travaillait, alors que la femme travaillait tout autant, sinon plus, en plus de s’occuper des enfants, de la maison, des lessives, des repas… Bref, mes arrières grands-mères nées au 19eme siècle, et mes grands-mères, abattaient plus de travail que leurs hommes alors qu’elles étaient juridiquement considérées comme ne travaillant pas… Femmes au foyer !

1985

Et cette ignoble injustice, où la femme était juridiquement considérée pas plus qu’un domestique, a commencé à être réparée qu’en 1985

 

Petite piqûre de rappel

Faut quand même se souvenir qu’au 17eme, l’agriculture était considérée comme un art majeur, le premier des arts devant la peinture. Depuis, les choses ont un peu changé… Mais revenons encore plus en arrière, du temps où le mot agriculture n’existait pas et où les femmes ont commencé par jardiner de petites surfaces, des potagers pour compléter les produits de la cueillette, de la chasse et de la pèche.

Raison pour laquelle j’ai démarré ce texte par le mot jardinière.

Raison pour laquelle, je ne donnerai aucune résonance à cette nouvelle idéologie portée par quelques mâles en mal de pouvoir, à savoir que l’agriculture est l’invention la plus stupide de l’humanité !

Pour récolter ce que l’on sème

Par facilité, j’aurais pu publier un de ces tableaux remplis de chiffres savants dont la littérature jardinière regorge autant que celle du web, mais franchement, en dehors de la Recherche scientifique, quel intérêt pour le jardinier de savoir que la carotte germe à partir de 10°C, le poireau à 12 et le haricot à 15 ? Parce que sur le terrain, ces données sont rarement utilisables. Je m’explique.

Ces températures sont synonymes d’un fond de l’air frais et humide, de nuits froides, et d’un temps très favorable aux champignons et aux limaces. Outre que dans ces conditions, le taux de germination est plus faible et la tonicité de la graine germée est diminuée, puisqu’un sol froid induit une germination lente et une levée longue, et accroit les risques de pourrissement.

L’addition sera donc lourde pour la plante naissante, mise en difficulté dès sa mise au jour ! Et l’impact sera sur les récoltes sans appel. Pourquoi ? Parce que la plante va monopoliser toute son énergie à survivre plutôt qu’à se développer.

Le secret des carottes géantes !

Beaucoup voit les carottes de notre jardin comme des géantes, alors qu’elles ont seulement été cultivées à la bonne température comme ce tournesol. Ceci dit, l’exemple est intéressant puisque la carotte fait partie des plantes les plus simples à cultiver.

UNE CULTURE SIMPLE. Ici, en Limousin comme dans le centre de la France ou au nord de la Loire, il est préférable de les semer à partir de la seconde quinzaine du mois d’avril, mais à condition que le sol soit ressuyé et le temps clément.

En effet, le problème avec la carotte, c’est la lenteur de sa levée, jusqu’à 3 semaines. Et les 5 semaines suivantes où elle est très sensible à la concurrence et à ses prédateurs naturels. Aussi, en la semant dans un sol où la température serait comprise entre 20 et 25°C, et en prenant soin d’éliminer toutes les indésirables tout en maintenant le sol humide, on a la garantie d’avoir des carottes géantes avec un minimum d’énergie. D’autant plus si on les nourrit au stade 2 feuilles avec un starter naturel. Et sans oublier de les éclaircir au fur et à mesure de leur grossissement. Sauf qu’ici, en Limousin, le sol atteint rarement les 20°C à cette saison…

Alors, quel est le secret pour avoir des géantes ? Peut-être faut-il les élever au bon sens paysan, et se dire que demain ne sera pas comme hier… 🙂

2 conditions pour réussir
tous ses semis

La température et l’eau
Pas la température de l’air, mais celle du sol ! C’est la température intérieure de la graine qui est importante, pas celle du fond de l’air !

En dehors des conditions génétiques relatives à chaque espèce, comme la vigueur d’une graine à germer, vigueur qui décline avec le temps, ou sa dormance, inaptitude à germer même si les conditions externes sont favorables, c’est l’eau et la chaleur ou le couple chaleur et humidité, qui déclencheront la germination. Lire en complément  : À quoi sert l’eau dans une plante ?

Les 2 autres conditions
à prendre en compte

Simple hypothèse vissée sur mes observations, mais à mon avis, 2 autres conditions interviennent pour déclencher la germination. Mais avant de vous les déballer, considérons ensemble que la graine est un être vivant en pause !

En effet, même si chaque plante intègre dans sa semence une part de repos génétiquement programmé, un temps où la graine dort, la dormance, ce n’est pas parce que les conditions de température et d’humidité sont favorables que la graine va germer. Lire le chapitre : La diapause, est-elle une pause ?

En effet, la graine a 2 moyens à sa disposition pour savoir si c’est le bon moment pour sortir la tête du sol :

  1. La pression atmosphérique qui lui indique la luminosité et la chaleur disponibles à l’extérieur.
  2. L’écart entre la durée du jour et de la nuit, le sol étant plus chaud le jour que la nuit, qui lui indique sa situation temporelle.

Savoir réveiller une graine

Pour commencer, le soleil chauffe le sol qui accumule l’énergie thermique pour la relâcher dans l’atmosphère durant la nuit. Mais cette perte d’énergie est compensée par l’énergie qui remonte en continue du centre de la Terre. Voir la vidéo : Un manteau pour votre jardin.

Quant à la graine, un organisme à « sang froid », donc un être vivant dont la température intérieure est égale à la température extérieure, elle peut mesurer en permanence les écarts de température entre le jour et la nuit.

D’ailleurs, c’est une technique utilisée pour tromper certaines graines, en les mettant une semaine au frigo avant de les exposer en continu à une humidité à la bonne température… Ceci dit, pour les plantes acclimatées, la température revêt moins d’importance puisque avec le temps, elles se sont adaptées en modifiant leur métabolisme. À l’exemple du blé qui germe à 5°C et même moins ; ou du bleuet qui peut germer pendant l’hiver !

On vous cache tout !

Une graine a d’autant plus de vitalité à germer, se développer et résister aux parasites, qu’elle est semée dans le jardin où elle est née.

C’est une donnée importante, largement minorée par tous les vendeurs de semences… Parce que la plante intègre dans sa mémoire génétique, certaines données spécifiques au terroir où elle a vécu, des données qu’elle peut transmettre à sa descendance.

N’est-ce pas cela le fondement même de la culture ? Avoir conscience de son environnement et y puiser des connaissances pour les transmettre aux générations futures. Faites vos semences, c’est le secret, d’autant qu’il n’y a rien à faire, sinon de les récolter. Enfin, je simplifie un peu 🙂

 

7 réflexions sur “Quel est le meilleur moment pour semer ?

  1. Bonjour Christophe,

    Merci d’avoir réactualisé cet article. J’ai lu quelque part que certaines semences peuvent être trempées dans le vinaigre, afin de reproduire le passage dans l’intestin, ce qui aurait pour effet de lever la dormance de certaines graines. As-tu des infos là-dessus?

    Bonne soirée.

    Vincent

    1. Bonsoir Vincent,

      Non, je n’ai pas d’info à ce sujet, mais pour que ça marche, il faudrait que le vinaigre puisse migrer jusqu’au germe pour que la graine ait l’information. Et justement, sa coquille fait barrière puisque le vinaigre est un poison. Belle journée. Cg

  2. Très intéressant, comme d’habitude.
    Donc, quelle est la réponse à la question “quand semer?” ?
    En plein hiver, puisque la graine à tout ce qu’il faut de sagesse pour déterminer le meilleur moment de germer?
    Un peu en retard, pour bénéficier d’une croissance accélérée? Mais dans ce cas, produit-on des semences qui enregistrent les caractéristiques véritables du terroir?
    Ps : le document “Un manteau pour votre jardin” semble inaccessible.

    1. Bonjour Jérôme,

      C’est ok pour le lien vers la vidéo. Quant à ta question, tu y réponds d’une certaine manière, même si ce n’est pas ma manière de faire. Et pour ta dernière question, une partie de la réponse est ici. Belle soirée

  3. article plein de sagesse !
    j’ai appris par ailleurs que le choc au moment du lancer du semeur et la lumière étaient aussi des facteurs déclenchant la germination…
    certains plantent (donc ce n’est pas une semaille) la nuit pour éviter de mettre en lumière les graines d’adventices.
    qu’en pensez vous ?
    tout autre chose : j’ai lu que vous avez travaillé près de Sisteron : bienvenue au club. je suis originaire de la vallée du Jabron…

    1. Bonjour Alain,

      Pour répondre à vos questions, quant au choc du geste du semeur ou de replanter la nuit pour éviter réveiller les graines d’adventices, effectivement j’y crois, je crois que les croyances se portent toujours à merveille. N’est-ce pas merveilleux ? 🙂

      Dites moi où vous avez lu que j’ai travaillé à Sisteron, car c’est faux. C’était à Briançon, mais c’était y’a longtemps… Belle soirée

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