Méthaniseur géant : 2500 têtes de bétail pour produire de l’électricité !

Avertissement. Cet article a été refusé par tous les médias nationaux, même les plus virulents contre les usines des 1000 vaches et des 1000 veaux.

La ferme-usine des 1000 vaches qui n’en contient que 500, celle des 1000 veaux, 400, alors que celle-ci tourne à plein régime avec 2 500 ! Bref, les chapelles idéologiques interpellent autant que le développement effréné des fermes-usines.


2500 têtes de bétail
pour produire de l’électricité.

Comment un projet industriel, porté par un producteur d’électricité, a-t-il pu voir le jour aussi rapidement et sans enquête publique ? Et pourtant, la loi dit : Tous projets susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement ou la qualité de vie des riverains, sont soumis à une enquête publique.

La plus grande
ferme-usine de France !

Avec une capacité de 2500 têtes et un turn over de 4000, c’est signé, le préfet de la Haute-Vienne a autorisé le plus grand projet gazier basé sur l’espèce bovine. Après la ferme des 1000 vaches et celle des 1000 veaux en Limousin, le Limousin aura donc la plus grande usine bovine de France basée sur la méthanisation !

Quel est l’apport des fermes-usines ?

Déjà, est-ce une promotion pour la vache que de passer sa vie confinée dans une usine ? Concentrée à pisser et chier pour produire de l’électricité. Non, bien sûr que non, et c’est même une sérieuse dégradation de son cadre de vie.

Dans ces conditions, quel est l’apport de la loi du 16 février 2015, qui lui reconnaît d’être autre chose qu’une chose, un être vivant doué de sensibilité ? Même interrogation avec la loi promulguée la même année sur la reconquête de la biodiversité ; 2 ans après, la biodiversité continue de s’effondrer…

Quant aux fermes-usines, leur développement est en plein essor parce que la chose en question rapporte. Et pour un industriel, une chose qui rapporte, est une bonne chose. Et même une très bonne chose quand elle aspire au passage, une autre qui n’a pas d’odeur : l’argent des subventions publiques.

C’est d’ailleurs leur premier apport !

L’histoire du site

Une histoire d’industriels et de gros sous pour ce site implanté prés de Bellac au nord de Limoges, une histoire qui a débuté il y a 30 ans, avec un industriel italien comme l’explique Aymeric MERCIER, un enfant de la commune, aujourd’hui, implanté comme agriculteur dans la commune voisine.

En 1989, une société agroalimentaire italienne rachète le domaine de Berneuil, et d’emblée, commence par arracher les haies et les arbres pour créer de grandes parcelles : 450 ha sont drainés et 250 ha sont irrigués. L’exploitant engraisse des broutards pour le marché italien sur deux sites pouvant contenir 2500 bovins. Et en 2004, bien qu’elle a été l’élevage le plus subventionné en France avec 430 000 €, la ferme-usine peine à trouver son équilibre financier.

C’est énorme tout cet argent public donné tous les ans, quasi un 1/2 million d’euros en 2004. Et en plus, ce n’est pas rentable ?

Oui. Et en 2013, Georges Delachaux rachète le domaine de désormais 700 ha avec l’aide d’une holding dont il est le propriétaire et qui pèse 60 millions d’euros. Pas vraiment un paysan comme les autres ! Mais un investisseur, conscient de la faible rentabilité de la ferme et attiré par l’aubaine que constituent les subventions et les tarifs préférentiels de rachat de l’électricité d’origine agricole.

Une histoire de moutards

Un financier qui investit dans de nombreux domaines comme l’immobilier, le commerce de gros, la vigne, l’exploitation forestière… et la production distribution d’électricité et de gaz avec Enedel 7. ENEDIS, ENEDEL, la proximité des noms ne laisse aucun doute sur le secteur d’activité de cet industriel. Et selon BFM TV, son dirigeant posséderait pas moins de 27 sociétés !

Donc, aucun lien avec un agriculteur voulant valoriser les déchets de sa ferme, et au même titre qu’EDF utilise l’eau, le soleil, le vent ou l’atome pour produire de l’électricité, ici on va utiliser la vache, enfin son moutard, le broutard !

Beaucoup de questions ?

Pourquoi le centre d’engraissement des Mille veaux sur le plateau de Millevaches a-t-il défrayé la chronique nationale, alors qu’ici, on en engraisse 2500 en tout quiétude ?

Pourquoi l’opposition est sévère là-bas alors qu’ici elle est timide ? Pourquoi des personnalités comme Corinne Touzet, Michel Drucker, Dave, Liane Foly, Bruno Solo, Pascal Légitimus, … se sont engagées publiquement contre la ferme-usine des 1000 veaux, alors qu’ici, dans l’indifférence quasi générale, un industriel va en exploiter 2500 pour faire de la lumière ?

Pourquoi en Limousin ?

Le Limousin, terre de limogeage pendant longtemps, s’était mis en lumière en 1889 quand la fée électricité y a été transportée pour la première fois sur une longue distance. Puis, la Limousine s’est imposée dans le monde comme le summum de l’auto de luxe, quand l’autre s’est également répandue sur toute planète pour sa viande. Quand le préfet a signé l’autorisation d’exploiter, a-t-il pensé à tout cela ? A-t-il signé pour que le Limousin reste une terre d’innovation en électrifiant même ses vaches, ou a-t-il seulement appliqué la loi ? Je l’ignore.

Néanmoins, après l’électrification des campagnes, aujourd’hui, c’est leur industrialisation qui est en cours. Sans que les citoyens n’aient mot à dire, jamais invités à donner leur avis. Quant aux moutards de la Limousine, finir dans une usine, c’est une triste fin, même si tous y finissent. Eh oui, la modernisation n’a pas d’état d’âme, et malgré le caractère bien trempé de leurs mères, fini d’être une barre de coupe (tondeuse à gazon) à l’avant et un épandeur à engrais à l’arrière comme disait André Pochon.

Chier et pisser de l’électricité

Parce que dans une usine, tel un ouvrier devant sa chaîne, la vache est coupée de la nature, enchaînée à la production comme la chèvre à son piquet. Et telle une machine-outil, elle doit avoir du rendement, car, plus elle mange, plus elle pisse et chie de l’électricité ! C’est pour cela qu’elles doivent vivre concentrées pour toujours chier et pisser au même endroit.

D’ailleurs, comment appeler cette énergie ? L’énergie hydraulique est issue de l’eau, l’énergie éolienne vient du vent, mais celle issue du cul des vaches, comment l’appeler ? L’énergie bestiale ?

Aymeric MERCIER :

Le méthaniseur pour produire de l’électricité sera implanté sur le site d’engraissement de Saint-Junien-les-Combes, et c’est lors de la consultation lancée par la préfecture en juin 2017 que les habitants apprennent l’existence du projet. Sous la pression des habitants, la mairie émet un avis défavorable parce que tout le monde s’inquiète des risques d’explosion, des nuisances olfactives, de l’important trafic généré dans les ruelles du village, de la pollution de l’air par le sulfure d’hydrogène et l’ammoniac et de la pollution de l’eau aux nitrates…

Il ne s’agit pas de s’opposer aux énergies renouvelables, mais à un modèle-type de ferme-usine, comme celle des 1000 vaches, où le lait ou la viande deviennent un sous-produit de l’électricité. Aux yeux de ces investisseurs, la vraie richesse c’est la biomasse – fumier et cultures énergétiques – qu’ils pourront méthaniser pour revendre des kilowatts subventionnés. Et tant pis pour les paysans qui essaient de vivre du lait ou de la viande !

Pas d’enquête publique
pour ce projet gazier

L’obligation d’une enquête publique pour ce type d’installation gazière n’est pas toujours requise, la population étant seulement avisée. Mis devant le fait accompli, on comprend aisément que les habitants et les riverains l’aient mal vécu. On le serait à moins ! Parce que sans enquête publique, pas de synthèse, pas de conclusions, pas de préconisations, pas de commissaire indépendant, pas de bruits, pas de vagues, l’affaire est déjà dans le sac.

Mon propos n’est pas ici de jeter de la suspicion comme de l’huile sur le feu, tant sur les services de l’État que sur l’exploitant privé, mais l’astuce juridique pour éviter l’enquête publique a été de s’appuyer sur un point très largement contestable : création d’une nouvelle activité sur un site déjà existant.

Mais du coup, cette nouvelle activité tombe bien de plain-pied dans le champ des projets soumis à enquête publique, puisque qu’elle est susceptible d’avoir un impact sur l’environnement ou la qualité de vie des riverains. Et d’autant plus qu’elle est créée, non pas par l’exploitant, mais par une société étrangère au site, implantée dans une autre région, et qui produit de l’électricité.

Que dit la loi

La loi dit au sujet des communes qui réalisent : « des aménagements, des ouvrages ou travaux, qui, en raison de leur nature, sont susceptibles de porter atteinte à l’environnement, ces opérations sont soumises à enquête publique. Cette enquête a pour objet d’assurer l’information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers… » Et en toute logique, la loi s’applique à tous, à toutes les personnes morales.

Et pour répondre aux esprits jusqu’au-boutistes, aucune loi n’interdit de programmer une enquête publique puisque l’avis du public n’est que consultatif ? Est-ce mieux de préférer le conflit et les manifestations, au dialogue et au consensus ? Pourquoi imposer aux riverains de sniffer de l’œuf pourri ? Je plaisante. On ne badine plus avec cela avec les nez électroniques. Enfin en théorie.

Aymeric MERCIER :

Pour remplir ces objectifs, le législateur a créé une procédure simplifiée, dite d’enregistrement, qui permet à ces méthaniseurs géants de se passer d’études d’impacts et d’enquête publique. C’est sur cette procédure que la préfecture s’appuie pour n’apporter aucune réponse, aucune étude complémentaire qui permettrait de répondre à nos inquiétudes. Une semaine après la manif, le permis de construire du méthaniseur était accordé. 

En conclusion,

1

Si ces méthaniseurs géants ne sont pas dangereux, totalement inoffensifs, sans odeur et si écologique, pourquoi ne pas valoriser les crottes de chiens et les 20 mille tonnes de pipis et cacas rejetés quotidiennement par les habitants de l’Île de France. Et pourquoi pas ?

2

Quant à l’appellation d’énergie renouvelable, on est très loin d’un cycle vertueux à l’image de l’eau, du soleil ou du vent, puisque la production de méthane (biogaz) pour produire de l’électricité à partir des fumiers, s’appuie sur la concentration animale et l’agro-industrie (pesticides, engrais chimiques, phytohormones, antibiotiques …). Et la méthanisation engendre une perte de matière organique et un détournement du carbone dont les sols cultivés sont déjà durement carencés ! Même punition pour l’humus à la base des sols vivants.

3

Ces usines gazières, qui utilisent l’animal pour produire de l’électricité, devraient en toute logique dépendre du ministère de l’énergie, celui qui a en charge la prévention des risques, à savoir le ministère de la Transition écologique et solidaire. Et d’autant plus, que le développement de ce type d’industrie, va justement à l’encontre de la transition écologique et solidaire.

1 + 2 + 3

Comment ne pas avoir le sentiment, que le seul bénéfice de l’essor des fermes-usines va aux industriels et à leurs actionnaires, va finir d’essorer la biodiversité et nos dernières réserves naturelles.

4

Et pour finir, j’espère qu’un dialogue constructif va s’installer entre l’industriel, le préfet et les habitants du territoire. Parce que le temps des gueux, des serfs et des vilains est révolu, et que de traiter ceux qui font vivre les territoires par le mépris, n’est plus acceptable.

Sincèrement, espérons qu’une enquête publique sera diligentée dans les plus brefs délais, car, sauf erreur de ma part, l’administration a commis une faute, une faute au moins morale.

 

Ferme-usine, mille vaches sinon rien !

7 réflexions sur “Méthaniseur géant : 2500 têtes de bétail pour produire de l’électricité !

  1. Bonjour,
    vraiment navrant (c’est le moins que l’on puisse dire…) que votre article n’est pas trouvé preneur….effectivement ça interpelle!

    Pauvre agriculture se lamentait mon père, paysan jusqu’en 2002, et résistant avec 15 vaches et 20 hectares.
    Pauvre agriculture se lamentait il en faisant bouffer de l’herbe aux vaches et en regardant tout autour les fermes, pardon, les exploitations agricoles s’agrandir, pour sombrer à grands pas dans la monoculture de maïs et l’élevage hors sol de canards et de poulets.
    En lisant votre article je repense à tous çà…
    Je repense aussi à Bernard Charbonneau qui écrivait en 1973 “Tristes campagnes”, et plus récemment Fabrice Nicolino et son “Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenu l’agriculture”.
    De ces deux titres évocateurs je retient deux mots et je me dis…..TRISTE MERDIER…

  2. Je suis d’accord avec vous sur plein de choses mais pas là. il y a des éléments qui peuvent faire l’objet de discussions objectives (pas de meilleure utilisation pour le fumier ? Mode de vie des animaux ? nuisances de l’installation ? ) et des éléments qui relèvent de la pure opinion et qui ne peuvent être sujets à discussion (l’argent c’est mal et les financiers et investisseurs sont le diable).

    Je dirais seulement que je trouve très bien que l’argent capitaliste s’investisse dans les campagnes qui se meurent. Si des paysans / ruraux savent se saisir de ces opportunités c’est encore mieux (s’associer aux financiers, utiliser l’accès au capital qu’ils représentent). L’urgence est de faire sortir les campagnes de leur marasme ou de la mainmise d’une forme d’agriculture d’un autre âge (RIP Xavier Beulin). Pour moi c’est d’abord à cela qu’il faut penser: trouver un avenir pour ces magnifiques territoires qui crèvent. Et si j’étais limousin (élu ou militant), je m’inquiéterais avant tout d’être certain que cela crée de l’emploi, des compétences locales, de faire en sorte que les territoires puissent capitaliser sur ces nouvelles pratiques plutôt que de hurler au vilain financier. Je régulerai aussi ces nouvelles pratiques (et oh, les haies là, vous ne m’enlevez pas tout…). Les refuzniks ne mènent à rien si ce n’est à l’enfermement de chacun dans son monde et à la perte des valeurs (en tout genre) qui peuvent se créer par l’échange.

    1. Grabotte,

      Vous m’écrivez que : nous sommes d’accords sur plein de choses mais pas là…

      En vous lisant, j’ai cru d’abord à un gag tant je combats TOUTES les vilaines idées que vous colportez. Vous me parlez de campagne qui se meurent, de territoires qui crèvent… et vous voulez que leurs assassins finissent le travail !

      Les bras m’en tombent…

      Car vous avez le discours de tous ces lobbyistes qui tentent, quasi toutes les semaines maintenant, sous couvert d’apprécier mon travail, de le décrédibiliser. Et pour finir, c’est moi qui ne serait pas dans l’échange…

      Cordialement,

    2. Bonjour et bonne année a tous

      L’année commence bien ; il y a des faits objectifs et des opinions avec une barrière étanche entre les deux; des gentils financiers et des vilains refuzniks. Je suis sur qu’il y a des financiers qui œuvrent pour le bien commun, pour tenter de restaurer la nature … ( et pas pour s’acheter une bonne conscience avec du saupoudrage) mais je n’ai pas d’exemples qui me viennent là.
      Le vocabulaire (Éléments de langage) genre “Si des paysans / ruraux savent se saisir de ces opportunités c’est encore mieux (s’associer aux financiers, utiliser l’accès au capital qu’ils représentent).” ne sont évidement pas des dogmes ni des concepts anciens. Le capitalisme, le productivisme nous on conduit la ou nous sommes et on va continuer avec les mêmes paradigmes.
      Décidément “Capitalisme et pulsion de mort” (de Gilles Dostaler et Bernard Maris) est de plus en plus d’actualité

  3. Il est évident que la couleuvre est difficile à avaler, se servir d’une structure agricole pour mettre en place une structure industrielle. Et le tour est joué. Bonjour la com, bonjour le respect des citoyens, et le tout cautionné par les responsables communaux, départementaux!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.