Conserver ses pommes de terre : où et comment ?

La conservation pose souvent problème, car même en tubercule, la patate reste un organisme vivant qui ne demande qu’à pousser. Et cette vivacité qui lui a permis de conquérir le monde, doit être contrôlée.

Car, en fonction de la variété, de la température et de la ventilation, elle ne manquera jamais une occasion de germer, autrement dit, de sortir une ou plusieurs tiges aériennes afin d’aller chercher la lumière pour démarrer le processus bioénergétique de la photosynthèse.

Et pour cela, puisant dans ses réserves de sucre, l’amidon, elle est capable de développer une énergie considérable pour atteindre son but : se dupliquer. Et elle est d’autant plus motivée, qu’une variété ne peut pas se multiplier par ses graines !

SOMMAIRE
  • L’amidon, la graisse de la patate
  • La variété
  • Les anti-germinatifs
  • L’éthylène
  • L’huile essentielle de menthe
  • La température
  • La ventilation et la lumière

L’amidon,
la graisse de la patate

D’une vivacité inouïe, dépassant parfois les 50 cm, les germes sont capables de s’enfiler dans de minuscules interstices et, coûte que coûte, d’y forcer le passage pour rejoindre la lumière.

Mais plus la patate brûle d’énergie pour cela, plus elle se consume, s’épuise, épuise ses réserves de sucre. Il est manifeste que si d’aventure, un tubercule est replanté avec ses longs germes blancs, épuisée, la plante sera peu productive, sinon prompt qu’à ne produire que de petits plants pour se reproduire lors d’un prochain cycle.

Pour jeter un pont, la pomme de terre fait des provisions qu’elle stocke sous forme d’amidon quand nous, les humains, nous les stockons sous forme de graisse. Mais la destination de ces réserves énergétiques est la même même : nourrir les cellules.

La variété

La variété a une influence considérable sur la conservation, et plus elle est dite précoce, plus elle « germera » tôt, parfois à l’automne ; et plus elle est dite tardive, plus elle « germera » tard, à l’exemple des SARPO, des variétés ultra résistantes au mildiou et réputées comme telles. À tel point que cette année, l’Axoma et la Mira ont germé mi-juin… 

Sarpo mira

Quant à la Bleue du Danube, une autre variété de la lignée des Sarpo, elle avait germé seulement 2 semaines plus tôt.

Il est manifeste que ces souches ayant été sélectionnées en Bulgarie, le climat a influencé celui qui est à leurs origines : Istavaán Sárvári. Ceci dit, pour un stockage amateur et autonome, la dormance d’une variété est un facteur déterminant. C’est bien quand une variété dort pendant l’hiver pour ne se réveiller qu’au printemps 🙂 D’ailleurs, c’est le seul problème des variétés précoces, qui à l’instar de la Limousine, doivent être contrôlées au moins 2 fois par mois car elles ont le sommeil léger !

Limousine

Les anti-germinatifs

Le germe étant une tige, comme une « mauvaise herbe », l’industrie lui a créé son « herbicide », des pesticides qui bloquent la germination. Bloquer veut dire augmenter la dormance ou empêcher la levée. Souvent à base de chlorprophame, une molécule de synthèse hautement toxique pour la santé et l’environnement, elle est pointée comme un perturbateur endocrinien sérieux. À bannir.

Mais depuis 2010, 2 anti-germinatifs « naturels » ont été homologués en agriculture biologique : l’huile essentielle de menthe et l’éthylène. À noter qu’une différence de taille les distingue, puisque huile essentielle de menthe détruirait les germes. Et pour la reproduction, c’est ennuyeux 🙁

L’éthylène

Un gaz que l’on retrouve à l’état naturel mais qui consume beaucoup d’énergies fossiles pour l’extraire du pétrole. Par ailleurs, vu les installations requises, sa mise en œuvre le réserve à un usage professionnel. À noter, que toutes les études, au moins celles que j’ai pu consulter, montrent une efficacité égale aux pesticides chimiques, mais avec un plus, un taux de germination supérieur pour les plants.

Alors, que penser de ces fruits qui dégagent naturellement de l’éthylène lors de leur mûrissement ? Comme la tomate, la figue, la pêche, l’abricot, la banane, le melon, la poire ou la pomme. Suffit-il de placer une pomme de garde au milieu de ses patates pour qu’elles en profitent ? De garde parce qu’elles se gardent longtemps, parfois jusqu’au mois de mai. Pourquoi ? Parce qu’elles ont été cueillies vertes et vont finir de mûrir en cave. Et c’est lors du mûrissement, que le fruit dégage cette phytohormone.

Que faut-il attendre de cette technique de la pomme ? Pas grand chose, au mieux un léger trouble de la germination chez ses voisines de palier.

L’huile essentielle de menthe

Son usage pourrait intéresser directement les petits producteurs et les adeptes de l’agriculture vivrière, si l’outil pour générer ce brouillard dense fait de très fines particules chargées d’huile et d’eau ne coûtait pas si cher. Environ 3 000 euros ! Par contre, rien n’interdit de chercher d’autres techniques de mise en œuvre.

Et quand, pour une bonne ventilation, les patates sont stockées en hauteur, pourquoi ne pas utiliser ces fumigateurs domestiques pour huiles essentielles. Ou détourner un vapoteur de sa finalité. Ou bien dessous, mettre une casserole d’eau chaude avec quelques gouttes d’huile ? Ou agiter régulièrement un bouquet de menthe sèche ?

Pour la fabrication de cette huile, Il semblerait que c’est la menthe spicata (verte ou commune d’europe) qui soit utilisée. Comme nous en avons une vingtaine de variétés dans le jardin, raison pour laquelle je m’aventure sur ce terrain, la menthe basilic, une menthe dont j’ai longtemps cru que c’était un basilic vivace (?), si désagréable lors de la récolte tant elle pique les yeux pour se défendre, est encore très odorante une fois sèche. Alors, pourquoi ne pas essayer de poser directement ses patates sur un lit de cette variété ? À expérimenter.

Dosage

Quant aux doses pour la fumigation, selon quelques notices, elle serait de 80 ml d’huile par tonne la première fois, suivie d’une application toutes les 3 semaines à la dose d’entretien de 30ml.

En conclusion, ce n’est pas parce que c’est naturel, que ce n’est pas toxique… Mais l’avantage de cette technique serait de laisser très peu de résidus sur les tubercules, des résidus totalement biodégradables et qui n’auraient pas d’impact gustatif, contrairement à l’éthylène, qui peut, en fonction de la variété, légèrement l’affecter.

La température

Un autre facteur incontournable est la température. Et sur la toile, il se dit que la température idéale de conservation serait de 10°C !

D’où sort ce chiffre ? Du chapeau d’un magicien ? Certains disent qu’au départ, c’était l’âge du lapin… Mais je ne crois pas qu’ils vivent aussi vieux. Encore qu’en lapin blanc, je l’avoue, je n’y connais rien.

Plus sérieusement, la température idéale est plus proche de 0, entre 2 et 4 °C. À savoir également, que le froid peut accélérer le brunissement de l’amidon suivant les variétés. En définitive, pourquoi des températures aussi basses ? Tout bonnement parce que l’activité cellulaire est conditionnée par l’énergie thermique. L’énergie thermique, carburant du sol, un sujet largement développé dans mon dernier livre.

La ventilation
et la lumière

Pour des températures supérieures, il faut intensifier la ventilation puisqu’elle stimule la dormance. Fais dodo, Colas mon p’tit frère, fais dodo, t’auras du lolo. Bref, peut-on alors émettre l’hypothèse qu’une circulation d’air stimule le vent et informe la pomme de terre qu’elle serait sur le sol et non dans le sol ?

C’est une hypothèse séduisante, car, nue comme un ver et dans les courants d’air, ses chances de survie sont égales à zéro. Raison pour laquelle, au contact de la lumière, la pomme de terre produit des poisons, verdit pour se protéger de ses prédateurs ; une excellente raison pour la conserver à l’abri de la lumière, sauf pour les tubercules destinés à la reproduction.

En résumé

Pour une consommation familiale, la ventilation, la température et l’absence de lumière sont des critères de premiers choix, en dehors de l’influence des variétés.

4 réflexions sur “Conserver ses pommes de terre : où et comment ?

  1. Je conserve mes pommes de terre dans un sellier pas très bien isolé du froid, et ma foi, ça leur réussi pas mal. Petite info à l’écart du sujet concernant les origines de la pomme de terre, dont il a été brièvement question cette semaine dans un doc sur la tectonique des plaques (arte). En résumé, la patate et la tomate avaient un ancêtre commun qui vivait proche du niveau de la mer, et qui se multipliait par le fruit, comme la tomate. Puis quand la plaque pacifique s’est glissée sous la plaque de l’Amérique du sud, elle l’a soulevé en formant la cordillère des Andes. Les plantes ancêtres se retrouvant progressivement en altitude au froid, et ne pouvant plus se multiplier par les fruits, ont progressivement développé le mode de multiplication par les tubercules.

    1. Bonjour Sophie,

      Sur l’origine des pommes de terre, il y a 2 théories : une origine andine et une mexicaine, puisque l’on retrouve des pommes de terre sauvages au Mexique… Terroir d’origine du doryphore. Mais là-bas, à l’état naturel, il les attaque peu ou pas 🙂

    2. Je ne m’étais jamais interrogée sur l’origine de la pomme de terre, et je ne connaissais pas l’origine Méxicaine. Mais j’ai trouvé passionnant, à travers ce reportage sur l’histoire des continents, de redécouvrir combien l’archéologie peut nous en apprendre sur l’évolution minérale, végétale et animale.

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