Aux sources du bien-être

C’est excitant d’être en harmonie avec soi-même, sous-entendu en état de plénitude, de paix intérieure et de sécurité.

C’est d’autant plus excitant que notre corps se souvient l’avoir déjà vécu au moins une fois. D’ailleurs, ce n’était pas notre choix d’en sortir. Ce n’est pas de notre plein gré que nous nous sommes engagés dans le long tunnel sombre et étroit pour gagner l’air libre ; c’est elle qui nous a expulsé. Elle qui pousse pour se débarrasser de ce poids qui l’encombre et menace sa propre vie. 

Goutte au creux d’une feuille de capucine
  • SOMMAIRE 
    • Est-ce un état de bien-être permanent ?
    • Tendre le bras
    • Le prix de la liberté
    • Les yeux calcinés
    • Un monde idéalisé
    • Définir l’harmonie ?
    • L’harmonie est mouvement
    • Un jardin en mouvement
    • Bien être à sa place

L’harmonie, est-ce
un état de bien-être permanent ?

Ou une béquille pour nous aider à vivre et faire passer la pilule ?

Un sentiment fortement confirmé depuis que j’ai vu ce documentaire sur une tribu dite “primitive”, et qui vivait encore aujourd’hui en harmonie avec la Nature. Vivant de sa générosité et prenant, comme on prélève, uniquement ce dont elle avait besoin. C’était beau.

En son sein, les enfants ne rêvaient pas à la dernière console de jeu vidéo, ils s’amusaient avec rien, ils s’amusaient d’un rien. Ce style de vie aux sources de l’humanité a aussi ses contraintes, mais si peu, vu de loin. Sans électricité, pas de lumière, pas de réfrigérateur, pas de conserve… Alors, quand la faim est là, il faut se résoudre à partir faire ses courses dans la forêt.

Tendre le bras

Peut-être l’avons-nous oublié, mais c’est pratique d’avoir à tendre simplement un bras pour ouvrir une porte ou une boîte ? Ou mieux, quand nous avons simplement les pieds à mettre sous la table !

Il y avait bien une supérette à un mois de marche, mais chaque membre ne pouvant pas transporter plus d’un mois de nourriture à cause du poids, l’opération n’était pas rentable ; sauf à faire sans cesse des allers et des retours. Et comme ils sont animés par le bon sens paysan comme tout bon sauvage, ils se seraient dit : Autant habiter à côté de la supérette plutôt que de faire tous ces voyages pour rien.

Le prix de la liberté

Et beaucoup l’ont fait, et nous savons tous ce qu’ils sont devenus. Parce qu’avoir son garde-manger sous la main a un prix, et quand on sort de la forêt pour la première fois, avec les poches vides de diplômes et de compétences pour accéder aux emplois les mieux rémunérés, que reste-il en dehors des plus précaires et des plus mal payés ? Sauf à moins de se mettre à son compte dans la prostitution ou la mendicité. C’est le prix de la liberté, un lourd tribut payé par les femmes et les enfants.

Les yeux calcinés

Pas folle, la tribu avait fait le choix de rester loin de la civilisation pour continuer à vivre en harmonie avec la nature. Au menu du jour, un jeune singe grillé. Et dans ses yeux calcinés, on lisait encore l’effroi, la panique et l’incompréhension. Parce quelques heures avant, le petit était mort sans comprendre que même dans un monde harmonieux, le plus fort mange le plus faible.

Le ventre vide et le butin maigre, les chasseurs-cueilleurs l’avaient tué sur le retour pour nourrir leurs petits. Et du côté de la maman singe, partagerait-elle la même conception de l’harmonie que nous, nous qui, le ventre plein, regardons sur l’écran le regard calciné de son bébé ? J’ai un doute.

Un monde idéalisé

Dans un monde naturellement harmonieux, tout devrait être qu’harmonie et bien-être. Mais comme la maman singe, quel serait alors notre sentiment vis à vis d’un papa tigre venant prélever l’un de nos enfants pour nourrir sa progéniture ? Ouah, c’est compliqué le partage équitable !

Nous, les gens « civilisés », nous avons tranché en éliminant tous les prédateurs qui vivaient autour de nous. Et aujourd’hui, la majorité des gens qui sont pour le retour des grands prédateurs, habitent loin d’eux, bien en sécurité dans des milieux urbains où ils savent qu’ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles, avec l’assurance de ne jamais se retrouver nez à nez avec un papa ou une maman à quatre pattes en train de faire ses courses… 🙂

Quand l’homme s’établit dans un milieu,
il le sécurise comme n’importe quel animal. 

Extrait de : La permaculture de 1978 à nos jours.


Le jardin en novembre

Définir l’harmonie

L’harmonie n’est que la vue d’un point, un point de vue autant relatif que subjectif  sur un état d’équilibre instable.

Vu sous un autre angle, et comme chacun le sait, la santé et la beauté sont intimement liées. Parce que la santé nous rend beaux comme le beau nous donne la santé. Mais dans la langue navajo, le mot santé n’existe pas, le mot beauté n’existe pas, les mots harmonie et philosophie n’existent pas, un seul mot les définit : hózhó. Alors hózhó définit l’harmonie. Mais j’y reviendrai prochainement car j’ai beaucoup écrit à ce sujet.

L’harmonie est mouvement

Le point commun, partagé entre le monde de la matière et du vivant, de l’animé et de l’inanimé, c’est le mouvement. L’univers tourne, le système solaire tourne, la Terre tourne sur elle-même comme l’électron autour de son noyau.

Avec le temps, la roue tourne comme la lumière autour de la terre, comme le mouvement perpétuel de l’eau, le cycle de l’azote, de l’oxygène, du phosphore, du carbone… Seul le mouvement est immuable, rien n’est permanent, sauf le changement.

Et un écosystème harmonieux n’est rien d’autre qu’un état d’équilibre précaire et instable, qui, pour être vivant, doit être sans cesse en mouvement sous peine de cesser.

Un jardin en mouvement

L’harmonie est mouvement, et un jardin vivant est un jardin en mouvement, parce que les plantes sont des êtres sans cesse en mouvement. Vous en doutez ? Mais alors, quelle est la fonction d’une racine traçante ou d’un stolon ? Et le but d’une semence, est-t-il de se ressemer au pied du pied mère ? Non.

Raison pour laquelle, tous les jardins où les plantes sont contraintes, emprisonnées comme dans un jardin à la française, en carré ou en spirale, comme dans beaucoup de jardins, certes, le jardin peut être harmonieux à l’œil, mais c’est insuffisant puisque les plantes ne sont pas des choses. Et rien de plus terrible, que de visiter un jardin où les plantes souffrent comme des cochons en batterie.

Avec le recul, je crois bien que la conception de notre jardin change tous les ans… à cause des plantes qui veulent bouger et des rotations qui influent sur la circulation de la lumière et de l’eau.

Parce qu’un mouvement n’est pas une chose statique à l’instar d’une ligne ou d’une courbe , c’est comme un courant, ça bouge ! Idem quand je vois des apprenants apprendre à concevoir (design) un jardin avec des mètres, des décamètres, des compas, des chiffres et des mesures. Avec ces instruments, on ne mesure pas le mouvement. À la rigueur, une boussole pour ceux qui ont perdu le sens de l’orientation, autrement le monde du vivant est étranger aux considérations chiffrées.

Bien être à sa place

Bref, conduire un jardin vivant, c’est laisser vivre les mouvements afin que l’air, la lumière et l’eau y circulent sans encombre. C’est observer beaucoup pour intervenir le moins possible, sans toutefois sombrer dans le chaos, cette organisation du vivant, certes, harmonieuse à l’œil, mais peu productive si l’objet est de se remplir le ventre.

Et contrairement à une idée reçue, l’harmonie au jardin demande beaucoup de travail, parce que l’observation réclame de l’attention et du temps, le temps de l’attention

2 réflexions sur “Aux sources du bien-être

  1. Chouette, mais laissons nous qui sommes “moins evolués” continuer de designer, de mesurer et de s’essayer face a la nature. Ca fais parti du cheminement. Proposer a un humain “moderne” de devenir “architect” et ‘designer” ou “chef d’orchestre”, reste un super porte d’entré envers le vivant et le melange subtil de “lacher prise” et “tenir bon.”

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