Pipi et caca sont les 2 mamelles de l’humanité

Je sais, le titre est accrocheur mais je veux accrocher. Certes, l’accrochage peut faire décrocher comme un bouchon poussé trop loin, mais je vise gros. Enfin, le gros poisson. C’est mon ambition : l’appâter pour le ferrer sensibiliser à la cause que je défends.

Bref, qui aurait accroché avec ce titre ? Une richesse méconnue, un enjeu planétaire, le phosphore. Parce que le phosphore est le sujet de cet article. Je m’explique.


NPK

Tous les ans, nos corps
rejettent dans la Nature :

AZOTE : 3,5 kg
PHOSPHORE : 500 gr
POTASSIUM : 1,5 kg

Le phosphore, l’or des pauvres !

Rien de plus ni de moins : Le jour où la merde vaudra de l’or, les pauvres naîtront sans trou du cul disait Coluche. Et effectivement, leur merde va valoir de l’or ; aussi chère que leur pisse ! Cf. article précédent.

Oh le vilain ! Sorti de nulle part, le phosphore va-t-il créer la surprise ?

Une surprise du chef qui risque de virer au vinaigre tant elle s’apparente à un retour de manivelle dans les gencives de l’humanité comme dit Bob. Et même si le phosphore fait figure d’outsider de seconde zone comparé aux pesticides, plastiques, CO2, charbon et autres énergies fossiles et nucléaires, le risque est grand qu’il s’impose comme le maître de cérémonie. Qu’il bloque les rouages de notre belle machine bien huilée qui se répand sur toute la planète comme l’huile sur le feu. Et du coup, nous, l’humanité, on risque gros.

Quand t’as les crocs, c’est mécanique, tu n’peux pas sourire disait ma grand-mère. Et c’est vrai que la nature est bien faite, tant il est difficile de montrer les dents, tout en souriant pour faire le gentil. Essayez ! Alors à cran, un humain qui a les crocs, est capable du pire pour se remplir l’estomac ! Car il n’y a rien de plus pire, que de voir ses enfants mourir de faim.

Dans la merde !

D’accord, personne n’a envie d’être dans la merde jusqu’au cou. D’abord, parce que ça pue. Et pourtant, le monde y court pour s’y jeter de tout son long. Les premiers seront-ils les derniers ? Je l’ignore puisque la Nature ne fonctionne pas à la récompense. Et c’est rassurant que le bien et le mal soient étrangers à la chose naturelle, comme c’est rassurant que la merde d’un riche vaille le même prix que celle d’un pauvre.

Encore qu’à une certaine époque, c’était un privilège de regarder le roi chier ! Puis d’aller lui renifler sa merde puisque la croyance disait que l’humeur de Louis 14 s’y reflétait. Dire qu’il y a encore des nostalgiques, des nostalgiques de la monarchie absolue, des nostalgiques de ce gros tas de merde qui légiféra, au nom d’une puissance extraterrestre, la déportation massive de millions de Noirs sous le nom de code… Le code noir. Mais la République est fière de son passé, puisque celui qui a rédigé cette loi pour légaliser la déportation et l’esclavage, a une place à son nom au cœur de ma ville de naissance.

TOUT ce qui brille n’est pas de l’or

Et effectivement, sans être de l’or, le phosphore, le porteur de lumière selon les anciens grecs, est connu pour sa phosphorescence. Découvert en 1669, poison à l’état pur, c’est un autre chimiste allemand qui va l’extraire de l’urine en 1674. Mais en agriculture, c’est sous la forme ionique, phosphatée, moléculaire et non atomique, qu’il est (dans certaines conditions) assimilable par les plantes.


NPK

J’ai trouvé les chiffres cités en amont, par la moyenne de données récoltées sur le web. Des chiffres approximatifs puisque la concentration en NPK de nos pipis et cacas dépend directement de l’alimentation. Toutefois, rapportés à l’échelle mondiale, les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils mettent en évidence l’énorme gâchis. Des engrais et des fertilisants naturels qui, soustraits aux sols agricoles, s’ajoutent aux autres polluants sévères des milieux aquatiques.

Mais en agriculture vivrière, ces données montrent clairement que la valorisation des déchets corporels permet l’autonomie et le maintien de la fertilité. C’est d’ailleurs comme cela, en valorisant tous les déchets corporels des animaux vivants sur la ferme, l’humain étant un animal comme un autre, que les paysans ont pu maintenir la fertilité de leurs sols pendant 12 000 ans.

Turricule. Le caca de ver de terre est naturellement riche en NPK et autres nutriments pour les plantes.

POURQUOI
le phosphore est si important ?

  • Sans photon, pas de photosynthèse, ça se comprend.
  • Sans eau, pas de photosynthèse, ça se comprend.
  • Sans eau, pas de transpiration, pas de photosynthèse et donc pas de sucre. Ça se comprend. Mais le sucre étant le carburant de la cellule, sans carburant, pas de développement cellulaire.

J’ose ici rappeler le rapport direct entre le poids, le volume et le nombre de cellules d’une plante. Ça se comprend, quand une cellule est bien nourrie, elle ne devient pas obèse, elle baise se multiplie. D’autres diront qu’elle se démultiplie. Bref, à la louche, une plante d’un kg possède deux fois de cellules qu’une d’un demi.

Mais quand, contre sa volonté génétique, une plante, de surcroît cultivée et annuelle, se retrouve dans l’incapacité de multiplier ses cellules, elle stresse. Et quand une plante stresse, en réaction à la peur de mourir avant l’heure, elle va monopoliser toute son énergie cellulaire pour se reproduire.

Et sans monter sur ses ergots, elle monte en graine. Et elle y grimpe pour assurer sa survie sous la forme d’un germe bien protégé dans un cocon rempli de sucre (l’amidon). Une semence pour partir là où l’herbe est plus verte.


Le grain de sable

En dehors des obtus, naturellement embourbés dans leurs convictions, chacun aura compris que sans eau ni lumière, pas de photosynthèse. Pas de photosynthèse également, sans énergie thermique ! Mais ça, nous l’avons vu dans mon dernier livre. Mais également, pas de photosynthèse, sans phosphore !

Ah, nous y voilà… ! Le phosphore est un des rouages de ce mécanisme fondamental du vivant.

Convenons que notre dépendance au sucre est fâcheuse, puisque seules les plantes sont dotées de ce système exclusif dont nous dépendons tous. Autrement dit, elles sont notre seule et unique source d’approvisionnement en carburant cellulaire.

Alors, si nous continuons à nous comporter comme des bulldozers, comme un grain de sable dans un engrange, le phosphore va le bloquer. Pourquoi le bulldozer ? Parce qu’il est le symbole du destructeur bête et méchant, notre bras armé dans notre combat contre la nature, le tank qui nous permet de coloniser la forêt à pas de géants !

Où est le problème ?

Il n’y aurait aucun problème si la population mondiale était, comme il y a 10 000 ans, composée de 5 à 10 millions d’individus.

Mais de fil en aiguille, les milliards ont remplacé les millions, et la France ayant épuisé toutes ses réserves naturelles de phosphore phosphate comme la plupart les pays, les réserves n’étant pas renouvelables et les dernières étant réparties dans quelques pays dont 75 % au Maroc, puis en Chine, Algérie, Syrie, Russie… c’est un problème majeur qui se dessine, une dépendance, d’autant si nous persistons dans ce modèle agricole, d’autant que la fin des réserves est estimée à une génération. C’est-à-dire demain !

Et à l’instar des autres pays, comme le réchauffement climatique, la France devance le problème en le remettant à demain.

Devancer n’est pas catastropher

Quand la grue sent l’hiver arriver, elle prend les devants pour migrer plus au sud. Quand l’hirondelle prend conscience de la diminution des populations d’insectes, elle prend la décision de devancer le problème. Mais devancer pour aller au devant, l’humain ne sait pas faire. Il préfère les extrémités.

Il aime le catastrophisme, une croyance selon laquelle, demain sera pire, qu’apocalypse et déluge, ou il se plaît dans le positivisme, la vie est belle, le problème est la solution, le paradis pour tous et avec Carrouf, je positive 🙂

Bref, revenons sur Terre, la suite prochainement

7 réflexions sur “Pipi et caca sont les 2 mamelles de l’humanité

  1. Bonjour,
    Dans le monde diplomatique de juin 2018: cet extrait du capital de Karl Max :
    « À Londres, par exemple, on n’a trouvé rien de mieux à faire de l’engrais provenant de quatre millions et demi d’hommes que de s’en servir pour empester, à frais énormes, la Tamise. »
    Étrange clairvoyance
    Bonne journée

  2. Bonjour
    j’utilise des toilettes sèches depuis 4 ans. Je composte bien sur le contenu des toilettes et l’utilise dans mon potager (au bout d’un an). Aucun problème sanitaire, ni pour les plantes, ni pour nous ! Pour rien au monde je ne reviendrais aux toilettes à eau. Les toilettes sèches sont plus propres au quotidien que les toilettes à eau et c’est moins 40 à 50% d’eau (potable n’oublions pas) économisée. C’est simple à mettre en place (j’ai fabriqué moi même ces toilettes) et à gérer au quotidien à condition de pouvoir composter bien sur (c’est l’idée !!).
    Je vous conseille la lecture d’un livre très instructif “Un petit coin pour soulager la planète” par Christophe Elain. A lire aux toilettes…

  3. Bonjour,

    J’ai cru comprendre que crainte principale liée à l’utilisation des excréments humains comme fertilisant serait la transmission de parasites, qui pourraient survivre et se retrouver dans notre alimentation. Le problème serait moins marqué avec les excréments d’autres espèces, les parasites étant plus rarement compatibles d’une espèce à l’autre. Sauriez-vous nous éclairer à ce sujet ?

    Merci pour vos articles et, suite à ceux sur les déchets liquides et solides, bon arrosage 😉

    1. Bonjour Lulu,

      Il y a beaucoup d’idées reçues qui circulent, beaucoup d’amalgames et de supputations. Et le monde du business n’est pas avare pour décourager toutes les initiatives menant vers l’autonomie.

      Ceci étant, je travaille en ce moment sur le sujet pour une publication à la fin de l’année. Belle journée

  4. Bonjour,
    As-tu deja étudié l’intérêt d’ajout de sang dans le potager ? Avec les coupes menstruelles, il devient facile de le récupérer. Merci d’avance pour ta reponse.

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