Pourquoi la lutte contre les pesticides est un combat perdu d’avance ?

Malgré les protestations, les pesticides n’ont jamais cessé de prospérer avec le progrès, et sur toute la planète, les épandages sont de plus en plus massifs et irraisonnés. Les bénéfices de l’âge faisant, j’ai vu comment ma famille s’est faite embobinée, sous l’action conjuguée de l’enseignement agricole, du syndicat dominant, des coopératives agricoles et de leurs conseillers.

À noter que les premières protestions vigoureuses datent de 1960

Les bénéfices de l’âge

Avec une formation initiale en protection des cultures, très tôt j’ai été sensibilisé à la problématique des pesticides, très tôt j’ai été discriminé par ma famille pro-FNSEA, très tôt ils m’ont privé de mes terres. Bref, je ne vous apprendrai rien, la famille est un milieu barbare et le monde agricole, un milieu clos où la réussite passe avant l’intégrité comme dans tous les milieux.

Le corporatisme avant tout, et une réussite qui n’est pas de réussir sa vie mais de s’élever au dessus de sa condition. Autrement dit, de prendre l’ascenseur social pour faire briller et rayonner sa famille.

L’effondrement

Oui, j’ai connu ce temps où les terres étaient encore fertiles et gorgées de vers de terre. Oui, j’ai eu également ce privilège de vivre leur effondrement : l’effondrement des sols vivants, l’effondrement des population de vers de terre, l’effondrement de la biodiversité… Bref, un effondrement généralisé 🙁

Et comme tous les privilégiés, j’ai aussi connu ce temps qui a précédé l’arrivée des herbicides sur la ferme. Oui, j’ai connu ces longues journées de travail au pic du soleil à sarcler à la main les betteraves ! Parce que c’était le temps où les vaches mangeaient encore des légumes pendant l’hiver ; un temps où elles avaient encore un nom comme votre chien…

Entendons-nous bien. Ce n’était pas le bon vieux temps, socialement les gens n’étaient pas plus heureux, mais c’était un autre temps.

 

Le pesticide,
symbole d’émancipation !

Alors oui, j’ai vu d’un bon œil l’arrivée des herbicides ! j’y ai même vu un symbole d’émancipation et de progrès social. Cf. Refuser le progrès agricole, est-ce régresser ou progresser ? Et pour parfaire le tableau, j’ai été formé à cette technologie qui visait finalement à tromper les agriculteurs en leur disant, par exemple, que la molécule du Roundup, le glyphosate, était biodégradable…

En effet, nous, petits soldats de l’agrochimie, allions révolutionner la vie du paysan, lui libérer du temps de travail pour ses loisirs, augmenter ses rendements et son niveau de vie. Bref, nous devions être les libérateurs d’une classe paysanne qui, outre d’être socialement déconsidérée, avait beaucoup travaillé et souffert au fil des siècles. Des libérateurs, des vendeurs de rêve, le rêve américain de M. Disney, d’Hollywood chewing-gum et du cow boy Marlboro libre comme l’air.

Le pesticide,
symbole d’émancipation !

Mais voilà, nous ne sommes pas beaucoup à avoir pris conscience que le miracle serait bref, pas plus long qu’un mirage. Dans ma promotion, nous étions 2. Dans la précédente : zéro. Dans les précédentes et les suivantes : zéro. Alors j’ai dit NON. Oui j’ai refusé de collaborer, un non que j’ai payé très cher, et d’abord au niveau familial.

Le temps passant et faisant, j’ai vu comment les molécules chimiques se sont installées dans le paysage agricole ; et comment elles ont été vendues aux paysans comme des outils technologiques. Mais j’ai aussi vu grandir le stress et le désespoir d’une profession, et puis il y a eu ce jour récent, où mon corps a pleuré tout seul devant les terres de mes ancêtres vidées de leur sol.


Comment la mayonnaise a pris


En dehors du marketing et de l’enseignement agricole, dont les professeurs portent une lourde responsabilité, beaucoup s’est joué au sein des coopératives agricoles, et particulièrement lors de la livraison du blé.

En effet, à l’époque, le grain était directement livré par les agriculteurs à la coopérative la plus proche, ce qui donnait lieu à de longues files de tracteurs et de remorques en attente d’être vidées. Un temps pris pour discuter, mais aussi pour se jauger et se juger ! Enfin un truc d’hommes : Je pisse plus loin que toi, j’ai un un plus gros tracteur… Bref, j’en ai une plus grosse ! 🙂

Et les grains « sales » contenaient beaucoup de graines de mauvaises herbes qui faisaient chuter les rendements et le poids spécifique. Alors, on disait que le gars était un arriéré qui ne savait pas travailler. Arriéré comme illettré, il était regardé avec la même condescendance qu’ont les gens d’en haut à l’égard de ceux d’en bas. Mais la mesure du poids spécifique restait le clou du spectacle, l’objet de tous les commentaires. 

Et plus ce poids de 100 litres de céréales était élevé, plus elles étaient propres et sèches, ses grains riches en amidon et ses rendements à l’hectare élevés. Et effectivement, ceux qui avaient basculé dans la chimie, avaient des rendements plus élevés et réguliers, donc des gains financiers supérieurs. C’est important de prendre en compte cette donnée à une époque où les primes et les subventions agricoles n’existaient pas plus que le RMI, le RSA et les aides sociales. Une époque où une récolte maigre était synonyme de vaches maigres tant pour le bétail que pour la famille. En d’autres mots, c’était l’assurance de souffrir de la faim pendant l’hiver.

Le 22 septembre 2017

Mais ce 22 septembre, nous avons atteint un summum avec cette manifestation « illégale » sur les Champs-Élysées, où 200 agriculteurs auront suffi à faire plier le gouvernement pour une ré-autorisation du glyphosate.

Franchement, comment un groupe, certes armé de bottes de paille, a pu s’installer en toute quiétude pour bloquer la circulation en plein état d’urgence, et alors même que les militaires sont déployés dans toute la capitale ? Pour cause de sécurité nationale, n’importe quelle manifestation aurait été dispersée manu militari et ses leaders arrêtés. Mais là non. Même le n° 3 du gouvernement s’est déplacé en personne pour parler avec eux. Ça interpelle n’est-ce pas ?

Sans sombrer dans une quelconque théorie du complot, quel accueil aurait été réservé à 200 ouvriers de chez GM&S industry ? À 200 caissières de chez LDL ? À 200 chômeurs radiés injustement par le logiciel de Pole-emploi ? À 200 étudiants pauvres pénalisés de 5 € quand le gouvernement défiscalise certains biens des ultra riches comme les chevaux de course, les lingots d’or, les yachts, les jets privés, les œuvres d’art… ? Ça interpelle.

Je suis d’accord avec les
manifestants !

Je rejoins leurs revendications sur un point. En effet, pourquoi interdire le glyphosate alors qu’avec le CETA, on va importer du Canada des aliments qui en contiennent ? Des aliments qui contiendront des traces de pesticides interdits en France : 46 molécules classées dangereuses et interdites en France mais autorisées au Canada. Ça interpelle.

Bref, on va importer aussi des OGM bio et de la viande gonflée aux hormones… En d’autres mots, le Président Macron vient de placer le droit commercial au dessus du droit français, de la même manière que pendant des siècles, la loi de l’Église était au dessus de celle des Humains. Raison pour laquelle le Pape est contre la Finance puisqu’elle relègue son pouvoir en 3eme position. Fini la pole position mais toujours sur le podium !

Bref, pourquoi le gouvernement a dit oui. Réponse de n°3 : Nous étions obligés de signer ce traité au risque de provoquer un incident diplomatique avec le Canada ! Bigre, n°3 n’y va pas de main morte pour nous faire avaler sa couleuvre !

Alors comment comprendre qu’un groupuscule de 200 agriculteurs fasse plier un gouvernement en quelques heures ? Difficile de balayer d’un revers le coup monté avec la tête de l’état ? Difficile d’écarter que ce gouvernement n’a jamais voulu interdire ce pesticide mais qu’il avait besoin de fabriquer une excuse. En revanche, il est resté sourd et muet aux appels des centaines de milliers de citoyens qui se sont opposés à sa ré-autorisation via des pétitions ! Pourquoi ? Tout bonnement parce qu’ils pèsent moins lourds dans la balance 🙂


Communiqué. Le 6 octobre, le gouvernement clarifie sa position sur le glyphosate – Roundup. La France votera CONTRE au niveau européen, mais le gouvernement dit qu’il n’est pas question de l’interdire. D’un point de vue psychanalytique, c’est un cas d’école ! Ou un cas d’école de commerce…


23 juillet 2015

Il y a 2 ans,
j’écrivais

Dans la conquête de l’opinion publique, les promoteurs des pesticides sont les plus forts et les épandages massifs de pesticides progressent tous les ans. En face, incapable de les contenir, une armée mexicaine ne cesse d’accumuler revers et défaites. Et si les premiers sont à la pointe en matière de communication, les seconds sont pointés bons derniers, encore à l’âge de la pierre. Autrement dit, comme sur un échiquier, les lobbys ont toujours plusieurs coups d’avance et une main de fer sur la partie.

Une question de
rapport de force

Nous savons tous que la manière la plus simple et économe pour contrer une force est de lui opposer une force contraire. Et un système social fonctionne sur un ensemble de forces et de courants qui s’équilibrent. Mais quand une force ne rencontre aucune résistance, elle prend la place de l’autre. Dans ce cas, on dit qu’elle est dominante.

Alors,
qu’est-ce qu’un lobby ?

Un lobby est un groupe de pression composé de beaucoup d’individus, ou d’un seul possédant beaucoup d’argent. Et son travail est de mettre la pression pour influencer les décisions politiques et se mettre le droit dans la poche.

Flatter, tromper ou impressionner le député, le sénateur, le maire, le ministre ou le président est le quotidien du lobbyiste. Tout est bon pour tirer la couverture à lui puisqu’il roule pour sa pomme et son porte-monnaie, à contre sens d’une démarche altruiste et désintéressée.

Revenons à nos 200 agriculteurs. La FNSEA est un puissant syndicat agricole, si puissant qu’il domine d’une main de maître l’agriculture, si puisant qu’un ancien ministre de l’agriculture a reconnu publiquement y avoir subi un entretien d’embauche. Lire : Comment la FNSEA nomme les ministres de l’agriculture ? 

Exemple de lobbying

Sachant que sur un ring, un poids léger n’a jamais fait le poids face à un poids lourd, on comprend mieux pourquoi les autres syndicats agricoles, à l’exemple de la Confédération, ne font pas le poids. Bref, la FNSEA envoie 200 éclaireurs dirent 2 mots aux 2 ministres. Et par peur, l’un d’eux accoure pour éviter une guerre ouverte. Parce qu’en cas de conflit, ce syndicat peut mobiliser des milliers d’adhérents en quelques heures pour bloquer le pays. Et ça, ça pèse lourd dans une balance.

Il y a quelques semaines, devant la préfecture de la Haute-Vienne, une trentaine de sympathisants anti-chasse attendaient patiemment qu’un sous-fifre vienne recueillir leurs doléances. Dans l’autre camp, plus d’un million de chasseurs armés motivés et avec une capacité de mobilisation exceptionnelle. Et un loisir qui pèse des centaines de millions d’euros. Oui, la chasse est considérée comme un loisir, un sport, le 3ème loisir préféré des français. Que pèsent une poignée d’opposants ?

Et enfin, on estime à 30 000 les lobbyistes dépêchés à Bruxelles par les multinationales pour influencer le vote des élus… Face à cette armada, que pèsent les défenseurs de la Terre ?


La lutte contre les pesticides
est un combat perdu d’avance

Un combat nécessite ad minima 2 adversaires. C’est la logique du bon sens et la raison pour laquelle, par absence d’un adversaire de même envergure, les pesticides en ont profité pour prendre le large.

De mon côté, j’ai toujours été loin de ces partis politiques écologiques remplis, à mon goût, de gens trop souvent suffisants. Par ailleurs, que représentent-ils ? Moins de 1% des intentions de vote. Qui sont-ils derrière les apparences ? Le n°3 du gouvernement est un leader de l’écologie et le président de l’assemblée nationale, 3eme personnage le plus important de l’État derrière le président du Sénat et devant le 1er ministre, est un ex-leader de l’écologie. Pour qui roulent-ils ? Le bien commun, la liberté, l’égalité, la fraternité ou leur gloire ?

Aux dernières élections présidentielles, le parti écologique dominant était si faible qu’il a été obligé de s’allier au parti du pouvoir. Et ensemble, ils ont fait 6 % et des poussières 🙂

Conclusion

Quelques associations ont fait de la lutte contre les pesticides, leur fond de commerce. Très repliées sur elles-mêmes et certaines de leur science infuse, elles sont fermées aux initiatives citoyennes. Et je suis bien placé pour le savoir, car j’ai eu affaire à elles en 2016. Et j’avoue que leur défiance m’a surpris. Lire Pour le droit à une information à l’abri des pesticides. Et la référence médiatique dans la lutte contre les pesticides, Générations futures, s’est effectivement opposée à la défense de ce droit comme les autres.

Voir tous les articles tagués pesticides.

 

11 réflexions sur “Pourquoi la lutte contre les pesticides est un combat perdu d’avance ?

  1. Sur Twitter, sur le sujet du dernier néo-cotinoIde autorisé :

    Je regrette tous les jours que Nicolas Hulot ne soit pas ministre de l’Environnement. Cet écologiste se serait battu contre cette décision!

  2. Aussi difficile que paraisse ce constat, il n’y en a pourtant pas d’autre.
    Tous les voyants sont au rouge et avec cette classe politique corrompue çà ne va pas changer de sitôt.
    La seule solution est individuelle:
    S’informer via des médias LIBRES et éduquer ses enfants hors l’influence de la télévision.
    Refuser d’alimenter le système mortifère en cultivant son jardin et en achetant uniquement ce qui est essentiel pour vivre et acheter local à chaque fois que c’est possible. Quand çà ne l’est pas, se questionner sur la nécessité de l’achat.
    Refuser d’être les esclaves de l’argent en travaillant pour vivre au lieu de vivre pour travailler: on sait tous à qui notre labeur profite..
    Rejeter la compétition destructrice et lui préférer l’empathie, la coopération et l’entraide entre les humains.
    Être responsable de soi-même, de ses actes et réfléchir à l’impact de chacun de ses gestes.
    Inutile d’attendre un sauveur, le sauveur est en chacun d’entre nous, par ses actions quotidiennes, inlassables, civiques et humaines.
    Peut-être ainsi éviterons-nous le pire..

  3. Le changement pas la politique ou par la mobilisation des plus faibles, il y a bien longtemps que je n’y crois plus. Pour moi, la meilleure façon de changer les choses est l’action individuelle : Changer ses habitudes de consommation, garder l’esprit critique quand on achète un produit. Et éveiller la réflexion auprès de ses proches. Le changement vient par le bas. Cependant, ce ne sera surement pas suffisant. Et par ces actions, ce n’est pas la planète qu’on cherche à protéger mais l’humanité. Quand notre civilisation aura disparu, car je crois qu’elle disparaitra, la terre s’en remettra.

    1. Tout à fait d’accord avec Sophie.
      De surcroit, beaucoup de philosophes, scientifiques de tout bord et autres penseurs de haut niveau font ce constat: in est déjà trop tard et dans cette 6 ème extinction de masse, l’humanité joue sa survie…peut-être que c’est la seule façon que la vie sur terre, sans les humains, reprenne ses droits peu à peu.

    2. Bonsoir,

      Pour ma part, je considère que l’espèce humaine est une composante de l’écosystème au même titre que toutes les espèces.

    3. Bonsoir,
      Je pense également qu’il vaut mieux considérer que l’espèce humaine est une composante de l’écosystème au même titre que les autres espèces….Mais alors que s’est il donc passé?!
      J’ai fini par penser, définitivement, que la nature est bien faite il n’y a qu’une erreur, c’est l’homme….

    4. Krystoff,

      Que s’est-il passé ? La même chose que quand une espèce se met à proliférer dans un écosystème.

      Elle le déséquilibre pendant un laps de temps, puis les choses se rééquilibrent. J’explique ce phénomène naturel dans l’un de mes livres.

    5. Bonjour Christophe,
      C’est vrai, vu sous cet angle c’est logique,plein de bon sens.
      Je vais relire vos deux premiers livres, car si votre explication est dans l’un des deux, hélas je ne l’ai pas mémorisé….
      Si par cas elle est dans votre dernier, je passe commande.
      D’où l’utilité de vos écrits …

  4. ou la la ! gros coup de blues !
    seules les batailles auquel on ne participe pas sont perdues d’avance !
    Il faut garder le moral, ce système n’est pas viable, donc, contrairement au titre de cet excellent post, il va disparaitre…
    Quand ? comment ? Impossible de répondra a ces questions, surtout que l’on est parti pour 5 ans avec un “jeune Giscardien” que les questions environnementales ne font pas parti de ses préoccupations. Malgré tout, l’envie d’un monde meilleur, plus respectueux de la nature et des hommes (cela va ensemble) fait de plus en plus d’adeptes ! cela se sent partout.

    1. Bonjour,
      ou la la que d’optimisme!!!
      Ce n’est qu’une infime minorité de gens qui aujourd’hui se disent plus respectueux de la nature, et en particuliers dans le monde agricole…..L ‘article de Christophe est d’un réalisme implacable et il confirme sa connaissance parfaite du monde agricole Français.
      La puissance des lobbys, le poids de la FNSEA et l’état de nos sols sont aussi désastreux qu’il l’évoque… Ce n’est pas du pessimisme ce n’est hélas qu’une bien triste réalité!!!!! Il ne se passera rien, ils iront jusqu’au bout de leur logique dévastatrice….n’en déplaise à une infime minorité qui aura eu certes, le mérite de se battre.

  5. C’est affreux ce sentiment d’impuissance ! Mais ce que vous expliquez j’en étais arrivée à là même conclusion ,la FNSEA est un parti politique qui a des ramifications que les gens ne soupçonnent pas.

    Mais que faire à part continuer à essayer de faire comprendre ? Les gouvernements successifs ne sont là que pour appliquer Bruxelles et c’est ce pourquoi le président à été élu : le CETA .

    Mais petit à petit l’idée qu’il faut protéger la terre fait son bonhomme de chemin. Mes enfants qui ont la quarantaine sont beaucoup plus concernés que les gens de ma génération qui eux ont pû profiter d’une nourriture normale dans leur jeunesse .Çà va être long mais catastrophes après catastrophes ils y arriverons .Ne lâchons rien.

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