Le système immunitaire des plantes expliqué aux nuls !

Suite logique de l’article publié le 6 septembre et qui se terminait ainsi :

Avant de réagir, une plante doit commencer par prendre conscience qu’elle est agressée et que son agresseur met sa vie en danger. Mais elle doit aussi l’identifier pour lui apporter la réponse appropriée.

D’accord, mais pour évaluer ce risque mortel, la plante doit aussi avoir conscience de ce qu’elle risque ; ce qui sous-entend cette question :

Les plantes
ont-elles conscience de la mort ?

Ma conviction est que oui ! Et comme une croyance intime, elle n’engage que moi. Peut-être même, est-elle une croyance idiote comme toutes les croyances ? Car elle a beau être forte et inébranlable, comme avoir la foi et non les foies, une conviction n’a pas de lien avec le monde du réel, c’est seulement une idée qui réside dans le fond de notre cerveau. Pas à l’extérieur. Quoique, beaucoup ont cette foi inébranlable pour ne pas avoir les foies une fois qu’il sera éteint… 🙂 Il étant le cerveau !

Mais cette porte entrouverte en ouvre une autre : des animaux comme le ver de terre ou la limace, ont-ils conscience de leur mort ? Sachant qu’ils sont génétiquement plus proches des plantes que nous, c’est plutôt intéressant de s’y attarder.


Dans la peau
de la bête

Vétérinaire et professeur à l’université d’Oxford, Charles Foster a voulu savoir quel effet ça faisait de vivre la vie d’un animal sauvage. Alors, il s’est mis pendant quelques semaines dans la peau d’animaux comme le blaireau. Et comme lui, il a vécu dans un trou et il a mangé des vers de terre ; le régime alimentaire du blaireau étant composé à 90 % de vers de terre selon M. Foster. Et son aventure, il la raconte Dans la peau d’une bête.


VER DE TERRE


C’est rare qu’un ver de terre se retrouve au plus prés des papilles gustatives d’un expérimentateur, du coup, son retour d’expérience sur le comportement du ver de terre face à la mort est aussi rare que précieux. Charles Foster écrit :

Lorsque vous mettez un ver de terre dans la bouche […] on pourrait croire qu’il tenterait de descendre dans votre œsophage […] Mais non, il cherche à s’échapper par les interstices entre vos dents. Le ver se fait mince comme un fil et se faufile à travers.

 

S’il est contrarié dans sa tentative, il est pris de frénésie : il fouette vos gencives en faisant tournoyer l’une de ses extrémités comme une centrifugeuse du milieu de son corps. Puis, frustré, il s’enroule dans l’espace humide prés du frein de la langue et considère sa situation.

 

Si vous desserrez les dents, il s’enfuit immédiatement en prenant appui de la queue sur le plancher de votre bouche comme un sprinter sur ses starting-blocks.

Puis il ajoute :

Lorsque vous mordez un ver de terre pour la première fois, vous vous attendez au genre de comportement que connaît et, je l’espère, déteste tout pécheur à la ligne : le ver qui se tord, qui cherche à se libérer de l’hameçon. Mais ne n’est pas ce qui arrive…

Et il lui arrive ce qu’il nous arrive : terrorisé par la peur, tétanisé par la douleur, comme évanoui, il se laisse faire comme si son cerveau était débranché. Autrement dit, il n’a pas plus de réaction qu’un cheveu face au fil du rasoir.


LIMACE


Refusant d’empoisonner les limaces, je dois avouer m’être rendu coupable de beaucoup d’assassinats. Est-on plus innocent en les donnant aux poules ? Ou en les jetant chez son voisin ? Un voisin qui se chargera de faire le travail… Je ne suis pas certain. Enfin moi, je leur tranche la tête pour que leur mort soit instantanée.

Désolé pour les végans de mon langage cru, mais quand vous achetez une belle laitue ou un beau chou avec une dizaine de petites limaces noirs ou grises qui y ont fait leur nid, c’est la seule garantie qu’ils aient été cultivés suivant les principes du véganisme. Sans limace, quelqu’un a fait le sale boulot avant, car naturellement, ces légumes sont des hôtels à limaces.

Tentez cette expérience. Approchez la pointe de votre couteau de la tête de la limace et écoutez. C’est ce qu’on appelle : couper une tête en pleine conscience. Écoutez en vous demandant si la baveuse n’est qu’un tube digestif, puis appuyez et coupez. Elle a crié ! Non, vous avez dû rêver, on en reparle à l’occasion.


BOURDON


Tentez cette expérience. Caressez un bourdon dans le sens du poil pendant qu’il butine. Parlez-lui doucement et respirez lentement pour ne pas lui faire peur, car, comme l’abeille, le cheval ou la vache, la respiration est un des signes qui le renseigne sur vos intentions. Faites l’expérience, elle est troublante. On en reparle à l’occasion.

Il faut expérimenter le monde, pas le vivre derrière un écran ou des représentations imaginaires. Revenons à notre plante.  




Le système immunitaire
de la plante

Il y a plein de théories qui circulent comme celle disant que la plante identifierait son agresseur en fonction de sa fréquence vibratoire. Alors, c’quoi une fréquence vibratoire ?

Fréquence vibratoire

À l’exemple de France Inter, chaque radio a sa fréquence vibratoire ce qui permet de l’écouter. Un téléphone portable a aussi sa fréquence vibratoire ce qui permet de communiquer.

Mais appliquée au monde du vivant, cette hypothèse soutient que chaque cellule vivante vibre suivant une fréquence électromagnétique, et qu’ensembles, toutes vibrent de concert dans un assemblage cellulaire. En d’autres mots, chaque corps ou entité vivante aurait la sienne.

Cette théorie, au demeurant séduisante, ne prend pas en compte que la fréquence vibratoire d’un corps pourrait être fluctuante à l’exemple du potentiel hydrogène (PH) qui varie suivant l’heure de la journée, le terroir et bien d’autres facteurs. Ceci dit, le système défensif des plantes est bien plus complexe, évolué et adaptatif, et le voir seulement à travers un hypothétique système de fréquences est aussi réducteur que de résumer un ver de terre ou une limace, à n’être qu’un simple tube digestif.


Plus concrètement,
voilà ce que l’on sait

Voilà ce que l’on sait, enfin, voilà ce que je sais… Et si vous en savez plus, n’hésitez pas à me le faire savoir afin que j’enrichisse cet article.

Quand une plante est attaquée, une protéine donne l’alerte à toutes les cellules jusqu’à celles de la pointe des racines. Et à la vitesse minimale d’un cm par minute, l’ensemble de la plante est informée par une phytohormone nommée : acide jasmonique. Cela ne veut pas dire qu’elle ne monopolise pas d’autres hormones à cette fin, mais seulement celle-ci a été identifiée pour le moment. Et en réaction, les moyens de défense sont immédiatement activés, d’autant plus rapidement qu’elle ne peut pas fuir, autrement dit prendre les jambes à son cou !

Des attaques permanentes

Rappelons qu’à l’égal de tous les êtres vivants, la plante vit sans cesse sous le feu d’attaques auxquelles elle doit quotidiennement répondre. Et dans sa panoplie de réponses, l’acide jasminique déclencherait le codage de protéines antifongiques.

C’est important d’avoir toujours en tête que l’écosystème est prédateur. Car notre intérêt pour la cause des plantes étant réduit à son exploitation, pour la manger, nous habiller, nous chauffer et nous loger, quand ses moyens de défense sont inefficaces, comme dans le cas du mildiou, on finirait par croire bêtement que c’est son seul prédateur.

Ceci dit, le mildiou et le doryphore restent sous nos latitudes, les 2 seuls parasites pouvant impacter durement la culture de la patate.

Le doryphore

Et pour les doryphores, en dehors de les ramasser ou d’épandre du BT ou du savon noir fortement dosé, l’un et l’autre étant par ailleurs totalement inefficaces sur les adultes, ou d’utiliser un insecticide naturel ou chimique, il n’y a pas de solution.

Un chercheur de l’INRA de Bordeaux me disait il y a une quinzaine d’années, qu’un jour, il avait pulvérisé par erreur une préparation commerciale à base d’acides aminés sur une culture de pommes de terre. Et contre toute attente, les doryphores avaient disparu comme par enchantement. Mais il ne se souvenait plus du produit, 🙁 c’était 20 ans auparavant. À mon avis, travailler sur l’appétence est une stratégie d’avenir pour réduire le futur de cet insecte.

Larve du hanneton

Écosystème

D’ailleurs, tant que la Recherche s’obstinera à vouloir rester parcellaire sans prendre en compte les écosystèmes et les bestioles qui vivent dans le sol et sur l’épiderme des végétaux, j’espère me tromper, mais je crois qu’elle risque de chercher aussi longtemps que d’autres le Graal !

Parce que si au 19ème siècle, on a découvert qu’un être pluricellulaire était fait d’un assemblage de cellules, ce serait bien qu’au 21ème, nous prenions conscience qu’il est également un assemblage génétique. Et c’est seulement la symbiose et l’interaction des deux, qui font l’être. Et les plantes ne fonctionnement pas autrement, et les plantes ne réagissent pas autrement.


Détection
Identification
Transmission
Réponse

C’est le scénario classique quand un bio-agresseur vient chatouiller une plante. Et sa réponse est en fonction de son identité, soit passive et permanente via les métabolites secondaires ou la production de protéines toxiques, soit active, c’est-à-dire réactive, en réaction à l’infection d’une blessure par exemple.

Dans ce dernier cas, la plante peut apporter plusieurs réponses comme renforcer ou reconstruire ses parois cellulaires avec des éléments chimiquement différents pour décourager le champignon, ou bien, par la mort cellulaire programmée pour l’affamer et éviter qu’il se propage. Autrement dit la plante va tuer quelques dizaines à plusieurs milliers de cellules autour du parasite pour l’isoler.

En réponse, elle peut aussi activer son inappétence ou modifier la digestibilité de ses tissus (substances nutritives pour le parasite), ou par la production d’hormones végétales type acide salicylique. Des protéines qui peuvent attaquer directement l’agresseur tout en jouant un rôle de messager secondaire.

Sans oublier, que certaines espèces d’arbres et de plantes, comme la tomate, communiquent entre elles sous forme de molécules volatiles et peuvent ainsi se prévenir de tel ou tel danger. Certains avancent également que les cellules végétales posséderaient des récepteurs à leur surface pour identifier les corps étrangers ! Mais je n’en sais pas plus.


Les microbes,
des auxiliaires vitaux

Globalement, les mécanismes de défense des plantes restent encore largement méconnus alors qu’ils représentent, à mon avis, un enjeu essentiel dans le développement d’une agriculture sans pesticides.

Et considérer que la plante est un écosystème intégral qui vit et interagit avec la faune présente sur son épiderme et dans l‘environnement de ses racines, au même titre que le microbiote présent dans notre intestin, notre bouche, notre peau et notre système respiratoire, est une voie d’exploration, un champ quasi vierge. Cf. dossier INRA sur le microbiote intestinal.

Parce que les plantes interagissent en permanence avec tout un collège de micro-organismes qui vivent en symbiose avec elles. Et un microbe n’est pas seulement pathogène quand il est étranger à son microbiote, il peut le devenir s’il se met à proliférer au sein même de son microbiote. Autrement dit, une perturbation du microbiote peut favoriser le sur-développement de l’un de ses microbes naturels et changer son statut social en celui de pique-assiette.

[ Sur notre épiderme, 1 million de bestioles type bactéries, archées ou virus vivent et nous protègent par cm² ! ]

 

[ Marc-André Selosse est l’auteur de Jamais seul : ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, un brillant traité sur les microbes, ces petites vies qui façonnent nos vies et jouent un rôle majeur dans la défense contre nos agresseurs.]



Phytophthora infestans,
le mexicain

Le mildiou de la pomme de terre ou mildiou aérien, phytophthora infestans, serait originaire de la vallée de Toluca dans les montagnes du centre du Mexique.

C’est en utilisant une technologie de séquençage de gènes que les chercheurs sont arrivés à cerner la vallée de Toluca, où Phytophthora infestans est en contact depuis des centaines d’années avec différentes plantes s’apparentant à la pomme de terre ainsi qu’avec leurs parasites. Info

Est-il naturellement présent dans le microbiote de la pomme de terre ? Nous l’ignorons. Est-il aussi virulent et dangereux dans sa région d’origine et dans les Andes. Je l’ignore. J’ai trouvé peu d’informations à ce sujet et je suis preneur. 

Mais une chose est : il déteste l’air sec qui l’empêche de se développer et il adore les climats européens aux nuits humides.


Aucun brassage génétique


En général, le bio-agresseur a un cycle de vie plus court, ce qui lui permet au fil des générations, de s’adapter et de trouver la faille pour pénétrer sa victime.
 
Mais dans le cas de la pomme de terre, c’est mieux : il n’y a aucun brassage génétique, ce qui donne toute latitude au champignon de se créer des variétés plus virulentes. Raison pour laquelle, de vieilles races, exceptionnelles comme la Ratte ou L’institut de Beauvais, sauf exceptions, sont incultivables sans pesticides. À cela, ajoutons que la monoculture n’a fait qu’accroître le potentiel de développement du mildiou.
 
Quant aux variétés résistantes, elles le resteront tant que le champignon n’aura pas trouvé le moyen de contourner leur système de défense. Qu’une question de temps ; un temps aussi long que leur culture restera anecdotique.
 
Voilà le tour d’horizon de ce que nous savons, finalement peu de choses. La suite de cet article prochainement.

Une réflexion sur “Le système immunitaire des plantes expliqué aux nuls !

  1. S’agissant des doryphores, je les ai vu pratiquement disparaitre de mes pommes de terre lorsque, suivant un conseil de Thorez dans son livre sur le compagnonnage, je leur ai associé des pois leur courant dessus. Expérience vérifiée quatre années de suite, avec pourtant, sur les parcelles entourant la mienne, des colonies de doryphores bien présentes au même moment.
    Etait-ce vraiment l’effet des pois? Ou le fait que mes pommes de terre, mal fertilisées (et assez malingres dois-je avouer), n’avaient pas aux yeux des doryphores l’appétence de celles, goinfrées d’azote et de potasse, de mes voisins?

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