Limaces. Faut-il les assassiner ou les nourrir ?

Depuis 2014, un homme fait le buzz sur YouTube avec sa vidéo sur La gestion holistique des limaces. Impossible aujourd’hui d’aborder le sujet sans que sur le champ, quelqu’un vous renvoie aux propos de son auteur, Hervé Coves : un auteur devenu la référence en la matière, une sorte de Grand maître de la limace à l’insu de son plein gré !

Et sans aucun discernement, beaucoup prennent au pied de la lettre tout ce qu’il dit, au point que certains soutiennent que la limace est un auxiliaire au même titre que le ver de terre, le bourdon et l’abeille !

En réaction à cette ânerie, j’ai voulu réagir. Mais avant, j’ai proposé à Hervé que s’il souhaitait répondre, comme une invitation à une réaction en chaîne, ma réaction lui serait adressée avant publication.

 

Pourquoi autant d’aveuglement ?

D’abord, le gars est souriant, rassurant, pédagogue, éminemment sympathique et, cerise sur le gâteau, ingénieur agronome. Et sa vidéo commence ainsi : Pourquoi assassiner les limaces ? Réponse d’Hervé : Il y a un principe dans la vie, la vie est belle !

Sa croix de Tau plantée sur son torse, Hervé se dresse d’emblée comme le défenseur de la limace, un pourfendeur d’anti-limaces qui propose tout de même, à un tournant de sa vidéo, de les ramasser pour les donner aux poules… distillant au passage ce « précieux » conseil hérité de sa mémé : écraser les grosses loches avec un bâton avant de les donner aux poules, car elles les prennent mieux en bec ! J’ignorais.

Même si à brûle-pourpoint, cette technique peut paraître barbare, finalement, elle l’est beaucoup moins que d’épandre des granulés chimiques ou bio qui vont les empoissonner à petit feu dans d’atroces souffrances gastriques, tout en empoisonnant leurs prédateurs et l’environnement !

Pourquoi dans d’atroces souffrances ?

Parce qu’à l’identique du ver de terre et de nous les humains, la limace possède un cerveau, un système nerveux, des capteurs sensoriels…. Bref, elle est bien outillée comme tous les êtres doués de sensibilité. Quant à sa nourriture, comme nous et le ver de terre, son choix est gustatif. Cela prouve qu’une proximité certaine existe entre la baveuse et nous, comme entre nous et le ver de terre. À ce stade, je ne peux que vous inviter à consulter l’article sur sa sexualité : La sexualité du ver de terre mise à nue ; ou cette vidéo quand il fait des provisions comme un écureuil !


ÉCOSYSTÈME

Je partage sa vision sur les écosystèmes, à savoir qu’une bestiole ne devrait jamais être vue indépendamment du sien.

Parce qu’un écosystème n’est pas un système équilibré mais toujours un système au bord du déséquilibre, aussi fragile qu’un équilibriste sur son câble. Ceci et cela pour dire que de vouloir éradiquer, éliminer ou supprimer ad vitam æternam une espèce, en l’espèce la grande « famille » des limaces composée d’une trentaine d’espèces en France, est toujours voué à l’échec, outre d’amplifier les problèmes et de déséquilibrer ledit écosystème.

Mais dans un système « équilibré » dit Hervé, les limaces ne s’attaquent qu’un tout petit peu aux cultures ! Et pour ce faire, il appuie son raisonnement sur 4 arguments.

  • L’écosystème forestier
  • La fonction de la limace
  • Le nourrissage des limaces
  • La lignine et le rôle des champignons

Critique raisonnable
de la gestion holistique des limaces

Dans son exposé, Hervé fait référence à plusieurs reprises au fonctionnement de la forêt tropicale guyanaise et aux équilibres naturels d’un écosystème forestier. Comme beaucoup d’agronomes, permaculteurs ou agroécologistes, c’est son point d’ancrage mais ce n’est pas le mien…

L’écosystème forestier

En effet, beaucoup considèrent que le mode de fonctionnement d’une forêt est un modèle à suivre et imiter car il est autonome, fertile et résilient. Alors comment ça marche ?

La matière organique tombe sur le sol à l’automne, puis elle est digérée par les organismes de surface et les champignons avant d’être entraînée par les eaux pluviales dans les profondeurs de l’épiderme terrestre où ses éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines des arbres. C’est beau, comme une ville la nuit et ça fonctionne à merveille comme un mouvement perpétuel tant qu’aucune matière organique n’est exportée à l’extérieur.

Mais si on y prélève des bois morts ou vivants pour la construction, le chauffage ou la cuisson, le système ne fonctionne plus.

Même les feuilles

Et si on y prélève les feuilles à l’automne pour son jardin, le système fonctionne encore moins car, pour conserver la chaleur de la terre et protéger le sol du froid extérieur pendant l’hiver, les feuilles agissent aussi comme un manteau.

Pour l’anecdote, la chute des feuilles à l’automne n’est pas une mort cellulaire programmée, mais bien une décision prise par l’arbre de leur couper l’alimentation en produisant des particules de liège qui vont, à la manière de petits bouchons, obstruer les vaisseaux à la base des pédoncules. Et cette décision est prise en fonction de certains signaux environnementaux, une décision qu’il peut également prendre en période de sécheresse pour limiter ses pertes en eau.

Je comprends que certains peuvent être troublés de lire que l’arbre puisse prendre des décisions (Cf. Intelligence végétale) comme la limace ou le ver de terre, mais on nous a tellement appris à sous-estimer et mépriser le monde du vivant au seul prétexte qu’il serait inférieur et à notre service, que nous avons fini par croire que nous étions plus évolués. Mais ce n’est qu’un trouble mental !

Un champ cultivé

Un champ cultivé est un milieu colonisé sur la forêt sauvage, un milieu domestiqué, artificiel et riche en sucres contrairement au milieu forestier. Donc incomparable à un milieu sauvage.

Et il n’est pas anecdotique de se souvenir qu’une forêt, de surcroît sauvage, est pauvre en nutriments et sucres pour l’humain. En d’autres mots, la nourriture y est maigre en dehors d’un peu de viande et de quelques fruits à la belle saison.

Alors, comment peut-on mettre sur le même plan un milieu pauvre et un milieu riche en sucre, sachant que l’animal, dans l’incapacité de produire les sucres pour nourrir ses cellules, recherche instinctivement les milieux riches ? C’est comme une vache, entre une prairie à l’herbe verte et grasse et une aux herbes jaunes et éparses, elle n’a pas d’hésitation. C’est comme vouloir comparer une rivière souterraine et une rivière de surface. Jamais la première ne sera poissonneuse, elles sont incomparables comme sont un lac souterrain (nappe phréatique) et un lac de surface.

Aussi, il est logique que tous les animaux à 6, 4, 2 et sans paire de pattes, soient attirés comme une botte d’aiguilles vers un aimant, par ces milieux riches en sucre.

La culture n’est qu’un artifice de la nature

Exceptés les derniers représentants des peuples premiers, l’espèce humaine vit dans des milieux artificiels colonisés sur le dos de la Nature sauvage. Et ce n’est pas parce que certains citadins voient le milieu rural comme un milieu proche du naturel, qu’il l’est. La campagne, les prés, les champs, les bois, les étangs, tout est artificiel, même les vaches sont contre nature, même les clochers ! Seuls l’océan et quelques cimes de montagnes restent encore sauvages en France.

Le plus surprenant reste que tous les milieux domestiqués tendent inlassablement à revenir à leur état initial d’écosystème forestier sauvage. C’est l’instinct de la matière vivante. Et le premier travail du cultivateur est de l’empêcher de reprendre sa liberté sans rompre le lien.


LA RÈGLE

C’est la quantité ou le volume de nourriture disponible dans un milieu qui règle le nombre des individus qui la consomme.

Et le problème posé par la limace est simple. Outre d’être une omnivore opportuniste comme vous et moi, c’est une concurrente contrairement au ver de terre. En d’autres mots, elle mange ce que nous mangeons. Et plus elle a à manger, plus elle mange et plus elle se reproduit. Aussi, si vous nourrissez vos limaces comme le conseille Hervé, vous ne faites qu’augmenter la reproduction.

Considérant que dans des conditions idéales d’humidité, une humidité favorisée par les paillis, paillage et autres couvertures permanentes, 2 limaces peuvent engendrer plus de 100 000 congénères par an, on reste perplexe quant à cette orientation. D’autant plus qu’une limace ingurgite jusqu’à 50 % de son poids par jour.

Mais là où je rejoins Hervé, c’est que de vouloir les éliminer est pire ! Alors, si le problème n’est pas la solution, la solution, elle, consiste à suivre la voie du milieu, celle de l’équilibriste ou de la juste mesure, celle que nous développerons dans quelques semaines.

 


Fake new ! Pour vendre ses produits chimiques, Bayer n’hésite pas à affirmer qu’une limace peut manger jusqu’à 30 à 40 fois son poids par jour… Autrement dit, une grosse loche engloutirait une belle laitue bien pommée par nuit !

2 réflexions sur “Limaces. Faut-il les assassiner ou les nourrir ?

  1. Bonjour Christophe, je viens de lire votre article sur les limaces, et j’avais aussi vu la vidéo de Hervé Coves. Et je suis content de l’angle que vous avez pris pour parler des cultures, en parlant de déséquilibre.
    Ayant fait mes propres tests, je n’ai pas mangé de salade du jardin ni en 2016, ni en 2017. En 2016, le paillage et les pluies les ont favorisés et mêmes les pieds de tomates n’ont pas résistés, même en faisant 50 cm de hauteur. Depuis je test sans arrêt et sans granulés bleus pour réduire les dégâts.

    En cette fin d’année, même en ayant des orvets et des hérissons, j’ai pris des coureurs indiens pour pouvoir tester l’impact. C’est en voyant une limace se laissant tomber d’un arbre retenue par une fil de bave que je me suis rendu compte que le combat était vain si nous n’arrivons pas à faire un système fermé.

  2. Après avoir ecouté les PRINCIPES dans la vidéo d’hervé. J’ai observé, testé, communiqué et fais testé ailleurs ce methode. Ainsi que saupoudrer le sol autour des haricots levants avec du pissenlit arraché. Ca marche bien, mais avec herissons et canards coureurs indiens qui sont deployés tres straregiquement…observation , reflection, action, evaluation, plus huile de coude a gogo. Il n’y pas de secret. https://youtu.be/4Hs315BzsVU

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