Ferme-usine, mille vaches sinon rien !

Suite à la décision du tribunal administratif d’Amiens, qui vient d’autoriser la Ferme des Mille-vaches à augmenter son cheptel. Initialement publié en 2014, cet article a été actualisé et enrichi le 24/08/17.

Après le retour de la nature en ville avec ses jardins de poche et autres jardins partagés, en échange, les usines envahissent la nature ! Sauf qu’à ce jeu de dupe, même déguisée en ferme, une usine reste une usine, et l’agriculture urbaine, une volupté de l’esprit.

Un animal-usine

Devenir un animal-usine, est-ce une promotion pour la vache ? Pas sûr sur le plan du bien-être vue la dégradation de son niveau de vie. Quant au peu de considération qu’elle avait retiré de la loi du 16/02/2015, elle peut s’asseoir dessus.

Ce n’est pas parce que le législateur lui a reconnu d’être douée de sensibilité, que la Modernité va s’encombrer de ce genre de sensiblerie. La condition animale, au même titre que la condition humaine et le droit des femmes, fait le yo-yo : Ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens…  Bref, dans une ferme-usine, la vache n’est rien d’autre qu’une machine vivante.

Se faire de l’argent pour pas cher !

D’ailleurs, quand le prix du porc au kilo atteint parfois les 1,90 € en supermarché, j’entrevois que sa vie ne vaut pas chère, moins chère que le prix de la nourriture pour l’élever !

N’est-ce pas miraculeux ? Dire que certains doutent encore de la multiplication des pains et des poissons, alors que le gars n’a finalement accompli que 2 pauvres miracles. Et le progrès en produit tous les jours, autant qu’un escroc prêtre pourrait en bénir ! Sacrés escrocs.

Quelle aubaine ces fermes-usines pour les patrons et les actionnaires de ces temples de la consommation qui « saignent » les producteurs comme on saigne un porc ? Pourquoi ? Parce qu’eux, ne rognent jamais sur leurs marges. Pour rappel, le métier d’agriculteur est celui qui enregistre le plus fort taux de suicide (cf. bilan social). En revanche, les suicides sont rares chez ceux qui s’en mettent plein les fouilles sur leur dos. Et à l’instar de la religion, le consommateur croit que son bienfaiteur est le supermarché… 🙂

Alors, le supermarché est-il un progrès pour le consommateur ? Clairement non, puisque l’État est obligé de donner des subventions aux producteurs pour qu’ils ne crèvent pas de faim. On nous dit que c’est la dure loi du marché… c’est plutôt la loi d’une poignée qui fait la sienne dans tous les domaines où il y a de l’argent à se faire pour pas cher.

No limit

Je ne dis pas que c’est un système mafieux, même s’il en a le goût, l’odeur, la couleur et l’apparence, mais avec la ferme-usine des Mille-vaches, il y a maintenant la ferme des 1000 veaux sur le plateau Limousin de Millevaches. Ça ne s’invente pas… Aujourd’hui 1000, demain 10 000, peut-être 100 000, où est la limite ? C’est d’ailleurs le problème du no limit… Sans limite, on atteint vite les limites de l’intolérable, de l’insupportable, de l’odieux, de l’in-vivable.

Et autant, ne pas avoir de limite est recommandé pour être créatif, autant appliqué à l’économie, c’est peu recommandable quand on n’est pas aux manettes ou dans la tour de contrôle. Difficile dans ces conditions d’entrevoir une once de bénéfice dans cette orientation agricole où l’agriculteur n’est plus un agriculteur, mais un simple domestique comme du temps où il travaillait jadis pour son « saigneur ». Dit autrement, avant la Révolution française !

La vache électricité !

Comme une ferme solaire ou une ferme éolienne, la particularité de la Ferme des Mille-vaches est d’être une unité de production électrique basée sur la vache et dont le lait et la viande sont des produits dérivés.

On peut être choqué que la vache soit réduite à bombarder des électrons comme un groupe électrogène, mais il y a encore plein de pays dans le monde où la femme n’est pas autre chose qu’une chose. D’ailleurs, nous devons une partie de notre « bien-être » au « mal-être » de cette main d’œuvre moins chère et plus servile que sont ces enfants qui travaillent loin de nos yeux.

Bref, faut-il alors jeter la pierre sur ceux qui disent que ce type d’exploitation des animaux relève plus du camp concentrationnaire que d’une ferme ? Heu… non pas sur eux ! !!!! 🙂 Ils ne font que pointer avec des mots, l’avenir de la vache et le futur de nos enfants. [Pour sa part, les promoteurs de l’aquaponie devraient s’interroger sur les conditions de vie qu’ils proposent à leurs poissons, car elles ne sont pas meilleures qu’un animal-usine ; une carpe ou une truite n’étant pas une chose, mais un être vivant doué de sensibilité.]


L’impact carbone

Mais voilà, personne n’est vraiment chaud pour ouvrir ce débat sur la pérennité de notre modèle économique et la finitude des ressources naturelles de la planète. D’accord pour râler sur les réseaux sociaux ou gueuler lors d’une manif, mais pas d’accord pour changer la moindre de nos habitudes… C’est aux autres de dé-consommer !

[…] Couplé aux règles sur l’agriculture biologique, le bilan carbone est aujourd’hui le seul moyen d’évaluer l’impact écologique d’un système de production.  La perma de 1978 à nos jours

Parce que l’impact carbone de la vache-usine est considérable, toute sa nourriture étant importée, transportée parfois de l’autre bout du monde. Fini le concept de prairies permanentes, nous ne sommes plus dans un système agricole, mais dans un système industriel dont l’objet n’est pas la durabilité mais la rentabilité pour ses investisseurs.

Est ce que le durable est rentable ?

Dans rentable, pas de place aux improductifs que sont le social et l’écologie, puisqu’ils ne sont pas productifs d’un point de vue financier. Rentable : Qui procure un bénéfice, un revenu satisfaisant par rapport au capital investi. Et pour qu’un capital investi soit durablement rentable, il doit sans cesse procurer des bénéfices, plus de bénéfices, plus de bénéfices et plus de bénéfices plus plus.

Quant à l’expression “développement durable”, elle vient de « sustainable development » qui définit un développement pour répondre aux besoins du présent sans compromettre celui des générations futures. Et la consommation des énergies non-renouvelables remet en question la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

D’ailleurs, chacun sait que les instigateurs de ces fermes-usines chient de bon cœur sur la condition animale et humaine. Quant à l’avenir des générations futures, c’est un concept trop futuriste, ésotérique. À noter tout de même, qu’un effet “secondaire” particulièrement redoutable n’est jamais discuté. Il s’agit du problème sanitaire dû à la concentration animale et qui excite le développement parasitaire à l’exemple des cochons et des poulets toujours sous médicaments dans leurs usines réciproques.

Ça ne peut plus durer !

Nous sommes tous d’accord, il faut investir dans le BIO. Sauf que ce n’est pas du tout l’orientation du ministère de l’Agriculture. Ni celui des nouveaux « maîtres du monde ». Mais est-ce que le BIO est la solution pour un monde durable ?

Actuellement, la seule différence entre le BIO et le non-BIO, c’est la molécule. D’un côté, elle est chimique, de l’autre, organique. Pour le reste, ce sont des points de détails législatifs qui font qu’en BIO, c’est 6 poules pondeuses/m² en bâtiment alors qu’en plein air, c’est 9. Mais en parcours, BIO ou pas, c’est la même concentration : 4/m² par poule. Et 1 m de plus pour les labellisées rouge non-BIO…



Alors changeons

Certifier les produits agricoles par leur consommation d’intrants pourrait radicalement faire changer les choses. J’avais écrit à ce sujet à l’actuel ministre de la Transition, du temps où il était conseiller Spécial de l’ancien Président, mais il avait trouvé mon idée conne. Stupide que j’écrive que le seul refus de ne plus utiliser des molécules synthétiques était un peu court, d’autant plus que le gazole est le produit chimique de synthèse le plus utilisé dans une ferme BIO… ou pas.

Mais voilà, quand la croissance positive, que fait La vache qui rit ? Elle rit jaune ! Bref, on peut retourner le problème dans tous les sens, mais la transition énergétique oblige à changer tous les systèmes de production et de consommation, mais comme nous sommes tous réfractaires aux changements, ça bloque et freine des quatre fers…

Grâce au pétrole, les légumes voyagent !

En effet, l’intrant le plus polluant utilisé en agriculture, c’est le gazole. Et il y a un rapport direct entre le mode de production et le nombre de litres d’hydrocarbure brûlés par ha. À cela, il faudrait rajouter le km alimentaire, c’est-à-dire le gazole brûlé entre le lieu de production et l’étal. Par exemple, une tomate bio en région parisienne parcourt en moyenne 1500 km.

Bref, j’écris comme parlerait un beau merle ; en d’autres mots, pour ne rien dire. Et la vache risque de rire jaune pendant longtemps, et la tomate de voyager comme un migrateur avant d’atterrir dans votre assiette, car nous, nous les êtres humains, nous prenons beaucoup de plaisir à exploiter notre prochain à 2 ou à 4 pattes.

5 réflexions sur “Ferme-usine, mille vaches sinon rien !

  1. Bonjour,
    grand merci pour toutes les infos argumentées car concrétisées que vous partagez et qui nous permettent d’expérimenter au quotidien pour une alimentation saine. Dans cet article, je lis “le détails législatifs font qu’en BIO, c’est 6 poules pondeuses/m² en bâtiment alors qu’en plein air, c’est 9. Mais en parcours, BIO ou pas, c’est la même concentration : 4/m² par poule. Et 1 m de plus pour les labellisées rouge non-BIO…”
    Je comprends qu’en BIO, les poules ont plus d’espace en bâtiment qu’en plein air mais pour la suite je peine. Pouvez-vous expliquer, je suis en Suisse, 1) ce qu’est le parcours, 2) labellisé rouge. Bonne continuation. Josiane

    1. Bonjour Josiane,

      Un poulet labellisé rouge est un poulet non-bio dont l’élevage est sous contrat (variété, terroir, alimentation…) Belle soirée

  2. bonjour,
    Je lis dans un article du dernier science et vie (septembre 2017), à propos de la consommation de viande une vague allusion à la ferme des 1000 vaches;
    2 extrais p 51: “symbole de l’industrialisation de l’élevage, l’exploitant de la ferme des 1000 vaches souligne ainsi que chaque vache peut se déplacer librement dans de vastes espaces. Oui mais elles ne pâturent pas.”
    ………. “Mais impossible de conclure à une relation simple positive ou négative, entre la taille d’une ferme et le bien être animal”
    Je crois qu’il y a encore du boulot
    Cordialement

    1. Merci Bruno pour votre retour,

      Mais comment peut-on encore écrire qu’un appartement de 5 m2 dans les combes est aussi bien qu’un de 10 000 m2 en pleine nature… Belle journée

    2. Bonjour,
      Attention, le journaliste n’exprime pas sont avis, ce qui est dit est que les études scientifiques n’ont pas pu démontrer la relation, et le fait de ne pas pouvoir démontrer ne signifie pas que ça n’existe pas. Le but de Science & Vie est de faire le point sur l’état des connaissances scientifiques, non de fournir une opinion.
      D’autre part, l’article parle bien de la taille de l’exploitation, et non de la surface disponible pour une vache. Et l’on peut penser qu’une vache sera plus heureuse dans une exploitation de 100 bêtes où chacune peut pâturer dans un pré de bonnes dimensions, plutôt qu’une vache dans une exploitation qui en compterait 10, toutes entassées dans un petit hangar.
      Il n’y a donc probablement pas de relation simple entre taille d’exploitation et bien-être animal, mais des relations plus complexes, probablement, notamment car les grandes exploitations ont sûrement tendance à être plus industrielles… Et l’aspect industriel étant, lui, probablement très lié au bien-être animal…
      Je profite de ce premier commentaire pour vous féliciter pour votre site, et pour le recul que vous savez prendre sur les choses !
      Bonne journée

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