L’agriculture durable va-t-elle durer longtemps ?

Cet article est la suite d’une série ; et les lire avant ou suivre les liens est recommandé.

  1. La calorie au cœur de la problématique agricole
  2. Micro-ferme sans pétrole, combien de bras à l’hectare ?
  3. Refuser le progrès agricole, est-ce régresser ou progresser ?

Pour ce quatrième, j’ai hésité avec ce titre : Le progrès agricole va-t-il finir par tuer l’humanité ? D’autant que je finissais le précédent par les bénéfices du progrès agricole, à savoir la diminution de la pénibilité du travail, les rendements extraordinaires et l’abondance de la nourriture. Des arguments repris en toute logique par les promoteurs du bio intensif inspiré de la permaculture !

Mais d’un point de vue durable, cette agriculture conventionnelle, moderne et innovante qui a choisi de ne pas collaborer avec la Nature et ses écosystèmes, est-elle soutenable ?

Ronchons et grognons !

Avant d’aller plus loin, je précise à l’attention des ronchons et grognons qui se plaignent que mes articles sont mal écrits, que mon arrière-grand-père ne savait pas écrire, mon grand-père pas mieux, mon père un peu mieux et moi je m’entraîne à faire de mon mieux !

Mais socialement, les résultats sont déjà en marche 🙂 puisque pendant plusieurs années, j’ai occupé un poste d’ingénieur dans l’administration… Et mon article le plus populaire a été consulté 115 000 fois et des poussières ; et mon petit blog perso vient d’enregistrer ses 2,2 millions de pages vues en 2 ans.

Bref, quand on part de rien, ce n’est pas rien pour un Rien comme nous qualifie le Président Macron. De rien votre suffisance ! Et être rien ne facilite en rien d’être quelque chose, autrement dit soi-même.

SOUTENABLE

Une chose soutenable est par nature, durable et stable ; soutenable étant égale à maintenir une position sans tomber. Par exemple :  combien de temps puis-je soutenir la station debout sur une jambe ? Combien de temps l’agriculture « conventionnelle » pourra-t-elle soutenir son développement ?

94 % des surfaces cultivées en France

D’abord, pourquoi qualifier l’agriculture moderne de conventionnelle ? Conventionnelle voulant dire : qui est fondé sur les savoir-faire traditionnels, qui s’appuie sur la tradition. La perma-culture, autrement dit l’agriculture permanente, repose sur les savoir-faire traditionnels mais pas l’agriculture moderne qui les nie et les rejette avec virulence.

D’ailleurs, le qualificatif chimique conviendrait mieux à cette agriculture fondée sur la chimie et la molécule de synthèse. Chimique par opposition à organique. Et dominante puisqu’elle domine l’agriculture outre d’être représentée par le syndicat qui domine et écrase les autres.

Dominante parce qu’elle occupe 94 % des surfaces cultivées en France quand les autres agricultures, biologique et organique, se partagent les 6 % restant. Pourquoi se partagent ? Parce qu’il y a une bio business qui travaille comme l’agriculture chimique mais où la molécule chimique a seulement été remplacée par une organique ; et aux antipodes, une agriculture bio locale paysanne.

Quel est le bilan économique  
de l’agriculture « conventionnelle » ?

Il est déficitaire ce qui oblige l’État à lui verser sans cesse beaucoup d’argent public pour éviter sa faillite. Le seul montant des subventions agricoles est aujourd’hui supérieur au budget du ministère de la culture. Une catastrophe économique qui fait les choux gras de ceux qui vivent sur son dos, à savoir la grande distribution, l’agroalimentaire et les multinationales.

Par ailleurs selon la MSA, la sécurité sociale des agriculteurs, en 2016, le salaire mensuel de plus de la moitié des agriculteurs français est inférieur à 354 € par mois, subventions comprises ! (source web agri) Ce qui revient à un taux horaire de 2 ou 3 €. En revanche, cette très grande pauvreté favorise le déploiement des fermes usines de l’industrie agroalimentaire.

Bilan social

En 60 ans, plus de 2 millions de fermes ont mis la clef sous la porte en France. Un véritable plan social et un détricotage du tissu rural puisque 2 millions de fermes en moins, c’est 2 millions de familles touchées et virées, et plusieurs millions d’emplois ruraux en moins.

Quant à la santé au travail, c’est le métier qui enregistre le plus fort taux de suicide. En 2016, « le nombre d’appels à l’aide enregistrés sur la plate-forme téléphonique de prévention du suicide mise en place par la MSA, a plus que doublé. » 2664 appels contre 1219 en 2015.

Et les bénéficiaires de ce plan social sans précédent sont toujours les mêmes : l’industrie agroalimentaire et les multinationales.

Bilan écologique

C’est un effondrement généralisé de la biodiversité à l’instar des populations de vers de terre : 50 kg à l’ha dans certaines terres céréalières pour une tonne et demi il y a 50 ans. En cause, la fertilisation minérale et les pesticides. Pareil pour les abeilles domestiques et sauvages, les bourdons et tous les insectes pollinisateurs. Et de nouvelles études scientifiques mettent en évidence une accélération brutale de cet effondrement ces 20 dernières années.

Nul besoin de s’attarder sur le fait que l’agriculture « conventionnelle » épuise les ressources naturelles, détruit les écosystèmes, pollue les réserves d’eau potable, les rivières et les océans et consomme beaucoup d’énergies fossiles et nucléaire. Des conséquences logiques et prévisibles puisque sa conception innovante ne pouvait qu’induire tous ces effets secondaires de premiers plans !

Mais ne nous trompons pas, le problème n’est pas l’agriculteur mais celui qui l’a formé : l’enseignant et l’enseignement agricole. Auquel il faut rajouter le carcan familial, le corporatisme agricole et la pression du syndicat dominant.

Bilan général

Il laisse songeur… Tout ça pour au départ diminuer la pénibilité physique et brandir le spectre de la civilisation. Quant à l’augmentation des rendements, elle n’est due qu’à l’amélioration des variétés, à la chimie, à la fertilisation minérale, à la mécanisation et aux énergies fossiles et nucléaire. Pas aux techniques ni aux connaissances sur les sols, les plantes et les écosystèmes. Et je réaffirme ce que j’ai déjà écrit, à savoir que l’agriculture en est toujours au stade de sa préhistoire. Pourquoi ?

Parce que personne ne sait aujourd’hui comment créer un milieu productif et auto-fertile. Tout le monde l’ignore alors qu’un terrain cultivé n’est pas auto-fertile et que l’auto-fertilité fonde la durabilité.

Et ceux qui affirment le contraire à l’instar de certains agroécologistes ou permaculteurs, ne sont que des mystificateurs. En effet, soutenir que la permaculture serait résiliente et qu’elle naîtrait spontanément d’un système lorsqu’il est soutenable, est tout bonnement de l’escroquerie intellectuelle. Alors, c’quoi la résilience ?


La Résilience

Le mot est aujourd’hui sur beaucoup de lèvres et la résilience d’un écosystème serait donc sa capacité à revenir à l’état initial, autrement dit à l’état naturel. Et « on dit » que les techniques de la permaculture seraient résilientes. Soit. Mais un milieu productif étant par nature artificiel comme tous les milieux colonisés par l’humain, quel est donc l’intérêt de le faire revenir à son état naturel sachant qu’en dehors des océans et des fleuves et des rivières, un écosystème naturel est par nature improductif ?

Improductif puisque dans une forêt, à part quelques fruits, des champignons et de la viande, pour un humain, il n’y a rien d’autre à manger.

Définition. La résilience est au départ la capacité d’un matériau à résister à un choc ! Un terme de physique qui, appliqué à un ressort, évalue sa capacité à revenir à son état initial. Puis le mot s’est étendu à d’autres domaines pour évaluer l’aptitude à subir ou encaisser des chocs. Pour un boxeur, le KO est le point de rupture, la résiliation !

Mais on doit sa popularité au Dr Boris Cyrulnik qui l’a détourné pour l’appliquer à la psychologie. Et dans ce cas, c’est la capacité d’un individu à surmonter un choc traumatique et à se reconstruire après une blessure. Autrement dit, à retrouver son état initial pour vivre et se développer « normalement ». Et d’après le doc, les 3 facteurs favorables à une évolution résiliente pour un enfant, sont : son tempérament, son univers affectif et son environnement soutenant.

La résilience agricole !

Appliqué à l’agriculture, c’est la capacité d’un terrain à retrouver son état initial, c’est-à-dire à redevenir un écosystème forestier. Et pour cela, il n’a pas besoin de l’humain, puisque naturellement, un terrain tend inlassablement à redevenir sauvage… 🙂

Pour parachever ce bilan, une ressource passée généralement sous silence est l’épuisement des réserves nutritives des sols. Beaucoup de sols sont vidés et pendant ce temps-là, ses agriculteurs se demandent pourquoi les pierres remontent à la surface… Alors que c’est la terre qui part et ne se renouvelle pas.

Le progrès agricole va-t-il finir par tuer l’humanité ?

On dit que l’humanité est en danger alors qu’elle progresse et colonise l’espace comme le ferait n’importe quelle espèce à qui l’opportunité serait offerte. La colonisation est innée à tout être vivant, de la bactérie à l’homo. Mais à l’image d’un microbiote, l’écosystème terrestre est régulateur puisque la fonction naturelle d’un écosystème est de tendre vers l’équilibre de ses espèces en fonction de la matière, de l’énergie et de l’eau disponibles.

Alors non, le progrès agricole ne va pas tuer l’humanité, il engraisse seulement une poignée au détriment des peuples et des nations, la très grande majorité, mais c’est tout, c’est son seul progrès, d’avoir engendré encore plus d’inégalités et d’iniquités.

Un fiasco économique, social et écologique qui soulève cette question : pourquoi continuer à investir dans cette agriculture abusivement qualifiée de « conventionnelle » ? Quant à l’agriculture soutenable, celle qui durera, elle reste à inventer.

5 réflexions sur “L’agriculture durable va-t-elle durer longtemps ?

  1. bonjour,
    j’ai lu sur plusieurs site ce revenu de 354€ par moi, c’est peu! C’est même trop peu je veux dire que si je gagnais ça je dormirais dans la rue, il n’y a pas de loyer a ce prix. sans vouloir prétendre que les agriculteurs sont des nantis j’aimerais quand même savoir tout ce qui est déduit pour en arriver à ce chiffre.

    1. Bonjour Bruno,

      Ce qui est déduit, ce sont toutes les charges d’exploitations inclus les charges sociales et remboursement d’emprunts.

      Il y a des disparités énormes dans le monde agricole puisque le revenu moyen d’un céréalier de la Beauce est de 8200 € par mois pour 6 mois de travail effectif !

      J’ajoute que dans les campagnes; ils règnent par endroit une misère effroyable qui est cachée au nom du tourisme et de l’image des régions… Belle journée

  2. Comment accepter que des millions d’hectares de culture ne sont plus vivants. C’est de la terre morte sur laquelle va pousser des produits. La terre est un être vivant et comme tous les êtres vivants elle a une peau comme nous êtres humains. Imaginez vous avec la moitié de votre peau qui serait morte, que feriez vous ? L’humain n’est vraiment pas en harmonie avec la VIE. Pour moi l’agriculture soi disant conventionnelle est un crime contre la VIE de notre planète.

  3. Bonjour Christophe,

    Pourquoi avez-vous écrit que le bio intensif inspiré de la permaculture était dans la même logique que l’agriculture conventionnelle ?

    Merci pour votre retour.

    1. Julien,

      Parce que les 2 sont basées sur une sur-fertilisation qui engendre à terme la même conséquence, la dé-fertilisation d’où sont issus leurs fertilisants.

      Je vais prendre l’exemple du chaulage. La tradition dit qu’elle enrichit le père pour appauvrir le fils ! Est-ce acceptable ? Et pourtant, c’est la logique agronomique de ces deux agricultures.

      Belle journée.

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