La permaculture a-t-elle un avenir dans le futur de l’agriculture ?

En d’autres mots, quel est l’avenir de la permaculture dans un futur proche ? Et pourquoi l’agriculture est centrale dans la permaculture ?

À l’exemple de l’Écologie qui n’est pas un supplément d’âme mais une transformation complète de la manière de penser le social et l’économie, la permaculture n’est ni une méthode ni une vue de l’esprit mais un concept global. INTÉGRAL. Ce qui explique qu’installer une butte dans son jardin n’a pas plus de sens que d’y implanter un sens giratoire. Sauf si le bon sens l’exige ! – Cf. Créer une butte de culture traditionnelle

Un projet social

Sachant que les désordres écologiques sont toujours créés, causés et engendrés par des comportements sociaux, et pas l’inverse, la permaculture est à l’instar de l’Écologie, un projet social. C’est-à-dire une autre conception du développement de la société. J’entends par Écologie, pas cette écologie de pacotille qui se résume à s’habiller en vert, et manger bio, local et équitable ; ni celle qui fait rage chez les bobos ou qui cherche une place au chaud lors des élections. Non.

Alors, quand elle est comme l’Écologie, ni idéologique ni dogmatique, la permaculture est une autre manière de penser le social, l’économie, le développement et l’agriculture. C’est aussi simple que cela et le propulseur du mot permaculture, Bill Mollison, n’a pas dit plus :

Pour être durable, une société doit s’appuyer sur la pérennité de son agriculture.

 

Alors, c’est de la politique ?

Si faire de la politique, c’est se sentir concerné par le monde qui nous entoure, c’est effectivement une posture politique.

Mais il faut bien distinguer le goût pour la politique, du goût pour le pouvoir. Parce que si la politique est un moyen pour le conquérir, pour prendre le pouvoir et l’imposer aux autres, présentement, c’est seulement prendre en compte les besoins des générations futures pour ne pas compromettre leur avenir.

Oui, il s’agit d’un acte de BIENVEILLANCE, la même disposition qui anime des parents envers leurs enfants. Enfin, la même qui devrait tous les animer ; l’humain restant une bête comparé à son plus proche cousin. Cf. Pauvre de nous ! Pourquoi ? Parce que le bonobo n’est pas une espèce infanticide contrairement à l’espèce humaine. Bref,


Quel lien avec la
permanence de l’agriculture ?

L’agriculture est centrale dans la permaculture, parce qu’elle est la seule activité humaine à produire l’énergie pour nous nourrir. Et en dehors de l’énergie thermique et lumineuse, de l’eau et de l’oxygène, nos corps ont besoin quotidiennement d’être alimentés par des graisses et des sucres que seule l’agriculture sait produire en grandes quantités. Suivre les liens pour en savoir +.

En effet, nous tangons dangereusement vers la dizaine de milliards, 10 milliards de bouches à nourrir alors qu’il y a 10 000 ans, nous étions au maximum 10 millions à vivre sur cette planète !

Nul besoin d’un dessin pour comprendre qu’avant c’était différent ; qu’avant la cueillette et la chasse étaient d’excellents moyens pour se nourrir dans le respect de la biodiversité et qu’aujourd’hui, ce temps est révolu. FINI. Et curieusement, plus la population augmente, plus le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer… Tout de même, il y a des bizarreries étranges.

Loin d’être anecdotique. Quand l’agriculture produit des richesses énergétiques pour l’ensemble des habitants de la planète, l’économie en produit seulement pour une poignée.


Chaque génération crée le futur
des suivantes

C’est ainsi. Nous construisons le futur de nos enfants et nous héritons de celui de nos parents. Et Nous, nous avons entre les mains l’arme fatale, le terrible pouvoir de régler la condition humaine des générations futures. Nous avons le pouvoir de leur créer du bien-être ou du mal-être, des lendemains qui chantent ou qui déchantent.

Actuellement, l’économie est la locomotive du développement. Et le social, l’écologie et l’agriculture subissent aussi bien sa croissance que la dictature des marchés. L’économie règne sans partage, sans nom et sans visage, et régnera tant que nous ne transformerons pas notre manière de la penser. Et on peut dire qu’elle a encore de beaux jours devant elle… Qui a envie de céder un peu de ses privilèges à son voisin, ce salaud qui ne roule que pour sa pomme… 🙂 

De notre impossibilité à changer, que faire ? Et vu notre nombre, avons-nous d’autres choix que de mettre l’agriculture à la place de l’économie de marché ? L’agriculture, locomotive du développement en lieu et place de l’économie. À mon avis, non. Nous n’avons pas d’autres solutions ; la pire étant la transition. Pourquoi ? Parce qu’elle consiste à faire semblant de changer sans rien changer afin de préserver les intérêts et les privilèges de ceux qui tirent profit du système actuel.


La transition est une impasse

La transition est le passage qui mène d’un état vers un autre état.

Actuellement, la Croissance de l’économie s’appuie sur la consommation et l’augmentation des besoins. Plus on consomme, plus on produit, plus on produit plus l’économie est dynamique et les emplois nombreux. Mais la bonne santé de l’économie s’appuie également sur la consommation des énergies fossiles responsables du réchauffement climatique et sur l’épuisement des ressources naturelles… Voilà la situation actuelle.

Et la transition doit nous mener vers un autre modèle de développement ! Mais lequel ? Le connaissez-vous ? Moi je l’ignore. Est-ce moins consommer pour moins d’emplois…

La transition, c’est comme un pont pour aller d’une rive vers l’autre. Mais cet autre rivage, personne ne le connaît car il n’existe pas. C’est comme le Paradis, pas plus qu’un attrape-nigauds, un baise-couillons ou un miroir aux alouettes. Exemple. Les pays en voie de développement ont souvent un fort taux de croissance, symbole d’une économie forte. Quel est l’impact sur les populations les plus démunis ? Être encore plus démunies. Sur l’écologie. Sur le taux de bien-être des populations ?


Et la permaculture serait la solution !

La permaculture est comme tous les mots, sujet à toutes les manipulations. Chacun à sa définition, la mienne s’appuie sur le courant historique de la perma-culture, de la permanence de l’agriculture, d’une agriculture qui construit des milieux productifs, pauvres et économes en EAU et en ÉNERGIE pour être soutenables par les générations futures. Une agriculture sociale, INTÉGRALE et vivante. Pour aller + loin, lire les articles suivants : L’agroécologie est-elle un attrape-nigauds ? Et  Quel est l’apport de la permaculture ?

En résumé, la permaculture est pour ma part : Un projet social qui vise à enrichir le taux de bien-être des générations futures à vivre ensemble sur la planète. C’est son intention ultime.


La marchandisation de la permaculture

– Rappelons-nous que l’idée d’un développement insoutenable a germé en 1910 dans le cerveau des agronomes et non dans celui des économistes. Et depuis, nous avons enchaîné que des catastrophes écologiques à l’exemple du réchauffement climatique. Devons-nous attendre que l’idée se fraye également un chemin au milieu des chiffres qui obstruent leurs cerveaux ? Le cerveau des économistes. À priori oui puisque c’est l’ARGENT qui fait la loi et investit de pouvoir celui qui le possède !

– Rappelons-nous qu’avant la permaculture, dans la grande marmite qui réduit tous les projets humanistes en de simples techniques de jardinage, ses consœurs biologiques et agrobiologiques l’ont précédée. À l’origine, l’agriculture biologique était un projet sociétal taillé dans la même veine que celui de la permaculture.

Mais aujourd’hui, la marchandisation de la permaculture fait que beaucoup veulent la formater à notre modèle économique alors que c’est notre manière de penser l’économie qu’il faut révolutionner.

Alors, quel est l’avenir de la permaculture
dans le futur de l’agriculture ?

Appliquer la permaculture à l’amélioration d’une exploitation agricole, c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois ou donner l’extrême-onction à un mourant.

Pour commencer, il faudrait redonner ses lettres de noblesse au mot agriculteur et à son jumeau cultivateur. L’agriculteur est celle ou celui qui cultive son champ, et qu’importe la grandeur du champ, un potager est un petit champ. Alors pour ceux qui exploitent la nature comme une mine à ciel ouvert, appelons-les comme ils aiment se faire appeler : des exploitants agricoles. Mais refusons leur de s’appeler agriculteurs ou paysans quand ça les arrange…


Il y a 3 formes d’agriculture


→L’agriculture commerciale qui alimente l’économie de marché et où toute la production est commercialisée ; l’exploitant achetant sa nourriture au supermarché du coin. 

→ L’agriculture non-commerciale ou vivrière pour nourrir de petites unités familiales et où seuls les excédents sont échangés ou vendus. Pour la décrédibiliser, elle est souvent nommée à tort : agriculture de subsistance. Pour survivre !

→ L’agriculture de loisir pour se détendre autrement appelée : jardinage.

À noter, que certaines activités agricoles peuvent être à cheval sur 2 de ces catégories économico-sociales.

Où est passée
l’agriculture vivrière en France ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’agriculture vivrière a été interdite en France puisque toutes les terres cultivables de qualité agronomique sont réservées à l’agriculture commerciale. De ce fait, il faut avoir un projet commercial d’exploitation ou hériter de terres libres de tous baux ruraux. Ou avoir beaucoup d’argent !

Et les chiffres témoignent. En 1955, la France comptait 2,5 millions de fermes, aujourd’hui un peu plus de 300 000… Cf. article précédent.



Que devons-nous retenir ?

1 – Que le minimum requis à la paix et à la non-violence, commence quand les peuples mangent à leur faim, boivent à leur soif et s’abritent dans des logements décents. Et vu notre nombre, la seule activité humaine capable de remplir cette condition à la base de la stabilité d’une société, c’est l’agriculture. Mais une agriculture vivante et sociale qui travaille et collabore avec les écosystèmes.

2 – Quant à la permaculture moderne, je l’observe sérieusement depuis 2013, et je constate qu’aujourd’hui beaucoup de ses adeptes ont versé dans l’idéologie et cultivent le repli comme un repli identitaire. Et ils sont nombreux à se nourrir que la nature serait abondante à l’image du jardin d’Éden.

3 – L’ABONDANCE. Mais dans la Nature sauvage, il n’y a pas grand chose à manger pour un être humain. Et rien à manger l’hiver en dehors de saigner des animaux pour dévorer leur chair et boire leur sang. Quant à manger les feuilles des arbres pour nourrir l’humanité comme certains prédicateurs permaculturels le proposent, un arbre sans feuille est comme un être humain, il meurt par asphyxie.

4 – Ces observations n’ont aucune valeur de jugement ou de vérité. Ce n’est que mon point de vue. Mais comme d’habitude, cela ne m’empêchera pas de recevoir des volées de bois verts ou des menaces de représailles de personnes qui prônent justement, la communication non-violente et la permaculture humaine ! Qui prêchent l’ouverture, le dialogue et la tolérance ; la permaculture humaine étant : Être attentif à soi et aux autres, prendre soin de l’humain…

C’est le paradoxe mais c’est aussi le propre d’une idéologie que de générer ce genre de comportements. Quand l’idéologie apporte des réponses toutes faites à celui qui en réclame, donner d’autres réponses comme d’autres possibles ne peut que brutaliser celui qui croyait tenir la bonne.

5 – Permaculture traditionnelle. Quant à cette perma-culture qui s’appuie sur l’ajout des savoir-faire ancestraux et des savoirs indigènes couplés aux découvertes scientifiques des 200 dernières années, dont celle récente qui met en évidence que chaque entité biologique est un écosystème à part entière, autrement dit un système biologique réunissant un ensemble d’êtres vivants génétiquement différents et qui collaborent, chaque plante étant un écosystème spécifique comme chaque être vivant ou être humain, ce courant traditionnel est aujourd’hui très minoritaire. Un courant faible comparé au courant moderne. C’est le progrès !

En résumé, quand un individu, une famille, une communauté ou une société produit autant d’énergie qu’elle en consomme, il est en cohérence avec ce concept de la permanence. Pour aller + loin, La colorie au cœur de la problématique agricole

La permanence est une continuité durable.

« Chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu’elle possède ». À des années-lumière de la mondialisation des pratiques et des savoir-faire agricoles, ce nouvel éclairage date de plus deux siècles… / Seul cette conception peut garantir la permanence d’un monde soutenable pour les générations futures. Extrait de La permaculture de 1978 à nos jours.

 


Épilogue

On dit que l’humanité est en danger alors qu’elle progresse et colonise l’espace comme toutes les espèces de l’écosystème terrestre. La colonisation est innée au Vivant et à tous les êtres vivants. C’est naturel pour une espèce de progresser avant de régresser comme l’inspire appelle l’expire. Toutes les espèces tendent à se développer, c’est le moteur biologique d’un écosystème. Un écosystème respire et chaque souffle est une respiration.

5 réflexions sur “La permaculture a-t-elle un avenir dans le futur de l’agriculture ?

  1. Bonjour Christophe,

    J’apprécie vos articles et vos tacles, souvent bien placées à l’égard des courant actuels (permaculture, agroécologie…). Je reste cependant perplexe en lisant ceci :
    « Nous n’avons pas d’autres solutions ; la pire étant la transition. Pourquoi ? Parce qu’elle consiste à faire semblant de changer sans rien changer afin de préserver les intérêts et les privilèges de ceux qui tirent profit du système actuel. »
    J’aurais aimé que vous développiez ce « changer sans rien changer ». De nombreuses « villes en transition » font des efforts (plus ou moins radicaux, certes) pour diminuer leur consommation d’énergies fossiles, produire de la nourriture localement, etc. N’est ce pas un changement ? Peut-être pas assez rapide à votre goût ? La transition porte bien son nom, ce n’est pas une révolution qui fera tomber des têtes ou tout basculer du jour au lendemain.
    Par ailleurs : « afin de préserver les intérêts et les privilèges de ceux qui tirent profit du système actuel » ? L’objectif non-avoué de la transition serait de maintenir le pouvoir en place ? Un grand complot ? A qui profite l’instauration de monnaie locale, d’un maraichage locale, d’une production d’électricité locale, du remplacement des voitures par des chevaux ou des vélos ?

    « Et la transition doit nous mener vers un autre modèle de développement ! Mais lequel ? Le connaissez-vous ? Moi je l’ignore. Est-ce moins consommer pour moins d’emplois…
    La transition, c’est comme un pont pour aller d’une rive vers l’autre. Mais cet autre rivage, personne ne le connaît car il n’existe pas. »
    Pourquoi un seul autre modèle de développement ? La transition est avant tout un outil qui est utilisé localement. Le modèle développé par les populations variera donc fortement d’un pays à l’autre et d’une commune à l’autre. A mon sens, la transition n’a pas la prétention d’apporter une seule bonne réponse. Quant à dire qu’elle ne mène nulle part, pourquoi ne pas déjà jeter un oeil aux initiatives actuelles :
    https://transitionnetwork.org/transition-near-me/
    http://www.transitionfrance.fr/

    Je partage ces quelques réflexions avec vous, je pense qu’il y a matière à débat et clarification…

    1. Merci Manu pour votre retour,

      Bien évidement que votre avis est pertinent et que mon prochain article apportera beaucoup de réponses aux questions que vous me posez.

      En revanche, je ne suis pas un adepte du complot et encore moins d’un grand complot pour 2 raisons simples. D’abord parce que l’être l’humain est un être stupide, ensuite parce qu’il est un opportuniste réfractaire à tous les changements… 🙂

      Belle journée

      (je vais consulter vos liens)

  2. Bonjour Christophe,
    Dur dur pour la permaculture sous ta plume ! Mais il y a des abus, c’est vrai. Pour moi, la permaculture démarre avec Fukuoka et sa « Révolution d’un seul brin de paille », soit l’autonomie. AUTONOMIE ! Donc quand on importe du fumier, du compost, du terreau, dans son jardin – comme le font certaines micro-fermes les plus renommées de permaculture – ce n’est plus de la permaculture.
    Moi je suis un adepte de l’agroécologie, et je suis autonome. Autonome en matière : je n’importe pas de fumier, pas de compost, pas de terreau. Je fais mon terreau moi-même, ce qui est proche de l’hérésie pour la profession, même en Bio et en permaculture. Je gère ma prairie de façon à ce qu’elle ne s’épuise pas, en la mulchant régulièrement à la tondeuse. J’exporte le foin, qui me sert à couvrir le sol entre mes cultures, ainsi que l’herbe que j’étale sur le sol, avant d’y mettre la couverture de foin. Depuis trois, je fais pousser ainsi ainsi bien des courgettes que des choux, des tomates et des oignons.
    Mon site internet :
    jardindesfrenes.jimdo.com
    N’hésites pas à lire mes affiches et mes textes – c’est gratuit !
    Pour les victimes de l’idéologie de la permaculture, piqure de rappel: avec mes 5000 m² et mes 1000h de travail annuel, je fais un CA d’environ 4000€ Frais déduits il me reste 3€, 3€ de l’heure donc.
    Auxquels s’ajoutent quelques droits d’auteur grâce à mes livres.
    Pas de TV, pas de tél. fixe, pas d’eau courante. Pas de femme ni d’enfant. Et l’agroécologie devient possible !
    Bonne continuation
    Benoît Sorel

  3. Perfectionner ce que l’on possède . Une maison, un peu de terrain. Pourquoi tant de pelouses autant bichonnées, décorées de qq arbustes à fleurs taillés à la moindre branche légèrement dépassante, fleuries encore plus au rectangle qu’une tombe dans un cimetière à la toussaint, là où pourrait fleurir un potager plus sauvagement, arboré de fruitiers petits ou plus hauts selon l’espace ? Petite culture agréablement vivrière sans prétention de rendement délirant autant qu’ornementale . Peut-être le regard malveillant du voisin ? L’abondance et le partage des fraises ou courgettes changera son regard . L’impression d’avoir trop à faire alors qu’il faut tondre tous les trois jours et supprimer le moindre trèfle ou la fleur fanée et même celle qui bientôt sera fanée pour faire plus propre dans l’oeil inquisiteur alentour. Faisons simple, sainement et au mieux, faisons en sorte d’être moins dépendants de l’agriculture commerciale et du formatage paysager, partageons idées et récoltes . Mettons plus de poésie dans une agriculture de brutes . Progressons naturellement avant de régresser chimiquement . Cordialement bucolique…

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