Le ver de terre mange-t-il de la viande ?

Mange-t-il de la viande comme un cannibale… Ou bien est-il aussi inoffensif que la vache qui paît, repaît et repeint les paysages avec sa longue langue râpeuse qu’elle manie avec la dextérité d’un Picasso couchant la couleur ?

En d’autres mots, un ver de terre se laissera-t-il mourir de faim face à une entrecôte à point ? On comprend que la vache le fasse, et pas seulement par solidarité, comme on comprend qu’un végan affamé s’assoit sur ses principes idéologiques pour rester coûte que coûte en vie. Alors dans cette histoire, qui est le plus bête ?

Bête à bouffer du foin !

Quant une personne est bête à bouffer du foin, c’est clairement qu’elle n’a pas la lumière à tous les étages. Et l’obscurité n’aidant pas à y voir plus clair, elle va toujours au plus simple. Comme de se remplir la panse au râtelier du coin ; le râtelier étant dans une étable, là où est mis le foin à consommer sur place.

Mais sur le fond, l’expression bête à bouffer du foin ne trouve pas son origine chez la vache, mais dans un monde simplifié. Et c’est tant mieux car ce sont des animaux plutôt éclairés. Et en qualité d’ancien vacher, j’ai vu de près la souffrance indescriptible de la maman vache séparée de son veau afin qu’elle pisse plein de lait pour faire de bons yaourts et autres fromages délicieux. Je vous le concède, le plaisir a un prix.

Vive les stabulations libres

Mais aujourd’hui tout a changé. Les stabulations libres, les self-services et autres fast-foods ont bousculé l’ordre établi et les râteliers sont maintenant ouverts 24 heures sur 24. Bilan, le nombre de gros a explosé et les grosses vaches n’ont jamais été aussi grosses comme les gros cochons. Bref, tout le monde prend plaisir à s’engraisser sur le dos de tout le monde.

Mais dans ce monde idyllique, il y a aussi ceux qui ont le ventre gros parce que leur râtelier reste désespérément vide. C’est désespérant de voir un enfant gonflé, pas gonflé comme une personne qui aurait mangé plus que sa part, mais gonflé d’air. Et l’air étant vide, effectivement ça ne remplit pas beaucoup l’estomac !

Le ver de terre,
bouffe-t-il de la terre ?

Alors à force de bouffer du foin, on croyait que le ver de terre bouffait de la terre. Mais quel ver de terre ?


Quel ver de terre ?

Au fil des articles, j’ai noté une grande confusion dans la connaissance des vers de terre, où toute bestiole rampante, sans dent ni bras ni jambe, est qualifiée de ver de terre ! Par exemple, un ver de compost n’est pas un ver de terre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il ne vit pas dans la terre mais sur le sol ! 🙂

Il y a une telle méconnaissance, que je défie quiconque de citer de tête 3 espèces de vers de terre tant leurs noms sont indigestes. Et pourtant, il y a le choix parmi les 5 à 6000 espèces présentes sur notre planête… Même la nouvelle classification de terrain propulsée par Mr B. Bouché n’a fait qu’en rajouter une couche. Si bien que des catégories ont été créées à cheval sur d’autres catégories. Bref, j’avais déjà pointé le problème à plusieurs reprises dans les chapitres suivants : À chacun sa température et C’est à n’y plus rien comprendre !

Qui a pensé à l’agriculteur ?

Qui a pensé aux jardiniers et aux agriculteurs qui doivent travailler avec leurs vers de terre ? Collaborer, travailler en symbiose et les nommer pour identifier leurs besoins. Mais comment désigner une espèce si on ignore son nom ? Pire, comment la protéger puisque la reconnaissance de l’existence commence par le nom ? Être nommé. ÊTRE ou ne pas être, sans nom, c’est comme si on n’était pas né.

Dernièrement, j’entendais sur une radio nationale, un agriculteur parler de ses anéciques comme d’une espèce de ver de terre. S’il savait que le seul ver de terre à posséder un nom commun est le ver de terre commun, celui que l’on rencontre communément dans les sols. Mais il a beau être commun, ce n’est pas un anécique, mais un épi-anécique… Pour en savoir un peu plus sur sa vie sexuelle, c’est par ici →

Avant c’était mieux !

Autrefois, c’était plus simple puisque les paysans distinguaient 2 catégories de vers en fonction de leur niche écologique : les vers de fumiers ou de compost parce qu’il vivent à la surface du sol ; et les vers de terre parce qu’ils vivent dans la terre. On pourra dire tout ce que l’on veut, mais le bon sens paysan a du bon.

Ensuite, on peut décliner ces 2 entrées en sous-groupes pour les distinguer suivant leur régime alimentaire, leur comportement sexuelle, la manière de construire leurs galeries appelées terriers pour certaines espèces, la couleur de leur tête, la forme de leur queue…

Aussi, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes afin de proposer une nouvelle classification pour 2018. Une classification pratique et adaptée à ceux qui cultivent et qui ont besoin qu’on appelle un chat, un chat. C’est audacieux, pas ambitieux, ne confondons pas. Si l’ambitieux est un narcissique qui se rêve, il faut de l’audace pour aller jusqu’au bout de ses rêves. Mais je vous le concède, la permaculture et l’agroécologie drainent plus d’ambitieux que d’audace 🙂 L’agroécologie, est-elle un attrape-nigaud ?


Le ver de terre,
bouffe-t-il de la terre ?

Reprenons. À force de bouffer du foin, on croyait que le ver de terre bouffait de la terre. De la même manière que le végan croit que l’agriculteur qui produit sa bouffe, ne tue pas les prédateurs des cultures. C’est beau un monde simplifié. Heureux les simples comme disait un simple parmi les simples. Dans la même veine, le curé fait bouffer à ses ouailles que les portes du paradis leurs seront grandes ouvertes quand d’autres curés font croire à de jeunes hommes que 50 vierges aux cuisses ouvertes les attendront dans le râtelier paradisiaque s’ils acceptent de se faire voler en éclats.

La nature est bien faite

La nature est si bien faite que le bien et le mal n’y ont aucune place. Et trop souvent on parle encore de micro-organismes utiles en laissant sous-entendre que d’autres seraient inutiles, donc pathos comme pathogène. Aucun être vivant sur la Terre n’est nuisible, c’est seulement sa proportion dans un écosystème qui le rend pathos. Présentement, notre espèce. Mais comme chaque chose dans la nature est plusieurs choses à la fois, autant notre ver de terre voit d’un bon œil le renard se faire une poule car la poule est l’un de ses redoutables prédateurs, autant de savoir que le renard est comme la poule, un omnivore opportuniste, ne le rassurera pas beaucoup plus quant à un avenir radieux s’il en croise un !

Avoir les dents longues

Peu savent que les poules ont eu des dents. Quant à notre camarade, il fait partie des animaux les plus forts dans la nature, juste derrière la fourni. Faites-le calcul pour comparer, lui peut tirer jusqu’à 50 fois son poids. D’ailleurs, il ne ménage pas ses efforts dans cette vidéo.

Mais dans la vie, il vaut mieux avoir les dents longues pour réussir ! Et effectivement, le ver de terre est un sans-dent. Et sans dent, difficile de montrer les crocs pour imposer son pouvoir. Du reste, dans la nature comme dans la société, les sans-dents sont les plus démunis, ceux qui vivent en bas de l’échelle sociale, pas plus que de la chair à canon, du bétail ou du fourrage ! 


Les vers de terre sont-ils intelligents ?

Je désigne par vers de terre, la masse lombricienne qui vit dans des terriers et qui est peut-être cannibale… Quant à la définition de l’intelligence, je vous renvoie à cet article.

Charles Darwin les a observé pendant de longs mois dans des pots en verre remplis de terre :

Je me pris d’intérêt pour ces animaux, et je voulus rechercher jusqu’à quel point ils agissaient sciemment, et combien ils déployaient d’intelligence…/

Bien que les vers soient si imparfaits sous le rapport des différents organes des sens, cela ne prouve pas qu’ils soient nécessairement dépourvus d’intelligence.

Son traité sur les vers de terre reste encore aujourd’hui la référence absolue d’un point de vue éthologique. Un ouvrage de 300 pages où il a utilisé plus de 20 fois le mot intelligence tant il était stupéfait par le comportement de ces animaux, comme : « L’Intelligence déployée par les vers dans la manière dont ils bouchent leurs galeries. » Et d’ajouter à la page 114 : 

Si les vers sont capables, soit avant, soit après avoir transporté un objet jusque près de l’ouverture de leurs galeries, de juger du meilleur moyen de l’y introduire, il faut qu’ils se fassent une certaine idée de sa forme générale. C’est ce à quoi ils arrivent probablement en le touchant en beaucoup d’endroits avec l’extrémité antérieure de leur corps, partie qui leur sert d’organe du tact. Il est bon de se rappeler quelle perfection le sens du toucher atteint, chez un homme né sourd-muet, ainsi que le sont les vers…/

Si les vers ont la faculté d’acquérir quelques notions, si grossières qu’elles soient, de la forme d’un objet et de leurs galeries, et cela semble être le cas, ils méritent d’être appelés intelligents ; car ils agissent à peu près de la même manière que le ferait un homme dans des circonstances semblables.

Je suppose que Mme Royal, l’ex-ministre de l’écologie, a bien dû ricaner en lisant ma requête pour que le ver de terre bénéficie pleinement des dispositions offertes par la loi pour la reconquête de la biodiversité. Pourquoi ? Parce que son rôle écologique et son degré d’intelligence sont au moins égal à celui de l’abeille ou du bourdon : Le ver de terre, un bien commun. Même son de cloche lors des élections présidentielles, où tous les candidats ont carrément refusé qu’il bénéficie de cette loi. TOUS. Même les écologistes ! Lire Le ver de terre s’invite dans la campagne.

Quant à Marcel B. Bouché, notre référence nationale, il écrit à la page 100 de son ouvrage : 

Autant qu’on le sache, les lombriciens ont une perception du monde qui les entoure et une intelligence très sophistiquée de celui-ci. Darwin avait déjà noté que, avant d’enfouir leur nourriture, ils la choisissaient lors de la prise bouche… / Depuis, des essais en laboratoire ont confirmé l’existence d’un choix gustatif.

En complément, lire en bas de la page, ma note sur la thèse soutenue en 1984 à l’université de Limoges.

Les vers de terre
mangent-ils de la viande ?

Charles Darwin écrit à la page 30 :

Des pièces de viande crue et d’autres rôties furent plusieurs fois fixées par de longues aiguilles à la surface du sol dans mes pots, et toutes les nuits on pouvait les voir les tirailler ; ils suçaient les bords des pièces et en consommèrent ainsi une bonne portion. La graisse crue semble être préférée par eux même à la viande crue et à toutes les autres substances qui leur furent données, et ils en consommèrent beaucoup.

Sont-ils cannibales ?

Charles Darwin est affirmatif :

Ils sont cannibales, car les deux moitiés d’un ver mort ayant été placées dans 2 pots, furent traînées à l’intérieur des galeries et grignotées. Et autant que je pouvais en juger, ils préfèrent la viande fraîche à celle en putréfaction… Le fluide digestif des vers est de la même nature que la sécrétion du pancréas des animaux supérieurs.

À l’instar du cochon, de l’humain ou du bonobo, le ver de terre est un omnivore, un opportuniste qui mange tout ce qu’il trouve autour de son terrier.

Sont-ils des parasites des cultures ?

D’emblée, je vous répond non. Mais pas un non définitif puisque comme tous les animaux, le ver de terre a le palais fin. Et il a un mets préféré : les jeunes feuilles fraîches au C/N faible ! Mais attention, un ver de terre n’est pas une limace… 🙂 La suite prochainement



Post-scriptum

Dans la critique raisonnable sur l’électroculture que j’ai publié en 2013 à partir de la thèse soutenue en 1984 par Mme QUEYREL : Électroculture et plantes médicinales, l’auteure précise que l’électroculture n’est qu’une hypothèse, pas une vérité scientifique, mais elle note cette chose qui a attiré mon attention :

Un fait particulier et retrouvé de façon constante a été observé quelle que soit la culture considérée : la présence d’une plus grande quantité de vers de terre dans le terrain électrocultivé.

Si l’auteure rapporte ce fait par ailleurs à la lisière de son sujet, c’est qu’il a été suffisamment marquant pour l’interpeller. Et considérant que les vers de terre sont pourvus d’une certaine intelligence, on ne peut pas exclure qu’ils aient choisi cet espace comme refuge afin de se protéger de leurs prédateurs, puisque que le grillage qu’elle avait enfoui dans le sol, formait un enclos sécurisant… ?

7 réflexions sur “Le ver de terre mange-t-il de la viande ?

  1. Bonjour,
    Et merci encore pour vos articles.
    Dans le livre sur la vie dans le sol de Jeff Lowenfels et Wayne Lewis au édition du Rouergue, il y a une rubrique sur le vers de terre.

    je cite un extrait:
    « Que mange un verre de terre ? Principalement des bactéries, ce qui explique pourquoi les sols où l’on trouve beaucoup de vers de terre sont des sols à dominante bactérienne. Ses autres sources de nourriture sont les champignons, les nématodes, les protozoaires, et également la matière organique sur laquelle ou dans laquelle vivent ces micro organismes. »

    On pourrai se dire que la matière organique est un met secondaire, et est plutôt un support sur lequel vie et mange tous les organismes dont le vers de terre raffole.
    A se demander si il serait intéressé par de la matière organique stérile ?

    Suite à la lecture de se livre, peut être que je me trompe d’image, mais je l’imagine tel une baleine dans l’océan qui fait passer des tonnes d’eau à travers sa bouche pour finalement manger le zooplancton ( zooplancton se nourrissant de phytoplancton ) la différence que la baleine filtre et rejette ce quelle gobe par ses fanons alors que le vers de terre le fait par sont trou de b* avec l’aide de sa flore intestinale pour digérer tous ça.

    En bilan du livre je retient:
    Extrait: « leur présence, indique que le réseaux alimentaires est en bonne santé »
    comme dans la chaine alimentaire. il est donc aussi prédateur.

    C’est sûr, il n’est pas végétarien.

    1. Bonjour Julien,

      Sur le fond, tous les animaux sont omnivores puisque tout le monde consomment des bactéries, même les vaches, même les plantes carnivores !

      Quant aux auteurs du livre que vous citez, c’est gênant de mettre tous les vers de terre dans le même panier comme s’ils mangeaient tous la même chose… À mon avis c’est une grave erreur, au demeurant trompeuse et contre productive.

      Ils décrivent un ensemble d’espèces géophages que l’on appelle les endogés. Et contrairement aux anéciques, ils vivent dans des galeries horizontales.

      Mais dans un sol cultivé, ils représentent à peine 20 % de la masse lombricienne contrairement aux anéciques : 80 %.

      Bien à vous

  2. Après trois ans de lombricompostage (encore une faute, ce ne sont pas des lombrics mais des vers de litière), je n’ai jamais trouvé de vers morts…
    ce qui semble confirmer qu’ils soit omnivore. Il y a aussi beaucoup d’erreurs ou des probleme de logique dans le monde du lombricompostage, comme dire que le poireau a des propriétés de « vermifuge », ils n’aiment effectivement pas beaucoup les alliacée, de la à dire qu’il soit « vermifuge »… terme qui me laisse toujours songeur vue que le terme ver n’a pas vraiment de signification scientifique.

    Merci pour ce nouvel article, j’aime beaucoup ta plume.

    1. Merci Tom,

      Tu vois comment les croyances ont la peau dure, de suppositions en suppositions le poireau est devenu vermifuge comme tu le soulignes.

      À la campagne, tout le monde conserve ses poireaux en pleine terre. Et quand tu en arraches un, ses racines sont blindées de vers de terre… Bien à toi

  3. Excellent …
    J’aime beaucoup ta manière d’ecrire c’est vraiment excellent, tu n’as jamais pensé a écrire un livre ?!

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