Le C/N ou le rapport carbone sur azote expliqué aux nuls !

Un sol vivant, c’est d’abord une histoire d’eau et d’air, ensuite de carbone et d’azote !

En agronomie, il y a une règle simple qui dit : les bestioles qui dégradent la matière organique consomment 25 fois plus de carbone que d’azote. Autrement dit, il faut une unité d’azote pour digérer 25 unités de carbone.

Appliquée au buveur, c’est une dose de Ricard pour 25 doses d’eau ; ou 1 gr d’herbe mélangée avec 25 gr de tabac pour un fumeur ! Et avec de telles doses, rien n’interdit au fumeur de joints de se boire un petit apéro pour s’hydrater, mais pas au point de prendre le volant.

Parce que d’un point de vue automobilistique, un sol cultivé vivant consomme 4 l au 100 d’azote ! Quant au volant, peu savent qu’il est interdit de fumer en conduisant…

Alors c’est quoi le C/N ?
C’est l’indice de carbone d’un matériau organique ! Plus il est élevé plus la matière est riche en carbone, 500 pour le carton ; plus il est faible moins il est élevé… 🙂 1 pour l’urine.
Qu’est-ce qu’une matière ou un matériau organique ? C’est une matière cellulaire ou d’origine cellulaire puisque la cellule est l’organe commun à tous les êtres vivants. 

Gardons les idées claires !

Pour être vivant, un sol doit être nourri ! Enfin, vous avez le droit de ne pas le nourrir et de le mettre sous perfusion d’engrais chimiques et de pesticides. C’est votre droit. Et beaucoup usent et abusent de cette technique puisque que le droit du sol considère que le sol n’est pas un bien commun.

Pour être vivant, un sol doit être nourri ! Enfin, c’est un peu une fadaise ou plutôt une niaiserie que de dire que le sol est vivant. Pour une raison simple : un sol vivant n’est pas vivant ! Enfin pas plus vivant qu’un désert de sable ou un immeuble de 150 étages. Parce que dans un désert minéral, la vie est rare uniquement par absence d’eau. Mais le jour où il est arrosé régulièrement par la pluie, le vivant revient y vivre, et de fil en aiguille il crée une terre fertile autrement appelée un sol vivant.

PROBLÈME : tous ces êtres vivants cassent la croûte ! Aussi, ils ont besoin d’être nourri. C’est somme toute normal puisque tous les êtres cellulaires fonctionnent sur le même principe. Et le cycle veut que nos cousins souterrains nourrissent les plantes et se nourrissent des plantes mortes (matière organique) pour s’alimenter. C’est comme le cycle de l’eau, un éternel recommencement. Mais si on prélève toutes les plantes pour s’en nourrir, sans leur laisser une part, c’est eux qui meurent. Voir l’article sur l’effondrement des populations de vers de terre.

Quels sont les habitants du sol ?

En considérant qu’un sol fertile n’est pas une chose naturelle et acquise comme une montagne ou un océan, mais bien un milieu temporaire et instable créé par des êtres vivants, on comprend de la nécessité de les nourrir pour qu’ils restent en vie. Mais je ne vais pas ici m’étendre pour élucider si ce sont les plantes ou les animaux qui créent le sol, terre végétale ou terre animale, puisque c’est l’objet de mon prochain ouvrage….

Avec l’eau et l’atmosphère, le sol est l’un des trois milieux de la sphère terrestre où le vivant se manifeste. (Vol 2)

Et comme l’oxygène est l’un des carburants cellulaires, on peut catégoriser les êtres vivants dans le sol en 2 groupes : ceux dont le corps a besoin comme nous d’un mélange gazeux à 21 % d’oxygène (vers de terre, champignons, cloportes, acariens, algues…) et ceux qui se satisfont d’un mélange plus faible comme le monde unicellulaire (bactéries, levures, archées…)

Une autre règle veut que plus on s’enfonce dans le sol plus la vie se raréfie par manque d’oxygène. D’ailleurs, en dessous de 5 % d’oxygène, les racines des plantes meurent ; sauf celles des arbres…
En conséquence de cette règle, la nourriture des plantes se fabrique à la surface et dans les 12 premiers cm du sol. Lire en complément les articles sur le mythe de l’humus ou les buttes de culture traditionnelles.

Pour faire simple !

Pendant des millénaires, les agriculteurs ont nourri la vie du sol en fumant leur sol avec les déjections de leurs animaux, en laissant les résidus de récoltes dans leurs champs – avant l’arrivée de la faucheuse, on ne récoltait que l’épi des céréales à la faucille – et par la technique de la jachère. Quand un champ était laissé en jachère, 3 fois dans l’année les plantes étaient couchées sur le sol avec une araire pour nourrir la terre… Autrement dit, on engraissait la vie du sol !

Mais sous l’impulsion des ingénieurs agronomes, des corps d’inspections du ministère de l’agriculture et de l’INRA, on a expliqué et enseigné aux agriculteurs que de nourrir la vie du sol était une technique archaïque et primitive 🙁 Qu’il devait nourrir directement leurs plantes cultivées avec des engrais minéraux et des molécules chimiques. Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le labour qui a tué les sols, mais la fertilisation minérale et les molécules chimiques !

Le rapport Carbone sur Azote

Si les bestioles qui dégradent la matière organique pour s’en nourrir, consomment 25 fois plus de carbone que d’azote, plus une matière organique est jeune, fraîche et verte, plus elle est riche en azote et pauvre en carbone, plus elle est sèche et ligneuse, plus elle est pauvre en azote et riche en carbone organique.

Et quand elle est pauvre en azote, les animaux puissent dans les réserves du sol pour la digérer. Ainsi, la suprématie des plantes jeunes utilisées comme engrais vert est indéniable avec un C/N autour de 5.

Nourriture préférée des vers de terre, ces gros fabricants de fertilité deviennent alors de véritables distributeurs à engrais naturel puisque l’azote qu’ils rejettent est directement assimilable par les plantes comme l’a mis en évidence Marcel B. Bouché. Lire : Le ver de terre nous le dit, écoutons-le ! Pour ma part, j’utilise la laitue comme engrais vert, car quelques pieds suffisent largement pour être autonome au niveau de la semence.

C’est si simple le compostage de surface ! Image Nantes Métropole. 

Le compost

D’abord rappeler que si la technique du compostage à chaud est connue depuis très longtemps, elle n’était pas utilisée par les paysans qui lui préféraient la technique du compostage à froid ou de surface, parce qu’il demande beaucoup moins de travail pour un meilleur rapport. Je n’irai pas jusqu’à dire que Composter c’est polluer comme Mr Schreiber, mais le compost est tout sauf une alternative écologique puisque sa production en gros réclame un investissement lourd en matériel et en gazole.

Et autant ceux qui compostent à froid (sur le sol) nourrissent toute la matière VIVANTE de leur sol, autant ceux qui épandent du compost mûr ne cherche qu’à nourrir leurs plantes. Et dans beaucoup de fermes bio, le compost a souvent remplacé les engrais chimiques mais tout en restant utilisé à la même fin et de la même manière.

Quant au bénéfice pour le sol, il est moins évident que sur le papier. Mettons de côté toute l’énergie dépensée pour le produire et le transporter, mais selon les sources, son rapport C/N varie de 15 à 20, parfois dépasse les 30, mais avoisine les 50 dans cette étude scientifique.

La paille de céréale

Son C/N est compris entre 100 et 150. C’est-à-dire que la paille est très riche en carbone ce qui oblige les animaux du sol à puiser dans les réserves d’azote du sol pour la décomposer. Pourquoi ?

Parce qu’autant l’azote joue un rôle majeur dans le métabolisme des cellules végétales, autant ces animaux qui transforment la matière organique en humus ont besoin d’azote pour faire fonctionner leur propre métabolisme. Et dans le cas de cette paille riche en carbone, ils vont prendre une partie des réserves disponibles pour les plantes ! Et de ce fait peuvent créer une faim d’azote, autrement dit un manque d’azote pour les plantes et une chute des rendements.

Et aujourd’hui avec cette mode du paillage permanent à base de paille de céréales, ou pire de BRF, beaucoup enrichissent finalement peu ou pas leur sol, et parfois le bloque. C’est paradoxal mais logique puisque le paillage n’a rien à voir avec le paillis ; cette technique ancestrale qui utilise des matières organiques pauvres en carbone, mais riches en azote !

Pour ma part, je conseille le foin en matière sèche, car son C/N est proche de 30. Voir ses effets sur un sol par -12°C

Qu’est-ce qu’un paillis ?

En France une convention veut que le mot d’origine anglaise MULCH, se rapporte à un apport de matière organique sur le sol type herbe fraîche, alors que le mot PAILLER en définit une du type paille de céréales sèche. Mais la traduction exacte du mot MULCH est PAILLIS. Et selon le Littré de 1872 :

Le paillis est une couche de litière courte ou de fumier non consommé, épaisse de 1 ou 2 doigts, que l’on étend sur les planches du jardin avant ou après les avoir plantées.

Énième preuve que toutes ces nouvelles techniques présentées comme novatrices, sont finalement héritées de l’agriculture traditionnelle, avant qu’elle ne se mécanise puis se diésélise. En complément Gressent en 1877 dans son Traité de la création des parcs et jardins :

Non seulement le paillis maintient le sol frais et donne une nourriture additionnelle aux plantes, mais encore il empêche les mauvaises herbes de pousser et économise la moitié des arrosements.

J’ajouterais que si le compostage de surface empêche les indésirables de pousser, ce n’est qu’un effet secondaire, pas le but premier qui est de nourrir la vie du sol à savoir sa faune, sa flore, ses champignons, bactéries, archées, virus… et les vers de terre.

La phobie des mauvaises herbes

Un petit tour, sur les forums et autres groupes facebook liés à la permaculture ou à l’agroécologie, suffit pour palper l’angoisse de la mauvaise herbe qui est vue comme une sournoise, incontrôlable et envahisseuse ! Dernièrement, j’avais même pointé dans cet article sur l’ortie, qu’un journaliste n’avait pas hésité à la présenter comme le Roundup de l’écolo pour : « Exterminer les mauvaises herbes qui envahissent votre potager… »

Et le permaculteur et l’agriculteur chimique de se retrouver à combattre le même ennemi imaginaire. Ainsi, la technique du paillis a été détournée pour obtenir des sols propres ! Une forme d’asservissement du milieu contraire aux principes d’un jardin vivant.

La suite une prochaine fois.

 

27 réflexions sur “Le C/N ou le rapport carbone sur azote expliqué aux nuls !

  1. bonjour,
    je suis débutant en culture potagère. J’avoue être un peu perdu à force de lire ou d’entendre « il faut mieux faire comme ceci ou comme cela ». Alors j’essaye de me faire ma propre idée sur le sujet. Mais c’est assez difficile. Une chose dont je suis certain c’est que la culture tel qu’elle est pratiquée avec les techniques à bases d’engrais chimiques ou minéral, je n’y adhère pas.
    Alors je fais mon propre composte avec le composteur livré par ma commune.

    1/ A quel moment dois l’utiliser sans risque pour mes plantation qui à cette saison viennent d’être sorties de mes pots à semi?
    2/ Qu’entendez vous par paillis si ce n’est pas de la paille mais du foin sec? puis coupé des graminées sur mon terrain et les étaler sans les enfouir sur mon potager? cela sera-t-il un paillis ?

    Merci de m’éclairer (au gaz méthane alors 🙂 )

    Thierry

    1. Thierry,

      Prenez le temps de consulter tous les liens, et vous aurez beaucoup de réponses à vos interrogations. Bien à vous

  2. Bonjour, rapidement : ne pas confondre TCS (Techniques culturales simplifiées) et MSV (Maraîchage sur sol vivant !)
    Belle journée

    1. Pas de souci Shabba, je ne confonds pas, connaissant bien les 2 structures que j’apprécie. Belle journée 🙂

  3. Bonsoir Christophe,
    je reviens donc pour developper mon comm sur la page du jardin vivant avec mes qques connaissances et expériences de jardinier amateur…
    je disais donc que tu ne choisiras pas un paillis avec un C/N bas ou élevé pour les mêmes raisons, chacun a sa fonction. Un paillis de tonte ( C/N 10 ) nourrira plus rapidement la plante, l’azote sera transformé rapidement par la faune du sol qui sera assimilable ensuite par la plante (minéralisé ). Hors dans ce système, il te faut constamment  » remplir le frigo  » afin de satisfaire et rassasier tout ce petit monde car s’il est rapidement minéralisé, il l’est aussi sur un laps de temps assez court. De plus l’apport en humus stable est quasi ridicule, et pour en revenir sur l’humus, c est justement de cet humus là que tu ne veux pas dans ton sol, puisque tu pourrais avoir une terre riche en humus d’ici 15 ans, mais après 2 ans sans apport de MO, ton humus n ‘aura plus rien à libérer donc sol humique et non fertile…mais pas stérile non plus ! Pour exemple, une pâture broutée tous les ans continue à produire de l’herbe, mais c’est un autre sujet.. Puis l’humus tu le cherches, tu le veux, c’est aussi pour créer un sol bien drainé. Un paillis de Brf ( C/N variable entre 200 et 500 suivant la qualité et taille du bois déchiqueté ) demandera un apport d’azote important afin de commencer sa minéralisation ( et/ou du temps ! ). Sur certaines videos de « MSV », il est dit jusqu’à 18 mois de faim d’azote avec un démarrage sur prairie. Certes, c’est long, d’où mon approche de savoir pourquoi tu le fais (et de ne pas suivre les conseils lu et relus: en février, est ce que je peux mettre du brf et cultiver en Mai, réponse: oui…) Dans ce cas, tu veux restructurer ton sol, lui redonner vie MAIS tu n es pas pressé, tu prépares une zone pour au moins l’année d’après. L’azote minéralisé sera donc dispo moins vite mais une fois les phases successives avant celle-ci terminées, il sera dispo en flux continu sur une plus longue durée, l’apport en humus stable sera plus appréciable, l’azote humique également. Ça, c est ce que j en pense et en ai compris pour les deux extrêmes ( quoique l’extreme pour un C/N bas serait plutôt l’urine ou les purins d’ortie, d’ailleurs, c’est même plus facilement compréhensible que l’effet est immédiat mais très temporaire mais pas catalogué comme paillis ). Le foin et la paille de blé dont tout le monde parle avec pour l’un, C/N 30 et pour le second un C/N 150 ( à noter que pour les pailles d’orge et avoine, c est aux alentours de C/N 60/70 ), la première raison est principalement son accessibilité… Voire même sa gratuité, et c’est ce que l’on cherche tous… Produire sa propre nourriture, de bonne qualité et pas non plus en y laissant un bras ! L’un comme l’autre sont très bons, après avoir compris que l’ processus se mettra plus rapidement en place avec du foin mais que l’effet sera plus bénéfique avec de la paille à long terme, et bien sûr que l’humus crée sera de meilleure qualité. Quoiqu’il arrive, c est l’effet dit « pied de cuve » qu’il faut arriver en mettre en place lorsque l’on cherche à cultiver en sol vivant, que ce soit avec couvert vivant ou mort. C’est pour cela, qu’il est dit entre 2 et 3 ans avant de ressentir l’effet de son labeur sur ses cultures. Cet effet « pied de cuve » ( désolé, j’ai pas réussi à trouver un autre terme sur le net ) , c est le fait que l’apport précédent en cours de minéralisation + l’azote dispo dans le sol est supérieur à l’azote nécessaire pour les cultures + l’azote nécessaire pour la décomposition de l’apport en cours. Et c’est de par cet effet là, que certains disent ne pas avoir de faim d’azote, en réalité ils ne s’en rendent pas compte, puisque la faim d’azote est un passage obligé dès lors que le C/N de l’apport est supérieur à 20. Et avant d’en arriver là, diversifier les apports me parait bien, ne pas hésiter à mettre du ligneux et du vert afin de profiter des deux effets qui sont finalement complémentaires .
    La faim d’azote, c est pénible.. Ça empêche les légumes de pousser… Pfff ! Mais ça empêche aussi les adventices de pousser 🙂 ! Donc oui ça peut devenir un outil. ( Bon je n’ai rien inventé, puisque certains s en servent en maraichage ) A partir du moment où t as compris le principe, créer une faim d’azote en surface permet un moindre nettoyage des planches de culture, des parterres de fleurs etc etc. Pour mes parterres, j’utilise de la sciure de bois ( C/N 500 ), les racines en terre ne manquent de rien et en surface rien ne pousse. En maraichage, j’ai pu voir, qu’en repiquant sur un lit de 5 cms de compost de plateforme, souvent pas assez composté, ça empêchait l’enherbement immédiat pour laisser l’avance necessaire à la culture de se developper. Même si une petite faim d’azote d’un mois se produit, les cultures sont déjà bien lancées et les adventices ne sont plus un pb.
    Amicalement, Sébastien.

    1. Salut Sébastien,

      D’abord merci pour tes explications très intéressantes mais théoriques. Je m’explique.

      Certes on ne choisit pas son paillage pour les mêmes raisons, et bien si finalement quand on le produit… En agriculture vivrière, donc autonome, la production de la matière organique pour nourrir son sol demande tellement de travail, que l’on fait comme on peut. Perso, c’est plusieurs tonnes de MO que je coupe, fane, arrande et transporte à la main…

      Il faut être clair. Tu me cites l’association MSV. Nous au Jardin vivant, nous sommes totalement opposés au pesticides dont le Roundup, ce qui n’est pas le cas de MSV ou d’agriculture de conservation, ces derniers en faisant même la promotion… Lis cet article

      Une autre différence est notre conception qui s’appuie totalement sur l’écosystème intestinal du sol. Nous travaillons donc que sur le vivant et particulièrement les vers de terre. Ce n’est pas un hasard si ce site est devenu un des premiers centre de ressources francophone sur le ver de terre.

      Et pour finir, créer une faim d’azote pour empêcher les adventices de pousser n’est qu’une vue de l’esprit, puisque pour germer et atteindre le stade dicotylédone, les plantes n’ont pas besoin d’azote, mais d’énergie, d’eau et d’oxygène.

      Belle journée .

  4. Bonjour Christophe,

    Merci pour ton article, lu avec grand intérêt.
    La phrase relative à la « chiure » d’azote post-ingestion de carbone par le sol vient donc de la bouche de K. Shreiber.
    Elle découle des 5 années de relevés de sol réalisés chez un certain nombre de maraîchers membres du groupe « Maraichage sur sol vivant », notamment chez F. Mullet dans l’Eure (voir une série de vidéos sur youtube où il présente sa ferme et ses itinéraires techniques, c’est passionnant).
    Ces relevés démontrent de manière répétée qu’avec un apport de 20 à 25 tonnes de paille de céréales réalisé au début de l’hiver (donc avec un C/N élevé oscillant entre 120 et 150 (!) pour le blé) hé bien les niveaux d’azote présent dans le sol APRES la saison de culture qui suit ont systématiquement augmenté.

    Une légère faim d’azote est mesurée au printemps (passage de 110 à 90 unités de N disponible dans le sol), moment où l’activité bactériologique du sol lance le processus d’ingestion de la matière organique carbonnée (et lignieuse) apportée, mais c’est bien une forte hausse du taux d’azote présent dans le sol qui est ensuite mesuré à l’automne (jusqu’à 140 unités), et ce malgré des cultures exigeantes réalisées entre temps.
    D’où la phrase « le sol mange du carbone et chie de l’azote » 🙂
    Autre point intéressant et qui confirme qu’il y a une véritable évolutivité du degrès d’intensité de l’activité bactériologique du sol en fonction de ce qui le nourrit (si si): après 3 saisons à ce régime répété de 25T/ha de paille, on observe une ingestion de cette MO carbonée (et donc une transformation en humus grossièrement) bien plus rapide après 3 ans: 6 mois versus 18 mois pour ingérer le tout premier apport!

    Les rendements observés sur la ferme de F. Mullet (66T d’oignons à l’hectare en bio, chiffre assez surréaliste) et d’autres (je pense à la ferme des Rufaux toujours dans l’Eure ou à celle de L. Welsch dans les Pyrénées) ainsi que l’évolution de leur sol semblent clairement démontrer la réalité et le bienfait de cette logique tant d’un point de vue agronomique qu’économique, et ce d’autant plus que tous les éléments sont précisément chiffrés (temps économisé grâce à la maîtrise des annuelles et de certaines vivaces, disparition totale de l’irrigation en plein champ (!!), 4 à 5 relevés de sol par an pour mesure les taux d’azote, de rétention d’eau, de diversité bactériologique, etc.)

    Pour rebondir sur ta question relative au comment du pourquoi du process hé bien les membres de ce groupe reconnaissent eux-mêmes ne pas en connaître la clé malgré des indices pour le moins concordants!

    Mais comment s’en étonner? Il n’existe aujourd’hui plus aucune chair universitaire de micro-biologie des sols en France, or un processus non étudié scientifiquement restera malheureusement toujours inexpliqué, a fortiori quand il relève d’une telle échelle et d’une telle complexité (comme nous ne connaissons probablement pas une grande majorité de la faune marine, pour des raisons différentes certes 🙂 ).
    Des paysans se lèvent en tout cas tous les jours avec cette conscience du sol comme organisme vivant, qui ne doit point être perturbé par un quelconque travail d’une part, qui doit être nourri grâce au carbone d’autre part (comme dans les forêts, écosystème le plus résilient et productif qui soit, où feuilles mortes et branches se succèdent sur le sol).

    La question néanmoins sous-jacente à cela est « qui de la résilience et de la durabilité d’un tel système?
    Si il faut piller la paille des voisins à hauteur de 25T/ha pour des cultures légumières, ce système là n’est malheureusement pas durable.
    D’oû des recherches en cours, que ce soit en culture légumière ou céréalière, pour aller vers une plus grande maîtrise technique des intercultures, des couverts végétaux et autres associations.

    Au plaisir de te lire de nouveau sur le sujet 😉
    Belle soirée à toi!
    Gaspard

    1. Gaspard,

      Tout d’abord, un grand merci pour toutes ces infos très éclairantes ; l’objet de mes articles étant en même de proposer d’autres axes pédagogiques mais également de secouer le cocotier pour stimuler l’échange et alimenter le réservoir à connaissances 🙂

      Je dois te préciser qu’au départ de MSV, j’ai voulu adhérer mais j’ai été refoulé à cause de mes positions agronomiques… En effet, si aujourd’hui on respecte mon travail de recherche, il y a encore quelques années, beaucoup me prenaient pour un clown, une sorte d’allumé ! D’ailleurs à l’époque, le président de cette association m’avait copieusement insulté pour avoir écrit que la mort des sols vivants étaient dû plus aux pesticides et à la fertilisation minérale qu’au labour.

      Et je rebondis sur ta conclusion sur la durabilité d’un tel système : «  Si il faut piller la paille des voisins à hauteur de 25T/ha pour des cultures légumières, ce système là n’est malheureusement pas durable.  »

      D’autant plus que ces pailles ont été cultivées avec des pesticides, des engrais chimiques et des hormones de croissance. Et comme les céréales sont aujourd’hui courtes sur pattes 🙁 pour fertiliser une surface X, il faut 7 fois X en culture de céréales.

      À chacun de décider si c’est une bonne solution pour une agriculture soutenable pour les générations futures.

      Belle journée à toi

  5. C’est lors de la nitrogenase que des bactéries appelées fixateur libre, fixe le diazote de l’air.
    C’est comme ça que le C/N baisse car c’est l’azote qui augmente, en réalité il y a aussi une légère perte de carbone.

    Cet azote au début est pris au sol, le temps que le nombre de fixateur libre soit suffisant pour utiliser les N2 de l’air par la suite.
    C’est pour cela que la faim d’azote ne se fait sentir qu’au début.

    C’est ce que j’ai compris des vidéo de Konrad Schreiber.

    1. Bonjour David,

      Effectivement. Information Supragro : «  De nombreux organismes appartenant aux archées, aux bactéries et aux cyanobactéries synthétisent la nitrogénase et ont la possibilité de fixer de l’azote, en association ou non avec des plantes. Lorsque les microorganismes ne sont pas associés avec des plantes mais vivent et agissent de manière « libre », ils tirent l’énergie nécessaire à la réaction de leur propre métabolisme hétérotrophe (exemple : bactéries des genres Azotobacter, Azospirillum, Clostridium) ou autotrophe (exemple : cyanobactéries). Lorsque les microorganismes sont associés à des plantes pour réaliser la réaction, on parle de fixation symbiotique : dans ce cas, l’énergie est fournie par la plante hôte. Cette dernière option permet une grande entrée d’énergie, et donc une fixation d’azote très accélérée par rapport à celle des organismes non symbiotiques. »

      Dans un écosystème dit sauvage, pas de souci.

      Mais un milieu cultivé et hautement productif, objet de mes articles et de ce site sur l’agriculture vivrière, nous n’avons aucune certitude que cela soit suffisant, d’autant plus qu’aujourd’hui les plus gros producteurs d’azote disponible pour les plantes seraient les vers de terre anéciques : écoutez le vers de terre… 🙂 Belle journée

      Mais autant cette production d’azote

  6. A voir : Masanobu Fukuoka !!
    est un agriculteur/philosophe qui vivait sur l’île de Shikoku dans le sud du Japon. Sa technique d’agriculture ne nécessite pas de machines, pas de produits chimiques et très peu de désherbage. Il ne laboure pas le sol et n’utilise pas de compost préparé et néanmoins l’état du sol de ses vergers et de ses champs s’améliore d’année en année. Sa méthode ne crée pas de pollution et ne nécessite pas d’énergie fossile. Sa méthode nécessite moins de travail qu’aucune autre, et pourtant les récoltes de son verger et de ses champs rivalisent avec les fermes japonaises les plus productives utilisant les techniques de la science moderne.

    1. Bonjour Franck,

      La méthode de Fukuoka fonctionne très bien là où elle a été pensé et développé, c’est-à-dire en climat semi tropical. Mais ici en Limousin ou il va encore geler ce matin… :(, elle est inadaptée.

      Tout ceux que j’ai rencontré ces 25 dernière années et qui ont voulu l’adapter à notre terroir, ce sont cassés les dents ! Bien à vous

  7. Pour travailler en sol couvert de paille il n y a en effet plus de faim d azote la seconde année parce qu avec un sol couvert en permanence et dont le sol n est pas spécialement abîmé, il y a donc suffisamment de vie pour avoir un stock suffisant d azote.
    De plus des que la couverture diminue de trop il est de nouveau couvert. Rappelons que l azote « stoké » dans le sol n est pas lessivable. Que dans 1 g de terre il y a 1 milliard de Bactéries et qu ils en meurent chaque second un nombre incalculable libérant ainsi l azote mais aussi tous les micro nutriments .
    Un autre point important une plante arrivée à maturité aura un stock de Substances nutritives utile pour tous de la bactérie au vers de terre.

    1. Bonjour Lé,

      C’est bien de se saluer car on n’est pas des sauvages 🙂

      Comme vous êtes beaucoup à m’avoir écrit quant à la faim d’azote, la faim d’azote est liée uniquement au développement cellulaire et aux objectifs de production.

      Par exemple, nous avons produit il y a 2 ans, 45 kg de betteraves rouges sur 6 M2… Celles vues dans cette vidéo. Vous imaginez bien que nous avons dû y pisser dans l’arrosoir pour qu’elles n’aient pas faim…

      Vous dites que l’azote n’est pas lessivable et qu’elle est stockée dans le sol. Euh non…

      Vous dites qu’en paillage permanent, la seconde année il n’y a pas de faim d’azote. Sur quelles données scientifique vous vous appuyez pour l’affirmer ? Merci pour retour. Belle journée

    2. Re ..

      L’azote humique se stocke dans le sol effectivement, l ‘azote minéral se lessivera.

      A partir de la deuxième année, c’est ce phénomène « pied de cuve » dont je parle dans mon comm qui entre en jeu 🙂 Il y a faim d’azote mais peu visible ou pas visible du tout suivant les reliquats d’azote disponibles.

      Cordialement, Sébastien.

  8. Bonjour,
    Bien que partisan des réflexions que vous suscitez et faites naître chez nous !!!
    Je ne vous suit pas bien quand vous dites « la paille n’était pas récoltée ».
    Il me semble que la paille a depuis très longtemps une grande place pour l’homme, l’élevage et autre.
    Les lits, la construction (terre argileuse, chaux, paille), le fourrages et toute la partie écurie, étable, tressage de panier… et le cheval qui jusqu’il n’y a pas si longtemps que cela était un moyen de locomotion très prisé et grand consommateur de paille.
    De plus les anciennes variétés de céréales étaient à tige longue souvent plus d’un mètre et si la récolte se faisait bien à la faucille, après elle était mise en botte à sécher puis ramener sur la place du village ou sur une place appropriée pour être battue et ainsi en extraire le grain. Et après la paille était utilisée à beaucoup de chose comme entre autre la fabrication de corde peu couteuse, par et pour l’agriculteur.

    Et pour avoir voyagé quelques peu en Afrique, là-bas aussi les villageois coupe les céréales assez bas et donc proche du sol 😉 . Par raison de simplicité car la faucille coupe mieux près du sol qu’à 20 ou 30cm du sol. Ensuite, la paille est soit « stocké » sur place pour séchage final, soit transportée, soit battue sur place et une partie ou totalité de la paille est ramenée séparément au village ou alors brulée sur place (méthode de la culture sur brulis).
    Je ne suis pas certes un expert de l’agronomie (loin s’en faut) mais je ne comprends pas trop cette information de ne pas récolter la paille.
    L’expression dormir sur la paille : date de +- XIIIe et signifie ne plus avoir le sous, dormir sur les déchets, être pauvre car la paille n’a pour ainsi dire plus aucune valeur à cette époque. Ce qui pourrait laisser entendre que cette paille en avait avant ???
    Je ne sais pas trop…
    Mais il me semble que dans les vieux contes et les histoires, la paille n’est pas réservée au bétail et que la plupart des gens du peuple dorment sur la paille, directement ou avec une vague séparation.
    La paille était aussi misse dans les sabots pour tenir chaud l’hiver…
    Bref, beaucoup de chose demandait de la paille et donc, une partie non totalement négligeable de celle-ci devait –être récoltée pour pourvoir à tous ces usages.

    Quoi qu’il en soit, ce n’est là que question et hypothèse de ma part.
    Merci pour vos supers articles et SURTOUT, continuez.

    Chaleureusement votre,

    1. Bonjour Jean,

      Merci pour toutes ces précisions car vous avez raison, j’ai un peu trop raccourci l’information dans l’article.

      Une chose cependant. Mes sources sont les archives de la BNF, et moi-même j’ai été surpris d’y lire que la technique des gerbes s’est développée avec la faux puis de la faucheuse mécanique ; mais qu’avant les paysans ne récoltaient que l’épi de leurs céréales.

      Sur le fond, c’était du bon sens paysan, puisque ça allégeait le transport… 🙂 Mais l’explication la plus probable sachant que les céréales étaient hautes en tige (j’ai du seigle à plus de 2 m), est qu’elles étaient le plus souvent couchées au moment de la récolte, donc infauchable.

      Dans l’article, j’ai seulement voulu signifier que si aujourd’hui on récolte systématiquement la paille et l’épi, cette technique n’a finalement qu’une ancienneté de 2 siècles. Et avant, on prenait après et en fonction des besoins comme vous le soulignez si justement. Belle journée

  9. Bonjour Christophe,
    Je ne vois pas le compost de la même façon. Je fais du compost non pour fertiliser le sol mais pour apporter les micro-organismes nécessaires à un sol vivant, surtout les premières années lorsque l’écosystème sol n’est pas encore à son optimum.
    A+

    1. Julien,
      Faites l’essai de composter à froid directement à la surface du sol, le gain est surprenant. Belle soirée

    2. Bonsoir,
      Je composte également à froid. Cependant les deux sont complémentaires. Le compostage à chaud (moins d’un mois) en respectant les cycles de température et d’oxygénation permet un meilleur « contrôle » de la vie microbienne. On élimine les pathogènes, les graines indésirables et on peut ainsi inoculer le sol de bonne microbiologie. Je vous invite à écouter Dr. Elaine Ingham à ce sujet si vous ne la connaissez pas encore.
      Merci pour votre travail, vive la vie !!

    3. Julien,

      Je comprends, mais votre post soulève 2 questions.

      1 – Dans un jardin vivrier, les résidus végétaux sont faibles et très insuffisants pour faire une quantité de compost suffisante pour l’ensemencer : où prend-on la matière organique pour le faire ?

      2 – Vous dites que le compost permet d’éliminer les pathogènes. Toutefois, j’entends parler depuis 30 ans de ces organismes pathogènes et je me pose ces questions : qui sont-ils ? Connaît-on leurs noms ? Est-il raisonnable de vouloir les éradiquer au nom de la biodiversité ?

      Cette idée chrétienne que le monde se divise en 2 avec le bien et du mal, le mal étant pathos, pathogène, et qui colporte qu’il y aurait des organismes efficaces et d’autres inefficaces, ou utiles et inutiles, va à l’encontre d’un sol vivant où chaque organisme à une place, une fonction et une utilité.

      En effet, on sait que l’effet pathogène d’un organisme est dû à 99,99 % à sa proportion dans l’écosystème. Dans notre intestin, certaines bactéries indispensables à notre survie, peuvent nous tuer si elles sont en surnombres. Mais en leur absence, notre écosystème intestinal est déséquilibré.

      Si on voit le sol comme un écosystème intestinal, il n’y a plus de pathogènes. Belle journée

  10. Merci pour votre réponse.pour la phrase du « sol qui chie de l’azote », j’vais me replonger dans les vidéos et partager le processus ici. (Sans refléchir je dirais que ce sont les déjections des organismes).

    On est d’accord que de prendre toute la matière organique à un endroit n’est pas viable pour l’endroit où l’on ponctionne. L’utilisation du foin, de fait, devient envisageable si on laisse le temps à la végétation se refaire. Si je vous suis bien, il faut donc avoir un endroit ou deux réservés à cette production.

    J’avais lu votre article sur les semis « tardif » qui m’avait rassuré, n’ayant pas de serre. Si vous n’utilisez ni tourbe ni compost, soit vous faites vos semis directement en pleine terre ?

    En tout cas, je suis content d’être tombé sur vos articles qui ont le méritent de faire réfléchir sur ce qu’on voit/entend ailleurs et qui sont bourrés de bon sens.

  11. Bonjour,
    J’aimerais revenir sur la paille. J’ai regardé les vidéos de la chaine Maraichage Sol Vivant (dont composter c’est polluer) et si je dis pas de connerie la faim d’azote ne concerne que la première année ensuite le système se régule. Comme konrad le dit vulgairement, j’ai bien retenu son raccourci, on donne du carbone au sol et il chie de l’azote.

    D’après leurs vidéos, ils ont vérifié l’azote disponible sur plusieurs années avec cette méthode et il n’y a pas l’air d’avoir de blocage, quel qu’il soit.

    Je ne dis pas que c’est une vérité, simplement ce qu’ils ont observé.

    La différence avec le foin serait que l’on n’observe aucune faim d’azote ?

    Et pendant que je suis là, j’ai une question vu que vous faites références à nos anciens, peut etre que vous savez dans quel substrat faisaient ils leurs semis ?
    Référence à l’utilisation de la tourbe.

    Bonne journée

    1. Bonjour Jonathan,

      Vous dites que quand on donne du carbone au sol, il chie de l’azote ! Quel est le processus car je ne comprends pas ?

      D’autant que les travaux de Marcel B. Bouché ont mis en évidence que le métabolisme des vers de terre bousculait toutes nos connaissances sur le cycle de l’azote.

      À propos de la paille. Quand on fertilise son jardin avec une paille de céréale, le paysan qui l’a vendu, fertilise son champ de céréales avec des engrais chimiques pour compenser la perte de MO. C’est ce qui me gêne dans cette technique. Jusqu’à la fin du 18eme siècle, les paysans français ne récoltaient pas la paille, ce qui limitait grandement les pertes.

      Quant à l’utilisation de la tourbe pour les semis, je n’ai aucune information concrète. À titre perso, je n’utilise ni tourbe ni compost puisque l’important à ce stade est l’oxygène, la chaleur, l’eau et la lumière.

      J’ai écrit 2 articles à ce sujet, l’un sur les semis de printemps, l’autre sur l’énergie thermique.

      Belle journée

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