Intelligence végétale : les plantes ont-elles une conscience ? (1)

Commençons par le commencement : c’est quoi la conscience ? Être un être conscient ; conscient de lui et du monde qui l’entoure ?
Est-ce l’organe supplémentaire de l’être « sensible » ?
Et faut-il avoir un cerveau pour cela ?

De la même manière que pour conduire une voiture, il est plus aisé de savoir à quoi sert un volant, une pédale de frein, la marche avant ou la marche arrière, ou tout simplement le bon sens d’un sens giratoire, pour conduire une culture, il est également plus confortable de savoir dans quel sens un sol digère, fonctionne, et quel est le rôle des vers de terre ou à quoi sert l’eau dans une plante.

Mais si la voiture est un objet inerte asservi à son conducteur, la plante est un être vivant qui n’est pas au service de son cultivateur. Aussi, il est plutôt intéressant de savoir si elle est capable d’anticiper un danger ou de prendre des décisions !

Et prendre une décision pour décider d’un changement de direction dans le déroulement de sa vie est pour un être humain, l’acte le plus difficile à réaliser. « Toutes nos difficultés dans la vie naissent seulement de l’idée que l’on est incapable de changer » disait un vieux sorcier mexicain plein de bon sens.

Les plantes sont-elles écervelées ?

Une chose est certaine, les plantes n’ont ni cerveau ni système nerveux contrairement aux animaux. Et pour la Science, la con-science est le produit de l’activité cérébrale. En d’autres mots, il faut avoir un cerveau pour penser. Sauf que la Science est dans l’incapacité d’en apporter la moindre preuve. On sait seulement qu’un dysfonctionnement cérébral altère la conscience comme l’émotion altère les pensées.

Pour les religions, bouddhisme inclus, la conscience s’appelle âme ou esprit. Et elle est implantée dans le cerveau comme une puce sous la peau ou une pointe dans une planche. C’est-à-dire que la conscience est indépendante du corps. Sauf que toutes religions sont dans l’incapacité d’en apporter la moindre preuve.

Et la Science et les religions s’opposent sur un point : pour l’un, la conscience meurt avec le corps, pour les autres, elle lui survit. Mais la Science s’accorde avec les monothéistes sur la clef de voûte de notre civilisation : seul l’humain en aurait une ! Seul l’être humain aurait conscience qu’il est un être vivant. C’est le fondement même de l’esprit. Et autant les religions sont muettes quant à la naissance d’un esprit, autant la Science répond qu’il est créé par l’activité cérébrale. Mais uniquement chez l’espèce humaine, pas chez les animaux, et encore moins chez les plantes et les arbres.

Pourquoi seul l’humain a une conscience ?

Pourquoi aurait-il plus conscience de ses faits et gestes qu’une autre espèce ? La Science l’ignore et demande de la croire sur parole comme on doit croire le moine, le prêtre, le curé, le rabbin ou l’imam. N’est-ce pas un peu léger pour une discipline qui disait vouloir lutter contre les croyances ?

Bref, chacun peut se tromper. Moi-même ai fait une belle erreur dans mes Sources de l’agriculture en soutenant qu’avec certaines fourmis, nous étions les seules espèces sur la planète à pratiquer la culture. Sauf que je me suis trompé car il y en a une autre.

Pas l’abeille ni le bourdon puisque leur miel n’est pas le produit d’une culture ou d’un produit transformé, seulement du nectar de fleurs déshydraté. Non. Une autre espèce dont un film de 1973 apporte la preuve incontestable qu’en l’absence de nourriture, elle fait pré-digérer certains matériaux ligneux par les champignons avant de les consommer ; les champignons étant par ailleurs les seuls organismes à pouvoir digérer la lignine. Même Charles Darwin reconnaît, dans son dernier ouvrage, s’être interrogé au sujet de leur intelligence : jusqu’où allait-elle ?

Et pourtant ces animaux ont une activité cérébrale réduite à sa plus simple expression. Alors, prenez le temps de regarder les quelques minutes de ce film et interrogez-vous : agissent-ils de manière consciente ou in-consciente ? Une chose est certaine, ils ont conscience de la rareté de la nourriture dans leur environnement avant de prendre la décision de déclencher la mise en culture ; une décision lourde de conséquences par la mise en danger et l’énergie dépensée.

De la conscience à l’intelligence

Nous relions la conscience à l’intelligence et l’opposons à l’inconscience, c’est-à-dire à l’incapacité à analyser et comprendre le monde extérieur. Celui qui n’est pas doué de conscience est inconscient, pas intelligent, irréfléchi, insouciant ; instinctif comme la plante ou l’animal qui agit par instinct, par programmation génétique. Enfin, c’est le modèle en vigueur. Et ce modèle dominant rajoute que la grosseur du cerveau conditionne l’intelligence de l’individu, et finalement sa supériorité sur ceux qui ont un cerveau plus modeste ou pas de cerveau.

L’exemple du ver de terre. Le ver de terre a un cerveau si petit qu’on dirait qu’il n’en a pas. Et un cerveau pourquoi faire… puisqu’il passe son temps à bouffer de la terre ! Enfin ça, c’était avant d’avoir vu ce petit film. N’empêche que cette idée que le ver de terre serait aussi bête à bouffer du foin qu’un spectateur du 20 heures de TF1, n’est pas le produit de notre activité cérébrale. C’est une information qui nous a été ancrée dans le cerveau par l’instituteur et le curé. En d’autres mots, c’est une donnée in-consciente.

De ce fait, nous ne serions pas mieux loti que l’animal ou la plante puisque notre cerveau est plein de données qui ne sont pas le produit de notre intelligence. 🙂

De l’intelligence à la croyance

À l’inverse, une croyance est bien le produit d’une activité intelligente, cérébrale, mais la croyance n’est qu’une représentation imaginaire de la réalité. Et en dehors de notre cerveau, elle n’a pas de sens.

Par exemple, on a beau fantasmer que la nature est généreuse, n’empêche que sa générosité est perçue différemment que l’on soit une proie ou un prédateur. Et dans un jardin, la concurrence prime largement sur la collaboration. Tous les êtres vivants sur la terre, même les plantes, collaborent uniquement pour accroître leurs intérêts, jamais pour le bien commun ou pour réduire leurs acquis et privilèges.

L’intelligence sur la sellette

Combien d’informations inscrites dans notre mémoire sont le produit d’une réflexion personnelle indépendante ? Très peu finalement voire pas du tout. Donc si l’intelligence est un trait de caractère spécifique à l’espèce humaine, convenons ensemble qu’elle l’économise… Enfin, autant que des supporters de football dans un stade, des moutons de Panurge ou des harems dans un banc.

Francis HALLÉ, docteur en biologie et en botanique, et professeur émérite de l’université de Montpellier, écrit dans le Sciences et Avenir du mois d’avril 2017 :

Aujourd’hui, je pense qu’il faut améliorer la définition de l’intelligence.

Elle a été rédigée par un être humain, donc elle est suspecte car elle lui donne forcement l’avantage ! Regardez l’histoire de la sensitive, cette plante connue pour replier ses feuilles quand on la touche parce qu’elle se croit menacée. Lorsque vous la cultivez à l’intérieur, elle pousse sans connaître la pluie. Le jour où vous la placez dehors, au contact des premières gouttes, ses feuilles se referment car elles perçoivent ces petits chocs comme un danger. Mais au bout de quelques pluies, elle aura compris qu’elle ne court aucun risque et gardera ses feuilles ouvertes.

Exposée de nouveau à l’averse plusieurs années passées au sec, elle ne se repliera pas, ayant mémorisée l’absence de danger.

Une mémoire d’éléphant !

Cette observation, faite par l’un des plus brillants intellectuels de sa génération, met en évidence que la plante a d’abord de la mémoire sans avoir de cerveau. C’est-à-dire qu’en l’absence de neurones, elle mémorise. Mais pour la Science, le neurone reste une pièce maîtresse de la mémoire : pas de bras pas de chocolat, pas de neurone pas de mémoire.

François TARDIEU, laurier d’excellence 2014 à l’INRA, écrit dans son article sur la gestion du stress hydrique par les plantes :

Les plantes optimisent leur croissance en se « souvenant » du stress hydrique qu’elles ont subi pour ajuster les mouvements d’eau dans les racines…

Et de conclure par le mot anticiper : «… les plantes peuvent ainsi anticiper. » Anticiper, c’est prévoir, devancer, présentir. Bref, ça demande un minimum de réflexion !

Alain BARATON, jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand parc de Versailles, écrivain, chroniqueur sur France Inter, dit dans le même Science et Avenir que Mr Hallé :

C’est quand même curieux : pour les plantes, on parle de mécanismes automatiques et pour les animaux d’instinct. Par contre, dès qu’il s’agit de l’homme, on emploie les mots « vie », « initiative », « cerveau ». Les humains se sont trop longtemps glorifiés, sentis supérieurs ; sans doute à cause de la religion.

Les religions se sont développées avec la sédentarisation des êtres humains. Plus ils se sont éloignés de la Nature sauvage en créant des cités où la Nature est domestiquée, plus leur besoin d’imaginer un monde sur-naturel et extra-terrestre s’est développé. Parce que son statut a changé. De proie dans la Nature, il est devenu un prédateur Tout-puissant dans les territoires qu’il lui a conquis comme un conquistador écervelé.

Du chamanisme aux dogmes

Avant, la seule « religion » sur toute la surface du globe était chamanique. C’était les esprits de la nature. Les esprits des animaux, les esprits des plantes, des arbres, des pierres et des lieux. Avant que la croyance du dieu unique ne s’impose, toutes les religions étaient polythéistes, puisque toutes puisaient leurs racines profondes dans le chamanisme.

Et Louis Pérouas, prêtre et libre penseur, ex-directeur de recherche au CNRS, écrira qu’il est plus raisonnable de parler pour le Limousin, de croyances plurielles ou de croyances en plusieurs divinités, tant ces vieilles croyances dites païennes sont encore très vivantes.

Et l’Évêque lui a fait payer très chère sa prise de position scientifique, en lui faisant brûler une grande partie de ses archives… Et pire, en jetant le discrédit sur lui. Et dernièrement cet inquisiteur s’est encore fait remarqué quant à ses positions troubles sur la pédophilie.

Mémoire

Bref, même si les religieux considèrent les plantes comme des êtres inférieurs, n’empêche qu’elles savent mémoriser et anticiper sans neurone.

Et si ma mémoire est bonne, dans la conception chamanique des Anciens sorciers Yaqui du nord du Mexique, la mémoire est logée dans les jambes ! Mais les plantes n’ayant pas de jambes, cela ne nous avance guère. Sauf que leur proposition témoigne que d’autres possibles sont possibles de la même manière que toutes les expériences faites avec Nicolas Fraisse, valident scientifiquement que la conscience est immatérielle ! C’est-à-dire qu’elle peut exister sans cerveau.

La sensitive est un mimosa, un acacia, une légumineuse !

Percevoir le danger et anticiper

Revenons à l’exemple de Mr Hallé avec la sensitive qui perçoit le danger. Pour percevoir un danger, il faut déjà avoir conscience de soi. C’est LA condition induite par la peur de mourir et de ne plus exister. un sentiment qui exige en amont d’avoir conscience de sa propre mort.

Mais dès que l’on va sur ce terrain, on s’attire les foudres des véganistes et des végétariens qui considèrent que les plantes ne sont pas des êtres sensibles ! De la même manière qu’eux s’attirent les foudres de ceux qui mangent et exploitent les animaux comme s’ils n’étaient pas des êtres sensibles.

Manger des esprits !

Une chose est : les plantes ne dévorent pas d’êtres vivants quand tous les mammifères sont obligées de manger des êtres vivants pour rester vivants. Oui, nous sommes obligés de manger des esprits, et notre capacité à les manger n’est qu’une question de distance émotionnelle.

Prochainement la suite, car il y a beaucoup à dire sur la sensibilité des plantes, d’autant que la Recherche a fait un bond considérable ces 20 dernières années.

8 réflexions sur “Intelligence végétale : les plantes ont-elles une conscience ? (1)

  1. Bonjour,

    Pour vous, est-ce que le mécanisme qui nous pousse à retirer notre main si on aperçoit un marteau lui tomber dessus est issue de la conscience ou est une preuve de la conscience de l’homme ?

    Si je marche sur une bombe et perd ma jambe, va t-on dire 20 ans plus tard que j’ai une mémoire d’éléphant car j’utilise des cannes qui ont une surface de contact avec le sol plus petite que le pied ?

    Je veux bien redéfinir l’intelligence (qu’importe mon avis, il le faut !), cependant redéfinir quelque chose qui est déjà mal définit pour dire qu’en fait on se trompe et que cela devrait être ainsi…pfffff….

    Il ne suffit pas de remettre en question les propositions d’explications du fonctionnement des plantes (« mécaniques » pour les plantes cad « biochimiques » en faite hein, versus « consciente » cad « ayant un paramètre supplémentaire, que l’on attribue à la présence de neurone, qui est mal comprit et que l’on ne sait pas simplement expliquer par une succession de réaction/diffusion biochimiques ») mais il faut aussi apporter des éléments supplémentaires en comparant ce qui est comparable (en découplant réactions biophysique/mécanique, biochimiques, activité neuronale périphérique, activité neuronale centralisée, activité dite neuronale sans explication directe). Je ne sais pas si c’est bien clair, mais je trouve que votre article mélange abondamment les choses alors que vous pointez du doigt des éléments intéressants (définition de l’intelligence, quel est le support de la conscience) sans entrer assez à mon gout dans les mécanismes en jeux…

    Au plaisir de vous relire sur le sujet,

    Paulin

    1. Bonjour Paulin,

      Je ne sais pas si votre commentaire est intelligent, ni si ma réponse l’est, mais pour répondre à votre question sur le marteau, ni l’une ni l’autre sont des réactions issues de la conscience.

      Ceci dit, il ne vous a pas échappé que cet article amorçait un sujet que je vais développer. Toutefois, je note que vous défendez une position dogmatique qui considère que seul l’être humain serait doté d’une intelligence, ce qui permet effectivement de simplifier notre relation au vivant.

      En attendant, que penser du « blob », cette cellule géante capable d’apprendre de ses expériences ?

      Bien à vous. Cg

  2. symbologie de l’homme le graal de l’alchimiste le sacré de la nature baie3 #pelÖihy Ö physique quantique quintessence du solilunaire
    la stéréotomie par la nature de fibonacci les nombre-d’or réunie en table de_scissy Ö pentagramme de Léonard de vinci par l’artologie du boulange

    1. Pierre-Mary,

      Je respecte vos croyances, mais en toute franchise, elles sont loin des sources d’inspiration du Jardin-vivant.

      En d’autres mots, vous vous êtes trompé de site pour les exprimer. Belle journée à vous.

  3. « les plantes ne dévorent pas d’êtres vivants ». Les dites carnivores relèvent-elles de la fantaisie chamanique?

    1. Raymond,

      Cherchez-vous la bébête pour esquiver le fond ?

      Les plantes carnivores représentent 0,0001 % du monde végétal. Ce n’est même pas une minorité mais une exception à cheval, comme les champignons, sur les 2 règnes : animal / végétal.

      Par ailleurs, l’idée de catégoriser le Vivant en végétal / animal ne fonctionne pas et leurs parois restent poreuses.

      Belle journée

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