L’ortie, un légume et un remède avant tout

Avec le poireau, la blette ou l’épinard, l’ortie est un des rares légumes frais de printemps en dehors des légumes racines de l’année précédente.

Parce qu’au mois de mars, avril et mai, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans un jardin sans serre. Alors en exclusivité, une recette de soupe d’ortie, rapide à préparer et approuvée par le Jardin-vivant.

Attention tout de même, même si ses ingrédients sont gratuits, ce n’est pas un plat de pauvre car il est riche en saveurs et absolument exquis. Savoureux au point d’être au menu du jour 3 fois par semaine pendant toute cette période de disette de frais.

Pourquoi l’ortie est un légume ?

Certains seront surpris que je classe l’ortie comme un légume au même titre que la carotte ou le choux. Pour cela, je me suis appuyé sur 2 éléments : le dictionnaire qui dit qu’un légume est une plante cultivée ou potagère dont une partie est au moins comestible ; et Victor Hugo qui écrit dans Les Misérables :

 Quand l’ortie est jeune, la feuille est un légume excellent ; quand elle vieillit, elle a des filaments et des fibres comme le chanvre…

Néanmoins, toute plante comestible présente dans un potager est potagère quand elle finit dans le potage !

Recette de la soupe aux orties

Si vous la partagez, précisez : recette du Jardin-vivant. En effet, chacun a ses petits trucs qui font qu’en cuisine, c’est la diversité des préparations qui fait la singularité des goûts et pas le goût monocorde de l’industrie agroalimentaire, celle qui empoisonne la santé de nos enfants avec ses trois ingrédients fétiches : le gras, le sucre et le sel. Problème, les trois réunis forment un complexe moléculaire hautement toxique pour la santé.

Cela dit, tant qu’intoxiquer les populations ne sera pas considéré comme un crime contre l’humanité, tous ces actionnaires et autres financiers s’en mettront plein les fouilles aux yeux et à la barbe des générations futures.

Dans 1/2 litre d’eau légèrement salée, coupez en rondelles d’1 cm, 2 pommes de terre d’un poids total n’excédant pas 160 gr pour un bon velouté. Faire bouillir pendant 5 mn puis ajoutez une poignée d’ortie de 30 à 40 gr et continuez à faire cuire 10mn. Éteindre et couvrir 10 autre mn puis mixez. Certains pourront ajouter une noix de beurre ou un peu de crème fraîche ou de coco.

Cueillir les orties pour la soupe

C’est une opération délicate pour ceux qui craignent les piqûres. Mais le truc est de les surprendre, c’est-à-dire de les couper avant qu’elles ne piquent et même si le plus souvent, ce sont elles qui nous surprennent… Bref, on se pique peu en faisant un mouvement de bas en haut pour les couper, d’autant plus quand elles sont tendres.

Parce qu’on ne prélève que les têtes, les 4 à 6 premières feuilles sur des orties en pleine croissance et déjà un peu haute, plus de 30 cm pour éviter les pipis de renards et autres canidés, félidés et mustélidés. En effet, si vous cueillez une ortie où un renard qui prend la pilule a uriné, nul besoin de vous faire un dessin d’autant plus s’il a fumé un pétard pour la faire passer.

Alors, la solution reste de la cultiver au jardin. Et pourquoi pas au même titre qu’un autre légume perpétuel ? En lui réservant une parcelle, pas au fond du jardin, mais bien en évidence pour les raisons qui suivent.

 

L’ortie, une plante médicinale validée
scientifiquement

Contrairement au bleuet qui a été déclassé, qui n’est plus une plante médicinale, l’ortie fait partie des seulement 33 plantes validées cliniquement pour son effet précis à destination des hommes mûrs ! Sur les troubles de la prostate, et plus particulièrement celui de l’hyperplasie bénigne, en d’autres mots, son gonflement qui engendre une gène urinaire et l’envie de faire sans cesse 3 gouttes. (Cf. Les 33 plantes validées scientifiquement des docteurs Graz et Falquet)

Preuve que le combat sans merci qui a opposé l’urine contre l’ortie au jardin n’avait pas lieu d’être, puisque l’ortie agit favorablement sur l’écoulement de l’urine du jardinier, afin qu’il puisse produire un jet suffisant abondant et puissant pour viser juste.

Eh bien quel meilleur conseil donner à nos vieux jardiniers à la bistouquette léthargique, plutôt que de pisser dans un violon en la faisant fermenter, de se la taper en soupe et infusions. Parce que d’un point de vue agricole, les effets de l’ortie sur la santé des plantes n’ont jamais été validés malgré les très nombreuses expériences. À ce sujet, j’avais écrit un article il y a un petit moment : Il ne faut pas pousser mémé dans les orties !

Et pourtant récemment, le journal Positif n’a pas hésité à présenter l’ortie comme le Roundup de l’écolo pour : « Exterminer les mauvaises herbes qui envahissent votre potager… » C’est un grave souci ceux qui veulent exterminer les autres en encourageant à la destruction de la biodiversité ! Mais fort heureusement, notre ortie est à l’image de son purin, inoffensive autant contre les indésirables que les insectes ou les champignons.

État des lieux de la recherche

Si quelques essais de laboratoire ont mis en évidence des réactions du végétal soumis au purin d’ortie en milieu artificiel, tous les essais réalisés en plein champ ont été dans l’incapacité de les valider.

Et pour l’écriture d’un documentaire sur l’ortie il y a 20 ans, j’avais consulté tous les rapports d’essais réalisés par des organismes indépendants en France et à l’étranger, et tous concluaient à l’absence d’effets significatifs. D’ailleurs le GRAB (groupement de recherche en agriculture biologique) reconnaît avoir arrêté ses recherches sur le purin d’ortie depuis 2004, faute de résultats.

Quant à la convention signée en 2013, entre l’association ASPRO-PNPP et le lycée agricole de Neuvic (19), pour une série d’essais sur 3 ans dont l’objectif était de vérifier l’action stimulante du purin d’ortie sur les végétaux et la vie microbienne du sol, les résultats sont négatifs. Enfin je le suppose et ce n’est pas faute d’avoir réclamé à multiples reprises les résultats ; et qu’à la longue, l’un des partenaires a fini par m’insulter copieusement avant de m’écrire que j’étais totalement incompétent pour les comprendre ! 🙂

Conclusion

J’ai beaucoup cherché dans les archives de la littérature agricole, et jamais je n’ai lu le moindre mot sur un usage fermenté de l’ortie alors que ceux comme fibres textiles, fourrage pour les animaux, à la cuisine ou pour nettoyer les cuivres sont mentionnés. Mais rien comme engrais, fertilisant, stimulant, désherbant, fongicide, acaride, insecticide, nématicide, aphicide…

Bref, un vieux Limousin pur jus aujourd’hui disparu et grand-père de mes enfants, Jean Raix, disait à propos de ces plantes miracles : Elles vernissent même les pieds de table et soignent les cors au pied…

Alors le jour où l’ortie sera vendue en bottes sur les étals des marchés comme un légume de saison ; et cultivée dans les jardins pour ses qualités autant nutritives et gustatives que médicinales, peut-être je commencerai à croire que notre regard sur le monde du végétal a commencé sa révolution !

En attendant, ne vous privez pas d’une bonne poignée d’orties pour le potage de ce soir… Des fraîches car sec, l’ortie perd beaucoup de ses saveurs.

Bon appétit.

 

16 réflexions sur “L’ortie, un légume et un remède avant tout

  1. Ou comme disait ma grand mère: »l’ortie dans le trou c’est aussi efficace qu’une croix devant un mort! »…

  2. Bonjour,
    Et la fameuse poignée d’ortie à mettre au fond du trou lors de la plantation des plants de tomates! On en fait quoi? On la jette dans la soupe?!

    Sachant qu’il est contre-nature d’enfouir et qu’il vaut mieux déposer sur le sol ….qu’est ce que c’est que cette histoire de poignées d’orties dans le trou de plantation? Et essentiellement pour les tomates, jamais entendu dire qu’il fallait en mettre lors de la plantation d’un autre légume. A croire donc que la tomate et l’ortie entretiennent une relation bien spécifique…!

    Et pourtant ce conseil est toujours d’actualité dans la plupart des revues, sites, blogs et livres sur le jardinage.

    1. la poignée d’ortie au fond du trou, c’est comme les coquilles d’oeuf dans les pêchers, ou la cendre d’escargot contre les limaces.
      Pour le moment, cette affirmation ne repose que sur sa répétition. j’attends toujours la vraie expérimentation statistique, avec un rang de 20 tomates avec une poignée d’orties, et un autre sans.

  3. à propos non d’ortie mais de la remarque sur l’excellence du paillage, sachant qu’il doit être épais pour agir, le dit paillage ne vient-il pas emm… les vers de terre qui déposent leurs excréments à la surface du sol ?

    1. Maumau,

      Il se passe exactement l’effet inverse.

      Le paillage apporte une protection aux vers de terre et on découvre qu’ils sont plus enclins à s’aventurer plus loin de leur terrier.

      Quant à leurs excréments, cela ne les empêche nullement de les faire.

  4. L’ortie étant constituée de quelque chose, elle apporte forcément ce quelque chose, au même titre que n’importe quelle autre matière organique.
    Si des pulvérisation très diluées d’un purin filtrée ne font probablement rien ou presque, avec un purin épais (non filtré à l’exception des tiges), qu’on verse directement au pied sans diluer, on amène l’équivalent d’un engrais vert ou d’un mulch tendre qui s’est décomposé.
    En tout cas, moi c’est comme ça que je l’utilise, vérifiant au passage que l’effet désherbant est une blague à ces doses élevées et répétées.
    Et sur des plantes en pot, donc isolées d’autres influences, et poussant dans une terre appauvrie par des années sans rempotage, j’ai pu en constater un effet évident.

    1. Bonjour Jérôme,

      En prenant cet exemple extrême, ça fonctionne même avec n’importe quelle plante, MO ou pipi. Le pipi 1000 fois plus puissant que l’ortie fermentée.

      Par ailleurs, il faut éviter de travailler avec des engrais mais plutôt nourrir le sol qui nourrira la plante.

    2. on est d’accord. ça marche avec n’importe quoi.
      il doit y avoir de petite variations selon la plante. D’après les analyses que j’avais pu lire, la consoude par exemple contient plus de potasse, mais aussi plus d’azote contrairement à ce qu’on pourrait croire. (d’ailleurs, d’après deux scientifiques suédois qui s’étaient penchés sur le purin d’ortie en laboratoire, l’effet verdissant de l’ortie ne serait du qu’à une modification du PH induite sur la plante).
      Oui, mieux vaut nourrir le sol, mais c’est tout de même un peu plus qu’un engrais. Avec un purin épais, vous mettez de la matière à finir de digérer (de la cellulose etc…), et vous apportez un nuage de bactéries. Dans un jardin, c’est pas vraiment nécessaire, autant mulcher directement avec des orties ou n’importe quoi, mais essayez de faire ça sur des plantes en pot ou des godets ! (j’ai essayé, ça sèche trop facilement).

    3. C’est effectivement ce que je souligne, les essais en laboratoire ne se confirment sur le terrain. Mais en laboratoire comme en godets, c’est de la culture hors sol.

  5. Bon bah, je vais laisser tomber le purin d’ortie ! Dommage, j’en ai plein dans mon pré. Et je n’aime pas la soupe. Elle partira dans le fourrage des animaux !
    Qu’en est-il du purin de consoude ? Inutile lui aussi ?

    1. Bonsoir Sylvie,

      Pour ma part, j’ai abandonné tous les purins comme beaucoup.

      L’urine et le paillage (ou mulch) sont incomparables. Voir tous les articles que j’ai écrit à ce sujet. Belle soirée.

  6. Bonjour à vous,
    Très contente de lire votre article sur l’ortie….et la recette qui s’y trouve je la teste dès demain. Les visiteurs de mon potager sont souvent étonnés de voir des orties présentes dans différents placeaux avec comme compagnons radis, salades petits pois…. J’ai eu faim dans ma vie…. Et les orties ont un pouvoir nutritif excellent. Je les prépare aussi à l’étouffée avec des feuilles d’oignons, de poireaux et de radis… J’en coupe haché menu dans les salades accompagnant stellaire, plantain, pissenlit… Tant de vitamines et de vie puissante…. Merci encore pour votre article….

  7. bonjour
    séches , elles gardent les valeurs nutritives ?
    avec deux hectares d’orties ,j’aimerais en faire sécher pour les potages d’hiver .
    autrement , a part l’huile de coude , comment les retirer d’une parcelle pour planter autre chose ?
    merci

    1. Bonjour,

      Effectivement, sèches elles conservent leurs qualités nutritives mais elles perdent leurs gustatives.

      Et pour répondre à votre question, contrairement à une idée reçue, l’ortie n’est ni une plante invasive ni une envahissante, donc très facile à faire disparaître en l’arrachant ou en la couvrant. Belle journée

    2. Bonjour,

      Pourquoi les retirer ?

      Il suffit de les coucher, pailler et planter ce que vous souhaitez –
      bon avec 2 hectares, rien ne se fera sans huile de coude, bon courage !

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