Créer une butte de culture traditionnelle

Comme un retour aux sources, il est parfois nécessaire de remonter aux origines. En l’espèce, revenir sur les pas d’une technique ancestrale inventée il y a quelques milliers d’années par ces grands peuples de cultivateurs de la Chine et de l’Amérique du Sud.

Et la première qualité de ces paysans était d’avoir une grande connaissance du vivant et des plantes. Ne perdons jamais de vue que 99 % des légumes présents aujourd’hui dans nos assiettes, ont été domestiqués par des illettrés qui avaient des Savoirs que nous ignorons toujours.

Butte à asperges

Ils nous ont coupé de nos racines

Je ne peux pas m’étendre, un article n’étant pas un livre, mais il est important de ne pas perdre de vue qu’au 19ème siècle, il y a eu une vraie volonté politique de couper les peuples de leur racines au nom du progrès et de la modernité. La modernité contre la primitivité : ce qui est primitif, est sauvage. Sauvage comme inculte. Maudits sauvages. Et la chose a été d’autant plus facile à ancrer dans le cerveau des gens de l’époque, qu’ils étaient illettrés.

Et avec l’école obligatoire, cette vision très dogmatique de l’humanité a été enseignée aux mépris des Savoirs ancestraux ; les diplômes finissant de parachever cette œuvre abominable. Lire en complément, le chapitre : Le diplôme, une sombre histoire.


La racine de cet article

C’est le mail ci-dessous qui m’a décidé à écrire de nouveau sur les buttes. Parce qu’il est symptomatique de beaucoup de demandes que je reçois et de la vaste confusion générée par Internet. Une confusion savamment entretenue par une kyrielle de personnes qui ont tout intérêt à priver le grand public des bonnes informations pour faire fructifier leurs affaires.

Bref, la rétention des Savoirs est aussi un puissant moyen pour prendre le Pourvoir et l’ascendant sur les autres. D’ailleurs, c’est la raison d’être du Jardin-vivant que de lutter contre tous ces faiseurs d’illusions et autres vendeurs de rêve. Mais dans une société de mensonges, les prêcheurs sont comme des poissons dans l’eau.

À ce sujet, mon grand-père disait que le mensonge n’était qu’un moyen pour fantasmer le réel et le fuir. Et effectivement, en coupant les humains de leurs racines, ils sont comme des oiseaux sans aile, des proies faciles à qui seul le rêve reste pour voler de leurs propres ailes…

La butte,
objet de tous les fantasmes

L’article que j’ai écrit il y a 2 ans sur le mythe de la butte de permaculture a été consulté 96 000 fois ! C’est affolant cette obsession de la butte vue comme une pilule miracle. Et d’un autre côté, l’article fait son petit effet puisque le but était d’offrir un autre regard sur les dérives d’une technique simple et pleine de bon sens à l’origine. Après sa lecture ou la lecture de celui-ci ou de celui-ci, certains doutent, prennent du recul et s’interrogent comme cette lectrice :

« Nous allons mettre en œuvre un grand bac en bois non traité de 3 mètres sur 1 mètre de largeur et 60 cm de hauteur… et nous voudrions le remplir en nous inspirant des buttes de permaculture pour proposer un sol évolutif et fertile. J’avais imaginé le constituer en partant du bas vers le haut et en tassant bien :

Bois décomposé, branchages, sciure compostée (la scierie du coin me la fournit), fumier, déchets verts, paille, le tout recouvert d’une bonne couche de terre végétale. Mais finalement je me demande si cette approche est cohérente. »

Le bon sens comme
socle de la cohérence

MANGER par la bouche et faire caca par l’autre trou ; le sol n’étant que l’intestin des plantes. Et effectivement, cette lectrice ne pouvait pas faire pire pour condamner son sol à l’indigestion pendant plusieurs années. Souvenez-vous comme on est mal quand quelque chose nous reste sur « l’estomac »…

Par ailleurs, cette idée de gaver le sol comme on gave un canard ou on dope un sportif pour accroître ses performances, est une idée moderne née du progrès. Tout progrès devant en entraîner un autre… Mais la dose faisant le poison, le dopage dégrade plus la santé qu’il ne l’accroît puisqu’il finit toujours par la tuer ! Bref, cet empilage de matières organiques pour doper le sol, va asphyxier ses êtres vivants et chambouler durablement tout l’écosystème souterrain.

Une butte n’est pas un logement social

Une plante est un être vivant qui vit, respire, pense, a des émotions. C’est mon point de vue de cultivateur et je ne vous demande pas de le partager. Il est la conséquence d’un long processus intérieur à force de vivre avec elles, de les observer, et de parfois échanger. Alors, vous vous dites que je suis un hurluberlu bien pételé du plafond, sauf que le dernier hors-série de Sciences et Avenir titre justement : Elles dialoguent, séduisent, pensent… Et 4 scientifiques de renom montent au créneau pour défendre la cause des plantes.

Dans ma vie, j’ai interviewé beaucoup d’architectes, de ces architectes qui pensent ce que je partage : à savoir que le bien-être d’une société passe en premier par le toit qui va abriter ses individus. Et pendant des dizaines d’années, on a construit des clapiers pour loger le petit peuple. Et aujourd’hui, on va même jusqu’à dire que le problème, ce sont ces gens. On les pointe du doigt alors que le problème est le milieu où ils ont été parqués.

Pour les buttes c’est pareil. On créé des milieux artificiels pour loger toutes les plantes à la même enseigne sans prendre en compte que la plante est un être vivant qui a conscience de son environnement comme tous les êtres sensibles. En dehors de mes écrits, citez-moi un seul manuel de permaculture ou d’agroécologie qui traite la plante à sa juste valeur ? Sans sombrer évidemment dans l’ésotérisme ou le fantasme d’un monde édénique !

Elles dialoguent, séduisent, pensent…

Aujourd’hui, on construit des buttes comme des clapiers à lapins, toutes construites sur le même modèle et sans tenir compte des conditions indigènes : l’eau, la température, l’exposition, l’altitude et le climat.

Sans tenir compte que chaque famille de plantes, que chaque espèce, a des besoins différents de la même manière qu’un cochon n’a pas les mêmes besoins qu’une vache, et qu’un lapin n’a pas besoin d’un clapier pour vivre heureux…

N’est-ce pas l’aube d’une révolution que de lire dans Sciences et Avenir que « le petit pois est capable de mémoriser et d’apprendre par association d’idées… » ? Oui, la vraie révolution commencera dans le jardin comme en agriculture, le jour où notre regard changera sur le monde végétal ; le seul monde qui n’a pas besoin de dévorer des êtres vivants pour exister !

Désolé d’être aussi cru pour les végans, mais comme le reste du monde animal, vous en croquez des êtres sensibles pour rester en vie… 🙂 Décidément, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.


Les nouvelles buttes,
des objets complexes
et incohérents.


Les mâles humains ont besoin de construire des systèmes complexes, de complexifier ce qui est simple pour exhiber leur puissance et  séduire leurs femelles…

Bref, traditionnellement les cultivateurs édifiaient des buttes dans les zones inondables ou gorgées d’eau, et donc impropre à la culture. Et ils créaient des mottes ou des buttes en ligne comme on peut le voir ci-dessous.

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Ces agriculteurs n’importaient ni terre ni bois ni paille ; seulement ils tiraient la terre pour la surélever. Et 2 ou 3 fois par an, ils arrachaient les grandes herbes qui poussaient autour pour les mettre sur le dessus de leurs buttes, l’entrée du sol, sa bouche ! Et ainsi, ils nourrissaient les êtres vivants qui vivaient dans l’intestin de leur futures plantes cultivées.

Conclusion

La permaculture et l’agroécologie n’ont rien inventé : elles pillent seulement les Savoirs ancestraux comme des voleurs de trésors. Et la Science confirme ce savoir ancestral : à savoir qu’un sol se nourrit par le dessus et pas comme un poêle à bois.

Et à la butte de culture, on a rajouté perma pour perma-culture, comme on a rajouté une pomme sur un ordinateur pour faire croire qu’il était plus fiable, plus écologique, plus éthique…

Mais aujourd’hui, avec la spoliation des plus belles terres par l’industrie agricole, beaucoup de jeunes paysans se retrouvent à acquérir des terres avec peu de terre et où la butte est effectivement une solution pour accroître le potentiel de ces terres pauvres en sol.

Dans mon prochain article, j’approfondirai et je reviendrai également sur ces buttes bicentenaires de Charente-maritime.


Photo de tête de Stéphen Rostain, co-auteur d'un rapport sur les champs surélevés de Guyane française

11 réflexions sur “Créer une butte de culture traditionnelle

  1. Aahh enfin quelqu’un qui sort des sentiers battus de la permaculture! Quel travail de dingue pour faire ces fameuses buttes; irréalisable pour un maraicher: beaucoup de temps et de matiéres organiques nécessaires, sans parler du labeur infernal. J’ai recement parlé avec un permaculteur de prairie « naturel », milieu que j’affectionne particulierement pour sa richesse faunistique et floristique; je viens d’acheter environ 6000m2 de prairie. Certaines parties sont envahies de fougéres et d’herbes, et le principe d’une prairie riches en especes vivantes (pour ne pas dire biodiversité, terme usé…), est d’avoir un sol pauvre. Il faut donc faucher les endroits trop ennherbés et envahis par les fougéres, ET surtout évacuer les residus pour appauvrir le sol: héresie pour ce permaculteur, qui suit le principe d’enrichissement du sol pour tout type de situation.

  2. Salutations,
    Ces buttes ne sont pas magique ou indispensables, comme plusieurs l’ont dit : ca dépend du contexte. Donc avant de juger les réalisations ou observations de certains, informez vous de leurs contextes. Chez moi le top soil a été pillé avant qu’on achète le terrain alors celui ci est très pauvre et sèche très vite. Même si je met du paillis, plusieurs années seront nécessaires pour avoir un sol décent. Alors il me semble que cet apport en bois ne peut qu’accèlerer le volume de production d’humus. Comme il y avait des piles de bois en décomposition sur mon terrain, l’effort et l’impacte ont été minime. Pour ceux qui disent que le bois doit étre en surface pour se décomposer: je crois que dans la forêt il peut facilement y avoir plusieurs cm de matiêre organique qui se déposent et qui se décomposent pardessus des billots de bois mort chaque année et sa décomposition n’en est pas arrêter. Cela dit, suite a la lectures de diverses opinions et a l’écoute de plusieurs conférences sur le Sol vivant, mon opinion reste incertaine; alors, comme j’ai plusieurs types d’espace de culture et que je suis encore un neophyte il me fera plaisir de faire un suivit de mes observations a propos de mes expérimentations.
    Merci pour vos explications, bien a vous, Frank.

  3. Bonjour Mr Gatineau
    Je lis avec intérêt vos articles sur ces fameuses buttes aussi populaires que les différents magasins bio fleurissant sans engrais un peu partout
    Pourtant je cultive avec cette méthode
    Habitant proche de l océan (sud Landes)mon sol est principalement sableux et l été il fait très chaud. Les buttes façon Forrer me donne un résultat plus que satisfaisant, notamment sur les tomates, piments, curcubiracé, pommes de terres, salades. Les semences repartent de manière spontanées.
    J ai pleinement compris vos articles et je suis maintenant bien dépité alors que pensé avoir trouvé une bonne méthode esthétique,non onéreuse pour pouvoir manger mon bio à moi.
    Ma démarche est elle selon vous dénué de sens? Dois-je garder que le paillages ?
    Connaître votre avis m aiderait beaucoup même si il brise mes illusions.
    Cordialement

    1. Bonjour Jean-Pierre,

      D’abord, vous avez cru apporter en toute bonne foi la meilleur réponse à votre milieu.

      Pour savoir si effectivement c’était la bonne réponse, je vous invite à cultiver en parallèle les mêmes plantes sans butte mais avec un paillis pour limiter l’évaporation et nourrir la vie du sol, et à la fin de l’année, vous pourrez jauger par vous-même.

      Moi, je lutte seulement contre les idées toutes faîtes et leur monoculture 🙂

      Bonne continuation. Christophe

  4. Je ne comprends pas un tel dénigrement des effets du bois enfoui sous terre avec matières végétales diverses, de créer des buttes et couvrir la terre mise à nue.
    Les buttes ont toujours existé, merci de nous le rappeler, c’est à croire que nous sommes incultes;
    Dans le cadre d’une permaculture, le fait de tasser des troncs de bois d’y intégrer de l’humus, du BFR, des plantes vertes, pailles desséchés a pour but de maintenir un certain taux d’humidité, et bien sur, donner un engrais naturel à la terre, afin de lui rendre ceux donc elle a été privée depuis une cinquantaine d’année. Effectivement, des terres très fertiles ne méritent pas un tel traitement de surabondance, mais des terres qui ont respiré des engrais chimiques, aspiré des poudres de perlimpinpin, subit des arrosages intensifs, ou maltraités, méritent bien d’être régénérées.

    1. Brigitte, d’abord Bonjour puisque nous ne sommes pas des sauvages 🙂

      Vous soutenez un argumentaire contre nature qui nie le fonctionnement des écosystèmes. C’est votre droit mais permettez-moi de ne pas le partager.

      Par contre, je ne demande qu’à être convaincu du bon sens d’enfouir de l’humus alors que l’humus est par nature, la litière qui se trouve à la surface du sol.

      Bien à vous

      Ps : j’ai publié votre commentaire uniquement parce qu’il illustre le ton méprisant et sans éthique de certains que je reçois.

  5. Bonjour Monsieur Gatineau,

    Je suis d’accord avec vous, mais rien n’empêche de créer des « micro-reliefs » dans le jardin et donc des « buttes » – peu importe le terme utilisé – de différentes formes et dimensions. Dans la nature le sol n’est pas forcément régulier et cela permet de moins se pencher ! Et il y a beaucoup d’autres avantages… Bien entendu cela ne sert a rien d’enterrer la matière organique (MO). On peut faire une butte sans mettre des cochonneries à l’intérieur et rajouter la MO par dessus tout simplement. Personnellement mon jardin est segmenté en différentes parties aux fonctions différentes : des zones cultivées surélevées où je ne marche jamais, sans travail du sol, et des allées en permanence recouvertes par divers débris végétaux pour pouvoir accéder à ces zones.
    Bref, tout ça pour dire que les buttes ne relèvent pas du satanisme comme on pourrait presque le croire en vous lisant, c’est juste qu’elles ont perdues leur sens premier !!! Ne surtout jamais enterrer la MO quand vous faites vos buttes, c’est une aberration, c’est comme le bêchage !!!

    Bien cordialement

  6. J’ai fait cette bêtise , des buttes pleines de bois et même du vert . A votre avis dois-je défaire ou pas ? merci .

    1. Bonjour Jeanine,

      Pour redonner vie à votre sol, effectivement, enlevez tout le bois vert et sec que vous avez enfoui et mettez le à sécher pour le feu… qui cuira les légumes de votre jardin !

      Après un tel bouleversement,c’est bien de mulcher ou pailler pendant au moins un an pour protéger le sol et faire repartir la vie. Belle journée.

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