Il n’y a pas d’alternative aux pesticides

Cette idée qu’il faudrait trouver des alternatives aux pesticides est une belle aubaine commerciale pour les multinationales de la pétrochimie et de la semence.

Née probablement dans l’un de leurs cerveaux, elle n’est rien d’autre que du lobbyisme. Explication avec un exemple concret, de surcroît très gros consommateur de pesticides, même en bio !

La pomme de terre

Question. Quelle est l’alternative aux pesticides pour combattre le mildiou, ce champignon qui peut ravager toute une culture de pommes de terre en quelques jours ?

Mais avant, combien savent que le pesticide pour s’en protéger fêtera ses 150 ans l’année prochaine ? Qu’il est le plus vieux pesticide chimique connu, le seul autorisé dans toutes les agricultures : bio, AB, chimique, agroécologique…

Un pesticide utilisé en agriculture biologique et dont le classement toxicologique est : nocif pour la santé, dangereux pour l’environnement. Pas mieux que le glyphosate, la funeste molécule du Roundup !

Le mildiou = un million de morts

Avant la découverte du pesticide pour s’en protéger, ce champignon a tué plus d’un million de personnes au 19ème siècle avec la grande famine irlandaise. Et pendant des années, il a affamé au gré du temps et de ses humeurs, quantités de paysans européens.

Parce qu’hier comme aujourd’hui, quand il manque de la nourriture, c’est toujours les plus pauvres qui en sont privés. Pourquoi et au nom de quel droit, je l’ignore ; j’ignore ce choix de société qui consiste à affamer les pauvres plutôt que les riches.

Mais le comble reste tout de même quand c’est le paysan qui meurt de faim à cause de l’exploitation des richesses de son sous-sol par les riches. La pauvreté, une chance pour les riches !

La pomme de terre,
une plante vivace

Contrairement aux céréales ou aux autres Solanacées, la pomme de terre est une plante vivace même sous nos latitudes. Lire : Vivace ne veut pas dire perpétuel. Et comme la vigne ou le pommier, ses variétés ne se reproduisent pas par graines…

C’est ennuyeux pour la conservation des variétés anciennes, puisque la durée de vie d’une variété de pomme de terre est de 9 à 12 mois : 6 mois max. en dehors du sol.

Pour conserver des variétés sans les cultiver, on les  nourrit en continu et à température constante dans ce type d’appareil.

 

Une plante exotique

Dans un potager, ce légume est à part de par son mode de vie unique. D’autant plus ici en Europe où la pomme de terre est une plante exotique. Exotique par opposition à indigène. Exotique car nouvellement importée par opposition au blé qui a eu le temps de s’adapter et de modifier son génome.

Donc, une plante unique en regard à ses exigences génétiques ; unique comme exceptionnelle car elle « fatigue » les sols ; exceptionnelle car elle est la seule à produire autant de calories (énergie) au M2 et en si peu de temps : 3 mois.


Pourquoi le mildiou aime la patate ?

Il y a une règle d’or en agriculture : plus une espèce est cultivée, plus ceux qui s’en nourrissent, se développent. C’est la logique du bon sens paysan : qui s’attablerait autour d’une table vide ? Raison pour laquelle la monoculture concentre tous les consommateurs de cette culture.

Il y a une autre règle d’or : sans agriculture, l’humanité se réduirait à 5 à 10 millions d’individus comme il y a 12 000 ans. Ceci pour dire que la monoculture n’est qu’une réponse au nourrissage de bientôt 8 milliards de têtes. Une bonne ou mauvaise réponse, là n’est pas la question. Mais plus la monoculture s’intensifie, plus le mildiou prospère ; d’autant plus que la patate n’est pas indigène mais exotique. Inadaptée !


En résumé, c’est la quantité de nourriture qui règle la densité d’une espèce dans un espace donné.

Le plus gros consommateur de pesticides

Dans un écosystème, ce champignon est un acteur de la biodiversité comme un autre. Mais s’il est vu aujourd’hui comme un parasite, c’est uniquement parce qu’il se nourrit de notre nourriture ! Et en dehors de la culture à grande échelle de la pomme de terre, son développement s’amplifie parce qu’il est plus adapté que son hôte aux conditions climatiques. Je m’explique.

 

Comme pour la tomate, l’activité biologique de la pomme de terre est réduite en dessous de 10°C alors que le mildiou devient virulent à partir de 11°C… Cela veut dire que le champignon s’implante dans la plante quand celle-ci est plus ou moins en repos cellulaire.

Et une fois implantée, avec de la chaleur et de l’humidité, il se développe à vitesse grand V, favorisé par la succession de périodes de forte hygrométrie (supérieures à 90%) et de variations de températures comprises entre 11°C et 25°C. Lire l’article sur la tomate.

Quelle est l’alternative ?

Si l’alternative est de remplacer un produit par un autre produit, comme on remplace un intrant par un autre intrant afin préserver le système commercial qui vit sur le dos des agriculteurs, des paysans et autres jardiniers, on observe que vu le comportement de ce champignon, c’est une fuite en avant qui ne réglera jamais rien.

Si l’alternative est de revenir à la culture de vieilles variétés, c’est pire. La pression du champignon est telle qu’aujourd’hui, toutes sont hypersensibles au mildiou. Pour ma part, j’ai arrêté de cultiver des Rolls-Royce comme la Ratte ou l’Institut de Beauvais (sublime en purée) car elles obligent à épandre un fongicide.


99,9 % des pommes de terre bio, présentes dans les supermarchés ou sur les marchés, ont été cultivées à la bouillie bordelaise !

Les alternatives magiques

BUTTES. C’est certain que certains vont arguer que du haut de leurs buttes, les 10 pieds de rattes qu’ils ont élevées l’année dernière, n’ont pas eu le mildiou. Grâce aux pouvoirs magiques et combinés de la butte et du purin d’ortie !

À ceux là, je réponds que la chance ne peut pas être érigée au rang de Savoirs. Et qu’à moins d’avoir un appétit de moineau, on ne nourrit pas une famille avec 10 pieds de patates.

MATHÉMATIQUES. Mon voisin a une technique infaillible basée sur les mathématiques. Enfin sur les chiffres ! Les jours en 6 renforcent les défenses naturelles des légumes fruits comme la tomate. C’est-à-dire quand la queue est en haut : le 6, le 15 (5+1) et le 24. Pour la pomme de terre, c’est l’inverse : c’est la queue en bas et les jours en 9. Mon voisin en est persuadé. N’empêche que tous les ans, ses tomates et ses patates sont toutes bleues !

COQUILLES. Dans la même veine, un article très sérieux de Reporterre.net propose pour éloigner un cousin du mildiou, la cloque, de suspendre des coquilles d’œufs dans les arbres. Là, le but est clairement de le chasser comme on repousse un démon avec une gousse d’ail ou du gros sel. Franchement, les multinationales doivent ricaner. Difficile de faire mieux pour leur servir la soupe… 🙂 Pareil quand j’ai découvert que le groupe agro-industriel Fleury Michon soutenait financièrement le projet permaculturel : Fermes d’Avenir ! (quelle déception)

LUNE. Pour les adeptes, lu sur un site spécialisé en interprétation lunaire : « Faire germer les pommes de terre en cave ou garage pendant la lune montante, en janvier-février. » Pour information, on conserve les pommes de terre à l’abri de la lumière, et on les fait germer à la lumière. Une cave est donc le dernier endroit où les faire germer.

Quant à les faire germer en janvier, surtout pas, c’est beaucoup trop tôt, sauf pour ceux qui habitent les îles de Ré ou Noirmoutier, et qui vont les cultiver sous des films de croissance. Puis le rédacteur de ce site, d’ajouter : « En lune descendante, planter en pleine terre de mars à mai ». Un conseil. On plante les pommes de terre à l’extérieur pas avant le 15 avril à cause des gelées tardives… Quant à la lune descendante, le tubercule de la pomme de terre n’est ni une racine ni une graine, c’est un morceau de tige souterraine vivante.

Pour ma part, depuis que j’ai arrêté de cultiver avec la lune et les purins type ortie, j’ai gagné beaucoup de temps et j’ai de meilleurs rendements. Parce que l’important, c’est le bien-être de la plante. C’était il y a 20 ans, et je ne regrette pas d’être sorti de ces croyances qui flattent l’âme !


Semaine pour les alternatives aux pesticides

Sur le site des porteurs de cette idée, il est écrit : « La Semaine pour les alternatives aux pesticides, qui a lieu chaque année entre les 20 et 30 mars en France et dans 11 autres pays, vous informe sur les dangers sanitaires et environnementaux des pesticides et fait la promotion de leurs alternatives. »

Mais au chapitre des alternatives, c’est la coquille vide, en dehors de soutenir que l’alternative c’est l’agriculture biologique, celle qui utilise de la bouillie bordelaise, ce puissant toxique pour la culture de la pomme de terre.

Sans alternative, que faire ?

L’idée m’a été suggérée il y a quelques années par un sélectionneur qui se désespérerait de trouver parfois des variétés naturellement résistantes au mildiou, mais des variétés qui finissaient toutes à la poubelle ! Parce qu’elles étaient économes et ne consommaient ni intrants ou pesticides, alors elles étaient boudées par les distributeurs.

Ben oui, n’oublions pas que le but est de faire du fric à tous les étages en agriculture, et d’autant plus qu’on monte dans les étages et qu’on s’éloigne de la terre…

Et il m’a donné quelques plants d’une variété sans nom ni avenir car résistante au mildiou. Une variété au goût exquis, une cousine de la belle de Fontenay pour ceux qui la connaissent. Pour nous, c’est un véritable trésor que nous reproduisons depuis. Et dans cette dynamique, nous allons planter cette année, 6 variétés de pomme de terre dites résistantes au mildiou, et 2 qualifiées de très résistantes.

En conclusion, la seule alternative aux pesticides est de commencer par cultiver une autre logique.
Pourquoi cultiver sans pesticides

12 réflexions sur “Il n’y a pas d’alternative aux pesticides

  1. Bonjour,
    Bel article ! Mais j’ai du mal à croire que des obtenteurs de variétés de pommes de terres, mettent à la poubelle celles qui sont potentiellement résistantes aux mildiou!!
    Quand on voit comment la filière pomme joue avec le marketing des variétés résistantes à la tavelure …
    un exemple: la variété de pomme Juliette pour la filière BIO est résistante à la tavelure (maladie cryptogamique qui provoque des taches noire liégeuses sur l’épiderme des pomme, et qui nécessite parfois jusqu’à 30 traitements fongicides par an).
    Or cette variété est dite “protégée” c’est à dire que toute la filière est verrouillée et contrôlée par un seul réseau; de la plantation jusqu’à la distribution, il est interdit de la produire hors de ce réseau et pour les agriculteurs, de la vendre par eux même.
    Cela est fait pour deux choses :
    – garder le contrôle sur toute la filière et du coup permettre aux obtenteur (où du moins ceux qui possèdent le brevet) de toucher des royalties sur chaque pommiers vendus.
    -contrôler la production en créant une politique de “relative pénurie” pour que la demande soit toujours supérieure à l’offre, et ainsi garder des prix élevés.

    Du coup je voie mal un “sélectionneur” trouver une variété “magique” résistante aux maladies et ne pas s’organiser pour en tirer profit.
    Peu être aussi que cette variété de pomme de terre dont vous parlez possède d’autres critères qui peuvent être préjudiciable à la mise en marché (qualité gustative décevante, trop faible potentiel de production, mauvaise conservation,…).

    La demande en fruits et légumes nécessitant le moins d’intrants possible est forte, et les industriels de l’agro-industrie le savent et ils sont à l’affût de la moindre innovation.

    1. Bonjour,

      Sauf que pour les pommes de terre, les obtenteurs ne sont pas les distributeurs… Belle journée. Cg

  2. parlons un peu de l’équilibre qui doit se trouver dans la terre avant de parler de plantations. Retrouvons l’équilibre dans le mode de culture, dans la surface cultivée, dans la diversité, dans les produits employés. si le champignon de Mildiou est empêché de se développer, la plante n’en sera plus affectée, n’est ce pas ?? alors voyez du coté des micro organismes , ,surtout je précise que c’est mon expérience qui m’a permis d’avancer, je ne suis pas un scientifique, je pratique, j’essaie, je conclus, je propose .
    A vous lire

  3. bonjour,
    dans votre article (coquille) ,vous rapportez le fait que une personne accroche des coquilles d’œufs a ses arbres pour éloigner la cloque .
    sachez que depuis plus de 10 ans je le fait pour mes pêchers et cela m’a permis de ne pas avoir de cloque du pécher . donc ce remède est bon pour la dite cloque du pêcher .
    amicalement
    c guichoux

    1. Bonsoir Christian,

      Pour savoir réellement si ce remède est bon, tout au moins dans votre cas, aviez-vous la cloque avant ?

      Par ailleurs, si vous enlevez les coquilles, un arbre sur deux, la cloque se développe-t-elle ?

      Bien à vous

    2. J’ai essayer la technique des coquilles d’œuf sur les conseils d’une amie , ok au bout de quelques jours je n’avais plus de cloques. L’année suivante par acquis de conscience et suite à un stage ccp j’ai décider de laisser faire sur le principe de se dire que la plante devait apprendre à se défendre d’elle même , au bout de quelques jours plus de cloques …

  4. Bonjour M Gatineau,

    Je suis étonnée que personne ne vous ai encore demandé ces nouvelles variétés de pomme de terre, puisque résistantes à ce terrible parasite, le mildiou. Je suis très intéressée par la conservation des variétés anciennes, mais il faut bien avouer qu’elles souffrent malheureusement des soins d’une sélection bienveillante. C’est pourquoi, sans contradiction aucune, je vous demande si vous seriez d’accord pour m’en céder afin que je puisse aussi les cultiver dans mon jardin.
    Par ailleurs, au détour de quelques lectures*, j’ai pu comprendre que les efforts de la sélection actuelle reposaient sur l’obtention de variétés à résistance dite “horizontale” vis à vis de ce parasite et de nombreux virus (du fait de leur capacité à contourner rapidement les moyens de protection de la plante), ce qui sous-entend que tôt ou tard, il faudra cultiver une autre variété….

    * La pomme de terre: Production, amélioration, ennemis et maladies, utilisations
    Patrick Rousselle, Editions Quae.

    Bien cordialement

    1. Bonsoir Natacha,

      Si si, je reçois beaucoup de demandes pour ces nouvelles variétés et au printemps j’en distribue à quelques personnes. Actuellement, les plants qu’ils me restent sont un peu en fin de vie…

      Quant à l’obtention de variétés à résistance dite horizontale, en dehors de les modifier génétiquement, j’ignore comment c’est possible. D’ailleurs cela me semble à vue de nez totalement incompatible avec les techniques de sélections traditionnelle, d’autant plus que le mode d’action d’un virus et d’un champignon comme le mildiou sont différents. Bien à vous. Cg

  5. Bonjour,

    j’en cultive un peu dans mes plates bandes et la seule solution que j’ai trouvé pour l’instant c’est surtout de laisser des petites patates en place une année sur l’autre, du coup elles commencent à se développer toutes seules dès qu’elles en ont envie. Je les butte au fur et à mesure et je récolte un peu… pas de quoi nourrir ma famille pendant longtemps mais de toute façon pour l’instant je ne peux pas conserver donc… mais j’ai l’impression que cette façon de faire les rends un peu plus fortes et résistantes.

    J’ai été surprise il y a quelques temps de découvrir que la bouillie était si mauvaise pour la terre, qu’elle tue tout autour d’elle, nos chers vers de terre et tous les micro organismes, c’est si triste de produire comme cela. Je suis particulièrement en colère de lire que cette substance est utilisée partout même en bio et cie… cela me dérange énormément d’acheter et de manger cela.

    Belle journée à vous

  6. Encore un article bien complet. Ici nous utilisons pour cultiver les pommes de terres, du mulch, poules et fumier de vache en équipe pour tracer les lignes pour ensuite planter les haies et d’autres légumes par la suite. Nous calculons le nombre de mètres de haie en accord avec notre besoin de patates. Un bon rotation et un peu de travail (faut jamais confondre “non labour” et “pas de travail” ) et sans aucune produit, et dans les règles du jeu, nous sommes autonomes en patates. 300 kilos pour un famille de 6, et je vais produire 360 kilos pour une cantine scolaire nourissant 40 enfants 36 semaines de l’année.

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