Quand semer au printemps ?

Depuis la nuit des temps, le jardinier se pose la même question : quel est le moment le plus propice pour semer ?

Quand je dis jardinier, j’aurais dû écrire jardinière. Pas la jardinière accrochée au balcon avec quelques géraniums pour faire beau, quand le beau est synonyme de beauf bof, mais le genre féminin, le beau genre !

En effet, loin d’être anecdotique, l’Histoire nous a appris que les femmes ont inventé l’agriculture comme je l’ai argumenté dans cet ouvrage, mais l’Histoire nous a également appris qu’elle était écrite par les hommes. On appelle cela, la juste répartition des tâches !

Mais pour dépasser l’effet du genre avec ou sans quéquette, ce ne sont pas les paysans qui ont écrit l’Histoire, mais ceux qui les exploitaient comme du bétail.

Quand semer ?

Ceci dit, comment un paysan illettré faisait-il pour savoir quand semer ? Sans internet, sans électricité, sans média, sans livre, sans prévision météo, sans heure, sans papier, sans calendrier… Sans aucun repaire spatial et temporel, autre que d’utiliser les mouvements de la lune et du soleil comme une pendule. Autre que l’observation minutieuse et la grande connaissance de son environnement.

Prenez un moment pour vous mettre à sa place, et comprendre que c’est une position très anxiogène. Sans repère, comment se repérer ?

  • Raison pour laquelle les croyances ont agi comme un formidable placebo pour rassurer à cette époque.
  • Raison pour laquelle elles n’ont plus de sens aujourd’hui, vu les Savoirs et les outils à notre disposition.

J’avoue qu’avant d’aller plus loin, c’est très ennuyeux d’utiliser ce mot paysan, un masculin qui colporte l’idée fausse que seul l’homme travaillait, alors que la femme travaillait autant sinon plus, en plus de s’occuper des enfants, de la maison, des lessives, des repas…

Bref, mes arrières grands-mères nées au 19ème siècle et mes grands-mères abattaient plus de travail que les hommes alors qu’elles étaient juridiquement considérées comme ne travaillant pas… Femme au foyer !

1985

Et cette ignoble injustice où la femme était juridiquement considérée pas plus qu’un domestique, a commencé à être réparée qu’en 1985… Je connais bien le sujet puisque j’ai coproduit il y a 10 ans, avec le ministère de l’agriculture et pour le compte du ministère de l’éducation nationale, un DVD pédagogique présenté par Laure Adler sur la condition des femmes au milieu rural : Femmes en campagnes.


Petite piqûre de rappel

Ce que nous nommerons bien plus tard agriculture, la définition du mot agriculture ayant par ailleurs beaucoup changé avec les siècles comme je l’ai pointé dans ce volume, le mot ne désignant pas la même activité au 17ème et au 20ème siècle… faut quand même le savoir, savoir qu’au 17ème, l’agriculture était considérée comme un art majeur, le premier des arts devant la peinture.

Oui les choses ont bien changé, et avant même que le mot agriculture n’existe, les femmes ont commencé par jardiner de petites surfaces, des potagers pour compléter les produits de la cueillette, de la chasse et de la pèche.

  • Raison pour laquelle j’ai attaqué mon article par le mot jardinière.
  • Raison pour laquelle je ne donnerai aucune résonance à cette nouvelle mode idéologique portée par quelques mâles en mal de pouvoir, à savoir que l’agriculture est l’invention la plus stupide de l’humanité !

Pour récolter ce que l’on sème

Par facilité, j’aurais pu publier un de ces tableaux remplis de chiffres savants dont la littérature jardinière regorge autant que celle du web, mais franchement, en dehors de la Recherche scientifique, quels usages pour le jardinier de savoir que la carotte germe à partir de 10°C, le poireau à 12 et le haricot à 15 ? Parce que sur le terrain, ces données sont inapplicables. Je m’explique.

Ces températures sont synonymes d’un fond de l’air frais et humide, de nuits froides, et d’un temps très favorable aux champignons et aux limaces… Outre que dans ces conditions, le taux de germination est plus faible et la tonicité de la graine germée est lourdement mise à l’épreuve. Un sol froid conditionne une germination lente et une levée longue, et multiplie par 1000 le risque de pourrissement.

RÉSULTAT : l’addition est lourde et la future plante mise dès sa naissance en difficulté, autrement dit en état de faiblesse par rapport à l’environnement. Et le résultat sera une chute considérable des récoltes. Pourquoi ? Parce que la plante va monopoliser son énergie à survivre plutôt qu’à se développer.

Le secret des carottes géantes !

Pour faire allusion à l’article de Marion Garrido d’Out of the box, qui voit les carottes de notre jardin comme des géantes, alors qu’elles ont seulement été cultivées à la bonne température comme ce tournesol. Ceci dit, l’exemple est intéressant puisque la carotte fait partie des plantes les plus simples à cultiver.

UNE CULTURE SIMPLE. Ici en Limousin comme dans le centre de la France ou au nord de la Loire, on gagne du temps à semer ses graines à partir de la fin mai, en juin et même en juillet.
Pourquoi ?
Parce que le sol est à la bonne température ce qui va optimiser la levée.

En effet, le problème avec la carotte, c’est la lenteur de sa levée, jusqu’à 3 semaines, et les 5 semaines suivantes où elle reste très sensible à la concurrence et à ses prédateurs naturels. Aussi, en la semant dans un sol où la température est comprise entre 20 et 25°C, et en prenant soin d’éliminer toutes les indésirées tout en maintenant le sol humide, on a la garantie d’avoir des carottes géantes avec un minimum d’énergie ; d’autant plus si on les nourrit au stade 2 feuilles avec un starter naturel ; sans oublier de les éclaircir au fur et à mesure de leur grossissement.

Et finalement, le secret des géantes n’était qu’un secret de polichinelle, des carottes normales élevées au bon sens paysan.



2 conditions pour réussir tous ses semis

La température et l’eau
Pas la température de l’air, mais celle du sol ! C’est la température intérieure de la graine qui est importante, pas celle du fond de l’air !

En dehors des conditions génétiques relatives à chaque espèce, comme la vigueur d’une graine à germer (vigueur qui décline avec le temps), ou sa dormance (inaptitude à germer même si les conditions externes sont favorables), les deux facteurs qui vont déclencher la germination sont le couple chaleur et humidité ; en d’autres mots, il faut que l’eau soit à la bonne température pour faire revivre la vie. Lire ces 2 articles de fond :

Les 2 autres conditions
à prendre en compte

Simple avis de cul-terreux basé sur l’observation, mais à mon avis, 2 autres conditions interviennent pour déclencher la germination. Mais avant de vous les déballer, considérons ensemble que la graine, la semence, est un être vivant en pause !

En effet, même si chaque plante intègre dans sa semence une part de repos génétiquement programmé que l’on appelle dormance, un temps où la graine dort, ce n’est pas parce que les conditions de température et d’humidité sont favorables que la graine va germer. Lire en complément le chapitre : La diapause, est-elle une pause ?

En effet, la graine a 2 moyens à sa disposition pour savoir si c’est le bon moment pour sortir la tête du sol : la pression atmosphérique qui lui indique la luminosité et la chaleur disponibles à l’extérieur, et l’écart entre la durée du jour et de la nuit pour évaluer sa situation temporelle ; le sol étant plus chaud le jour que la nuit. Le jour, le soleil chauffe le sol qui accumule l’énergie thermique pour la relâcher dans l’atmosphère durant la nuit. Mais cette perte d’énergie est compensée par l’énergie qui remonte en continue du centre de la Terre. Voir la vidéo : Un manteau pour votre jardin.

Savoir réveiller une graine

La graine étant un organisme à « sang froid » (Cf. chap. 12°C et à chacun sa chaudière), donc un être vivant dont la température intérieure est égale à la température extérieure, elle peut mesurer en permanence les écarts de température entre le jour et la nuit. Et cette donnée prend d’autant plus importance, que la plante exotique a été récemment importée à l’instar de la tomate.

D’ailleurs, c’est une technique utilisée pour tromper certaines graines, en les mettant une semaine au frigo puis en continue dans une humidité à la bonne température… Ceci dit, pour les plantes importée il y a longtemps, la température revêt moins d’importance puisque avec le temps, elles se sont adaptées en modifiant leur métabolisme. À l’exemple du blé qui germe à 5°C, et peut germer à moins ; ou du bleuet qui peut germer pendant l’hiver !

Cliquez pour découvrir ses détails

Au sujet du bleuet, savez-vous que jamais un seul livre ne lui a été consacré ? Ni en France ni en Europe ni ailleurs. Savez-vous que tous les bleuets ne sont pas bleus ? Et que ses graines illustrent cet article et que le Jardin vivant va publier le premier ouvrage sur le bleuet au printemps ! Une première mondiale : Le bleuet, une histoire de bleu ! Et ceux qui le pré-achèteront recevront en échange un beau cadeau. Pour recevoir les modalités, cliquez ici.


On vous cache tout !

Une graine a d’autant plus de vitalité à germer, se développer et résister aux parasites, qu’elle est semée dans le jardin où elle est née.

C’est une donnée majeure, largement minorée par tous les vendeurs de semences… Ah sacré business, ça fait mal quand tu nous tiens par les couilles, même à celles qui n’en ont pas, sauf à ceux qui n’en ont pas ! Une donnée majeure parce que la plante intègre dans sa mémoire génétique, certaines données spécifiques au terroir où elle a vécu, et elle peut les transmettre à sa descendance. N’est-ce pas cela le fondement même de la culture ? Avoir conscience de son environnement et y puiser des connaissances pour les transmettre aux générations futures. Exemple

Faites vos semences,

Je ne peux pas dire mieux. C’est simple, ultra simple, et ne succombez pas aux chants des nouvelles sirènes. Je lisais l’annonce d’une qui proposait à ses clients de leur apprendre contre 90,00 €, à faire celles de tomate. Ça fait cher le sachet de graines de tomate tout de même… d’autant qu’un enfant de 4 ans comprendrait comment les faire en moins de 5 mn…

En résumé,

je n’ai fait que survoler pour débroussailler, mais la suite viendra car il reste beaucoup de choses à dire.

4 réflexions sur “Quand semer au printemps ?

  1. Article très intéressant pour moi qui, cette année relève régulièrement la température de mon sol afin d’observer l’influence sur la levée des semis, et sur la reprise de végétation. Mais je crois, comme vous le dites, que la photopériode est le premier facteur pour redémarrer le jardinage.
    Bonne soirée !

  2. je crois que je ne vais avoir assez de temps (au travail…) pour lire tous tous vos articles très intéressants qui renvoient sur tous vos liens non moins intéressants …… Vous n’auriez pas concentré tout ça dans un livre ?
    ps : mon fils et moi on adore “pisser” dans notre potager.

    1. Bonjour Jean,

      On retrouve certaines choses dans les 3 volumes que j’ai déjà publié sur le sujet, mais pour le moment, j’ai décidé de stopper l’édition malgré de belles propositions. Merci à vous et belle journée.

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