La température, facteur-clé de la fertilité

Le ver de terre est un gros fabricant de fertilité. C’est un fait, tout le monde le sait. Mais qui sait quand il la fabrique ?

Or, c’est une donnée essentielle pour le cultivateur de savoir quand le ver de terre fait son épandeur à engrais ! Que sait-on ? Que son activité biologique est conditionnée comme celle du sol par la température.

Mais savoir également ses périodes d’inactivités, à savoir quand il se repose dans le fond de son terrier, est tout aussi important pour son nourrissage ou pour l’utilisation d’un outil de travail du sol.

Ceci étant, comme vous et moi, il est également inactif pendant qu’il digère ou dort. Mais rêve-t-il comme vous et moi, comme le chien, le chat, la poule et le cochon ? Franchement je l’ignore comme j’ignore à quoi peut rêver un cochon qui ne verra jamais le soleil de toute sa vie. Peut-il seulement s’imaginer qu’une autre vie est possible ?

L’énergie thermique
comme carburant du sol

Bref, comme je vais le soutenir, il y a une corrélation franche, directe et consécutive de la température sur l’activité biologique du sol et sa fertilité. Et du coup, un sol fertile, vivant, dépend en premier de l’énergie thermique, de l’eau et de l’oxygène. Puis de l’énergie rayonnante ou lumineuse, de la matière minérale et de la matière organique disponible pour nourrir ses habitants, autrement nommés la matière vivante.

Et pour clore, quand la future plante sort sa racine, puisqu’elle commence par déployer une tige souterraine avant de sortir sa tige aérienne, particulièrement chez les dicotylédones, en dehors de toute considération génétique, sa germination est déclenchée par l’énergie thermique et l’eau. C’est ce couple indissociable de la chaleur et de l’eau qui va mettre le feu à la poudre et la décider à pousser. Et l’énergie lumineuse et ses photons rentrer en action qu’une fois sa tige aérienne sortie. C’est seulement à partir de ce moment que la fabrication des glucides nécessaires à son développement cellulaire commence.

Vu ainsi, par le gros bout de la lorgnette, cela repousse l’influence des énergies cosmiques de type lunaire, à des années lumières. Idem quant aux potions magiques pour les dynamiser !

À chacun sa température

 Revenons à notre camarade.

Premier problème, chaque groupe de lombrics à la sienne !

Et comme ils sont plusieurs milliers d’espèces réparties dans une quinzaine de familles et au moins 4 catégories, des catégories dont les parois ne sont pas étanches contrairement aux tiroirs d’un muséum national d’histoire naturelle, parce que la Nature n’est pas faite à l’image de l’Homme, c’est pas facile. Ceci étant, seulement 200 espèces vivent dans le sol français, ce qui réduit le champ.

Et le champ se réduit encore puisque seuls ceux qui vivent en plein champ nous intéressent ici. En effet, beaucoup désignent à tort les vers de fumier ou de terreau comme des vers de terre alors qu’ils ne vivent pas dans la terre… mais sur la terre !

En effet, les épigés vivent à la surface du sol. Pas dans le sol. Et il est manifeste que ces espèces ne fonctionnent pas à la même température qu’un lombric terrestre qui niche sous la terre, parfois à plus de 2 m de profondeur, construisant des étages dans ses terriers pour toujours se reposer à la bonne température.

Et dans un champ cultivé, les épigés sont rares voire totalement absents. Pour cela, on peut s’appuyer sur les dires de Marcel B. Bouché qui font consensus sur ce point précis. Et il dit que les anéciques, ceux qui font des turricules sur le sol et qui vivent dans des terriers comme les lapins, représentent 80 % de la masse lombricienne ; les 20 % restant étant des endogés géophages qui vivent sous la terre sans jamais mettre la tête en dehors contrairement aux autres comme Lumbricus terrestris.

Au sujet de ce dernier, un joyeux drille avait écrit sur wikipédia, le temple de l’information à tout vent, qu’il était carnivore… Attention tout de même à ceux qui jardinent pieds nus, même si sa morsure n’est pas venimeuse !

Mais aussitôt lu, aussitôt corrigé, l’article a été modifié et le mot carnivore changé par : bactéries du sol. Une autre ânerie puisque tout le règne animal consomme des bactéries ; même les vaches et les végans en mangent !

 


12°C

Second problème : comment prendre la température d’un animal à sang froid sachant que son corps est comme celui d’une plante, à la même température que l’extérieur ? Autre problème, comment en attraper un sans lui noyer sa galerie avec de l’eau additionnée de moutarde forte ? D’autant plus depuis que nous savons qu’il est peut-être carnivore, et que peut-être, la moutarde lui monte vite au nez !

Bref, les pêcheurs à la ligne charentais diluaient autrefois de la lessive ou de l’eau de javel pour les faire remonter, ou tapaient du pied ! Pourquoi ? Parce que le lombric commun, Lumbricus terrestris, était très prisé pour pêcher l’anguille à la vermée.

Mais c’était du temps où les populations d’anguilles comme de lombrics étaient encore foisonnantes. J’ai connu cela, c’est le bénéfice de l’âge. Il faut bien des avantages au vieillissement… Mais aujourd’hui, l’anguille est une espèce durement menacée et le lombric lui emboîte le pas. Oui, il ne fait pas bon de ressembler à un serpent, le serpent, symbole absolu du mal dans la Bible. Rappelez-vous, s’ils ont croqué la pomme, c’est à cause du serpent.

Alors pour connaître sa température sans mercure ni électronique, j’ai fait appel à ce vieux truc de paysan qui consiste à faire marcher sa tête avant d’actionner ses bras. Les anciens appelaient ça, avoir de la jugeote. Et c’est bigrement efficace pour mettre en place des schémas simples, efficaces et économes en énergie…

La température du sol est stable à une profondeur de 4 m : 12°C.

C’est d’ailleurs la température d’une cave fraîche. Partant du principe pour l’avoir maintes fois observé, que dans un environnement donné, un animal recherche comme nous, toujours le meilleur confort pour se reposer, et sachant que notre camarade recherche ce 12°C en se construisant des niches aux différents étages de son terrier, j’en ai déduit que manifestement il appréciait cette température comme nous un lit douillet et bien chaud.

La règle universelle

que devrait connaître chaque cultivateur : les besoins nutritionnels d’un être vivant sont proportionnels à la température extérieure et à son activité. Plus son métabolisme brûle de l’énergie plus il doit alimenter la machine corporelle.

C’est la base. Pour qu’une voiture avance, elle doit brûler de l’énergie fossile ou solaire comme un être humain doit brûler de l’énergie pour avancer et mettre un pied devant l’autre. Autrement dit, comme une chaudière, nous remplissons notre ventre avec de la nourriture produite avec de l’énergie fossile, nucléaire ou solaire. En d’autres mots, de l’énergie renouvelable ou épuisable.

Notre corps fonctionne à l’énergie solaire et terrestre

Rien de nouveau à l’horizon, puisque depuis la naissance de l’humanité, nous savons que nos corps tournaient avec des énergies renouvelables. Et effectivement c’est bien pratique puisqu’elles se renouvellent ; elles recommencent ou commencent de nouveau sans énergie supplémentaire. Comme un mouvement perpétuel. Enfin, tant que le soleil brille et que la Terre lui tourne autour.

Mais depuis quelques temps, nous avons changé de fournisseurs pour faire tourner nos corps avec des énergies fossiles et nucléaires. Ce que nous mangeons est produit avec des énergies fossiles ou nucléaire. Transformées, transportées et cuisinées avec des énergies fossiles ou nucléaire. Et même nos déchets sont brûlés avec des énergies fossiles ou nucléaires. C’est bien pour les plantes car l’augmentation du CO2 et de la température va augmenter leur performance énergétique. Quant à nous, c’est bien aussi car ce gaz va diminuer notre nombre en éliminant les plus faibles. Comme dans la nature, naturellement, la sélection génétique par l’argent fera son œuvre.

Idem pour notre camarade. Nous avons changé son alimentation d’organique en minérale.
Comme s’il mangeait des cailloux.

Et cette idée lumineuse n’est pas née du bon sens paysan, mais dans le cerveau de nos meilleurs cerveaux agricoles, les ingénieurs agronomes ! Et grâce aux lycées agricoles, la bonne nouvelle a été incrustée dans le cerveau de nos agriculteurs comme une belle découverte.

Quand l’eau monte,
la température grimpe

Sans vouloir m’éloigner de mon sujet, revenons un instant à nos énergies fossiles.

Comment comprendre que l’humain ne comprenne pas qu’en relâchant dans l’atmosphère le carbone stocké pendant le carbonifère, nous allons retrouver le même climat qui a précédé cette période. Un climat incompatible avec notre espèce à moins que nous retournions vivre dans les océans…

Comme un poisson dans l’eau

C’est tellement con de vouloir acclimater un poisson rouge à vivre en dehors de son bocal, qu’il est d’autant plus con de comprendre notre désir de le rejoindre dans son bocal. Tout ça m’échappe. Pourquoi vouloir tourner en rond ; ou foncer la tête la première dans le mur ?

Ceci étant, entre le poisson et le bélier, nous ne pouvons plus écarter que notre cerveau, aussi gros soit-il, soit beaucoup trop gros pour nous. Comme surdimensionné par rapport à nos capacités réelles. Et nos meilleurs cerveaux, ceux qui nous dirigent, nos meilleurs diplômés, agronomes comme professeurs émérites, de se perdre dans les nombreux méandres et autres plissements qui le composent. Fermons la parenthèse.


À chacun sa chaudière

Mais ce qui différencie fondamentalement l’humain de la machine, c’est sa chaudière. Une fois le moteur coupé, une voiture peut se conserver quasi indéfiniment si elle est stockée au sec. Quant à l’humain, si son moteur s’arrête faute de carburant, c’est le début de la fin. Mais à ce jeu-là, tous les corps ne sont pas égaux.

En effet, pour rester en vie, les animaux à sang chaud doivent sans cesse s’alimenter pour maintenir leur température corporelle contrairement à ceux à sang froid qui n’ont qu’à cesser leurs activités pour y rester. Enfin dans une certaine limite, mais parfois plusieurs dizaines d’années de vie au ralenti à l’instar de certaines bactéries, qui, lorsque les conditions extérieures sont défavorables, modifient le métabolisme de leur cellule pour s’enkyster. Ainsi, en position économique, elles peuvent continuer à vivre. Le scientifique nomme ces états d’activité biologique réduite, la quiescence ou la diapause suivant la cause.

Mais comme tout est possible dans la nature, il y a aussi des animaux à sang chaud qui cessent de s’alimenter pendant des mois et qui restent en vie, et des animaux à sang froid qui doivent sans cesse s’alimenter pour rester en vie. Comme l’abeille qui n’hiverne pas contrairement à la marmotte.

 

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3 réflexions sur “La température, facteur-clé de la fertilité

  1. Un sol fertile exige de la chaleur et de l’humidité certes, mais avec des seuils limites. En milieu équatorial chaud et humide, minéralisation, lessivage, lixiviation sont accélérés et construisent un sol pauvre, pourtant couvert d’une forêt dense et sempervirente

    1. Raymond,

      L’article est contextualisé à nos latitudes et aux terres agricoles ; le milieu que vous décrivez, est impropre à la culture.

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