L’agroécologie est-elle un attrape-nigauds ?

Un attrape-nigauds étant un piège à nigauds ; un piège qui ressemble à s’y méprendre à ces attrape-mouches écologiques recouverts de glu, où la mouche autant niaise qu’alléchée vient bêtement s’engluer !

N’étant ni une mouche ni un perdreau de l’année, comment ai-je pu me faire cueillir comme l’oisillon qui croyait que le chat était l’ami des oiseaux ? Je présume à l’insu de mon plein gré…

Bref, comme un nigaud, j’ai effectivement fait preuve d’une grande légèreté, d’autant plus que ma bienveillance à l’égard de l’agroécologie n’avait eu d’égal à ce jour, que ma sévérité à l’envers du mouvement de la permaculture.

C’était il y a un an !

Dès 2013, j’ai écrit dans les sources de l’agriculture, qu’une certaine permaculture et une certaine agroécologie c’était la même chose, comme des sœurs jumelles. Et il y a un an, je suis monté au créneau pour la défendre ; allant jusqu’à faire le voyage pour enregistrer celui qui se présente comme son créateur, à savoir Pierre Rabhi. Et ma déconvenue a été sévère quand je lui ai demandé : qu’est-ce que l’agroécologie ?

Alors, qu’est-ce que l’agroécologie ?

– Comment ignorer cet avis qui compterait pour du beurre s’il n’était pas sorti de la bouche d’un ancien Président de la République, qui, pour gratter dans le sens du poil le gratin de l’agro-business, a déclaré que l’agroécologie est un truc de bobos !  Ytube

À l’inverse, comment croire le nouveau leader mondial du cancer des pesticides qui revendique que l’agroécologie c’est l’innovation avec ses nouveaux OGM obtenus par mutagenèse et rebaptisés pour l’occasion VTH (®) : Variétés Tolérantes aux Herbicides… Et ces gènes mutés, sont-ils tolérés par l’intestin de notre camarade ?

Au ministère de l’agri, on utilise le mot pour promouvoir une agriculture industrielle plus « propre » et économe en intrants et en énergie, tout en restant compétitive sur le marché mondial… Une agro-écologie agrochimique bio en quelque sorte.

Même rhétorique chez ce poids lourd du business de l’écologie avec ses 3,5 millions d’ de budget annuel dont 1,6 de subventions publiques… : « Réduire l’empreinte environnementale et tenir compte de la biodiversité. » Lire +

Et enfin, pêle-mêle : « L’agroécologie, des contours scientifiques variables. », « Un contenu instable et encore fluctuant selon les contextes et les occasions. », ou le dictionnaire de l’agroécologie : « Des contours flous… »»

 


Finalement, c’ quoi l‘agroécologie

Peut-être l’art de retourner sa veste plus vite que son ombre !

Bref, mieux vaut s’attarder sur la parole du pionnier de l’agroécologie, Miguel Altieri, un agronome d’origine Chilienne qui la décrit comme :

Une science qui conçoit des systèmes agricoles productifs et durables… et qui fait dialoguer les pratiques agricoles traditionnelles, employées depuis des centaines d’années par les paysans, et les connaissances modernes en agronomie, écologie et sciences sociales.

L’agroécologie vue ainsi,
j’adhère à 100 %

D’ailleurs, c’est ma conception intime de la permaculture et de l’agroécologie quand elles sont des sœurs jumelles porteuses d’une agriculture vivante, dé-dogmatisée et sociale ; synonymes de plus de bien-être pour les générations futures.

SOCIALE

J’appuie sur ce mot car il est central. En effet, chez des êtres sociaux, le social est primordial comme l’agriculture l’est pour nourrir quotidiennement 7,5 milliards d’individus. 7,5 milliards d’individualités, de privilèges et d’intérêts particuliers.

Et pour qu’une société aussi populeuse et diversifiée soit stable, la première condition à sa sérénité est que chaque individu puisse manger à sa faim et boire à sa soif. Et avoir un toit. Et avoir accès à l’énergie. À l’éducation. À la connaissance. Et à la liberté de penser.

Bref, comment être serein avec le ventre vide ? Zen. Bienveillant. À l’écoute de l’autre. Dans cette circonstance, seule l’agriculture peut satisfaire à autant de besoins vitaux, d’autant plus que la surpopulation accroît sans cesse le nombre de bouches à nourrir. Jusqu’où notre nombre va augmenter ? Jusqu’au bout, jusqu’au big bang social !

Lumbricus terrestris

Le premier problème auquel l’humanité est confrontée, est social ; l’écologique n’est que la conséquence. Alors comment résoudre comme résorber la cause en dehors de castrer tous nos jeunes mâles ? Je l’ignore.

Il y a 2 ans, lors d’une conférence, un trentenaire aux idées toutes faites de préjugés, s’est mis à traiter d’irresponsables ceux qui font des enfants. Irresponsables comme immatures ou inconscients. En réponse, je lui ai dit que ce n’était pas correct d’insulter ses propres parents en public… D’autant plus s’il était un enfant né de l’amour.

Toutefois, pourquoi garder ses bourses pleines si son projet n’était pas de se reproduire ? À quel usage ? Présentement, la castration se présentait comme une solution pour que jamais ‘il ne doute de ses convictions. Et instinctivement, ses cuisses se sont serrées… et il a trouvé mon idée saugrenue !

Bref, c’est bizarre de vouloir garder sa semence quand on n’a pas envie d’élever. Reste la vasectomie mais là aussi, les candidats ne se bousculent pas au portillon car l’intégrité d’un mâle prend racine dans son slip. Pour aller plus loin, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de l’excellent livre : Pauvre de nous !

En attendant, je considère aujourd’hui le ver de terre Lumbricus terrestris, le lombric commun, comme le fer de lance d’une agriculture porteuse d’un réel espoir pour nourrir les générations futures. Raison pour laquelle nous avons décidé d’investir sur sa tête au Jardin-Vivant.

 


Boucler la trilogie

Quand j’ai demandé audience à Pierre Rabhi, le but était de clore ma trilogie sur la permaculture.

En effet, après avoir exploré les sources dans le vol.1, le présent dans le vol.2, l’avenir bouclait la boucle avec cette question : quel est l’avenir de la permaculture et de l’agroécologie dans le futur de l’agriculture ?

Un livre quasi bouclé où ni plus ni moins – il faut être audacieux dans la vie pour réussir à dépasser ses ambitions – je m’interrogeais sur l’avenir de l’humanité…

Le futur de l’agriculture

Donc, l’avenir de l’humanité dépend-il du futur de l’agriculture ? En d’autres mots, l’agriculture a-t-elle un avenir sans un retour massif des populations à la culture de la Terre ? La question est centrale, cruciale, essentielle.

Et tout le monde l’évite comme la peste puisque chacun sait que l’agriculture sans pétrole réclame beaucoup de main d’œuvre. Comme autrefois.

Autrefois, 80 % de la population travaillait la terre alors qu’aujourd’hui, moins de 1 % produit la nourriture pour une population mondiale qui a été multipliée par 7. Et ce miracle a pu avoir lieu en brûlant des énergies fossiles à la place de l’énergie musculaire.

L’agroécologie à la française

Avant, il y avait beaucoup d’ouvriers agricole dans toutes les fermes. On les appelait des domestiques et ils étaient payés avec le gîte et le couvert. Aujourd’hui, en échange du gîte et du couvert, le domestique s’appelle stagiaire ou bénévole dans les fermes en agroécologie ou en permaculture. Et la production de base est la vente de formation.

De ce point de vue, ces agricultures dites « innovantes » n’ont rien apporté d’innovant sur le plan social !

Et effectivement, la question – l’agriculture a-t-elle un avenir sans un retour massif des populations à la culture de la Terre ? – est très dérangeante en remettant en cause les plus belles théories sur l’abondance naturelle de la Nature et ce nouvel eldorado idéologique sur une agriculture sans pétrole.

Le père d’une certaine agroécologie

En cette qualité, j’avais trouvé Pierre Rabhi particulièrement courageux d’avoir accepté de se mouiller quand d’autres ont refusé. Mais contre toute attente, il ne répondra jamais à cette question, se maintenant loin du sujet pendant tout l’entretien.

Toutefois, notre rencontre m’avait beaucoup appris puisque depuis j’identifiais précisément les 4 grands courants agroécologiques qui ne vont pas le même sens, tous distincts les uns des autres.

Du coup, je me suis dit qu’en faisant la promotion de l’agroécologie, je servais aussi la soupe à tous ces courants alors que je suis totalement étranger à ceux fortement ancrés dans une conception dogmatique de la société.

Quand la permaculture est agroécologique

ou l’agroécologie permaculturelle, au-delà des mots, elles construisent des milieux productifs, pauvres et économes en EAU et en ÉNERGIE pour être soutenables par les générations futures.

Ça, c’est ma conception.
Fin de la première partie.

Quel est l’apport de la permaculture ?

9 réflexions sur “L’agroécologie est-elle un attrape-nigauds ?

  1. Il y a l’air du temps, le ciel et l’amer… et le foncier, la base, le cadre, la terre, sa politique, de la remise en cause de son idéologie de petits propriétaires et d’autres aux folies des grandeurs ou de communs comme cimetières des pauvres, son imposition et son partage. En parlerez-vous ? On dévalue pourtant les monnaies … et on dénonce les petits clous jetés en l’air sur de nombreux passages forestiers et qu’on retrouve piqués dans nos semelles nous obligeant ainsi à danser la java ou à regarder les terres abandonnées depuis le bord de la route, inaccessible…

    1. Bonjour Durant,

      Vous me demandez si j’en parlerai.

      J’en ai déjà parlé mais le sujet intéresse peu de gens.

      En outre c’est l’un des objets de l’association du Jardin-vivant :  » D’agir pour la reconnaissance du droit à la Terre pour tous et donner la priorité dans le cadre de son objet, à des actions de formation et d’information en direction de publics en état d’exclusion sociale ou économique.

      D’ailleurs c’est le gros point noir du mouvement de la permaculture puisqu’il s’appuie sur la propriété ; et qu’au final, les permaculteurs ne sont pas plus partageurs que les autres…

      Quand j’en entends certains brailler sur Youtube le retour à la terre alors que leurs parents leurs ont offert une propriété de 200 ou 300 000 €, je me dis que le social n’est pas l’affaire de cette permaculture. Belle journée

  2. Bonsoir Christophe et tous,

    Encore une fois, ravi de lire en bonne et due forme ce qui ne s’exprime ailleurs qu’avec la plus suspecte des politesses, quand c’est toutefois exprimé. Les collabos sont légion.

    La contamination de la potentiellement formidable résurgence paysanne actuelle par d’une part le business (perma-business en tête !), d’autre part son rabaissement théorique et pratique du fait de son contact avec le politico-économique, est entrain comme pour beaucoup de choses de faire tourner vinaigre ce qui eût pu être – Enfin ! – une belle entaille dans la débilité du train de vie occidental.

    Ce sera pour la prochaine fois, je fais toute confiance à mes deux fils.

    Lire pour cela Pierre Legendre: Ce que l’occident ne voit pas de l’occident.

    Pour ce qui est de la boboïsation de l’agro-écologie, malheureusement Sarkozy peut avoir raison dans certains cas. Je n’acquiesce nullement, mais ce sont des choses qui se voient quand même assez fréquemment, particulièrement s’agissant des clients.

    Soluble dans les réseaux sociaux, la déviation crétinisante de la potentielle révolution agroécologique a déjà fait beaucoup de victimes, les symptômes se manifestant le plus souvent par un abaissement du niveau intellectuel, et une sensation d’être à l’aise à se contenter de coller à l’iconographie néo-ruralo-fashion nécessaire, comme packaging, pour faire passer la pilule du « retour à la terre », qui n’est jamais qu’une forme déformée de l’exploitation de masse, de l’exploitation « verte ».

    Tu en parlais déjà à l’époque où les perma-wannabe se sont tous mis à compulsivement monter des buttes, trop empressés d’être les premiers à copier stupidement le moindre bouquin estampillé par l’establishment permacole, à savoir pour la plupart des maisons d’éditions, donc des tartes aux tunes.

    Le capital et tous ses sbires, mêmes ses perma-sbires car il y en a, bref tous les ennemis du genre humain, sont encore une fois en train de nous piller pour pondre des projets de lois, des brevets, un « créneau commercial », des marchés, bref du Buzz et du pognon.

    Ils n’ont aucune autre logique, c’en est pathétiquement maladif. Mais il ne suffit en rien de le dire pour en être entendu, c’est le principe du sourdingue buté qui a toujours raison. Car il y a bel et bien, également, un syndrome d’hypertrophie du melon qui sévit dans ce milieu. Ca pue l’égo boursouflée, et l’hystérie à peine larvée.

    Je suis en plein virage dans ma vie et celle de ma famille pour m’installer en maraîchage et arbo bio. Je me nourris beaucoup de permaculture et d’agro-écologie, je bosse dans mes jardins sans aucun travail du sol, avec des sols toujours couverts et toujours en culture, je bosse en densité, en diversité, en amendements matières organiques, en stockfree organic, avec des lignes d’arbres intercalées, bref ce qu’on appelle le « sol vivant ».

    Ou l’humble travail où je m’associe à des gens pour qui je produirai de la nourriture. En ayant conscience d’être un invité sur une Terre que j’emprunte à mes enfants, un paysan de passage dans des jardins ou ce ne sont ni les lombriciens, ni les coccinelles, ni les carabes qui sont les auxiliaires, mais c’est moi.

    Mais je n’en parle pas, parce que je ne veux pas être rattaché à ce qu’est devenue la permaculture et toute la nébuleuse agro-éco-bling-bling à l’heure actuelle.

    Ce sont des conceptualisations, des constructions collectives magnifiques, menées et données par de grands hommes, des constructions réalistes, aggradantes, durables jusqu’à la permanence, viables sur tous les plans, et c’est en train de se destiner à croupir dans la fange de la dégradation massive et irréversible que le capital et ses tentacules impriment à absolument tout ce qu’ils touchent, sans exception.

    Heureusement, il y a aussi à l’heure actuelle, dans ce secteur, de véritables génies, mais ceux-ci sont discrets, et celles-ci sont discrètes. Dans l’ombre, puisque pour ce qui est visible, ce sont les perma-buzzers qui gouvernent. Da&ns l’ombre, ces gens de qui il y a énormément à apprendre, en quantité et surtout en qualitatif.

    Aussi bien autant dire que je ne me reconnais en rien ni dans les jérémiades des pantins qui pensent gouverner quelque chose, ni dans le perma-business que je fustigeais à l’instant.

    On est dans de beaux draps.

    Comme l’avait dit Marx, toute bonne idée a tendance à s’involuer, c’est-à-dire à se retourner en son contraire. Qui porte le chapeau ?

    Merci encore Christophe, surtout continue !

    Voici pour mes quelques mots.

    Amitiés,

    Benoît

    1. Merci le gars Benoît !

      Rien à ajouter tant ton cri du coeur que je partage, est juste et sincère.

      INVOLUER comme se replier sur soi. Toutes les BELLES IDÉES finissent mal. C’est un fait historique.

      Porte-toi bien

  3. c’est curieux de voir comme on oppose finance et agriculture…
    pourtant, c’est tellement proche! Pour initier la réflexion, considérez que l’un comme l’autre peut être un outil formidable comme la pire des armes.
    Et que tout dépends de qui (et comment donc) les manipules, et dans quel but…

    merci pour vos articles!

  4. Bonjour,
    Cet article pose très clairement des questions qui trottent dans ma tête depuis pas mal de temps.
    La question du travail gratuit est centrale et me rappelle une réflexion d’une très vieille dame du village (famille de notables qui possédait ici plusieurs maisons d’ouvriers agricoles), avec qui je discutais de l’entretien des toitures en tuiles canal, que le vent malmène régulièrement : « De nos jours c’est très cher, il faut appeler le couvreur. Avant, quelqu’un du village venait les remettre en place, et en échange on donnait une bouteille de vin ». On entend par « vin » non pas du Mouton Rothschild, mais une quelconque piquette propre à assurer quelques minutes de félicité et d’oubli.
    Les stagiaires et bénévoles ne seront pas assez nombreux pour soutenir le retour à la terre d’un grand nombre de personnes. Ce système fonctionne actuellement parce qu’il reste marginal ; tout le monde ne pourra pas « produire » de la formation.
    La solution passera par une remise en cause radicale et destructrice de notre mode de vie occidental, ET du capitalisme. Oh, c’est vrai, c’est un gros mot ! Parlons plutôt de tout système où une poignée de privilégiés profite du labeur de la masse, pas ou peu rémunérée. Ca, peu de gens ont envie d’en parler car ça nous entraîne bien loin de lendemains qui chantent…La grande majorité des occidentaux préfère croire que la science va permettre demain, en tout cas très bientôt, de nourrir l’humanité, quand bien même elle ne fait que démontrer jour après jour ses tendances destructrices, soigneusement camouflées derrière l’alibi à tout faire de progrès médicaux certains. Plutôt pessimiste je suis.

    1. Bonjour Christiane,

      Je partage complètement.

      Vous dites être pessimiste.

      Mais comment être optimiste tout en étant réaliste, c’est-à-dire en étant les deux pieds ancrés sur la Terre ?

      Belle journée

  5. Dans mon cours théorique d’agroécologie j’explique les différentes définitions de l’agroécologie et je fais un scénario de la France en 2050 entièrement agroécologique (au sens d’Altieri).
    Alors oui, l’agriculture industrielle s’évertue à récupérer et galvauder le terme d’agroécologie. Comme pour les OGM, démontons son discours.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.