Restaurer ses populations de vers de terre

Comment faire pour avoir un sol rempli de vers de terre qui le labourent, l’aèrent et le fertilisent à notre place ?

Autrement dit, comment travailler moins pour gagner plus sans travailler du chapeau ? 

Et pour commencer, je ne tire pas mon chapeau à cette initiative de Reporterre.net : Il faut un demi-siècle pour reconstituer une population de vers de terre ?

Cette affirmation, qui ferait passer n’importe quel agronome pour un clown, celui de service en l’espèce, ne s’arrête pas là. Dans sa conclusion, la journaliste enfonce le clou jusqu’à la tête :

Pour Daniel Cluzeau, géodrilologue*, nos pratiques actuelles ne sont pas en cause. Il faut 50 ans au moins pour qu’une population se reconstitue et sans doute notre lopin a-t-il reçu dans le passé une bonne dose de produits chimiques. (*) La géodrilologie est la branche de la zoologie qui étudie les vers de terre.

Au moins 50 ans, malgré de bonnes pratiques !

Il faudrait donc au moins 50 ans pour le géodrilologue breton, enseignant-chercheur à l’université de Rennes et membre de l’équipe de Recherche qui s’occupe du rôle de la biodiversité dans les processus écologiques, une des éminences grises sur le ver de terre.

Face au scientifique, mon statut de cul-terreux n’a pas fait long feu lors de mon contact avec le journal écologiste pour leur signifier que l’information était autant trompeuse que fausse. Alors, j’ai plié les gaules, et à l’instar du bambou qui plie mais ne rompt pas contrairement au chêne, en bon Saintongeais de souche, je suis revenu à la charge sans plus de succès.

– Circulez, y’a rien à voir !

Penaud mais têtu, je n’ai pas produit par hasard un film intitulé Tête de mule, j‘ai donc pris directement contact avec Mr Cluzeau. Et comme je m’en doutais fortement, il m’a confirmé ne jamais avoir dit ce que Reporterre.net lui a fait dire !

Alors, qu’a-t-il dit ?

Que cela peut prendre de 10 à 50 ans dans un NON-SOL.

Et ça change tout et d’autant plus à la lecture de l’article qu’il a co-signé en 1987 avec quelques poids lourds de la discipline : Marcel B. Bouché, Paul Trehen et Jean-Jacques Brun. Biostimulation : perspectives et limites de l’amélioration biologique des sols par stimulation ou introduction d’espèces lombriciennes.

Extrait : Dans les sites DÉFAUNÉS (terril de déchets miniers, gravières, décharge publique …) la restauration des communautés édaphiques est fonction :

  1. des techniques d’ablation et de reconstitution des sols,
  2. des apports chimiques et organiques à la reconstitution,
  3. des potentialités faunistiques des milieux environnants,
  4. du couvert végétal,
  5. de l’utilisation ultérieure du nouveau milieu

Note : Là où Reporterre.net s’est littéralement planté, c’est que la durée était limitée à des milieux artificiels et dépourvus de vie.

Extrait : DUNGER (1966 et 1969) montre l’évolution de la micro et de la macro-faune à partir du stade pionnier – 1 an après la restauration – jusqu’au stade forestier 10 à 14 ans après. A la domination de la micro-faune des premiers temps succède la faune des macroarthropodes puis les lombriciens épigés. Les espèces anéciques, fonctionnellement liées aux processus de pédogenèse, ne colonisant ces nouveaux milieux que 10 à 50 ans après leur transformation


Clair, net et sans bavures

C’est du bon sens paysan, dans un NON SOL, le retour de notre lombric commun prend du temps.

Mais transformer ce cas ultra-particulier du terril stérile en cas général, interroge. Certes, l’erreur est humaine, et tout cela serait finalement risible si Internet n’était pas pour beaucoup, la première source d’information pour se former comme l’étude sur l’autonomie pilotée par le Jardin-vivant l’a montrée en 2015.

Crue, l’information serait-elle trop fade ?

C’est la question que l’on peut se poser. Publié le 5 nov. et lu par des dizaines de milliers de lecteurs, l’article est toujours en ligne et continue à désinformer. Mais pourquoi beaucoup de médias ont-ils ce besoin incessant à toujours surenchérir jusqu’à en déformer la réalité ? Nue, l’information ne serait-elle pas assez aguicheuse ? Une autre revue du web titrait la même semaine : 800 kg de légumes et 400 poissons par an… sur 15m2 !

Atteint-on des sommets ou touchons-nous le fond ?


Le sol, un écosystème obscur

Pour refermer ce dossier, c’est tellement compliqué d’y voir clair que nous devons dans la limite de nos compétences, essayer de ne pas obscurcir ce qui est déjà trouble !

Trouble, parce que le sol est l’un des trois milieux où se manifeste la vie sur la Terre, un écosystème à part entière dont le fonctionnement reste autant trouble qu’obscur et impénétrable même aux yeux de nos meilleures sommités.


AGGRADER

Avant de vouloir reconstruire ce qui a été déconstruit ou d’aggrader ce qui a été dégradé, commençons par étudier les causes.

Au sujet du ver de terre, j’ai écrit le 31/10/16 : « Les causes de leur effondrement sont similaires à celles des abeilles. En cause, les pesticides puisqu’il n’y a aucune évaluation de leur toxicité sur les populations de lombrics ! En cause la loi qui permet de les épandre, en cause les élus qui font les lois…. – Art. du 05/12/16Mais une autre cause est plus sournoise : la raréfaction de la nourriture puisque les agriculteurs ne nourrissent plus leurs sols. Et autant les gros vers aiment l’herbe tendre ou les paillis en décomposition, autant ils ne digèrent pas ces petits granulés blancs qui ressemblent à s’y méprendre à des granules homéopathiques ! »

Bienvenues dans le monde des apprentis sorciers

Je reviendrai sur les causes puisque tous les pesticides ne sont pas à mettre dans le même sac, et autant l’action des molécules nématicides a été fatale pour beaucoup de nos camarades, autant la Bouillie Bordelaise et les matières actives cuivrées type sulfate, hydroxyde ou oxychlorure de cuivre, toutes autorisées en AB, ont également été fatales aux populations à cause de leur rémanence dans le sol.

Le sujet est complexe à l’instar du glyphosate et de sa célèbre formulation commerciale. En effet, si d’après ses défenseurs, le Roundup est « apparemment » inoffensif à court terme sur les populations lombriciennes, à noter que cet argument ne repose sur aucune étude.

L’effet cocktail

Et comme le glyphosate est la molécule de synthèse la plus utilisée en agriculture juste derrière le gazole, je doute que sa concentration dans les milieux, couplée aux interactions avec les autres molécules chimiques, ait un impact favorable sur la santé du ver de terre. C’est l’effet Kiss-cool du cocktail Molotov, une bombe à retardement pour lutter contre la surpopulation.

Qui a dit que nous ne prenions pas soin des générations futures ?

De plus, toutes les espèces de lombrics ne sont pas logées à la même enseigne quant à la toxicité des pesticides. Certaines, comme le lombric commun, sont plus sensibles que les autres comme le démontre cette étude de l’INRA.


ORTIE ET PIPI

Sans surprise, si vous mettez un ver de terre dans une bouteille remplie de purin d’ortie ou d’urine, il se noie d’autant plus vite, qu’il y a été précipité la tête la première sans bouteille ni tuba.

Et sans vouloir provoquer une tempête dans un verre d’eau, parce que ce n’est pas le style de la maison, l’impact des PNPP type purin d’ortie n’a fait l’objet d’aucune étude contrairement à l’urine humaine utilisée comme fertilisant en agriculture.

Au fait, savez-vous pourquoi le ver de terre crie – Aïe, ça brûle ! – quand on lui pisse sur la tête ? Un peu de jugeote, c’est comme si vous preniez une douche avec une eau à 62°C ! Raison pour laquelle au Jardin-vivant, on vous conseille depuis longtemps de pisser directement dans l’arrosoir pour ceux qui savent viser. Pour les autres, lavez-vous les mains ou empruntez la technique du genre dépourvu de ce bel appendice dont le mâle n’est pas peu fier, sauf s’il est petit et maigre…

UN TRUC POUR LES FILLES ! Dans mon entourage, toutes les femmes qui récupèrent leur urine quotidiennement ou régulièrement, utilisent cette technique très astucieuse : coupez le haut d’une bouteille d’eau en plastique, puis avec un briquet, faites fondre légèrement le plastique du rebord jusqu’à ce qu’il soit doux au toucher.

Ensuite vous avez simplement à mettre la bouteille entre les cuisses, les vôtres de préférence, pour faire pipi. Autre avantage non négligeable, c’est une expérience unique pour une femme de pisser debout.

 

Le pipi fortement toxique pour les vers de terre ?

J’avoue avoir été surpris de lire cette conclusion dans le résumé de la thèse de doctorat d’Andréas Muskolus qu’il a publié en 2008 : Anthropogenic plant nutrients as fertiliser. Antropogenic = dont la cause est humaine, non naturelle. Extrait

 Des expériences en laboratoire ainsi que des études sur le terrain ont montré que l’application d’urine humaine affecte sévèrement les vers de terre, mais les composants nocifs n’ont pas pu être identifiés. Les résultats suggèrent que l’effet est de court terme seulement. Les activités des enzymes microbiennes du sol n’ont pas été influencées par les engrais urinaires. Quant aux pratiques agricoles, il est recommandé de ne pas l’incorporer directement pour empêcher les vers de terre d’être en contact direct avec l’urine.

Mais l’excellent document Suédois de référence sur l’urine du Stockholm Environment Institute, EcoSanRes Series, 2009-1 : Conseils Pratiques pour une Utilisation de l’Urine en Production Agricole, précise à ce sujet à la page 17 : « La fertilisation à l’urine s’est révélée faire reculer temporairement la population de vers de terre, mais l’effet n’est pas permanent et après environ 6 mois, la population s’était rétablie. Ceci a fait l’objet d’un examen pour savoir si cette réponse était liée à l’ammoniac ou aux produits pharmaceutiques contenus dans l’urine. Cependant aucune relation n’a pu être faite.

( A.Muskolus, 2008)

À suivre


CHAULAGE

Dans la même veine, j’ai été très surpris de découvrir dans une publication scientifique, que le chaulage – l’épandage de chaux vive à ne pas confondre avec le marnage ou le calcaire broyé – serait profitable au développement des vers de terre.

Parce qu’elle est très agressive sur l’écosystème, précisons d’emblée que cette technique est interdite en agriculture bio.

Ensuite, sa fabrication étant très énergivore, vu le contexte climatique, cette proposition interroge. Et d’autant plus que sa finalité n’est pas de fertiliser ou de nourrir le sol mais d’en modifier artificiellement la composition physico-chimique à la seule fin d’accroître la biodisponibilité de certains éléments minéraux.

« La chaux enrichit le père et appauvrit le fils » disait un vieil adage paysan plein de ce bon sens que nous avons oublié. Ceci dit, il résume parfaitement cette technique.

Vive ou éteinte

La chaux assèche et brûle les muqueuses. Pour ceux qui en doutent, tremper-là dans l’eau, trempez-là dans la chaux, et vous aurez une main toute chaude ! Et quand la chaux touche les muqueuses de notre lombric commun venu brouter à la surface, je doute qu’une bonne rasade de cette poudre blanche dans ses naseaux le fasse planer !

De surcroît en no labour, no bêchage et no retournement puisque la chaux ne sera pas dispersée dans le sol mais formera un film qui migrera, concentré, dans ses profondeurs. Dans ces conditions, impossible à nos lombrics d’échapper aux mailles du filet. Par ailleurs, permettez-moi de douter des bienfaits d’une telle concentration au niveau des racines.

En attendant la suite,

visionnez ce document exceptionnel qui date de 1973…
Même le bois ne lui fait pas peur, enfin presque !

 

Créer une butte de culture traditionnelle

4 réflexions sur “Restaurer ses populations de vers de terre

  1. Je viens d’ouvrir votre site et je le trouve vraiment intéressant, une petite question , utilisez-vous l’urine diluée en pulvérisation sur la plante est-ce intéressant ou alors vaut- il mieux arroser directement aux pieds de la plante ?

    Réponse : directement au pied. Cg

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