Le ver de terre, un bien commun

Dés le commencement, ma position a été sans ambages : cette série sur le ver de terre vise aussi à lui obtenir le statut de RÉFUGIÉ POLITIQUE !

NON, je ne suis ni un hurluberlu ni un doux rêveur puisqu’il est prouvé que l’effondrement des populations colle avec la montée en puissance de l’agriculture hors sol.

En effet, le ver de terre est la victime collatérale de la politique agricole qui sévit sans mollir depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L’INDUSTRIALISATION DE L’AGRICULTURE, une histoire de débarquement qui n’en finit pas et qui s’est nettement durcie ces 50 dernières années.

Venue d’outre-Atlantique

Sur toute la planète, la politique agricole américaine déroule son tapis comme un rouleau compresseur nivelle. Insensible à l’élection et aux différents pouvoirs qui se sont succédés à la tête de l’État français, de Gauche comme de Droite, tous ont fait profil bas devant sa puissance de feu.

– Oui, il y a encore 50 ans, les terres de France et de Navarre grouillaient encore de vers de terre. Oui, de mes yeux je les ai vus, c’est au moins le bénéfice de l’âge…

– Non, je ne suis pas anti-américain, la preuve, mes articles sont véhiculés par Google, échangés et partagés sur Facebook, et mes livres sont vendus sur Amazon… C’est pathétique, je le concède.

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Dessin Célestin GODINEAU & NapTim

Prendre soin de la Terre

Si faire c’est dire, seulement dire ne sert pas à grand-chose quand agir permet de franchir le gouffre qui sépare la conviction de la réalité. Parce qu’avoir des convictions comme de l’éthique, c’est bien, mais est-ce suffisant ? Prenons un exemple : prendre soin de la terre, c’est bien, mais par où commencer puisque que le chantier est considérable.

Alors, j’ai commencé par me jeter à l’eau en envoyant une bouteille à la mer comme un marin à la dérive sur son canot de sauvetage ; j’ai envoyé une missive au Palais de l’Élysée le 30 novembre :

 Monsieur le Président de la République. Vous avez ri de bon cœur quand le ministre de l’agriculture a lancé de sa tribune le 24 novembre 2014 : « Merci à mon camarade le ver de terre, l’un des plus grands marqueurs de la bonne santé des sols et de la biodiversité ».
Pour la circonstance qui m’amène à vous, Monsieur le Président, permettez-moi de vous appeler camarade. En effet, votre camarade de l’agriculture ayant ouvert la voie, je m’y engage pour venir y plaider la cause de nos camarades vers de terre.
Je concède que la cause paraît bien dérisoire face aux multiples conflits qui ravagent notre planète, mais sans sol, ces conflits seront-ils plus apaisés dans un monde bouleversé par le changement climatique ? Lire la suite

Le problème c’est la loi

« Dans une société démocratique, l’existence naît sous la plume du législateur car aucun droit n’est conféré en dehors. » La permaculture vol.2 En effet, pour que le ver de terre soit officiellement reconnu comme un acteur charnière de la biodiversité, il doit déjà commencer par exister dans la loi. C’est le minimum requis pour être pris en considération, une charge qui revient en premier au législateur et à nos élus.

Encore aujourd’hui, le ver de terre n’a aucune existence juridique et pour faire un parallèle avec l’esclavage et la déportation massive des Noirs d’Afrique, la loi ne leur reconnaissait pas le statut d’être humain. Comme le ver de terre, ils étaient considérés comme des choses !

La comparaison pourrait être douteuse, sauf que la vie d’un esclave à l’époque n’avait pas plus de valeur que celle d’un ver de terre. Et d’ailleurs, quand une chose prenait les jambes à son cou pour s’échapper, fuir la barbarie, la loi disait qu’on pouvait lui couper les deux oreilles ou le jarret… C’est vrai que du côté du jarret, le ver de terre n’a rien à craindre et il peut même dormir sur ses 2 oreilles ! !!!

Bref,

Le problème, c’est Noé !

Quelle idée d’avoir oublié notre laboureur dans son arche.
Je m’explique.

Grosso modo, un propriétaire dispose de la vie de tous les animaux du sous-sol de sa propriété quand tous les animaux sauvages qui vivent sur son sol sont la propriété de l’État. Et tout ce qui appartient à l’État est réglé par la loi.

Et étonnamment, toutes les espèces qui appartiennent à l’État (bien commun), étaient dans l’Arche de Noé (pour ceux qui y croient). Alors, pourquoi les plantes, les champignons, les arbres, les vers de terre, les insectes et toute la faune du sol n’étaient-elle pas dans son bateau ? Parce qu’à l’époque, ces êtres vivants étaient considérés comme des choses !


 Le ver de terre, un bien commun

Si l’État reconnaissait que le ver de terre est un animal et pas une chose vivante, il serait obligé de se positionner quant à sa situation. Pourquoi ? Parce qu’il deviendrait un bien commun, sa propriété. Et l’obligation qui est faite à l’État de légiférer sur tous ses biens, permettrait également d’avoir un socle pour faire évaluer son statut juridique.

Prenons l’exemple du renard

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Peter Trimming creativecommons

Même si le renard a été classé pendant longtemps comme un nuisible, au nom qu’il est interdit de faire justice soi-même, il était interdit au citoyen lambda de le tuer. Pour le tuer en toute légalité, il fallait être habilité par l’État.

Victime de préjugés, le renard avait été classé À TORT nuisible. Mais le 1er juillet 2015, l’État a reconnu s’être trompé, le préjugé ne constituant pas un délit.

Enfin, c’est ce que je croyais ! Mais une lectrice, Émilie Vilfroy (cf. commentaire) m’a rappelé à l’ordre… Dans 3 départements, le renard a été effectivement retiré de la liste des nuisibles, mais ailleurs, le préjugé fait encore sa loi.

Alors pourquoi les préfets de ces 3 départements ont-ils pris cette décision ? Parce que le pain quotidien de goupil est fait de campagnols et autres rats taupiers ; un renard roux pouvant consommer jusqu’à 2000 campagnols par an, et de 6000 à 8000 toutes espèces confondues.

Et en définitive, pour l’agriculture durable qui travaille avec des couverts et des paillis, le renard est un AUXILIAIRE autant précieux qu’indispensable pour réguler les populations de rongeurs.

À noter tout de même, que notre renard ne rechigne pas à croquer du ver de terre comme tous les omnivores opportunistes.

Que dit la loi sur la reconquête de la biodiversité ?

Le 8 août 2016, le Président de la République a promulgué la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Et elle dit à l’art. 1386-19 :

Toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer. Puis à l’art. 1386-20 : Est réparable, dans les conditions prévues au présent titre, le préjudice écologique consistant en une atteinte non négligeable aux éléments ou aux fonctions des écosystèmes ou aux bénéfices collectifs tirés par l’homme de l’environnement.

CONCLUSION

Considérant que le ver de terre est unanimement reconnu par toutes les instances comme l’auxiliaire le plus précieux pour une agriculture durable et économe en énergie,

Considérant la déclaration de Monsieur le ministre de l’agriculture le 24 novembre 2014 et considéré qu’il est l’un des plus grands marqueurs de la biodiversité, notre ver de terre rentre donc en plein dans le cadre de cette loi. D’ailleurs, l’article 1386-21 est précis à ce sujet : L’action en réparation du préjudice écologique est ouverte à toute personne ayant qualité et intérêt à agir, tels que l’État, l’Agence française pour la biodiversité… /

Reste au Gouvernement à suivre la règle qu’il a édictée. En d’autres mots, l’État doit se mettre en conformité avec la loi dont il est l’auteur.

À suivre.


19/12/16

Le secrétaire général de la Présidence de la République m’assure dans un courrier reçu ce jour, que le Président a demandé que ma requête à la faveur de notre camarade soit transmise à Madame la ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur le climat.

 

N’hésitez pas à soutenir la dream team d’artistes, NapTim, qui a offert l’illustration.


6 réflexions sur “Le ver de terre, un bien commun

  1. Bonjour,
    Merci pour tous ces articles qui cherchent un chemin dans ce monde !
    Vous affirmez “parce qu’à l’époque, ces êtres vivants étaient considérés comme des choses !” en vous fondant sur la distinction vivants/choses intérieur/extérieur Arche de Noé ?
    C’est la première fois que je lis cela et je suis surpris.
    J’ai relu rapidement le récit de l’Arche de Noé (Gn 6,9) et je ne vois pas en quoi il fonderait cette distinction (par exemple des hommes sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur et considérés comme êtres de chair).
    Quelle source utilisez-vous pour cela ?
    Je vous remercie,

    1. Bonjour,

      Selon la légende, Noé doit embarquer tout ce qui vit. Tout ce qui vit est vivant.

      Et les vers de terre comme les plantes n’ont pas été embarqués. Belle journée.

    1. Bonjour Julien,

      En théorie, OUI.
      Mais d’un autre point de vue, qui peut obliger l’État à exécuter une décision de justice à son encontre… ?

      Sans être juriste, je crois me souvenir que le droit administratif prévoit même que l’administration ne s’exécute pas.

      Bref,

      pour un licenciement abusif, j’ai été 6 ans en procès contre l’État. J’ai gagné mes 3 procès dont 2 sans avocat où j’ai plaidé ma cause contre leurs avocats pour finalement ne jamais retrouver mon poste…

      On perd beaucoup d’énergie dans ce genre de combat déloyal.

      Pour info, j’espère que la lettre au Président apportera tous les effets escomptés. Belle journée.

  2. Question renard, malheureusement il est toujours en 2016 classé nuisible dans certains départements, notamment le cantal… Les arrêtés sont départementaux pour les listes de “nuisibles”
    Vérifie sur ce site : consultations-publiques.développement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-pris-pour-l-application-de-l-a1023.html
    Seuls 3 départements en France l’ont retiré de la liste.

    1. Autant beaucoup que vivement, MERCI

      L’article viens d’être corrigé. Belle journée

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