La sexualité du ver de terre mise à nue

Dire que le ver de terre a une sexualité débridée serait aussi racoleur que de soutenir qu’il ne prend aucun plaisir. Pourquoi ?

 D’abord, parce que tout le monde ignore s’il en prend. Ensuite, parce que l’Histoire nous a appris qu’il vaut mieux être prudent, car toute certitude est une impasse de la pensée ouverte comme autant de voies sans issue.

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Tirer comme un lapin

Une certitude, chez le lombric terrestre, on ne tire pas comme un lapin. Et sans vouloir offenser certains mâles de notre espèce, il prend même ce temps nécessaire au plaisir de l’échange. Soyons clairs. Mon but n’est pas ici de réveiller certaines frustrations féminines, même si nous devons admettre que les préliminaires font partie intégrante de la sexualité du ver de terre.

Un être sensible

Bref, j’imagine que ça peut faire rêver d’être considéré comme un être sensible, mais chez ce lombric qui niche dans les profondeurs du sol et qui passe son temps à faire des allers retours entre le sous-sol et le sol, comme s’il n’avait rien d’autre à faire que de mélanger la matière organique avec cette matière minérale qu’il remonte du fond de son trou, on s’accouple sur le sol, nu comme un ver !

Pas de brutalité ni de pluralité dans le monde des lombriciens, on fait les choses à 2.

Sans papa ni maman

À 2, mais sans papa ni maman puisqu’ils sont tous bisexuels ! Mais pas bisexuels comme certains humains ou les bonobos qui le sont tous comme les escargots, les limaces, et certains mollusques, poissons et autres reptiles… Non, puisque les vers de terre sont des bisexuels qui portent les deux sexes dans la même culotte ! Et c’est pratique car ils peuvent tout naturellement s’inséminer mutuellement pour se reproduire contrairement aux bipèdes même hermaphrodites.

Une relation tendue

Dire qu’il a fallu que j’attende ma 55eme année pour assister aux ébats langoureux de 2 lombrics terrestres ! Et d’en être troublé au point d’en écrire un article. Platement, je vous avoue avoir fait un bond quand j’ai voulu les toucher. Pas pour participer, je ne suis pas zoophile… Mais dès que j’ai satisfait ma curiosité en les effleurant, comme 2 élastiques tendus à bloc, ils se sont détendus comme une balle sortie d’un canon pour réintégrer leurs galeries respectives.

Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un ver de terre soit aussi vif. Très impressionnant.


Il y a ver et vers

Les vers anéciques dont le plus connu est le commun, d’où son nom, le lombric commun, vivent dans des galeries verticales contrairement aux autres membres de leur famille. Il est le dessus du panier, l’élite, le gratin ou la fine fleur ; celui qui vit le plus longtemps, jusqu’à 8 ans d’âge et qui besoin de 9 mois pour être mature ! Rien à voir avec le ver de terreau qui gesticule dans tous les sens, rouge pigmenté comme s’il avait pris un coup de soleil. À côté de cet excité, le commun est un temple de zénitude, celui qui construit des cabanes !

Un herbivore ?

Il a par ailleurs la particularité avec ses collègues qui vivent la tête en haut dans leur galerie verticale, et contrairement à tous les autres qui vivent couchés, à l’horizontal, de venir à la surface brouter l’herbe comme une vache.

Non, il n’est pas végan puisqu’il consomme local ! Mais il n’est pas pour cela stricto végétalien ou herbivore, même si certains voudraient en faire un cartonvore avec la technique de la lasagne ou du couvre sol cartonné, une technique qui revient finalement à lui faire manger des arbres dissous à la soupe chimique ! Et oui, le carton est fait de papier obtenu en faisant bouillir des arbres… D’accord, on a bien réussi à faire manger de la viande à des vaches. Et même à leur faire manger leur propre cadavre en farine. Et même à équiper certaines vaches d’un hublot comme une machine à laver !

Bref, heureusement que la bêtise est cantonnée à l’espèce humaine. Je n’ose imaginer si les animaux se mettaient à être aussi bêtes que nous.

Un cacavore

Même si beaucoup de nous se délectent d’être le nez dans leur merde comme si ça sentait bon, le ver de terre aime carrément la manger à ses heures perdues ou de disette. Il aime la remastiquer comme la vache aime ruminer. Au fait, savez-vous pourquoi elles ruminent ? Réponse ici.

Par contre, le ver de terre ne rumine pas ; même pas dans son coin ! En effet, on parle de rumination quand on ne peut pas exprimer quelque chose. On mâche et on remâche ses pensées. On panse pour soigner quand la vache entrepose l’herbe dans sa panse avant de la ruminer. C’est-à-dire que la vache remâche sa nourriture avant qu’elle ne sorte de son trou du cul contrairement au ver de terre. Beurk. 50 % de son régime alimentaire serait constitué de ses bouses. Vous me direz, c’est économique.

Vont-ils jusqu’à voler la merde de leur voisin ou à se livrer des guerres de bouses, je l’ignore.

Ni pipi ni caca

À ma connaissance, ni caca ni pipi dans les pratiques sexuelles du ver de terre ; seulement beaucoup de questions restent sans réponses. Comment savent-ils par exemple, que leur voisin de palier à la même envie au même moment ?

Voisin de palier parce que le ver de terre baise avec sa voisine… Le premier voisin qui sort la tête de son trou. Pan. Pour rappel, la voisine est un voisin chez le ver de terre commun. Mais cette chose en entraîne une autre : seraient-ils si enclins à s’accoupler si le coït était douloureux ? En d’autres mots, qu’est-ce qui les poussent à faire la chose ?

Certains objecteront l’instinct et son inné ! Je balaie cette idée préfabriquée qui consiste toujours à placer l’espèce humaine comme une espèce supérieure ; une espèce à part des autres, la seule à être régie par son intelligence… Chacun sait que notre complexe de supériorité est une pathologie narcissique et évolutive qui prend ses sources… Bref, ce n’est pas le sujet, mais celui de mon dernier livre.


Le plaisir sur la sellette

Croyez-vous que l’abeille mâle aurait envie d’enfiler sa reine s’il savait qu’en se retirant, il se ferait arracher les couilles et la bite ?

Croyez-vous que si la douleur précédait l’éjaculation, la surpopulation aurait vu le jour ? Une douleur comme une douleur aiguë du type aiguilles émoussées ou hameçons piqués dans le bout du pénis… Aie, t’es fou !

Je veux simplement dire qu’il est difficile, pour au moins l’un des partenaires, d’écarter la notion de plaisir de l’acte de reproduction. Et dans le cas du ver de terre, affirmer sans sourciller qu’il en prend serait autant hasardeux que d’affirmer qu’il fait sa giclette uniquement parce qu’il est programmé pour la faire comme un robot.

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Et si l’idée de la reproduction sans plaisir
était une idée contre nature ?

Il est manifeste que c’est le plaisir pris pendant l’acte copulatif qui nous encourage à recommencer. Et autant l’idée du bien-être est excitante, autant l’idée de la souffrance et de la douleur est repoussante. La peur nous fait perdre tous nos moyens. À l’opposé, l’excitation chez les mammifères mâles est requise pour la reproduction ; l’érection se nourrissant de l’idée d’un bien-être.

Il y a très longtemps, je fus vacher puis berger, payé pour les surveiller et les observer. Et je confirme qu’il faut être aveugle pour ne pas voir que le passage à l’acte chez l’animal, est motivé par du plaisir.

Un comportement lesbien

Pire chez les vaches dont le comportement naturellement lesbien saute à la figure.

Les vaches adorent se câliner entre-elles et se lécher mutuellement la tête et le cou en fermant les yeux… Et pas seulement ses zones quand elles sont en chaleur. Les vaches adorent la tendreté, les caresses et les câlins. Et il n’est pas de hasard, si en Inde, elle est considérée comme la Mère, la Mère universelle. Raison pour laquelle elle est sacrée. Dans d’autres traditions anciennes comme en Égypte ou en Grèce, il semble qu’elle ait eu un statut similaire.

Mais aujourd’hui, c’est une autre chanson quand elles arrivent à l’abattoir comme celui de Limoges qui a dernièrement défrayé l’actualité. Et même si dans un abattoir, les animaux ne ressortent jamais la tête haute, la cruauté à leur égard sera vue et jugée un jour comme criminelle.

Toutes les traditions anciennes respectaient les animaux qu’elles tuaient pour se nourrir. C’est une question de dignité. Soulignons au passage, le travail exceptionnel de L214.

Qu’est-ce que la reproduction ?

Pour commencer, la reproduction ne concerne que le monde du vivant ! Seule la matière biologique vivante se reproduit, pas la matière minérale…

Et pourtant, quelle surprise de constater que dans la Bible, quand dieu ordonne à Noé de construire son arche pour sauver les vivants, les plantes et les arbres ne font pas partie du voyage. Comme s’ils n’appartenaient pas au monde du vivant. Vous me direz que les vers de terre, première biomasse animale terrestre, ont eux aussi été oubliés.

Un passé partagé

Savez-vous qu’avec le lombric commun, nous partageons plus de 50 % de notre patrimoine génétique ? Un passé commun et partagé qui est loin d’être anecdotique.

Aussi, vu l’influence de la conception biblique sur notre représentation du monde, il nous serait sacrément profitable de reconsidérer cette vue. Parce qu’elle nous induit en erreur et nous aveugle d’autant plus, que depuis le 19eme siècle, on connaît le dénominateur commun au monde du Vivant : LA CELLULE. Tous les êtres cellulaires ont comme racine, une cellule souche.

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Sans sombrer dans l’anthropomorphisme

On peut dire que l’anthropomorphisme est la réplique inverse de la conception biblique, et certains pourraient croire à la lecture de cet article, que je suis allé m’échouer sur cet autre rivage de la pensée.

Tout d’abord, il faut bien différencier une dérive à l’exemple du courant ségrégationniste d’un papa et d’une maman qui colporte ce modèle familial dit « naturel », d’un dérapage contrôlé pour mettre en évidence que l’espèce humaine n’est pas une espèce à part.

En conclusion

Au départ, cet article devait traiter de la clé de voûte de la fertilité. Une donnée rarement prise en compte mais autant essentielle dans la dynamique d’un sol vivant que dans la sexualité du ver de terre, gros fabricant de fertilité comme vu à l’article précédent. Et comme la fertilité est à la base d’un sol vivant, vous avez compris que de fil en aiguille, je me suis un peu trop attardé en chemin….

En attendant, je vous laisse méditer les mots de Charles DARWIN, auteur du premier livre sur les vers de terre :

Amené à conserver pendant de longs mois dans mon cabinet d’étude, des vers, dans des pots remplis de terre, je me pris d’intérêt pour ces animaux, et je voulus rechercher jusqu’à quel point ils agissaient sciemment, et combien ils déployaient d’intelligence.

Et d’écrire plus loin : « Le terme de terre animale serait plus juste que celui communément usité de terre végétale.


3 réflexions sur “La sexualité du ver de terre mise à nue

  1. Ver de Terre, Terre de Vers, Terre animale, Terre végétale, Terre de déchets animaux et végétaux, Terre de déchets verts, Terre de couverts, Terre vitaminées, Terre humique, Terre de Terre, Terre à Terre, Terre en vie dans Le jardin vivant.
    Merci Christophe

  2. Valo:
    j’ai assisté, il y a quelques années à des ébats d’hermaphrodites. Deux limaces tachetées (15 cm de long, grosses comme le doigt) emballées dans leur gangue de glaire, suspendues à une pierre. Un spectacle très sensuel qui m’a fait penser: « ce serait vraiment chouette de se réincarner en limace. »

    1. Cher Valo,

      Clamer vouloir être réincarné en limace tachetée dans l’antre d’un gars qui aspire être réincarné en hérisson, as-tu conscience que c’est de la provocation ?

      Cherches-tu à mettre à bas une belle amitié dans d’atroces souffrances ?

      Enfin, t’as de la chance que je ne crois pas à la réincarnation…

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