Le ver de terre, une espèce à protéger

Pourquoi les vers de terre ne bénéficient-ils d’aucune protection, d’aucun plan d’actions national ou européen, d’aucune mesure dans la loi pour la reconquête de la biodiversité et finalement d’aucune reconnaissance ?

Pourquoi sont-ils toujours oubliés, alors que le site du ministère agricole ne tarit pas d’éloge pour ce travailleur de l’ombre ?

Première biomasse animale du sol, LA TERRE RESPIRE et S'ENRICHIT grâce à eux. Aussi, ce simple dessin pour illustrer que MÊME UNE GRELINETTE doit être utilisée avec parcimonie car son action détruit l'habitat des laboureurs.
De l’ombre à la lumière

 

Et du côté du ministère de l’Environnement et du secrétariat chargé de la biodiversité, notre ver de terre est loin d’être mis en lumière puisqu’il est carrément aux abonnés absents !
Comme s’il n’existait pas.
Eh oh la Gauche.
Eh oh mesdames Royal et Pompili, le ver de terre est aussi votre camarade, c’est votre camarade qui vous l’a dit : « Merci à mon camarade le ver de terre, l’un des plus grands marqueurs de la bonne santé des sols et de la biodiversité… » disait Stéphane Le Foll le ministre de l’Agriculture le 24 novembre 2014. Quel clown ce ministre !

Notre camarade le ver de terre

Plus qu’un camarade, c’est un véritable compagnon de route puisque parmi les animaux qui ne nous rendent que des services, le ver de terre arrive largement en tête, loin devant l’abeille. Pourquoi devant l’abeille ? Essayez d’en prendre une par la main pour lui faire un bisou…
Croyez-moi, l’abeille n’est pas câline ; nettement moins que sa cousine éloignée le bourdon ; cet insecte autant bedu que velu et qui a la tête sur les épaules… Je m’explique.

Le bourdon, un autre camarade

Avec son minuscule cerveau, il peut résoudre des problèmes mathématiques insolubles pour notre gros cerveau et il est capable d’espionner les abeilles pour leur soutirer des informations… Cerise sur le gâteau, il a le culot d’avoir de la culture ! J’ai quand même le sentiment que nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec cette bestiole, comme avec beaucoup d’autres…

Première leçon qui n’est pas des moindres : l’humain n’est pas une espèce à part.
Seconde leçon : les bourdons nous imitent, ils vont toujours à la facilité

Les limites de la camaraderie

Le bourdon, un autre camarade, mais une espèce non protégée comme l’abeille ou le ver de terre ! Quelle bizarrerie étrange !

Mais contrairement au monde des lombriciens, il bénéficie d’un plan national d’actions pour la préservation des abeilles et insectes pollinisateurs sauvages.

C’est bien, mais ça pose question. Enfin celle-ci : pourquoi ne pas protéger les espèces qu’on veut préserver ? Cette chose m’échappe mais n’échappe pas au ministre de l’Agriculture également ministre des industriels de l’agroalimentaire, ceux qui poussent des quatre fers pour une industrialisation totale de l’agriculture.

En effet, si le bourdon, l’abeille ou le ver de terre avaient le statut de réfugiés politiques d’espèces protégées à cause de cette politique agricole, pour ces industriels, ce seraient de nouvelles contraintes qui affaibliraient à coup sûr la compétitivité de leurs entreprises. Et finalement des contraintes qui pèseraient trop lourd sur l’emploi. Enfin ça, c’est leur discours pour nous faire peur.

Protéger les industriels ou nos camarades ?

Un choix cornélien qui revient à choisir entre l’intérêt individuel et le bien commun… 😀

Bref, si les abeilles, bourdons et autres vers de terre étaient des espèces protégées par la loi, il faudrait réévaluer l’impact des OGM et de certaines techniques agricoles comme les labours profonds ; réévaluer tout l’arsenal chimique de cette agriculture dont les pesticides, les régulateurs hormonaux et les antibiotiques. Mêmes les normes de la fertilisation de l’agriculture bio seraient à revoir !

Un sacré chantier. Et du coup, beaucoup de choses à revoir pour ne pas handicaper l’avenir des générations futures. Mais par souci d’économie, on leur pisse à la raie aux enfants de nos enfants.

Un camarade qui pèse lourd,
première biomasse animale terrestre.

Les vers de terre sont parmi les plus célèbres habitants du sol et ils représentent la première biomasse animale terrestre  : une tonne par hectare en moyenne. Info CNRS

Une tonne et jusqu’à 4 tonnes/ha dans certaines prairies, mais aujourd’hui 200 kg voire moins dans beaucoup de sols à grandes cultures… C’est du lourd ou je ne m’y connais pas.

Séquence souvenirs ! Quand venait le temps des labours sur la ferme, des centaines de mouettes nous accompagnaient pour leur festin annuel tant les vers grouillaient sur le sol derrière le soc. Assis sur l’aile du tracteur, car à l’époque les cabines n’existaient pas, elles volaient autour de nous, se chamaillant, criant excitées comme des puces. Mais aujourd’hui, beaucoup préfèrent rester au large parce que les populations de vers de terre se sont effondrées.

ver

Les causes de l’effondrement

Les causes de leur effondrement sont similaires à celles des abeilles. En cause, les pesticides puisqu’il n’y a aucune évaluation de leur toxicité sur les populations de lombrics !

En cause la loi qui permet de les épandre, en cause les élus qui font les lois.

Mais une autre cause est plus sournoise : la raréfaction de la nourriture puisque les agriculteurs ne nourrissent plus leurs sols. Autant les gros vers aiment l’herbe tendre ou les paillis en décomposition, autant ils ne digèrent pas ces petits granulés blancs qui ressemblent à s’y méprendre à des granules homéopathiques !

Tendre la main à notre camarade

La pollinisation par les insectes (abeilles à miel, abeilles sauvages, syrphes,papillons…) est un service rendu par la nature, indispensable à la survie des trois quarts des espèces de plantes à fleurs, y compris agricoles… Source ministère de l’Environnement.

Et les vers de terre madame la Ministre ?

Et tous les services qu’ils rendent aux nations. Que des avantages et des bénéfices puisque grâce à eux, le sol respire et s’enrichit. Je ne vais pas ici lister tous leurs bienfaits pour l’humanité, les sols vivants et une agriculture pérenne, d’autres l’ont très bien fait avant : Écobiosoil, Lombritech, CNRS… 

Succinctement au sujet des lombrics, j’ai écrit dans mon second livre sur la permaculture : « Comment sous nos latitudes, mieux illustrer le fonctionnement d’une terre cultivable, ce milieu humide et vivant, avec un peu d’argile qui colle, un gros ver de terre, des racines qui aspirent et quelques déchets végétaux ? »

À l’extrême, sans pollinisateur, les humains pourront toujours polliniser à la main. Et c’est d’ailleurs ce que l’on fait déjà dans certaines régions de Chine où la pollution les a détruit. Mais qui va remplacer le travail inlassable et souterrain du ver de terre ?
Moi, non merci !

Le ver de terre, une espèce à protéger !

N’est-il pas idiot le titre de mon article puisque dans le monde des lombriciens, tous les vers ne se ressemblent pas ? Ce monde souterrain étant composé de plusieurs centaines d’espèces qui n’ont pas toutes les mêmes fonctions.

Et il serait probablement autant idiot qu’irréaliste de vouloir protéger toutes les espèces de vers de terre. Mais pourquoi ne pas commencer par ces gros vers anéciques qui vivent dans les profondeurs du sol, ceux qui sont probablement les plus en danger, ces gros fabricants de fertilité créateurs du complexe argilo-humique.

CONCLUSION

Aujourd’hui des dizaines de pétitions, d’actions et de mouvements plaident en faveur de l’abeille, et rien ou très peu en faveur du bourdon ou des vers de terre. Que faire sinon faire pression, faire du lobbying en faveur des vers de terre sur les pouvoirs publics pour que des mesures soient prises : Le ver de terre s’invite dans la campagne présidentielle !

Et je termine par une belle connerie dont les humains ont le secret bien gardé. D’après une étude scientifique, les vers de terre émettraient trop de gaz à effets de serre… Une étude financée par les lobbyistes de l’agriculture hors-sol.


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