Secrets de jardiniers : Valo Dantinne, agroécologiste

Pourquoi suis-je allé à la rencontre de Valo Dantinne ? Jardinier à Terre et Humanisme et auteur de l’excellent livre : Le manuel des jardins agroécologiques.

La toute première raison est personnelle. En effet, chacun voit midi à sa porte et ayant ouï-dire qu’il appréciait grandement mes écrits, je me suis dit qu’un agroécologue qui prenait du plaisir à rire de mes digressions cultivées avec le soin de celui qui aime soigner pour faire du bien, pouvait finalement ne pas me faire de mal !

L’humus sur la sellette

Grand promoteur du compostage à chaud, Valo m’offrait en plus l’occasion de mettre dans la balance, cette autre solution pour nourrir la vie du sol.

Et bien même que je ne partageasse pas toutes ses vues, n’empêche que ses points de vues étaient sacrément passionnants, même s’il soutient sans œillère, que seul l’apport massif de compost mûr permet de fabriquer de l’humus. Un avis qui contredit d’une certaine manière celui-ci, mais qui ouvre un débat sain et fertile.

Et comme la fertilité est liée à la santé et à la vivacité, pourquoi se priver de nous agiter le bocal, plutôt que de camper sur nos certitudes de l’esprit. Parce qu’un esprit sain c’est comme un sein, c’est tellement plus sain qu’un qui ne doute de rien !

Produire sa fertilité

Toutefois, Julien et Valo partagent de ne pas produire la nourriture de leurs sols. Et de ce fait, leurs 2 modèles ne sont ni reproductibles ni transmissibles en l’état puisqu’ils sont liés à des conditions extérieures singulières. Ce point est capital, même s’il n’enlève rien à la pertinence de leurs discours réciproques.

Et à ce sujet de l’auto-fertilité, je suis bien placé pour m’exprimer puisque c’est le cœur de mes recherches depuis des années. Des recherches qui broutent comme s’il n’y avait aucune solution, sauf à y injecter un peu de pétrole et beaucoup de travail manuel. Qui a envie de cela aujourd’hui ? Personne. Lire ici un bilan de mes travaux – Chapitre : C’est beaucoup de travail.

Il n’y a pas 36 solutions

Pas 36, mais seulement 4 possibles :

Produire la nourriture de ses sols, la récupérer, l’acheter ou cultiver hors-sol.

Et en hors-sol, on utilise le sol comme un substrat ou un support de culture en nourrissant seulement les plantes.

En Europe et encore plus en France, 100 % des fermes dépendent de l’extérieur pour leur fumure. Même les micro fermes ou les fermes d’avenir. Prenons l’exemple de la ferme-école du Bec-Hellouin en Normandie. En intégrant dans les calculs, la surface de production pour nourrir ses sols et obtenir ses performances, nous devrions parler d’une surface agricole utile d’environ un ha et non 1000 m². Ce qui est déjà tout à fait exceptionnel.

Fumer le sol

Aujourd’hui, la fumure est peu chère et sous-valorisée à mon avis. Mais une fois que nous aurons épuisé certaines réserves naturelles non renouvelables à l’exemple du phosphore qui est quasiment épuisé et qu’il faudra bientôt extraire des matières organiques… Et cela changera la donne et ruinera à néant tous les modèles agricoles.

Idem pour le pétrole dont la fin est pour la fin du siècle. Et après, on fait comment puisque toutes les agricultures reposent sur le pétrole. Même la permaculture et l’agroécologie dépendent du pétrole à cause de la production de la fumure qui en demande beaucoup…

Mais la réponse n’étant ni économique ni écologique mais sociale, il coulera longtemps de l’eau sous les ponts avant que ce problème majeur pour les générations futures soit pris en considération.

FUMURE : vient de fumier. Fumure minérale ou organique. Apport de biomasse pour nourrir la vie du sol et des plantes. Voir Paillis. Quand on fume, on amende son sol, c’est-à-dire qu’on cherche à le rendre plus fertile.

Aujourd’hui, personne ne veut aborder cet épineux sujet du nourrissage des sols car il demande beaucoup de surface agricole en plus, et beaucoup d’énergie MUSCULAIRE.

Motus et bouche cousue

Et tous les livres évitent soigneusement le sujet de l’auto-fertilité, car même dans le monde de l’édition, on exploite la permaculture comme un filon en publiant trop souvent des pseudo solutions issues de copiés-collés, du facile, du rêve et de l’illusion.

Il y a quelques semaines, c’était les Éditions Solar qui me proposaient d’écrire sur le coin de la table, un livre révolutionnaire et commercial sur la permaculture dans des conditions proches de l’esclavage ! Nous vous tiendrons la main qui tient la plume m’a dit une jeune femme… Bref, je l’ai invitée à se pencher sur mes écrits pour calmer ses ardeurs… Solar appartient à un groupe qui pèse plus de 4 milliards d’euros !

Revenons à Valo

Autant j’avais été sonné que Pierre Rabhi revendique devant mon micro la filiation biodynamique de l’agroécologie, autant j’ai perçu l’ouverture du libre penseur pendant l’interview de Valo.

Et aujourd’hui, dans la permaculture, l’agroécologie et toutes ces nouvelles disciplines issues de la mise à jour des savoirs traditionnels, nous avons réellement besoin de pensées libres et libérées des discours dogmatiques.

Une belle rencontre

Je voulais rencontrer Valo pour qu’il m’explique pourquoi, pourquoi les jardins de Terre et Humanisme sont souvent raillés à l’exemple de ce courriel reçu et qui en illustre beaucoup d’autres : 

Nous étions curieux et impatients de voir les jardins de Terre et Humanisme. Quelle déception, des jardins peu remplis, des plantes chétives, certaines malingres, envahis de mauvaises herbes. Comment valider l’agroécologie et donner envie à des jardiniers de faire évoluer leurs pratiques s’il y a peu de légumes à récolter…

Et plusieurs articles publiés sur internet vont dans ce sens. Valo Dantinne m’a expliqué et je l’ai enregistré pour ne pas perdre une goutte de ses mots.

Ceci étant, en France, il y a deux références : les superbes jardins luxuriants de la ferme école du Bec-Hellouin pour la permaculture, et les jardins de Terre et Humanisme pour l’agroécologie. Certes, l’un a de l’eau quand l’autre en manque, mais n’empêche que ces 2  jardins sont des vitrines. Et nul besoin de dessin pour comprendre l’engouement du grand public pour la permaculture.

 


La parole à Valo

Ils sont partis d’une terre ingrate, sans eau, sans sol…

Ici, un hectare peut faire vivre une famille.

Nous travaillons sur des buttes basses.

À propos des jardins-forêts : les vergers potagers, une foutaise écologique…. Tous on y a cru !

 



L’agroécologie est-elle un attrape-nigauds ? 1/3

10 réflexions sur “Secrets de jardiniers : Valo Dantinne, agroécologiste

  1. Salut à tous, désolé pour la réponse tardive:
    Cantalou:
    -compost et mulch sont complémentaire, bien sûr et n’oublions pas les engrais verts. Ce sont les 3 mamelles de l’agriculture du vivant.
    Chez nous le compostage de surface ne suffit pas à aggrader les sols assez rapidement, or nous voulons produire assez rapidement des légumes de qualité. 2,5 % de MO, c’est pas le désert, mais ce n’est pas suffisant pour assurer une bonne santé des légumes. L’apport de fumier sur ces terres est nécessaire tous les 3 à 4 ans pour ne pas perdre la fertilité acquise. Les compost végétaux ne sont pas assez riche que pour augmenter significativement la fertilité du sol sur le long terme.
    Sol limoneux = rêve des jardiniers! En principe. Nous avons peu d’argile et beaucoup de limons fins colmatants et peu de petits cailloux pour drainer, d’où un sol qui se compacte rapidement et devient dur comme du béton.
    Sauf dans les jardins uù la terre a été améliorée.
    EAU: sans eau pas de vie, trop d’eau pas de vie, pas d’air pas de vie. Notre boulot: assurer une bonne aération du sol et une hygrométrie ad hoc, conditions de base du développement de la vie. Après: apport de matières organiques suffisantes et réfléchies.

  2. Salut,
    super article et itv

    Le lombricompost aide probablement à « lancer » la vie du sol et certainement à augmenter plus rapidement la fertilité d’un sol qu’un mulch seul. C’est ce que nous faisons dans notre jardin.
    Mais un compost sans mulch ne nourrit guère la vie du sol et ne le protège pas, c’est un fertilisant, pas un amendement.

    Valo :
    Partir de 2.5% de MO, c’est pas si mal, c’est loin du désert quand même !?
    Et un sol limoneux n’est-il pas le rêve de bien des jardiniers !?
    Y a t’il des vers du fumier dans vos composts à chaud ?
    La clé, c’est l’eau !?
    Ici on ne peut pas cultiver sous ou à proximité des arbres non plus, la concurrence racinaire et en lumière diminuent le rendement de 70 à 90%.

    Moilamain :
    Je crois que nous sommes plusieurs avec Raymond à penser que le sol s’améliore avec le mulch ou compostage de surface ainsi que Bill Mollison, Claude Bourguignon, Emilia hazelip, Masanohu Fukuoka et etc… (vous connaissez peut-être ces personnes !?)

    En résumé, peut-on dire que sur notre belle planète, le compostage de surface « agrade » les sols de toutes les forêts, prairies, champs et jardins naturels (Universalité !?) sauf dans vos jardins ?

    merci
    Julien Delmas

    1. Merci Julien pour ton retour,

      Même si ce commentaire ne m’est pas destiné, je me permets d’y mettre mon grain de sel…

      – On ne peut pas dire qu’un compost ne nourrit guère la vie du sol : tout dépend du volume apporté !

      – Quant à opposer un fertilisant à un amendement, les mots veulent dire exactement la même chose : améliorer la fertilité.

      ———————- AUTREFOIS

      Ceci étant quand mon père et mon grand-père labouraient leur terre il y a 50 ans, leur sol grouillait de vie, des millions de gros lombrics et des centaines de mouettes qui les suivaient à quelques mètres pour ce festin annuel !

      Et le seul fertilisant qu’ils utilisaient pour leur champ, était le fumier de la ferme. Pas d’intrant extérieur.

      Ceci pour dire que l’effondrement de la fertilité s’est déroulé en moins d’un demi siècle et qu’elle est multifactorielle.
      Par ailleurs, tout ceux qui sont nés dans une ferme en auto fertilité, savent que la vie était difficile.

      ———————– FERTILITÉ

      On doit prendre en compte que les résidus de récolte sont aussi une nourriture pour la vie du sol, certes insuffisante ,mais loin d’être négligeable d’autant qu’en grandes cultures, type céréales, il est quasi impossible d’avoir un couvert permanent sauf en vert, mais c’est loin d’être suffisant pour maintenir le fertilité d’un sol.

      De plus, les engrais verts vont de pair avec la consommation d’énergies fossiles pour alimenter les gros tracteurs obligatoires pour cette agriculture du non-labour.

      Comment faire ? Quelle est la bonne solution ?

      ——————————————- BIODYNAMIE

      Pierre Rabhi m’a rappelé en qualité de disciple de Steiner, que l’agroécologie n’était que de l’agriculture biodynamique (je ne partage pas son avis et je suis même à des années lumières de cette conception.

      Ceci étant, la biodynamie dit que la fertilité ne dépend pas des nutriments et de la vie du sol, mais à 80 % des forces du Cosmos d’après ce leader. https://www.ina.fr/video/I13030952/la-biodynamie-video.html

      Le couple Bourguignon s’inscrit également dans cette ligne http://calendrier-lunaire.info/lydia-claude-bourguignon-jardin-bio/

      Belle journée

  3. Merci !

    une fois de plus, démonstration est faite que chaque terroir (sol + climat) est différent et qu’il est nécessaire de le com-prendre, pour adapter les techniques de cultures mises en oeuvre.

    Contrairement à Raymond, je pense qu’il n’existe pas d’universalité dans la technique, certaines sont adaptés d’autres pas. Dans mes jardins, le compostage de surface n’améliore pas les sols (manque de pluviométrie et de régularité des pluies je pense), l’apport de compost si. Nous sommes donc 2 (avec Valo) à apporter une expérience montrant que le compost en paillage n’est pas meilleur que le compost à chaud.

    Toujours dans mon jardin, l’épandage de BRF en surface n’a produit qu’un effet très limité sur le sol (mais je n’ai pas de comparaison avec un enfouissement).

    Par le passé, les hommes ne choisissaient pas les pires endroits pour cultiver, mais les meilleurs. ça parait donc logique que le jardinage soit difficile dans les pires endroits.

    Je tempère les propos de Valo pour le jardin-forêt (qui parlait pour son terroir, peu propice à cela). Si l’on observe la diversité des écosystème sur terre, l’on constate que la quantité de biomasse végétale qui pousse est fonction de deux paramètres : la chaleur et la pluviométrie.
    Chaud et humide donne une forêt tropicale, chaud/froid et sec donne la toundra ou les déserts…
    Effectivement, le jardin-forêt n’est pas adapté dans le contexte de Terre-et-humanisme…

    Merci à tous les trois pour cette interview.

    Moilamain

  4. Difficile de traiter des fertilisations en quelques lignes ou quelques minutes.

    Les sols sont tous très différents et selon sa qualité e le climat, les techniques appropriées changeront:
    – le compostage de surface nourrit très bien le sol quand celui-ci contient assez de vie pour digérer la MO, (sinon perte par lessivage). id BRF

    Pour cela, il faut un sol pas trop déstructuré, qui contient beaucoup de microorganismes aptes à manger la MO qu’on lui donne.
    -le compost en tas ne pollue pas le sol par excès de matières fertilisantes quand les processus de compostage sont maîtrisés et le compost utilisé à temps. Le sol sous le compost n’est pas enrichi. sauf si on le laisse traîner trop longtemps (lessivage). Je ne peux pas cultiver les endroits où j’ai fait du compost, il n’y a rien à manger pour les microorg du sol et, donc pour les plantes.
    -le compost en tas est prédigéré, ce qui aide les sols dégradés à absorber les éléments fertilisants et à refaire de l’humus. C’est pour moi la meilleure façon de reconstituer un sol, faire de l’humus en conditions extrêmes. (ex yaourth se digère mieux que le lait, si flore microbienne insuffisante)
    -le BRF est magique sur certains sols et pas sur d’autres. prudence et expérimentations avant sa généralisation à l’ensemble du terrain.
    suite plus tard, voilà mes stagiaires qui reviennent.
    A+, valo

    1. Valo,

      Merci pour ton retour,
      En effet, chaque terroir est unique et aucune réponse n’est universelle.

      Ceci étant et en dehors des vers de terre qui vont demander un certain temps pour reconquérir un territoire perdu, la plupart des micro-organismes s’enkistent dans le sol dés que les conditions sont défavorables.

      Ainsi, l’idée qu’un sol est mort, est une idée fausse. Et dès que les conditions redeviennent favorables, tout ce petit monde se réveille et la vie repart de plus belle. C’est spectaculaire avec les champignons comme on peut voir leur mycélium…

      Belle journée

  5. Salut Christophe, Valo et les autres,

    – La première, c’est sur le compost en paillage qui ne nourrit pas assez bien le sol c’est pourtant bien la meilleure méthode à mon sens qui soit car le sol récupère tous les bénéfices des plantes compostées par le travail des organismes vivants dans et sur le sol, alors qu’en compostant en tas ou andain la pollution due à la concentration en éléments fertilisants (naturels) est très importante ce qui fait dire à certains cultivez ou était le compost et jetez le il est vide, surtout si vous l’enfouissez.

    – La seconde, c’est au sujet du BRF et elle est de taille (si j’ose dire) il dit enfouir le BRF et détruire son sol pour plusieurs années; c’est normal il ne s’agit pas d’enfouir du BRF mais bien de l’utiliser en surface c’est primordial car sinon tu créé un déséquilibre identique à celui créé par la paille dans le fameux fumier (que je n’utilise plus depuis pas mal d’années) des matières ligneuses qui mobilisent les bactéries du sol pour dégrader la cellulose étant donné que ce sont les mêmes bactéries qui sont indispensables pour que les plantes se développent correctement (donc cela équivaut à se mettre une balle dans le pied pour courir plus vite)
    j’ai moi même utilisé le BRF (à son époque de gloire ) et surtout parce que j’en trouvai beaucoup sur les bords de routes.
    sur des courges à quelques mètres de distance j’ai planté des buternuts avec et sans BRF sans arrosage en 2006 je suis parti 2 semaines en Afrique au retour j’ai fait des photos que je t’ai passées cette après midi elles se passent de commentaire.
    avec BRF elles se sont très bien développées sans stress hydrique ni « faim d’azote » avec 30° et les autres sur sol nu non seulement elles n’ont pas poussé mais elles ont régressé.
    j’avais mis une bonne dizaine de cm de BRF en surface

    – Et la dernière pour cette fois, la lutte contre le carpocapse c’est assez simple en premier lieu il faut ramasser et éliminer toutes les pommes qui tombent sur le sol aussitôt qu’elles sont tombées sinon les larves sortent de la pomme et s’enfouissent dans le sol et ressortent au printemps suivant. ensuite il s’agit d’utiliser des pièges à phéromones qui capturent les mâles ce qui permet de réguler les populations et d’installer APRÈS la formation des pommes des pièges avec des substances sucrées pour attirer les papillons de nuit (le carpo est un papillon de nuit)

    voila je vous laisse méditer la dessus

  6. Salut Christophe,

    Je note beaucoup d’erreurs dans les propos de Valo mais bon il n’est pas le seul à en dire (moi aussi)

    1. Raymond,

      Peux-tu en citer quelques unes pour que Valo puisse y répondre ?

      L’objet de mes articles est de mettre en débat et d’échanger paisiblement sur des sujets de discorde, sachant que la finalité reste de nous accorder pour transmettre aux générations futures des données fiables et exploitables.

      Belle journée.

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