Un sol vivant avec Dominique Soltner

Réédition augmentée d’un article du 21 fév. 16

Quand Dominique Soltner m’a adressé ses deux livres, j’ai choisi de demander à un amoureux des livres de nous donner son avis, Christophe Bichon, activiste au Sens de l’Humus à ses heures perdues et co-organisateur des Estivales de la permaculture de Montreuil.

 

Christophe Bichon
Christophe Bichon

Pour ceux qui ne connaissent pas Dominique Soltner, enseignant de 1962 à 1972, il a publié son premier livre en 1968 et il est l’auteur qui a écrit et vendu le plus de livres sur l’agriculture !

Et même son Guide du nouveau jardinage est un véritable best-seller dans le petit monde de la permaculture, de l’agroécologie et de l’agriculture naturelle, il en vendrait en moyenne plusieurs centaines par mois. N’empêche que la majorité de ses ouvrages ont servi à former tous ces exploitants agricoles qui ont fini par tuer leurs sols !

Et quand on a plus de sol, on cultive hors-sol ! Mais la culture hors-sol a signé le glas de cette agriculture à taille humaine et en polyculture élevage qui reposait sur le système agro-sylvo pastoral.

Dominique Soltner
Dominique Soltner

Des livres avec plein d’images

Ceci étant, si la majorité des livres publiés sur la permaculture et le jardinage bio-écolo-naturel sont pour la plupart des recueils de copiés-collés où l’objet prévaut sur le contenu, avec un Soltner, le client en a pour son argent. Des ouvrages didactiques avec une profusion d’informations imagées et couronnées par une mise en page type « vintage ».

De la difficulté d’être objectif

Encore aujourd’hui, difficile pour moi d’être objectif à l’égard de son travail tant il est associé à mes 4 années d’études en lycée agricole. Et mon cerveau rappelle à mon bon souvenir qu’il était l’auteur de mes livres d’agronomie et de zootechnie ! 4 années sombres parce qu’à l’époque, ces lycées étaient des usines à bourrage de crânes, le 19ème siècle comparé à l’école publique.

Bref, est-ce que les choses ont beaucoup changé… Pas sûr vu le profil des agriculteurs qui sortent de ses moules !

Des pesticides au service de l’abondance

Ils nous gavaient comme on gave des oies pour finalement me gaver à cause de toute la somme d’informations à ingurgiter sans discuter… Spécialité protection des cultures. Protéger les cultures en faisant table rase du vivant. Le boum de l’agriculture hors-sol avec l’intégration des pesticides dans les techniques culturales et la molécule chimique comme un outil au service de l’abondance…

Bref, j’ai passé mes 2 dernières années à apprendre à détruire la biodiversité. Et je crois savoir que c’est toujours au programme 🙂

Je laisse la place à mon homo.


La révolution
d’un seul brin de paille

Christophe BICHON : Il est des livres qui bouleversent votre vie et votre vision du monde. Ceci est bien entendu valable pour la littérature classique, la littérature alternative mais également pour les ouvrages traitant de jardinage et d’écologie. Dans ce domaine mon premier choc fut la découverte du livre « La révolution d’un seul brin de paille » de Masanobu Fukuoka, ouvrage quasi philosophique mettant en avant l’agriculture naturelle et la pensée Zen du non agir.

Livre poétique mais très flou sur le plan pratique. À une époque où je cherchais désespérément des solutions techniques pour ne plus travailler le sol, les renoncules rampantes m’ayant fait comprendre mon erreur fatale de passer le motoculteur en sol lourd et argileux, j’ai découvert le Guide du nouveau jardinage de Dominique Soltner.

Nouveau-jardinage
Ce fut une vraie révélation, la découverte du Saint Graal du jardinage sans travail du sol, un livre devenu mon livre de chevet et que j’ai relu à plusieurs reprises dans la grisaille des transports en commun parisiens avec des rêves plein les yeux. Basé sur son expérience personnelle et loin des théories complexes et fumeuses, Dominique Soltner nous démontre avec brio que le jardinage n’est pas une affaire de spécialistes.

Il nous renvoie à l’un des principes de la permaculture qui est de « travailler avec la nature plutôt que contre elle », ce qui se traduira au final par un gain de temps et d’énergie (physique et fossile). Et pour reprendre un adage permaculturel, alors que les problèmes sont de plus en plus compliqués, on peut dire que les solutions n’ont jamais été aussi simples…

planter-des-haies

Quant à Planter des haies, même punition, c’est le livre qui demeure le plus complet et le plus abouti dans cette thématique ; un livre qui vous fera faire des économies (inutile de planter des sujets développés) et gagner des années sur la bonne implantation d’une haie harmonieuse.


Je partage les critiques de mon homo

Homo pour homonyme pour ceux qui auraient l’esprit mal placé…

Et Critique pour commettre un avis constructif et personnel !

Et pour l’être, critique, je vais ajouter mon grain de sel en revenant sur cette technique du compostage à froid car Monsieur Soltner l’utilise comme le socle de sa méthode. Une technique ancestrale qu’il a remis au goût du jour, une technique qui a beaucoup d’avantages, mais pas que… 😛


L’ART
DU COMPOSTAGE À FROID

Parce que dans le nourrissage du sol, il y a 2 écoles qui ont leurs adeptes.

Mais l’impact du compostage à chaud ou à froid sur le vitalité des sols dépassent largement l’appartenance à l’une ou l’autre école puisqu’il conditionne 2 types d’agricultures, parfois radicalement opposées.

Et autant ceux qui compostent à froid nourrissent TOUTE LA MATIÈRE VIVANTE de leur sol, à savoir la faune, la flore, les champignons, les bactéries, les archées et les virus parce que c’est elle qui fabrique la fertilité et l’alimentation des plantes, autant ceux qui épandent du compost mûr ne cherche qu’à nourrir leurs plantes.

La différence est considérable et dans beaucoup d’exploitations qui sont passées en bio, le compost a remplacé les engrais chimiques mais tout en restant utilisé à la même fin et de la même manière. Ce qui fait dire à certains, que composter, c’est polluer ! Un avis que je ne partage pas complètement, sauf que de changer un intrant par un autre intrant sans rien changer d’autre, donne une agriculture bio de moins en moins bio, en dehors du fait que le bio représentant tellement d’enjeux financiers aujourd’hui, le business passe avant le bio, et bien devant l’éthique. Mais c’est une autre histoire.

Je vous invite à lire sur le compostage à froid : Des centaines de variétés sur 300 m2 !


Mulcher ou pailler ?

Même si sur le fond, c’est la même chose, en France une convention veut que le mot d’origine anglaise, mulch, se rapporte à un apport de biomasse en vert (herbe fraîche par exemple) alors que le mot, pailler, définit une biomasse sèche type paille de céréales, feuilles ou foin.

Et la traduction exacte du mot mulch est : paillis

Qu’est-ce qu’un paillis ?

Selon le Littré de 1872, c’est une couche de litière courte ou de fumier non consommé, épaisse de 1 ou 2 doigts, que l’on étend sur les planches du jardin avant ou après les avoir plantées.

Outre qu’une planche est une butte de faible épaisseur, c’est la preuve irréfutable que toutes ces techniques présentées comme nouvelles, révolutionnaires, sont finalement héritées de l’agriculture traditionnelle, avant qu’elle ne se mécanise, se modernise et se diésélise.

En complément GRESSENT écrit en 1877 dans son Traité de la création des parcs et jardins : Non seulement le paillis maintient le sol frais et donne une nourriture additionnelle aux plantes, mais encore il empêche les mauvaises herbes de pousser et économise la moitié des arrosements.


Acheter ou produire

Savez-vous qu’en AB ou en agriculture biologique, vous avez le droit de nourrir vos sols et vos plantes avec des fumiers et des pailles contenant des résidus de PESTICIDES, de MÉDICAMENTS et d »HORMONES DE CROISSANCES ?

Quand vous achetez votre biomasse, la probabilité qu’elle soit contaminée est totale sauf à l’acheter dans une ferme bio, sauf qu’aucun « bio » ne marchandise sa biomasse, sauf à la soustraire à ses terres et à y créer un déficit de fertilité. À prendre également en compte que la production de balles rondes consomment beaucoup trop d’énergies fossiles.

La seule solution reste alors de la produire ou de la récupérer à l’exemple de Julien Delmas qui récupère environ 80% de sa biomasse, de feuilles mortes des parcs et squares de la ville qui l’emploie, ainsi que les bottes de paille et foin après des fêtes comme celles de la batteuse ou du comice agricole. Mais sa situation reste autant singulière qu’exceptionnelle.

La produire

Pour maintenir la fertilité d’un sol et reproduire la méthode Soltner, tout le monde s’accorde aujourd’hui sur un fait : il faut entre 3 à 7 fois de surface en plus de celle cultivée.

Je m’explique. Si vous avez un jardin de 100 M2, il vous faudra ad minima 300 m2 de terrain en plus pour produire la biomasse nécessaire pour nourrir la matière vivante vivant dans le sol de votre jardin. C’est beaucoup et beaucoup de travail car il faut la couper, mais aussi la faner et l’arrander avant de la rouler et de la transporter.

C’est beaucoup de travail

Pour vous donner une idée du travail que représente seulement la coupe ou le fauchage, on considérait au 19ème siècle qu’un très bon ouvrier pouvait couper à la faucille jusqu’à 2000 m2 par jour. La durée journalière de travail étant à l’époque de 10 à 12 heures. Mais ce même ouvrier pouvait atteindre 6000 m2 par jour dans du blé avec une faux !

Mais avec l’arrivée des faucheuses attelées, les limites ont été repoussées à 40 000 m2 par jour. Mais en contre partie, il fallait produire la nourriture pour les chevaux qui tiraient. Aujourd’hui avec du matériel de pointe et du gazole, on tombe 10 000 m2 en 45 mn… soit 140 000 m2 ou 14 ha par jour.

Je crois que la messe est dite. Et la tentation est grande de porter aux nues la technologie et les énergies fossiles, et de dire : au diable le réchauffement climatique et merde aux générations futures.


Merde aux générations futures !

Rien de choquant à le dire puisque tout le monde le pense sans le dire.

Le monde lègue ses merdes aux générations futures et se plaît et se complaît à être le nez dedans comme si ça sentait bon. Merde, les gens sont dégueulasses. Comment faire ? Quel est le meilleur compromis pour nourrir son sol sans y passer tout son temps et sans consommer de grandes quantités d’énergies fossiles sachant que :

  • Le compostage à chaud réclame encore plus d’énergie et de temps de travail.
  • Qu’on ignore toujours comment enrichir un terrain sans en appauvrir un autre ? En d’autres mots, on ne sait pas fertiliser un champ sans en dé-fertiliser un autre… alors que la fertilité est à la base de l’agriculture.

Le meilleur compromis

Vu mon expérience, le meilleur compromis pour produire la nourriture de son sol, est à mon avis la moto-faucheuse. Son principe de base date de 2 siècles et il est de loin l’outil le plus sobre à tous les niveaux : très faible consommation et facile à entretenir.

Par contre, tout le reste du travail se fait à la main, grâce à un râteau en bois et un bon coup de main ! Pour le transport, j’utilise la plus ancienne : la technique de l’âne. Et si vous n’avez pas d’âne, prenez un bourricot comme dans cette vidéo.

Râteau à foin


Permanent ou occasionnel

Tout dépend de votre terroir et de sa biodiversité. L’idéal voudrait qu’il soit permanent mais cet idéal représente également un bel idéal pour deux gloutons qui font rarement de quartier : le quatre-dents et la loche.

Pourquoi ?

Parce que le couvert permanent oblige le jardinier à faire lui-même le boulot pour les réguler. En effet, pour le Campagnol terrestre, rat-taupier, quatre-dents ou Arvicola terrestris pour les scientifiques, le mulch, le ,paillis et le paillage lui offrent le gîte et le couvert en le protégeant de ses prédateurs. Idem pour son pendant sans patte ni poils, la limace.

Inconvénient du paillis de printemps : il retarde le réchauffement du sol et suivant les régions, les terroirs et les expositions, décale le départ de la végétation..

Avantage de pailler l’hiver : si sous un couvert vert, l’activité biologique sera réduite durant l’hiver voire inexistante quand le sol est froid ou gelé, un épais paillage le protégera des aléas climatique tout en favorisant l’activité. Et comme c’est la vie du sol qui fabrique la fertilité, autant qu’il travaille l’hiver.

Travailler plus pour gagner plus !

 

 

3 réflexions sur “Un sol vivant avec Dominique Soltner

  1. Bonjour, j’ai pailler pendant l’hiver avec la coupe des herbes de cet été. (j’ai récupéré un terrain qui n’atait plus cultivé depuis 2 ans). Arrivent les premiers soleils agréables (je suis en Corse) et je lis qu’il faut permettre au sol de se réchauffer. Donc logique d’enlever cette couche de « paillis » (il est vrai très improvisée et avec les moyens du bord, en y ajoutant vieux bois et cartons)… En enlevant tout cela je constate une humidité et une vie animale très riche. Je me dis: dois-je continuer? Comment préserver cette vie si importante à vous lire? Dois-je aussi enrichir encore mon sol? (apport de fumier de cheval) J’ai acquis la fameuse grelinette, et ai compris qu’il ne fallait plus bêcher sur le mode « traditionnel »… bref, je ne me mêle pas de vos débats techniques tellement je suis sur une autre planète, car je débute et découvre ainsi la richesse et la complexité de la problématique, moi, le pitoyable béotien… Merci en tout cas pour votre compréhension et compassion!

    1. Bonjour Jean,

      Chaque cas étant particulier, je m’abstiendrai de tout avis sans connaître votre milieu.

      Ceci étant, les articles sur l’humus et la température devraient répondre à vos attentes. Belle journée

  2. Bonjour ,
    Compliqué en effet , comme vous le dites, je pense que le terroir a son mot à dire aussi .Actuellement je cultive une terre sableuse avec beaucoup de silex , un peu de limon et très peu d’argile ( impossible de réaliser une boulette ) . Ce genre de terre ne garde ( stocke ) pas grand chose .
    Du compost ( froid ) on n’en a pas assez pour la surface du potager ( 150 m2 environ ) , je rajoute donc du fumier reçu de l’éleveur voisin ( ce qui n’est pas vraiment compatible avec mon végétarisme , je sais ) que je mets en paillis en février ( les vers se chargent de l’enfouir ) et avant certaines cultures gourmandes je rajoute un peu d’engrais organique , toutes les fanes je les laisses sur le terrain au fur et à mesure des récoltes , peu de travail du sol ( grelinette ) sauf pour les légumes racines (croc ) .
    Sans tout ça , je crains que nos récoltes ne seraient que « misérables  » .
    Mais bon c’est vrai que tout cela a des impacts , et il devient dur de se dire que quoi que l’on fasse on nuit toujours à quelque chose …

    Je me suis permis la promo d’un de vos livres sur mon blog , j’espère que cela ne vous dérange pas .
    Cordialement .

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