Un autre regard sur la taille des tomates

Faut-il tailler ses tomates ?

Oui et non…

Cela dépend en premier de la variété, du climat, du micro climat, de l’exposition, de l’altitude et de la saison. Alors commençons par évacuer cette première idée reçue : je ne taille pas parce qu’à l’état sauvage, la tomate donne des fruits sans être taillée. Effectivement, sauf qu’en France, la tomate ne pousse pas à l’état sauvage…

Par ailleurs, les seules proches parentes de la plante sauvage sont les petites cerises. Quant aux autres variétés comme la bœuf ou l’ananas, il y a autant de différences qu’entre une yourte et un immeuble Haussmannien !

 

Que veut dire tailler ?

Tailler ne veut pas dire effeuiller car c’est grâce à ses feuilles que la plante respire. Et plus sa respiration est active, plus elle est en bonne santé, et plus elle fructifie. Au final, ce serait dommage de l’asphyxier ! Lire de quoi dépend la santé d’une plante !

Mais c’est également dans ses feuilles que la plante fabrique le carburant indispensable à son développement cellulaire. Et son volume de fruits étant conditionné par la quantité de carburant qu’elle produit, nul besoin de vous faire un dessin puisque que la tomate reste qu’un assemblage cellulaire comme un autre. Lire cultiver une autre logique.

À l’opposé,  enlever à partir de la mi-juillet ses vieilles feuilles du bas lui est souvent bénéfique car il permet à la lumière une meilleure pénétration. Et l’effeuiller à 80 % à l’automne permet un meilleur mûrissement de ses fruits. Par cette technique, il n’est pas rare en Limousin de cueillir nos dernières tomates au mois de novembre, et j’ai même vu mon père qui réside au bord de l’océan, cueillir une fois sa dernière pour Noël.

Ceci dit, sans taille ni effeuillage, dès le mois de septembre et suivant le climat, il est courant au nord de la Loire de voir les pieds attaqués par plusieurs types de champignons dont des moisissures.

Tailler la route !

Si tailler n’est pas effeuiller, faut-il tailler dans le vif comme on taille la route ? Non.

Parce que le mot tailler intègre quelque chose de radical avec un avant et un après. Mais tailler pour les adeptes  de la non taille, c’est mal. Et franchement, leur discours est souvent culpabilisant à l’égard de ceux qui taillent, comme si eux avaient une conscience supérieure ou dit autrement, le melon. Mais quand il s’agit de pincer le fruit du même nom, personne ne conteste cet acte parce que le verdict d’un pied de melon non taillé est redoutable sous nos latitudes… Et pincer en jardinage, c’est tailler, couper, supprimer, estropier, handicaper…

Handicaper !

C’est l’argument phare des adeptes du naturel intégral : la taille handicape la plante. Et de ce point de vue, ils n’ont pas tort car combien de jardiniers taillent jusqu’à les handicaper.

Tailler n’est pas handicaper

Et tailler doit profiter à la plante et ne pas l’handicaper.

Être un gain pour compenser le  déficit de synergie ou l’absence d’adéquation avec le terroir. C’est l’unique finalité de la taille, puisque n’importe quelle variété de tomate implantée dans son biotope originel, n’aura nul besoin d’un coup de main pour s’exprimer et profiter sans retenue du milieu. Rappelez-vous la phrase de Masanobu Fukuoka : « Plus les conditions de culture ressemblent au milieu naturel de prédilection de la plante en question, meilleur est le rapport kilojoules dépensés, kilojoules récoltés. »

Extrait Des sources de l’agriculture (2014) :

Une plante est indigène parce qu’elle vit et se reproduit uniquement là où le milieu est compatible avec ses exigences génétiques…. / Dans l’idéal, l’écart entre le sol (indigène) et la plante (exotique) devrait être le plus faible possible ; autrement la plante doit pour compenser, dépenser de l’énergie, et ce coût énergétique affaiblit ses capacités d’autodéfense tout en contrariant son développement.

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La tomate est une plante vivace

On oublie trop souvent :

  • Que c’est une plante exotique d’origine tropicale, vivace dans son milieu originel.
  • Qui craint l’humidité par temps frais (lire le commentaire de Cédric)
  • Exige beaucoup de chaleur et peut résister à la sécheresse.
  • Et dont l’activité biologique est réduite en dessous de 10°C alors que celle du mildiou s’active à partir de 11°C (Cf. commentaires)

Pour être en bonne santé, la tomate réclame des températures largement supérieures à 10°C. En aparté, savez-vous ce qu’est une plante vivace ? Réponse ici

Ceci dit, apprendre à la voir depuis son milieu d’origine peut beaucoup changer notre rapport avec elle. Quant à la température, je vais prendre l’exemple du jardin Vivant : 1°C à 6:30 le vendredi 15 juillet 2016. Et les premiers jours du mois d’août ne sont pas très chauds… 9 °C ce matin dans la serre ce qui fait un écart journalier de 30 °C. Les pires conditions pour la tomate car d’une manière générale, les plantes sont aussi sensibles que nous au climat et à ses variations, et surtout aux MICROCLIMATS. Une donne rarement prise en compte dans la culture alors qu’elle est capitale.

En écrivant ces mots, j’entends piailler dehors. Je sors et lève la tête pour découvrir une cinquantaine d’hirondelles alignées qui discutent comme elles le font ordinairement vers la mi-septembre avant de repartir vers l’Afrique. Sauf que nous sommes le 3 août… Pas d’inquiétude, rien à voir avec le changement climatique orchestré par les humains… 😛 


Est-ce que tailler favorise le mildiou ?
NON

À l’inverse, ne pas tailler peut le favoriser dans certaines conditions.

Mais d’une manière générale, ne pas tailler, c’est seulement s’exposer à des récoltes plus tardives, des fruits plus petits et des rendements plus faibles. SAUF à cultiver des variétés dites de plein champ et qui ont été justement sélectionnées pour n’être ni taillées ni tuteurées.


Si tailler n’est pas effeuiller,
qu’est-ce qu’on taille ?

Les rejets, les tiges secondaires et les bouquets floraux.

Les rejets. Il y a déjà ces tiges qui partent directement de la base du pied et que l’on appelle gourmands, drageons ou rejets et qu’il convient de supprimer particulièrement en culture sous serre ou à moins de vouloir se retrouver avec un énorme buisson. Mais rien n’interdit aussi d’en conserver un ou deux pour conduire sa culture sur plusieurs tiges. Souvent les professionnels les cultivent sur 2 mais à partir d’une tige secondaire.

À noter :

  • Qu’un pied vigoureux non taillé demande 4 fois plus de place, et encore plus s’il n’est pas tuteuré, sauf les variétés sélectionnées pour ne pas être taillées
  • Tous les rejets peuvent être utilisés pour créer de nouveaux pieds clones du pied mère. Pour cela, les mettre une dizaine de jours dans l’eau et dès qu’ils développent de nouvelles racines, les repiquer. Sauf pour les pieds greffés ou à moins de vouloir s’en servir comme porte greffe… Lire à ce sujet le post en images publié le 8 juillet sur le Facebook du Jardin Vivant : Comment faire et pourquoi greffer la tomate ?

Les tiges secondaires.  Souvent appelées à tort gourmands, ce sont les tiges qui poussent à la base des pétioles. Et c’est là que se joue l’art de la taille en fonction de « votre chez vous », du climat local et de la saison.

Déjà vous pouvez en conserver une pour faire une autre tige. Quant à les supprimer toutes dès qu’elles naissent, c’est à mon avis une grave erreur car elles sont porteuses de feuilles indispensables à sa bonne santé particulièrement quand elle est jeune. Par contre, il faut apprendre à gérer leur nombre et leur longueur en fonction de vos conditions. Les laisser porter 2 ou 3 feuilles mais supprimer tous les bouquets floraux sauf sur certaines variétés de cerises… Chaque cas est différent.

Ceci étant à partir de la mi-août, il faudra pour aérer le pied, les supprimer au fur et à mesure que l’on avance dans la saison.

Les bouquets floraux. À partir du mois d’août, supprimer tous les nouveaux pour que la plante se concentre sur ses fruits, sauf si vous cultivez dans le Sud et des variétés types cerises où cette opération peut être décalée d’un mois.

Votre pied de tomate,
qu’attend-t-il de vous ?

Un sol oxygéné pour qu’il puisse épandre ses racines, un sol vivant et équilibré pour se nourrir, et de la chaleur, de la lumière, de l’eau et de l’air.

Eau : Lire l’article sur les usages de l’eau par la plante. Par ailleurs et contrairement à une idée reçue, la tomate n’a pas besoin de beaucoup d’eau mais à l’inverse elle déteste avoir soif puisque le stress hydrique est toujours comme une porte laissée grande ouverte aux parasites.

  • Les mulchs verts ou secs – herbe verte ou foin – ont l’avantage de limiter les variations hygrométriques tout en maintenant l’humidité nécessaire au travail des vers de terre et de la faune de surface. Autrement, toute ce petit monde cesse son activité en attendant des jours meilleurs. Alors quand on sait que la fertilité se fabrique à la surface du sol, ce serait dommage de se priver de cet apport comme de la richesse en azote des déjections de ces bestioles.
  • Éviter de pailler avec des pailles de céréales achetées, car même si elles sont autorisées en bio et AB, elles sont contaminées par les pesticides et les hormones à cause de leur provenance.

Comme la tomate est une plante tropicale, autant on comprend aisément qu’elle ait besoin de la lumière et de la chaleur du soleil, autant on comprend que son sol doit être oxygéné, vivant et équilibré car c’est son intestin et qu’on est plus bien-aise le ventre plein que vide, autant on comprend moins qu’elle ait besoin d’air !

Pourquoi vos tomates
ont besoin d’air ?

C’est étonnant, voire surprenant, mais pour la raison exactement inverse à la vache qui rumine ! Pour en savoir plus, lire le chapitre : Pourquoi la vache rumine ? En effet, sous nos latitudes, des champignons comme le mildiou ont besoin d’une humidité persistante et stagnante pour se développer. Et un feuillage dense, couplé à quelques jours frais et humides, constitue les conditions idéales à son développement. Et quand l’air circule librement, l’humidité ne stagne pas tout en permettant à la lumière de pénétrer au cœur de la plante et d’activer la photosynthèse et la croissance des fruits.

Le jardin, cette terre inconnue !

Et en terre inconnue, tout le monde avance à tâtons sans comprendre grand-chose à cette belle mécanique bien huilée du vivant.

Alors, de l’importance d’aller au delà des idées reçues et de refuser les réponses toutes faites, car dans le potager comme dans la vie, la culture de la nuance et du discernement rapportent plus que la croyance et les préjugés.

Et Apprendre en premier à observer avant d’agir, parce qu’observer s’apprend de la même manière que prendre du recul par rapport à ses propres expériences est bien plus bénéfique que d’avancer dans sa bulle !


Post-scriptum

Pour les adeptes de la non taille, regardez aussi du côté des variétés sélectionnées pour ne pas l’être car elles conservent de bons rendements. Dans cette catégorie, la plus célèbre est la Roma.

Au jardin, nous en cultivons une autre qui nous a été donnée et qui produit jusqu’à 5 kg de tomate par pied. Moyenne en contrepartie sur le plan gustatif.

Quant au mildiou, il existe au moins une variété 100 % résistante à ce champignon de la même manière qu’il existe au moins 2 variétés de pommes de terre totalement résistantes, dont une interdite en France ! (information à creuser)

 

3 réflexions sur “Un autre regard sur la taille des tomates

  1. Bonsoir, et merci pour cette réponse 🙂
    Cette année, y’a beau chercher à traiter, tailler, arroser, mettre en serre, rien n’y fait, des tomates y’en a peu; peu peu ou peu pas du tout…le printemps pourri suivi d’un été sec avec nuit fraiches n’y sont pas pour rien !
    Mais bon, des tomates, c’est l’été, j’en veux, j’exige d’avoir des tomates dans mon assiette, alors que des choux, des navets et des pommes on s’en fout un peu (dommage y’en a plein cette année).
    Je crois que la peur irraisonnée du mildiou n’a d’égale que notre désir insatiable de consommer ce fruit légume, qui pour certain est le seul connu avec les patates frites….
    Le mildiou, c’est un champignon, et un champignon, c’est ce qui permet de recycler et composter nos plants en fin de vie pour les rendre à la terre.
    Le mildiou et autres fungus, c’est donc un passage obligé pour les tomates, on cherche donc juste à retarder son arrivée, tout comme nous cherchons à vivre en bonne santé le plus longtemps possible, mais à la fin, c’est quand même la maladie qui emporte la plupart d’entre nous…

    Alors comme pour le cancer, on arrive à l’affamer en le privant de sucre, le mildiou meurt sans humidité….mais le plant de tomate aussi, alors il va falloir apprendre à bien doser ;). Ah si aussi on pouvait doser le soleil !! (bon ok ils le font pour les tomates d’hiver….. et on connait malheureusement le résultat gustatif…)

    PS : tous mes plants finissent par mourir de mildiou aussi, entre octobre et novembre, et il n’est pas rare que j’ai quelques « attaques » en saison que je ne traite pas, les plants récupèrent dès le premier redoux.
    Alors mes collègues me répètent que je vais tout perdre, et ça tartine de produit bleu bio, mais je me demande encore comment ils font pour avoir 6 ou 7 grosses grosses tomates sur des pieds de 90cm avec 3 feuilles au sommet….
    Cédric

  2. Bonjour, et félicitations pour cet article

    Cependant quand je vous lis « Que c’est une plante exotique d’origine tropicale, vivace dans son milieu originel, et juste ensuite « Qui résiste à la sécheresse mais craint l’humidité. », je suis assez surpris car les climats tropicaux sont extrêmement humides, bien plus que notre chère France 😉

    Pour conduire depuis plusieurs années des tomates dans une serre « tropicale », chauffée par le soleil et dont l’arrosage se fait au plafond par vaporisation avec des tuyaux percés de mille trous, c’est à dire 35° le jour avec 100% d’humidité et 20° la nuit, sans taille ni sélection des plants je n’ai pas de maladies fongiques, ou alors les plants se soignent tout seuls.
    Le sol est vivant, il y a un mélange de plantes anarchiques et la seule lutte visible est celle de la conquête de l’espace avec des plants rampants de plusieurs mètres !

    En comparaison, mes pieds en extérieur, tuteurés, par temps de sècheresse aoutienne semblent plus en difficultés à se stabiliser. Et dès les premières fraicheurs nocturnes, au moment ou la vente de bouillie bordelaise explose en magasin, les premiers signes de la fin de saison se font ressentir… (je suis dans le sud-ouest, on parle de fin octobre…)

    Ce qui m’amène à une conclusion que j’ai pu élaborer pendant ces dernières années d’observations :

    « la tomate, plante tropicale, craint l’humidité par temps frais »
    (mais elle craint encore plus le froid et la sècheresse)

    Cédric

    1. Cédric,

      Merci pour votre retour, et encore plus pour votre retour argumenté.

      Je partage à 100 % tout ce que vous dites et particulièrement votre conclusion.

      Oui, le mot sécheresse est effectivement excessif et je vais le reformuler quitte à prendre votre conclusion…

      Une première explication à vérifier tout de même : dés 11°C, le mildiou « germe » et les conditions favorables à son développement sont de 15 et 20°C… Au delà de 30°C, son développement serait stoppé. (à finir de confirmer pour cette dernière donnée)

      Une seconde explication : pendant 5 ans, jamais je n’ai eu le mildiou dans ma serre. Et un jour, un brouillard frais l’a traversé et depuis il est là… Nous avons changé 2 fois la serre de place, retourné le plastique, nettoyé, repeint l’armature en fer, rien n’y fait, il est là toujours latent… Et le seul moyen que nous avons trouvé pour le contraindre à partir de cette saison, c’est de couper l’arrosage…

      Belle journée.

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