Quel est l’apport de la permaculture ?

Quel est l’apport original de la permaculture, ou dit autrement, est-elle porteuse d’innovations ? Posée ainsi, la question peut paraître agressive mais sa réponse mérite d’être creusée.

Par exemple, chacun conviendra que si l’observation est à la base de la permaculture, elle n’en est pas pour cela une innovation puisqu’elle est présente dans tous les champs d’activités de toutes les espèces vivantes. Les prédateurs observent en permanence leur environnement pour se nourrir pendant que leurs proies les observent sans cesse pour ne pas être au menu du jour.

fleur_permaculture

Le maître-mot : Observer

L’observation est également à la base de tout processus scientifique, et un scientifique qui n’observe pas, se révèle n’être qu’un commerçant ou un perroquet ! C’pas plus compliqué : le chasseur observe, le pêcheur observe, le cueilleur observe, l’agriculteur observait !

Un imparfait pour ce dernier même si personne n’est parfait. J’ai hésité avec un passé simple, un passé composé ou un présent révolu… Au présent simple, cela aurait donné : comme le soldat ou le fonctionnaire, le robot n’observe pas, il exécute des instructions. Bref, d’un côté il y a donc les observateurs, et de l’autre, ceux qui exécutent leurs observations.

Ne pas observer

c’est comme rouler la tête dans le guidon, le meilleur moyen pour terminer la tête dans un mur. Et pas n’importe lequel, un dur où on s’éclate la tête pas pour rire… Mais observer n’est pas regarder le monde à travers le filtre de ses croyances comme font beaucoup afin de confirmer ce qu’ils croient savoir : J’ai vu la lumière et elle m’a demandé de vous guider
Va l’éteindre s’il te plaît !

Toujours être clair avec ceux qui ne l’ont pas à tous les étages afin de ne pas les assombrir encore plus.

Bref, simple question : sommes-nous capables de voir ce que nous ne savons pas ? Autrement dit, sommes-nous disposés à accepter une observation qui sortirait de notre champ de l’appris sans la faire corroborer avec nos croyances ? A priori non. Pourquoi ? Parce que nous avons été conditionnés à observer ce que le parent et le professeur savaient.


L’observation pour formater

En permaculture comme à l’école, les conditions de l’observation nous sont toujours posées : vous allez observer ça !

Exemple : la Nature est généreuse ! – Professeur, je n’arrive pas à observer sa générosité, par contre, j’observe que ce tigre qui arrive dans notre dos en se léchant les babines, pense à cet instant que la Nature est généreuse. On peut donc momentanément conclure que le résultat d’une observation dépend du point de vue.

Admettons qu’une observation nous montre que nous sommes dans l’erreur depuis toujours. Que notre savoir était erroné. En réaction, combien de nous seraient capables de se remettre en question sur le champ ? Peu sans tomber dans le gouffre de l’illumination narcissique.

Le mouton n’observe pas

Le mouton n’a pas besoin d’observer, suivre le troupeau lui suffit. Et aux moutons tentés de s’écarter du troupeau pour rejoindre les moutons enragés qui défilent dans la rue contre les nouvelles lois pour le travail des moutons ou contre la base aéroportuaire de Notre-Dame-les-Landes, quelques jeux de ballons, de roues de vélos ou d’anneaux olympiques suffisent à ramener sans bruit les brebis égarées dans le rang. Du temps où j’étais berger avec de vrais moutons à quatre pattes, j’utilisais la même technique en ayant toujours dans ma poche une bonne poignée d’orge pour soumettre les plus récalcitrants…

Observer librement

Dans ces conditions, on peut affirmer sans être critique que l’observation n’est pas un apport spécifique de la permaculture puisque l’agroécologie, l’agriculture vivrière, vivante ou biodynamique s’appuient également dessus. Sauf qu’il y a observer, et observer librement sans œillères ni préjugés. Et Être à l’écoute du monde qui nous entoure sans le juger est une posture longue et fastidieuse à apprendre. Mais est-ce la voie aujourd’hui empruntée par les différents courants de la permaculture ?

Je ne le crois pas et lors de la conférence que j’ai donnée aux dernières Estivales de la permaculture à Montreuil, une vieille enseignante en permaculture, guère plus vieille que moi en définitive et peut-être même plus jeune, me rappela en public que la permaculture était une boîte à outils.

Habitué à faire face à ces moutons perdus par mes propos, je rappelais que plutôt que de donner des outils, changer un logiciel par un autre ou remplacer leurs œillères par d’autres, il fallait apprendre à l’autre à fabriquer ses propres outils. À son regard, j’ai vu que cette information n’était pas prévue dans le logiciel qu’on lui avait incrusté… Je taquine !

Bref, la seule voie pour observer librement, est d’apprendre à libérer son regard.
Parce qu’observer sans préjuger s’apprend.


 Comment j’ai appris

Extrait de l’art. Cultiver avec la Terre.

Quand les Anciens dont mon grand-père m’ont enseigné, ils ne m’ont appris aucune technique, seulement raconté de belles histoires pour stimuler et assouplir mon cerveau. Ils ne m’ont transmis aucune instruction mais une sensibilité, un état d’attention, et l’envie d’apprendre pour m’accaparer les savoirs parce que leur seul but était d’éveiller ma curiosité pour agrandir mon champ de vision.

Revenons à nos moutons

Quel serait l’apport spécifique et particulier de la permaculture à l’agriculture de demain ?

À cette question, j’ai reçu plusieurs retours me parlant des sols vivants, du non labour, des couverts végétaux, du non agir… Mais toutes ces techniques ou méthodes ne sont pas des innovations de la permaculture puisqu’on les retrouve dans d’autres disciplines. Par ailleurs beaucoup résultent de la culture scientifique.

D’autres m’ont mis en avant le design mais là encore, l’aménagement d’un territoire n’est pas une spécificité de la permaculture. En effet, Bill Mollison son créateur, ne s’est jamais caché s’être fortement inspiré du taoïsme, un fait souligné dans mon vol. 1 :

Le design permaculturel, un pâle copié collé du Feng shui…

D’autre part, le design a été abandonné en France à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, avec la montée du scientisme et le rejet de la Nature et des savoirs anciens considérés comme primitifs. Qui prend en compte aujourd’hui cette donnée historique ?

En effet, cette période, qui voit naître ici l’école obligatoire, est redoutable pour imposer la modernité et le concept du civilisé aux populations, la Nature étant par nature in-civilisée, sauvage donc primitive, donc sous le joug de l’Homme. Lire en complément le paragraphe sur : Le diplôme, une sombre histoire ; ou lire mes livres.

EN CONCLUSION

À ce stade de ma réflexion, la seule grande innovation de la permaculture, c’est la permaculture urbaine.

Et autant j’ai pu écrire qu’une certaine permaculture et qu’une certaine agroécologie, c’était la même chose, autant j’ai pu écrire que l’agroécologie était peut-être un attrape-nigauds, autant l’agroécologie a déserté le milieu urbain quand la permaculture l’a investi.

Et comme je l’exprimais à Jessica Robineau de Kaizen :

La dimension sociale est au centre de cette permaculture. Elle est créatrice de liens entre les citadins, entre les citadins et la Nature, entre la cité et le Naturel. Là son objet n’est pas de viser l’autonomie mais plus de bien-être et de cohérence…

17 réflexions sur “Quel est l’apport de la permaculture ?

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant.

    Depuis que j’ai déménagé en février je me suis fais un potager d’une cinquantaine de m² avec pour seuls principes d’associer les plantes, d’apporter de l’eau, un peu de compost et de pailler.
    Certains amis m’ont dit : « tu fais pas des buttes? Tu fais pas ton jardin en permaculture ? »
    Non, je fais juste pousser des légumes.

  2. Bonjour Christophe
    Tout d’abord merci pour tous ces articles fort intéressant et qui prennent leur distance avec la pensée pré-mâchée, j’apprécie.
    Etant urbain, en apprentissage de rapport à la nature et engagé dans plusieurs projets de jardins partagés, je vous rejoins complètement sur l’utilité de la permaculture pour recréer du lien social et une conscience de la nature. Un énorme travail de redécouverte est à entreprendre dans nos villes.
    Je me permets d’apporter mon grain de sable en proposant ce qui pour moi fait l’intérêt de la permaculture aujourd’hui dans ma réflexion sur moi et ce qui m’entoure:
    1/ la permaculture fait plus écho à la part créatrice de l’homme qu’à sa part destructrice
    2/ l’imaginaire consumériste est tellement implanté en nous qu’il faut des mots et des systèmes qu’on croit « nouveaux » pour nous amener vers un autre imaginaire.
    Probablement qu’il y a un effet de mode dans cet intérêt pour la permaculture, mais tant mieux, non ? Si cela nous permet dans nos cités de nous rappeler que nous faisons partie d’un tout. Je ne suis pas certain que cette mode aurait pris de la même façon si elle avait mis en avant les maraîchers parisiens du 19ème siècle. Après il appartient à chacun de ne pas s’arrêter à la surface du mouvement.
    Je vous souhaite une bonne soirée et longue vie au Jardin Vivant.

    PS: dans nos communications autour de nos projets de jardin, nous faisons attention à parler de « jardin au naturel » plutôt que de permaculture, pour justement de pas s’enfermer dans une vision dogmatique, malgré cela, très souvent on nous questionne sur notre « projet de permaculture » ! Comme quoi …

    1. Mathias,

      Merci pour votre retour. Je sais bien que le mot permaculture est devenu quasi un nom commun.

      Mais qu’importe, l’important reste notre intention, celle qui nous donne le cap en gardant les écoutilles grandes ouvertes sur le monde.
      Et bon courage à vous car vous êtes dans une belle dynamique

  3. Bonjour ,
    Permaculture semble de plus en plus rimer avec confusion générale , même si ça ne rime pas .

    Pourquoi diable  » la bio  » ( vie ) n’est-elle déjà plus suffisante alors qu’elle ne représente qu’un tout petit pourcentage de l’agriculture ?
    Une des questions que je me pose régulièrement , est de savoir dans quelle mesure la bio  » bénéficie  » du conventionnel qui l’entoure ( prenons l’exemple du hanneton ) ? En réalité , on ne pourra le savoir que lorsque toutes les formes de cultures et d’élevages seront redevenues bio .
    On pourrait faire le parallèle avec une voiture , actuellement nous fonçons à toute allure vers un mur où nous allons nous écraser , si on donne un coup de frein brutal on va s’écraser le nez sur l’airbag , sur le volant ou dans le pare-brise ( selon le statut social de chacun ) , ne pourrait-on pas commencer par donner un coup de frein modéré , histoire de voir le mur plus clair , voir si ça marche ? ( L ‘ABS est un plus sur le système de freinage mais on peut aussi freiner sans ) .

    Ne sommes-nous pas en train de mettre la charrue avant les bœufs alors qu’on se déplace en tracteur à explosion ?

    1. Bonjour,

      Pour vous répondre brièvement, il y a bien longtemps que pour aller dans le bon sens, on ne se souvient plus que les bœufs s’attellent devant la charrue.

      Mais ce qui est rassurant, c’est que votre tentative de rime avec la permaculture, fonctionne très bien avec l’agroécologie… Belle journée

  4. Bonsoir/Bonjour à tous, tout d’abord merci pour vos avis sur la permaculture, les informations se révèlent très enrichissantes.

    Poursuivant mes recherches sur les choix de lectures cohérent et formateurs sur la « permalculture » j’ai atterri sur votre article.

    Je pensais acquérir le Tome 1 de Bill Mollison demain mais là j’avouerai que vous me mettez le doute.

    J’habite en Alsace, futur propriétaire d’un terrain cultivable, jeune parent et en couple.

    Notre attrait pour les discours et prises de position de Pierre Rabhi et le souhait de vivre plus plus en adéquation avec nos valeurs nous ammènes à nous cultiver sur le sujet.

    Le rêve de cultiver un maximum de choses sur notre sol, optimiser le rendement, tout ça en associant les plantations et effectuant des rapprochements bénéfiques entre elles est il réalisable ?

    Si oui, avez vous des pistes de lecture qui puissent nous éclairer.

    Personnellement je n’ai ni le bagage scolaire adéquat ni le regard suffisement affûté pour l’instant, toutefois en toute modestie je pense qu’avec du travail, un résultat, positif je l’espère, doit être possible.

    Merci d’avance pour vos retour.

    1. Bonsoir,

      Tout d’abord, il est important pour comprendre ce que l’on fait, d’acquérir un minimum de connaissances.
      Autrement, on subit !

      Pour cela, ce site est en accès libre et il avait été qualifié par France Inter, de plateforme de formation à distance à la permaculture…

      Et pour répondre à votre demande, mon second livre sur la permaculture a été classé l’année dernière dans le top 5 des livres pour bien comprendre la permaculture : le seul livre francophone.
      Je ne peux que vous le conseiller : http://www.lejardinvivant.fr/la-permaculture-livre-christophe-gatineau-2015/

      Belle soirée

  5. Très bien.

    Bon article même si l agriculture urbaine n’est que une remise a jour de qq chose pratiquée avant et depuis longtemps.

    Loin d’être un fait nouveau, cultiver en ville trouve son origine il y a environ 10 000 ans av. J.-C., au moment de la création des premières Cités. Cette période de l’Histoire appelée « néolithique » coïncide avec la progressive sédentarisation des Hommes. De
    chasseurs cueilleurs, ces derniers se muent alors en cultivateurs-éleveurs : c’est la naissance de l’agriculture, qui va progressivement
    se développer à l’intérieur et en dehors des villes.

    Celles-ci vont abriter jusqu’à la fin du 19e siècle, de multiples formes de culture et d’élevage, tout en préservant les liens et
    les échanges avec une agriculture locale proche de leur centre. Mais au milieu du 20e siècle, ce bel équilibre va brutalement être
    rompu, principalement sous l’effet de l’industrialisation et du développement des transports. La révolution industrielle est en
    pleine expansion, entraînant la construction d’usines, de routes et autres bâtiments sur des terres jusqu’alors destinées à la production agricole. Après la seconde guerre mondiale, la rupture est définitivement consommée, essentiellement dans les pays occidentaux.
    L’agriculture urbaine disparaît, à l’image de Paris où les derniers maraîchers quittent la capitale en 1958. Parallèlement, une agriculture plus intensive, plus productive et surtout toujours plus mécanisée faisant appel à la chimie est désormais en marche.

    1. Merci pour votre analyse Léa.

      Une précision : c’est l’expansion des cités qui a empiété au fur et à mesure sur l’agriculture. Jamais l’inverse.

      La nouveauté, si nouveauté il y a, est que la permaculture urbaine propose le chemin inverse (à contresens) : que l’agriculture investisse la cité.

      Par ailleurs, vous parlez de la naissance de l’agriculture. Aussi je crois qu’il est important de rappeler à chaque fois qui l’a mise au monde… Les hommes ou les femmes ? Belle journée

  6. Bonjour Christophe , je comprend mieux ta reaction dans un de tes courriels sur l innovation . Evidemment , on innove pas en faisant de la permaculture , ni quelques methodes , buttes lasagnes etc.. c est juste de l adaptation a ses conditions propres. Et entre notre vouloir , meme basee sur des conseils generaux , l observation prime et nous fait parfois de serieux pieds de nez. Vivant dans les iles volcaniques , planter des avocatiers etait du tres facile . Dans mon coin d altiplano andin , la c est du plus difficile . Terrain draine qu ils disent ..mouais , j en ai perdu beaucoup parce que je voulais qu ils poussent la , et suivant les conseils du general . Et puis , la nature a fait qu un avocatier qui pousse dix fois plus vite que ceux que j avais plante , m a montre que lui , a choisit son endroit , dans les sediments du ruisseau , pas vraiment en terrain draine. Donc je m adapte a cette observation , terre riche et humide en priorite. Meme chose pour 2 manguiers qui poussent tres vite , et tres rares dans mon coin .. la encore c est la nature qui decide , en micro climat cette fois.
    L innovation est dans la confection de ses outils (genre manche de beche recourbee lol, ou choix de type de compost , chaud , lombriculture , mais , oui on peut modifier des systemes existants , les rendant plus effectifs ..mais encore une fois , de l adaptation a l observation et des consequences a tirer . Faut rester modeste , ce que l on pense inventer , d autres ont eu ou auront la meme idée . Apres chacun ses passions , moi j aime bien perfectionner les systemes , demonter pour voir comment ça marche , les failles a resoudre , a dela des copies colles standards. L innovation du bricoleur en somme. Mais je ne pretend pas faire une seconde nature non plus , celle la me convient parfaitement , et faire un lac en bas de terrain est quand meme plus realiste qu en haut de colline. Meme si la gravite est un gros avantage et est dans le projet , reste pas moins que trop de taf tue son homme . Les Don Quijote meurent vite d epuisement .
    Amities , entre cultivateurs sur la meme longueur d ondes .

  7. Bonsoir @rambour,

    La systémique est aussi une approche de la biologie et de l’écologie. (En reference de mes cours de BTS GPN dont je ne me souviens plus tout à fait et j’en suis désolé.)

    Si je peux me permettre, nombre de disciplines vous auraient amenez à la systémique : croyez moi ce n’est pas la permaculture qui est à l’origine de votre raisonnement, mais bien votre intelligence et votre ouverture d’esprit.

    Elle ne le fait pas chez tout le monde.

    A la sortie de mon BTS, j’ai modestement « pensé la permaculture », et ceci grâce à mon bagage scolaire et professionnel (Désolé du peu). J’ai cru alors en appréhendant partiellement la discipline « permaculture » qu’il s’agissait de mon idée. Mais non j’ai juste ouvert les yeux comme vous le faites, et ai compris une autre approche de l’agriculture et de la nature : informelle.

    Comme me disait un ami « il nous faut un projet commun », ce qu’apporte la permaculture, oui, mais pourquoi de manière Disruptive (B. Stiegler définit disruptif dans une émission de France Culture.) Révolutionnaire, et Inédite ?

  8. @cg

    Pour ce qui concerne votre question sur la grille de lecture, je vais commencer par répondre à une question simple : pourquoi une grille de lecture ? Pour cela, je vais prendre une image : prenons un espace vide dans lequel vous positionnez un poteau. A partir du moment où le poteau existe, vous allez pouvoir commencer à définir un devant, un arrière, une gauche, une droite, bref, vous allez pouvoir commencer à structurer un espace qui jusqu’à présent était vide. Le poteau n’est rien en soi, il permet juste de définir un repère. Lorsque j’emploie le terme de grille de lecture, je fais un peu référence à ce poteau. Continuons maintenant avec un exemple qui vous est cher, la fameuse butte de culture. Lorsque je l’ai créée, j’ai tout d’abord perturbé le milieu naturel puisque j’ai modifié les horizons du sol, apporté une matière organique qui n’était pas présente, dépensé beaucoup d’énergie ….. pour pouvoir voir ce que cela donnait. Ensuite, juste à côté, je n’ai rien fait, sur un espace équivalent. Après maintenant 3 ans, si je regarde ma production de légume sur ces 2 zones, je ne constate pas de différence flagrante et j’aurai pu économiser beaucoup d’énergie en ne faisant pas cette butte. Mais, et ce mais est important, cette butte m’a obligé à utiliser une grille de lecture, à savoir, pour ce qui me concerne, une analyse systémique couplée à une approche intuitive. L’approche systémique est une approche qui est très souvent mise en avant en permaculture mais, et ce mais est lui aussi important, elle n’a pas été inventée par la permaculture. La permaculture, dans la manière dont elle m’a été présentée, s’est juste contenter d’utiliser cette approche dans le domaine, disons au sens large, de la production alimentaire. Il m’a donc fallu essayer de comprendre ce que l’arrivée de cette butte dans mon jardin avait produit de positif et de négatif. Quels étaient ses avantages, ses inconvénients, son emplacement les effets qu’elle induisait dans mon jardin, comment elle interagissait avec lui …. bref, le raisonnement linéaire ne pouvait pas s’y appliquer ( en gros; butte = grosse production ). L’analyse systémique vise à l’étude d’objets complexes réfractaires aux approches de compréhension classique, notamment les schémas de causalité linéaire. Elle est particulièrement pertinente, selon moi, pour tout ce qui touche au vivant. Après avoir plus ou moins  » perdu mon temps » avec cette butte, j’ai commencé à m’approprier cet outil et cela a profondément changé mon regard sur ce qui m’entoure, y compris à titre professionnel. Pour ce qui me concerne, sans la permaculture, il n’y aurait pas eu ce rappel sur l’analyse systémique et son importance pour aborder les phénomènes complexes. Mais surtout, on se rend compte au bout d’un moment que l’analyse systémique a elle aussi ses limites puisqu’au bout d’un moment, les interactions deviennent trop complexes pour que le cerveau puisse les appréhender dans leur globalité. Et là, place à l’intuition, au flash qui vous fait dire : c’est cela la solution à mon problème. Et là, tout s’emboîte rétrospectivement. In fine, la grille de lecture m’a aidé à me concentrer, à mobiliser mon énergie mentale sur une problématique pour, à un moment donné, permettre à mon intuition de se manifester. Sans cet effort, pas d’intuition. Sans intuition, pas de rupture, de saut de connaissance. Vous allez maintenant me dire : et la permaculture dans tout cela, elle n’a fait qu’utiliser une démarche qui existe depuis longtemps ? Effectivement, elle n’a rien inventé, elle a juste mis au centre de sa démarche l’analyse systémique. Elle vous oblige à penser fonctions, à penser éléments, à penser zones …. bref, à élargir votre horizon mental lorsque vous examinez un lieu ou lorsque vous cultivez. Je vous rejoins complètement lorsque vous indiquez qu’elle a été un moyen pour les urbains de se rapprocher du vivant. J’irai plus loin en disant qu’elle est aussi un moyen pour les ruraux de prendre du recul sur leurs pratiques, de les questionner … j’ai bien dit questionner, je n’ai pas dit critiquer au sens de faire ressortir les défauts.
    Pour répondre à Amiel, pour ce qui me concerne, je ne pense pas que rien n’existait avant la permaculture … elle m’a juste rappelé qu’avant de faire quoi que ce soit, assieds toi, regardes et réfléchis … puis agis … regarde et réfléchis …..

    Bien cordialement à vous deux.

    1. Merci pour votre retour, je comprends mieux le sens de la grille de lecture.

      De mon côté, ceux qui m’ont initiés, analysaient et fonctionnaient sur les mêmes bases mais sans la nommer ainsi car ils avaient peu d’instruction.

      Mais est-ce que cette grille de lecture portée par la permaculture n’est pas aujourd’hui obsolète : trop complexe et simplifiée dans ses applications sur le terrain ? Trop technique.

      En effet, les choses sont simples : la culture ne dépend que de la symbiose entre le terroir et la variété ; le terroir étant la condition native ( Lire ma réponse à Gilles Domenech de Terre de sève).

      Nous, cultivateurs, nous pouvons jouer sur 4 paramètres comme 4 curseurs en dehors de cette synergie : l’eau, la chaleur et la lumière, et la dynamique vivante. Beaucoup plus simple de fonctionnement qu’un Iphone…

      Sauf que sur le terrain, ce sont des milliards de combinaisons… Belle journée

  9. @rambour,

    Pour vous répondre, avant l’iPhone il n’y avait pas… alors qu’avant la permaculture : IL Y A !

    Mon parcours personnel en est un exemple : Seconde générale et technologique : agricole. Puis Bac agricole (agriculture) option aménagement paysager (comprenez design traduit en français.).

    Ensuite BTSA en environnement…

    Cela représente 5 ans de formation en circuit cours en plus 🙂

    L’iphone n’existait mais pas la formation national agricole elle : existe depuis les années 70 !

    Cordialement. MARTIN Amiel.

    C’est une des cravates de la permaculture : faire croire que rien n’existait avant…

  10. En lisant votre article, je me faisais la réflexion suivante, bien entendu, provocatrice : l’iphone n’a rien inventé. En effet, quand il est apparu, le téléphone existait, internet existait, on pouvait télécharger certes difficilement des applications, les appareils photo numériques existaient, les baladeurs également …. bref, toute la technique, toutes les technologies étaient là mais personne n’avait réussi jusque là à tout regrouper au sein d’un même appareil. Et puis, l’iphone est apparu et plus rien n’a été comme avant. Je ne me prononcerai pas sur son impact positif ou négatif, je m’interrogeai juste sur un point : et si la permaculture, ce n’était pas un peu aussi un  » iphone ». En effet, les buttes de culture ont toujours existé, le design n’est pas nouveau, le zonage non plus, il en est de même des associations de végétaux … bref, je ne vais pas faire un inventaire à la prévert mais, le principal apport de la permaculture n’a-t-il pas été justement de regrouper des techniques-thèmes-valeurs au sein d’un même univers et par la même, de faire surgir des évidences trop souvent oubliées ? Bien sûr qu’il faut observer, voir apprendre à observer mais ensuite, je fais quoi de mes observations, comment je les interprète ? J’ai besoin d’une grille de lecture, d’une proposition d’approche, quitte à aboutir à la conclusion qu’elle ne fonctionne pas mais il me faut quand même une trame pour faire progresser ma pensée. Je trouve que la permaculture, pour ce qui me concerne, me permet, pour le moment, de mieux comprendre ce que je regarde. Elle m’oblige à penser interaction, aux différents fonctions d’un élément, à me poser pour réfléchir au pourquoi de telle action …. Il y a peut-être d’autres voies, mais la voie permacole me parle, sa démarche fait écho à mon questionnement, elle est, je l’avoue, séduisante. L’iphone aussi est séduisant, peut-être trop car son usage trop facile nous décourage vite à penser par nous même mais, qu’on le veuille ou non, il y a eu un avant et un après.

    1. Bonsoir,

      Votre avis est effectivement pertinent, un poil provocateur en prenant l’exemple de l’Iphone… Apple, sa politique commerciale et ses systèmes fermés à l’opposé du monde du libre…

      Vous me dites avoir besoin d’une grille de lecture : pouvez-vous m’en dire plus car j’ignore cette chose là ?

      Merci

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