La butte de culture, l’arbre qui cache la forêt

Cet article est le 4ème que j’écris au sujet des buttes de permaculture. La raison est simple. Avec le jardin-forêt ou la lasagne, elles sont présentées aujourd’hui comme des techniques révolutionnaires pour augmenter les rendements comme on augmente le rendement d’un placement financier.

Mais la Terre ne fonctionne pas sur les mêmes principes que la Bourse, et cette idée des hauts rendements est trompeuse car elle fait croire que la performance serait liée à une haute technicité à l’exemple de la F1.

D’ailleurs, l’agriculture industrielle s’appuie sur cette idée avec ses semences hautes performances F1 ou OGM… et ses pesticides, engrais chimiques, pollutions, désertification ! Oui, au delà de créer des problèmes sanitaires et écologiques, cette agriculture crée des problèmes sociaux car les pesticides sont porteurs d’un modèle de société toxique pour les populations les plus démunies.

Bilan, l’agriculture qui collaborait avec la nature, l’agriculture vivante, a été renversée le siècle dernier au nom de cette idéologie qui colporte que :

Grâce à la technique, l’homme travaille moins tout en améliorant le fonctionnement de la Nature afin de la rendre plus productive. C’est l’hyper-productivité ou repousser le potentiel naturel d’un organisme au-delà de ses limites naturelles. Bref, c’est artificiel ou contre-nature.

en.permaculturescience.org
Jardin d’Émilia Hazelip
 

La butte de permaculture,
l’arbre qui cache la forêt

Mieux, cette technique de la butte de permaculture mise dans les mains de jardiniers inexpérimentés, se révélera beaucoup moins productive car sa conduite nécessite plus de travail et une connaissance approfondie du fonctionnement des plantes et du sol pour en tirer le meilleur parti. C’est la même chose que de mettre un jeune conducteur au volant d’une Formule 1, il n’ira pas loin… Rarement abordé par ses promoteurs, ce point est pourtant capital.

En revanche, les « buttes à plat » ou planches permanentes (même principe) sont tellement plus faciles à mettre en œuvre et cultiver sans rogner en aval sur la productivité. Voir vidéo


DÉSHYDRATATION des buttes

Autre point souvent oublié, la tendance des buttes à la déshydratation et ses conséquences sur sa dynamique vivante : activité des lombrics et de la faune mycologique réduite, ralentissement de la croissance des plantes et parfois montées en graines avant maturité. Ce problème peut être facilement limité par un mulch vert ou sec (ou du paillage, jamais du BRF) à partir du mois de juin. Pas avant, car cela retarde le réchauffement du sol et suivant les régions, les terroirs et les expositions, décale le départ de la végétation et son développement.

Cette technique possède beaucoup d’avantages, mais pas que…

→ Exemple avec le Campagnol terrestre ou rat-taupier (Arvicola terrestris) à qui le mulch ou le paillage offrent un gîte et un couvert de haute qualité tout en le protégeant de ses prédateurs. Une technique à accompagner d’un système de piégeage permanent. Idem pour son pendant sans pattes ni poils, la Limace à qui le mulch et le paillage créent un milieu favorisant.

En outre, la production de toute cette biomasse peut nécessiter suivant la surface, l’achat d’un outillage motorisé type moto-faucheuse et oblige à beaucoup de travail supplémentaire en plus du terrain pour produire le vert, le foin et les pailles. Beaucoup pallient à ce problème en les achetant sous forme de balles rondes. À savoir que leur production demande beaucoup d’énergies fossiles et qu’elles contiennent plein de résidus de pesticides et autre hormones de croissance, sauf à les acheter à un « bio », mais rares ceux qui vendent leur paille.


Buttes et JARDIN-FORÊT

À l’opposé du jardin-forêt, le premier inconvénient de l’implantation d’une butte reste la destruction de l’écosystème du sol avant sa reconstruction. Aussi, comptez une à deux années avant que votre butte retrouve son équilibre et que les vers de terre se ré-approprient l’espace. Ajouté au fait qu’une butte est sensible à l’érosion et qu’elle doit être régulièrement entretenue, en dehors de tous ces inconvénients, le reste n’est que du bénéfice.

Avant d’écrire cet article, j’ai compté le nombre d’arbres dans le 1/2 hectare où nous cultivons par moitié en jardin : + 80 arbres fruitiers, environ 500 saules + les haies et les petits fruitiers. Et j’appelle notre jardin, un jardin et non un jardin-forêt.

De tradition, ma famille cultivait au milieu des arbres fruitiers, mais sous un climat chaud et avec un fort taux de lumière et d’ensoleillement. Il y en avait partout des arbres, mais ils appelaient leur jardin, un jardin. Exclure les arbres des jardins est une grave erreur mais rajouter le mot forêt au mot jardin est trompeur puisque j’ai rencontré des permaculteurs s’étonnant de ne rien récolter en cultivant à l’ombre du soleil sous les arbres d’une forêt…

Par ailleurs, l’idée (urbaine) véhiculée sur Internet et qui consiste à affirmer que l’on pourrait nourrir l’humanité avec les feuilles des arbres, est une hérésie écologique.

Pour revenir aux buttes,

Je me souviens avoir visité le jardin d’une personne connue pour ses écrits sur les plantes, et qui disait en me montrant l’une de ses buttes abandonnées, que le jour où elle avait découvert que ses légumes poussaient mieux au pied de la butte que sur la butte, elle avait délaissé cette technique parce qu’elle était inadaptée à son terroir.

 


QUE FAIRE avant d’en faire une ?

Sachant qu’en fonction de sa localisation, de son exposition ou de sa disposition chaque terroir est singulier (unique), la première chose à faire avant d’implanter une butte, est d’évaluer le potentiel de votre sol en faisant un profil cultural pour estimer sa réserve nutritive, sa vie et sa nature.

Très simple à faire soi-même, il suffit de creuser à la pelle un gros trou d’au moins un mètre de profondeur, puis d’observer votre terrain en coupe : estimation des populations de vers de terre pendant la phase de creusement, profondeur des galeries et des racines, composition physique du sous-sol… Et d’emblée, si votre sol est hydromorphe ou si la roche mère est à 30 cm de la surface, vous n’avez pas d’autres choix que de faire des buttes pour rendre productif votre milieu.

Ainsi, la décision d’implanter une butte ne devrait être prise qu’au regard de vos observations, en pesant en fonction de son potentiel, la rentabilité d’un tel investissement énergétique. C’est le sens du bon sens paysan : être efficace et économe en énergie ; s’appuyer sur le passé pour anticiper le futur !


La racine, un INTESTIN INVERSÉ !

J’ai eu tort de penser boucler mon cycle sur les buttes avec cet article car il reste du travail sur la planche à l’instar de l’exploitation du potentiel génétique des plantes, de la réduction de l’écart entre les conditions du milieu et les exigences de la plante (une stratégie chère à Fukuoka et aux agronomes Amérindiens, Chinois et du 18ième), de la Terre qui respire et qui a besoin d’oxygène pour être vivante, des racines des plantes qui ont besoin d’oxygène pour respirer ou des champignons qui ont besoin d’un mélange gazeux à 21 % d’oxygène comme nous…

Bref, le sol fonctionne comme un intestin inversé où les racines des plantes aspirent leur nourriture à la même manière de notre paroi intestinale. Et cet immense digesteur qui digère la matière organique (chaque espèce se nourrissant des déchets d’une autre) s’appelle la réserve nutritive des plantes. C’est leur placard à nourriture. Et plus les plantes ont un système racinaire développé, plus elles peuvent y piocher et meilleure leur santé est.

Mais il y a un hic, leur placard n’est pas fermé et tous leurs nutriments suivent le cours de l’eau dans le sol…


La FORMULE MAGIQUE
que devrait connaître tout jardinier

SOLEIL (chaleur et luminosité) + eau + gaz carbonique =
SUCRES ET OXYGÈNE

→ 4 paramètres conditionnent le développement d’une plante : l’eau, la chaleur, l’oxygène et la lumière. Si l’un des 4 n’est pas optimal, d’emblée son développement est contrarié et son système immunitaire affaibli.

À cela aucune technique ne peut palier, sauf à dépenser beaucoup d’énergie pour compenser : la seule réponse économe reste de travailler en amont sur une synergie entre le terroir et le potentiel génétique des plantes.

CULTIVER UNE AUTRE LOGIQUE

La productivité dépend du nombre de cellules par plante : plus son nombre est important, plus le légume est volumineux. Par exemple, une carotte de 1000 gr possède 2 fois plus de cellules qu’une de 500 gr. Et pour se multiplier, les cellules ont besoin de sucre, d’eau et d’oxygène.

Les plantes étant les seules organismes terrestres capables de fabriquer des hydrates de carbone, elles ont besoin pour produire les sucres qui nourriront leur développement cellulaire ; de lumière, de chaleur et d’eau.

→Mais pour pomper l’eau dans le sol, les plantes utilisent leurs racines qui elles-mêmes ont besoin d’oxygène pour prospérer. Et plus elles sont nombreuses, plus elle aspirent de l’eau, plus la plante peut fabriquer des sucres d’autant qu’elle a lumière et chaleur… Pourquoi de la chaleur ? Parce que pour remonter l’eau du sol jusqu’à ses feuilles, la plante a besoin de chaleur pour transpirer… Suite au prochain numéro !

Le ver de terre, une espèce à protéger – 1/12

17 réflexions sur “La butte de culture, l’arbre qui cache la forêt

  1. Merci pour toutes ces infos.

    Je ne posais beaucoup de questions avec ces nouveaux procédés de culture… me demandant comment nos aïeux avaient fait pour survivre sans les connaître…

  2. Bonjour

    merci pour votre blog trés intéressant et pour vos vidéos comme celle des muletiers qui donnent à réfléchir sur notre mode de vie et à l’avenir de notre pauvre planète
    Concernant les buttes , je souhaite apporter une modeste contribution ;
    Dans notre jardin partagé ou la terre est trés argileuse , les sols sont fréquemment inondés pendant l’hiver et comme cette année 2016 jusqu’au printemps La création de buttes ou de planches surélevées permet de protéger les plantes en évitant leur asphyxie

    1. Michel,

      Vous touchez la raison même qui a poussé les humains à inventer la technique de la butte de culture il y a plusieurs milliers d’années. Belle journée.

  3. Bonjour,
    oui c’est bien ce dont je me rends compte, le paillage, c’est ouvrir le banquet aux limaces !
    Vous conseilleriez donc de plutôt utiliser un couvert du type vesce/trèfle/engrais verts si je comprends bien. Mais quand le planter ? Je lis souvent qu’il faudrait le faire vers septembre, mais les cultures d’été sont encore en place jusque là, il faudrait donc semer sur la culture en place ?
    Le mieux serait peut être même de maintenir le couvert végétal (il me semble que le trèfle comme la luzerne peuvent rester en place plusieurs années) comme le conseil Fukuoka, non ?
    cordialement (et merci d’accorder de l’attention à vos commentateurs !)

    1. Sylvain,

      On sème l’engrais vert dès la fin d’une culture afin que le sol ne reste jamais nu.
      C’est bien de mélanger aussi une céréale avec la vesce et une crucifère.

      Par contre, évitez la luzerne car même si son système racinaire est intéressant, c’est une plante difficile à détruire et qui prend ses aises…

      Belle journée

  4. Bonjour, je voudrais rebondir sur ce dernier message.
    Tout d’abord, je n’y connais pas grand chose en agriculture, je me mets à faire mon petit jardin, je lis beaucoup sur le sujet (votre blog découvert récemment, m’enchante au plus haut point parce qu’il est bon de lire des choses critiques au sujet de la permaculture, qui tend à devenir une mode – je préfère néanmoins cette mode à bien d’autre – et surtout une vision qui ne soit pas une critique « destructrice » mais au contraire extrêmement constructive). Bref.
    Je voulais juste savoir si un léger paillage ne serait pas néanmoins judicieux en automne/hiver pour éviter que la pluie ne provoque un tassement du sol et que le gel n’endommage aussi la surface du sol. Peut-être faudrait-il en parti dépailler quand on avance das l’automne, puis repailler une fois le sol chaud, non ?

    1. Sylvain,

      Dans nos régions, un paillage permanent est contre-indiqué à cause des limaces, des souris et du besoin de chaleur solaire au printemps.

      Ceci dit, le must reste à l’automne un couvert vert qui permet de faire vivre le jardin.

  5. Bonjour Christophe
    Je me demandais si poser du grillage genre grillage à poule au fond des buttes serait efficace pour isoler la butte des campagnols.
    Qu’en pensez vous ?

    1. Bonjour Olga,

      Non.

      D’abord parce que les campagnols sont des animaux très futés.

      Ensuite, parce que ce n’est pas la butte qui les favorise mais le paillage ou les couverts végétaux.

      Toutes ces bestioles ont une capacité d’adaptation remarquable et font marcher leur cerveau bien plus souvent que nous pour trouver des solutions…

      Il y a quelques jours, ma récolte de pommes de terre dans la serre a été maigre car ils ont été particulièrement astucieux en prélevant sous les pieds au fur et à mesure de leurs besoins.

      Belle journée

    2. Merci pour votre réponse rapide…
      Alors quelles solutions ?
      Je tente de les piéger avec un « supercat » mais sans succès…

    3. La première chose à faire est de supprimer tous les paillages et couverts afin que les prédateurs puissent les voir. Les chats, les chien, les renards et les « autres » sont d’excellents régulateurs.

      Quant à la pose du piège, faites attention à vos odeurs… Laissez votre piège dégazer quelques temps et s’imprégner.

      Si vous êtes vraiment envahie, il y a la solution du tourteau de ricin à mettre dans les galeries.

  6. Merci beaucoup Christophe pour votre réponse,vous me confirmez comme Gilles Dubus, les difficultés de pouvoir maintenir un paillage permanent…

    Ravi que D.Soltner s’intéresse au problème,nul doute qu’il traitera le sujet sérieusement!

    Bonne continuation et surtout ne changez rien,vous apportez un regard différend sur bien des sujets.

  7. Bonjour,
    Merci pour ces articles sur les buttes très instructifs.

    Pour ma part j’ai évité les buttes car les risques d’assèchement m’ont paru trop important et je reste surpris que les promoteurs de la culture sur buttes ne le mentionne pas davantage.Le bouleversement du sol m’a aussi laissé septique.

    Ensuite il est évident qu’aucune technique ne peut s’adapter partout, et que les buttes sont utiles sur certains types de sol et de lieux.

    Sauf qu’aujourd’hui on peut lire un peu tout et son contraire sur les buttes et sur la permaculture.

    Et c’est ainsi que le débutant peut se laisser séduire par une mauvaise information,et ce phénomène de mode qui semble s’emparer de la culture sur buttes,ainsi que de la permaculture puisque hélas les deux sont systématiquement associées.C’est pour cela que vos articles sont si instructifs!!!

    Il est nécessaire effectivement d’éclairer le novice,de lui expliquer qu’aucune technique n’est universelle,qu’il faut avant tout se faire la main,apprendre à cultiver en utilisant des techniques qui ont fait leurs preuves,ne jamais oublier le bon sens paysan,et petit à petit se familiariser avec une approche plus naturelle de concevoir et d’envisager son jardin.

    Personnellement je m’étais fixé l’objectif de ne plus travailler le sol et de maintenir un paillage permanent. Ceci sur terrain plat.
    Apres avoir lu les expériences et conseils d’un certain nombre d’auteurs,de Fukuoka à Soltner, en passant par Gertrud Franck,P.Whitefield et bien d’autres je reste convaincu de l’importance de telles pratiques mais je suis confronté à un problème de taille.

    Comme vous l’évoquer le paillage permanent peut attirer les campagnols et c’est le cas chez moi.La culture des légumes racines est devenu quasi impossible et les semis direct tout autant…
    Attention donc! Car avec de telles mésaventures le novice ou débutant peut rester dubitatif.Se lasser rapidement et douter des biens fondés du non travail du sol et du paillis permanent,pourtant essentiels.
    Car avant d’expérimenter des techniques présentés trop souvent comme miraculeuse et universelle,l’essentiel n’est t’il pas tout simplement d’essayer de cultiver des légumes pour pouvoir se nourrir?!!!
    Encore merci pour les précisions que vous apportez a ces sujets.

    1. Merci Kystoff pour votre témoignage.

      Confronté aux mêmes problèmes, j’ai choisi de ne pas pailler d’autant plus que je produis peu de paille…

      Par ailleurs, j’ai longuement échangé à ce sujet avec Dominique Soltner, et il m’a dit y plancher suite à mes remarques.

      En période chaude, je « paille » avec des fougères fraiches et le bénéfice semble prometteur comme son compostage sur lequel je travaille et qui permettrait de la valoriser.

      Bien à vous.

  8. merci pour cet article une fois de plus clair et explicite. Vivement que je puisse avoir le temps de mettre en pratique et de copier de l’autre coté de la clôture

  9. Bonjour,
    Merci pour ces articles vraiment intéressants et qui permettent d’avoir un autre point de vue sur la butte de culture.
    J’ai une question concernant votre remarque sur l’effet de déshydratation possible des buttes. J’ai toujours entendu que au contraire, cette technique est utilisée en milieux séchants car le bois enterré stocke l’eau.
    J’imagine que ça dépend beaucoup du type de sol mais j’ai du mal à comprendre, pouvez vous m’expliquer ?
    Merci beaucoup !
    Lucile

    1. Bonsoir Lucile,

      Pour répondre à votre question au sujet du bois enterré en milieu fortement drainant (sableux) ou pauvre en MO,

      il s’agit de bois spongieux dont la lignine a déjà été digérée en surface par les champignons et qui sont utilisés pour leur pouvoir « éponge ».

      Vous trouverez d’autres informations à ce sujet en lisant cet article : http://www.lejardinvivant.fr/2015/10/26/a-lombre-dun-chene-seculaire-avec-claude-bourguignon-entretien-exclusif/

      Belle soirée à vous

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